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Les Séli’hot (Dossier complet)

Questions: Quelle est l’origine de la tradition de dire les Seli’hot durant le mois d’Eloul, jusqu'à Yom Kippour ?

A quel moment précis est-il permis de dire les Séli’hot ?

Doit-on réciter les Birkot Ha-Torah avant de dire les Séli’hot ?

La présence d’un Minyan (10 hommes) est-elle indispensable pour dire les Séli’hot ?

Réponses:

Origine de l’usage des Séli’hot

Il est enseigné dans Pirké Dé-Rabbi Eli’ezer (chap.45) :

Rabbi Yehoshoua’ Ben Kor’ha dit : Moshé Rabbenou est resté 40 jours sur la montagne (depuis le 6 Sivan – Shavouot, jusqu’au 17 Tamouz). La journée, il apprenait le Mikra (la Loi Ecrite), et le soir, il apprenait la Mishna (la Loi Orale).

Au bout de 40 jours - le 17 Tamouz - il prit les Tables de la Loi, redescendit vers le camp [et constatant que les Bené Israël avait conçus le ‘Eguel (le Veau d’Or), ses bras - qui portaient les Tables de la Loi - devinrent tout à coup très faibles,] et il brisa les Tables de la Loi. Il mit à mort les pêcheurs parmi Israël, resta 40 jours dans le camp, jusqu‘à avoir brûlé le ‘Eguel (le Veau d’Or) et l’avoir pulvérisé comme la poussière de la terre. Il extirpa l’Idolâtrie du peuple d’Israël, et rétablit chaque tribu à sa place. Le jour de Rosh ‘Hodesh Eloul, Hashem dit à Moshé Rabbenou : « Monte vers moi dans la montagne. ». On fit retentir le Shofar dans tout le camp, pour informer que Moshé était de nouveau monté dans la montagne, pour ne pas qu’ils s’égarent de nouveau vers l’idolâtrie. Fin de citation.

Selon ce Pirké Dé-Rabbi Eli’ezer, Moshé Rabbenou n’est resté que 2 fois 40 jours sur le Mont Sinaï :

Du 6 Sivan (Shavou’ot) au 17 Tamouz, pour recevoir les premières Tables de la Loi.

De Rosh ‘Hodesh Eloul jusqu’au 10 Tishré (Yom Kippour), pour recevoir les deuxièmes Tables de la Loi.

Cependant, selon Rav Haï GAON, cité par le livre Mea She’arim du Gaon Rabbi Its’hak IBN GIAT, ainsi que par le TOUR (O.H chap.581), Moshé Rabbenou est resté au total 3 fois 40 jours sur le Mont Sinaï :

1. Du 6 Sivan (Shavou’ot) au 17 Tamouz, pour recevoir les premières Tables de la Loi.

2. Du 18 Tamouz au 28 Av. (selon cette version, Moshé Rabbenou remonta dans la montagne dès le lendemain du jour où il brisa les premières Tables, et où il brûla le Veau d’Or, afin d’implorer Hashem pour qu’il pardonne à Israël)

3. De Rosh ‘Hodesh Eloul jusqu’au 10 Tishré (Yom Kippour), pour recevoir les deuxièmes Tables de la Loi.

La divergence entre les 2 interprétations se situe sur la période du 18 Tamouz au 28 Av :

Selon le Pirké DeRibbi Eli’ezer, Moshé Rabbenou est resté dans le camp durant ces 40 jours, alors que selon le Rav Haï GAON, Moshé Rabbenou est remonté dans la montagne durant ces 40 jours.

Puisque c’est le jour de Rosh ‘Hodesh Eloul qu’Hashem demanda à Moshé Rabbenou de remonter de nouveau dans la montagne pour recevoir les deuxièmes Tables de la Loi (signe du pardon Divin), les juifs Sefaradim et les juifs originaires du Moyen Orient ont la tradition à partir de ce jour là, de se lever plus tôt que d’habitude et de se rendre à la synagogue chaque matin durant 40 jours, jusqu’à Yom Kippour, pour dire les Seli’hot (supplications).

C’est ce que rapporte MARAN dans le Shoul’han ‘Arou’h (O.H chap.581 parag.1) 

Mais nous ne disons pas de Seli’hot le jour de Rosh ‘Hodesh lui-même, ni les jours de Shabbat.

Dans le temps, tout le monde avait l’usage de se lever avant l’aube pour réciter les Sélih’ot, on parvenait à s‘élever considérablement durant le mois d’Eloul, et on était motivé à se repentir sincèrement sur toutes les actions, jusqu’aux jours de Rosh Ha-Shana et de Yom Kippour, où tout le monde atteignait un niveau spirituel supérieur, par la prière te le repentir.

Les communautés des Ashkenazim – comme le rapporte le RAMA dans une note sur le Shoul’han ‘Arou’h (O.H chap.581 parag.1) - n’ont pas la tradition de dire les Séli’hot depuis Rosh ‘Hodesh Eloul, mais ils ont la tradition de sonner du Shofar chaque matin à partir de ce jour-là, après la Téfila de Sha’harit (l’office du matin), afin de prévenir Israël pour qu’ils fassent Teshouva, comme il est dit : « Si le Shofar retentit dans la ville, le peuple n’aura-t-il pas peur ?! » (‘Amos 3). Cette tradition de sonner du Shofar pendant 40 jours, sert également à perturber le Satan.

Certains ont la tradition de sonner également à l’office de ‘Arvit (l’office du soir).

La tradition chez les Ashkenazim est de débuter les Seli’hot à partir du dimanche qui précède Rosh Hashana.

Si Rosh Ha-Shana tombe un lundi ou un mardi, ils débutent du dimanche de la semaine d’avant.

Par conséquent, cette année où le 1er Yom Tov de Rosh Ha-Shana (5775) tombe un jeudi, les Ashkenazim débuteront les Seli’hot à partir du dimanche 26 Eloul (21.09.14), ce qui correspond à 4 jours avant Rosh Ha-Shana.

L’heure propice pour dire les Séli’hot

La tradition répandue dans la plupart des communautés est de réciter les Séli’hot

aux premières heures du matin, avant l’office de Sha’harit (l’office du matin).

Notre maître le Rav Ovadia YOSSEF shalita rapporte que, la raison à cette tradition de dire les Seli’hot exclusivement aux premières heures du matin, est relative à ce qui est mentionné dans le Zohar Ha-Kadosh, selon lequel aux premières heures du matin, les « ‘Hassadim » (les bontés d’Hashem) se propagent dans le monde, comme il est dit dans le Tehilim : « La journée, Hashem ordonne Sa bonté … », alors qu’à partir de l’heure de Min’ha, jusqu’à ‘Hatsot (la moitié de la nuit), s’éveillent les « Dinim » (les rigueurs d’Hashem) dans le monde.

Cependant, à partir de l’heure de ‘Hatsot (la moitié de la nuit), réapparaissent de nouveau les bontés d’Hashem, ainsi que les mesures de miséricordes.

C’est pour cela que notre maître le Roi David a dit (Tehilim): « Dès la moitié de la nuit, je me lève pour Te glorifier… ».

Par conséquent, il n’est pas souhaitable de réciter les Seli’hot au début de la nuit, qui est un moment où règne la rigueur Divine.

Nos maîtres les Kabbalistes se sont longuement étendus sur le fait de ne pas dire les Seli’hot dans la première moitié de la nuit. Et c’est d’ailleurs ainsi que la tradition s’est répandue, de dire les Seli’hot aux premières heures du matin.

Séli’hot avant Min’ha

Cependant, notre maître le Rav shalita écrit que les personnes qui ne peuvent pas réciter les Seli’hot aux premières heures du matin, avant la Téfila de Sha’harit, peuvent dire les Seli’hot avant l’office de Min’ha (l’office de l’après-midi).

Effectivement, bien qu’il soit expliqué dans le Zohar Ha-Kadosh qu’à partir de l’heure où l’on peut prier Min’ha, règne la dure rigueur Divine dans le monde, et cela jusqu’à ‘Hatsot (la moitié de la nuit), comme nous l’avons expliqué (excepté le jour de Shabbat, où au contraire, c’est à l’heure de Min’ha que s’éveillent les bontés d’Hashem dans le monde), malgré tout, il semble qu’il est permis de dire les Seli’hot avant l’office de Min’ha, au même titre que nous disons toute l’année les 13 Attributs de la Miséricorde Divine ( « Vayavor »), ainsi que la Néfilat Apaïm (« Ledavid Ele’ha Hashem … ») à l’office de Min’ha.

En effet, la véritable emprise de la Rigueur Divine n’apparaît réellement que la nuit, depuis la sortie des étoiles, jusqu’à ‘Hatsot (la moitié de la nuit). [Yalkout Yossef tome 1 édition 5745 page 7 ; Yalkout Yossef Mo’adim page 10] 

Toutefois, au début de la nuit, il est strictement interdit de réciter les Seli’hot, puisque nos maîtres les Kabbalistes écrivent, que celui qui dit les Seli’hot dans la première moitié de la nuit, « provoque un dégât au lieu d’une réparation ».

Séli’hot pour ceux qui habitent en dehors d’Israël 

Par contre, les habitants de ‘Houts La-Arets (les habitants de l’extérieur d’Israël) qui désirent réciter les Séli’hot avant que n’arrive l’heure de ‘Hatsot dans leur pays, comme les pays d’Europe par exemple, mais qu’en Israël l’heure de ‘Hatsot est déjà arrivée, certains disent qu’ils sont autorisés à le faire, puisque sur ce point, tout est tributaire d’Erets Israël. [Voir Yalkout Yossef Mo’adim page 10 ; Shou’t Yé’havé Da’at tome 1 chap.46 ; Hala’ha Béroura Tome 1 chap.1 ; ‘Hazon ‘Ovadia – Yamim Noraïm page 4. C’est également ainsi que tranche notre maître le Rav shalita dans ses Shiourim hebdomadaires ces dernières années].

Séli’hot à la Radio

Même s’il est interdit de réciter les Séli’hot durant les heures de la première moitié de la nuit, il est permis d’écouter les Séli’hot lorsqu’elles sont diffusées à la Radio à ce même moment (en différé), afin de se familiariser avec les riches mélodies des Séli’hot de la liturgie Séfarade.

Lorsqu’on écoute les Séli’hot retransmises par la Radio en direct (après l’heure de la moitié de la nuit), on répond aux 13 attributs de la Miséricorde Divine, ainsi qu’au Kaddish et autres passages à répondre. Cependant, si la diffusion n’est pas en direct mais en différé, il est interdit de répondre.

(Lorsqu’on écoute la lecture de la Méguila à Pourim par diffusion à la Radio, même si la diffusion est en direct, on ne peut s’acquitter de son devoir)

[Voir Yalkout Yossef – Téfila volume 2 édition 5764 page 11 ; ‘Hazon Ovadia – Yamim Noraïm page 21]

Séli’hot pour les étudiants en Yéshiva ou Kolel, ou pour des employés

Des étudiants en Yéshiva ou au Kolel, ou bien des érudits dans la Torah, qui étudient la Torah tard le soir, et pour qui le fait de se lever chaque matin pour les Séli’hot risquerait d’engendrer des négligences dans leur étude dans la journée, doivent s’efforcer de se lever au moins quelques matins du mois d’Eloul, afin de s’associer à la communauté pour réciter les Séli’hot, ou bien les lundis et jeudis du mois d’Eloul. De même, ils devront s’efforcer de se lever pour les Séli’hot durant les 10 jours de Téshouva (entre Rosh Ha-Shana et Yom Kippour).

[Voir Yalkout Yossef – Mo’adim page 11, selon explication dans Shou’t Yabiya Omer tome 2 sect.O.H chap.28 parag.8 et 9, ainsi qu’au tome 4 sect.Y.D chap.19 ; Shou’t Yé’havé Da’at tome 3 chap.44 ; Hazon Ovadia – Yamim Noraïm page 8

Tout ceci est également valable pour des enseignants Kodesh dans les écoles, pour qui le fait de se lever chaque matin pour les Séli’hot risquerait d’engendrer de la fatigue, qui aurait pour conséquence une négligence dans leur enseignement, ou bien des employés qui risqueraient de ne pas effectuer leur travail honnêtement. Toutes les personnes dans ces situations peuvent se contenter de se lever quelques matins du mois d’Eloul, comme expliqué précédemment.

[Voir Shou’t Yabiya’ Omer tome 2 sect.O.H chap.28 parag.8, en référence au Talmud Yéroushalmi sur Démaï (chap.7) ; Beit Yossef H.M fin du chap.334 ; RAMA chap.333 ; Hazon Ovadia – Yamim Noraïm page 10]

Lorsqu’on se lève pour les Séli’hot durant le mois d’Eloul et les 10 jours de Téshouva, il faut absolument se ressaisir et ne surtout pas somnoler pendant la lecture du Shéma et ses bénédiction, ainsi que pendant toute la durée de la prière. Particulièrement parce que l’on porte les Téfilin, desquels il est interdit de détourner son esprit, et avec lesquels on est tenu de préserver son corps dans la sainteté et la pureté.

Celui qui se laisse emporter par la somnolence alors qu’il porte les Téfilin, ou qu’il somnole durant la prière ou le Shéma’, perd son mérite de s’être lever pour les Séli’hot, et il aurait été préférable pour lui de se rendre seulement à la prière et de prier correctement plutôt que de se lever pour les Séli’hot, afin de préserver les éléments fondamentaux tout en ajoutant quelques mesures de piété, et non pas négliger le principale pour accomplir le supplément.

[Voir Yalkout – Yossef Mo’adim page 12 ; Hazon Ovadia – Yamim Noraïm page 10]                    

Les Séli’hot doivent être dites avec concentration, avec calme, lentement et avec l’expression d’une grande soumission à Hashem. En particulier, lorsqu’il s’agit des 13 attributs de la Miséricorde Divine (« Vaya’avor … »).

Il est important de comprendre ce que l’on dit, et de le dire avec un cœur brisé et soumis.

Par conséquent, les gens qui ont pour usage de dire les paragraphes de « ‘Anénou Avinou ‘Anénou » et « ‘Assé Lé-Ma’an Shémé’ha » avec une grande rapidité et dans la précipitation n’agissent pas de façon correcte, et doivent abolir un tel usage et dire ces paragraphes lentement.

De même, les personnes qui s’arrachent au sommeil et viennent à la synagogue « pour faire entendre leurs voix dans les hauteurs », en disant les Séli’hot comme on chante divers cantiques et autres mélodies, ces gens héritent deux parts du Guéhinam et perdent tout le mérite de s’être lever pour Séli’hot.

En effet, il s’agit de dire des Séli’hot et non des cris !

Lors du Widdouï (« Ashamnou, Bagadnou … ») et des Séli’hot, chacun se doit d’inspecter ses actes et revenir vers Hashem dans un repentir total et sincère, d’augmenter les Mitsvot et les bonnes actions, à l’approche du jour du jugement où les mérites et les fautes de l’individu sont pesés.

[Voir Yalkout Yossef – Mo’adim page 13 ; Hazon Ovadia – Yamim Noraïm pages 20,25]

Réciter les Birkot Ha-Torah avant les Séli’hot

Dans le Beit Yossef (O.H 46), MARAN cite une divergence d’opinion concernant le fait de prononcer des versets du TANA’H sans avoir au préalable récité les Birkot Ha-Torah (les 2 bénédictions que l’on récite chaque jour pour être autorisé à étudier la Torah. « … Asher Kiddéshanou Bé-Mitsvotav Vé-Tsivanou ‘Al Divré Torah » et « … Asher Ba’har Banou Mi-kol Ha-‘Amim … »).

Selon le EGOUR au nom du MAHARAM de Rottenbourg, lorsqu’on prononce des versets seulement en guise de supplication et prière et non dans un but d’étude, il n’est pas nécessaire de réciter les Birkot Ha-Torah.

Mais selon le RAAVAD, il faut les réciter même dans ce cas.

Le MAHARYL semble avoir 2 opinions sur ce point.

En effet, dans les « Minhaguim du MAHARYL » (règles de la prière page 61b), il partage l’opinion du RAAVAD selon qui il faut réciter les Birkot Ha-Torah même lorsqu’on prononce des versets seulement en guise de supplication et non d’étude.

Mais dans l’une de ses Tshouvot (chap.150), il partage plutôt l’opinion du MAHARAM de Rottenbourg selon qui il n’est pas nécessaire de réciter les Birkot Ha-Torah dans ce cas.

Le Or’hot ‘Haïm pense lui aussi qu’il faut réciter les Birkot Ha-Torah même pour prononcer des versets dans un but de supplication et de prière.

Dans le Shoul’han ‘Arou’h (O.H 46-9), MARAN cite en premier l’opinion du RAAVAD selon qui il faut réciter les Birkot Ha-Torah, et ensuite l’opinion du MAHARAM  de Rottenbourg selon qui ce n’est pas nécessaire.

MARAN termine en précisant « qu’il est juste de prendre en considération la première opinion ».

Le RAMA précise pour sa part que l’usage est conforme à la deuxième opinion.

Dans l’une de ses Tshouvot (chap.56), le MAHARSHAL affirme lui aussi que sur ce point, l’usage Ashkénaz se réfère à l’opinion du MAHARYL selon qui il n’est pas nécessaire de réciter les Birkot Ha-Torah dans ce cas.

Du point de vue de la Hala’ha, le fait que MARAN a conclut ses propos par les termes « il est juste de prendre en considération la première opinion », indique apparemment que ceci n’est pas une véritable exigence de la Hala’ha, mais seulement une rigueur supplémentaire.

Il est vrai que selon le principe, chaque fois que MARAN cite 2 opinions contradictoire, l’une sous forme anonyme (« Stam »), et l’autre introduite par les termes « selon certain » (« Yesh »), nous retenons la première opinion citée comme étant l’exigence de la Hala’ha, cependant, ceci n’est valable que lorsque MARAN n’exprime pas explicitement son avis.

 Ce qui n’est pas le cas ici où MARAN termine en ajoutant : « il est juste de prendre en considération la première opinion ».

Ce qui signifie qu’il ne s’agit ici que d’une rigueur supplémentaire.

Cette analyse est celle de certains A’haronim comme le Gaon auteur du Shou’t ’Hikré Lev (sect.O.H chap.9), ou le Gaon auteur du Aro’h Ha-Shoul’han (chap.46 note 14).

Cependant, dans l’une de ses Tshouvot (Peer Ha-Dor chap.104), le RAMBAM écrit explicitement qu’il est nécessaire de réciter les Birkot Ha-Torah même pour la prononciation d’un seul verset, aussi bien lorsqu’on le prononce dans un but de supplication et de prière, aussi bien lorsqu’on le prononce pour étudier.

Or, nous savons que MARAN n’a eu connaissance que du Mishné Torah du RAMBAM et non de ses Tshouvot, puisqu’elles n’avaient pas encore été publiées de son temps.

Ce paramètre peut nous inciter à penser que si MARAN avait vu la Tshouva du RAMBAM, il aurait très certainement tranché selon le Din l’exigence de réciter les Birkot Ha-Torah même pour prononcer un verset en guise de supplication.

C’est d’ailleur l’analyse que fait notre maitre le ‘HYDA dans son livre Birké Yossef (O.H 46 note 14), ainsi que dans son livre Shou’t Yossef Omets (chap.66) où il objecte sur les propos du Gaon auteur du Shou’t ’Hikré Lev précédemment cité.   

Séli’hot sans Minyan

Il est certain que le fait de réciter les Seli’hot en étant seul, sans la présence d’une assemblée de 10 juifs (et qu’on le fait à une heure propice à la récitation des Seli’hot), est aussi considéré comme une bonne chose, car qui est comparable à Hashem, à chaque fois que nous l’implorons, et même une prière dite en étant seul, est écoutée par Hashem. Or, les Seli’hot sont des supplications et des demandes auprès d’Hashem, afin qu’Il nous ramène à Lui dans un repentir sincère, qu’Il nous pardonne nos fautes, et qu’Il renouvelle pour nous une bonne année.

Cependant, il y a quelques passages des Seli’hot qu’une personne ne peut pas dire lorsqu’elle est seule.

En effet, concernant la récitation des 13 Attributs de la Miséricorde Divine (… Hashem, Hashem, E-l Rah’oum Veh’anoun …qui sont inclus dans le passage de « Vaya’avor »), sans la présence d’un Minyan, il existe une Ma’hloket (une divergence d’opinions Hala’hic) parmi les Rishonim (décisionnaires de l’époque médiévale), et nous allons nous efforcer, avec l’aide d’Hashem, dans tracer les grandes lignes.

Le TOUR (Ora’h ‘Haïm chap.565) rapporte au non de Rabbenou Natan Gaon qu’un particulier ne dit pas les 13 Attributs de la Miséricorde Divine, sans la présence d’un Minyan.

Mais le TOUR écrit ensuite qu’il ne comprend pas pourquoi le particulier n’aurait pas le droit de les dire, puisque – selon le TOUR – les 13 Attributs de la Miséricorde Divine ne sont pas considérées comme « DAVAR SHEBAKDOUSHA » (textes sacrés qui nécessitent la présence d’un Minyan, comme le Kaddish, la Kédousha ou Bare’hou)

Sur place dans le Beit Yossef, MARAN fait effectivement mention de cette opinion de Rabbenou Natan Gaon, rapporté également par Rav ‘Amram Gaon (Seder Rav ‘Amram Gaon Tome 2 chap.59) selon laquelle, un particulier ne dit pas les 13 Attributs de la Miséricorde Divine.

MARAN précise que c’est également l’opinion du RASHBA, puisqu’il écrit dans une Tshouva :

« Il semble logique que si les 13 Attributs de la Miséricorde Divine sont dites en tant que prière et supplication, elles ne doivent pas être dites lorsqu’on est seul, puisqu’elles sont considérées comme DAVAR SHEBAKDOUSHA, comme nous l’apprenons de la Guemara Rosh Hashana (17b) :

Hashem s’est enveloppé d’un Talit, comme un officiant, et a dit à Moshé Rabbenou : « Lorsqu’ Israël exécuteront ce cérémonial devant moi (la récitation des 13 Attributs de la Miséricorde Divine), je leur pardonnerai immédiatement »

Explication : Puisque la Guemara dit « Hashem s’est enveloppé d’un Talit comme un officiant », et puisqu’ Hashem précise les termes « lorsqu’Israël exécuteront », le RASHBA en déduit qu’elles ne peuvent être dites qu’en présence d’un Minyan.

Hashem a conclu une alliance avec Israël, selon laquelle, chaque fois que les 13 Attributs de la Miséricorde Divine seront récités, elles ne seront jamais inefficaces.

La force particulière des 13 Attributs de la Miséricorde Divine, réside dans le fait qu’elles sont récitées par une collectivité, qui se réunie, qui implore la pitié d’Hashem, qui dirige son cœur vers Hashem, qui donne la Tsedakka, à ce moment là, Hashem ne les décevra pas.      

Par contre - conclu le RASHBA – on peut tout à fait les réciter comme on lirait n’importe quel autre texte de la Torah (en respectant les Ta’amim – les signes liturgiques) »

MARAN cite également l’opinion de Rabbi David ABOUDARHAM qui écrit (page 251) que Rabbenou Yona est du même avis que le TOUR, selon lequel, on peut réciter les 13 Attributs de la Miséricorde Divine, même en tant que prière et supplication, et cela même sans la présence d’un Minyan.

Cependant, MARAN termine en disant que les gens ne se comportent pas ainsi, et lorsqu’il n’y a pas la présence d’un Minyan, ils ne disent pas les 13 Midot de Ra’hamim, en tant que prière et supplication.

Dans le Shoul’han Arou’h (Ora’h ‘Haïm chap.565 parag.5), MARAN tranche selon l’opinion qui interdit de réciter les 13 Midot de Ra’hamim sans la présence d’un Minyan, mais par contre, nous pouvons les dire de la façon avec laquelle nous lisons la Torah, c’est à dire avec les Ta’amim (les signes qui indiquent de quelle façon il faut chanter les versets de la Torah).

Le particulier peut également dire le paragraphe de EL MELE’H YOSHEV ‘AL KISSE RA’HAMIM, malgré qu’il y est mentionnée la phrase « ZE’HOR LANOU HAYOM BERIT SHELOSH ‘ESRE – Souviens Toi pour nous aujourd’hui de l’alliance des 13 Attributs de la Miséricorde Divine », alors que le particulier ne dit pas les 13 Attributs de la Miséricorde Divine, comme nous l’avons expliqué. 

Nous pouvons donc conclure que la récitation des 13 Attributs de la Miséricorde Divine mentionnés dans le Séli’hot (comme dans le texte du Tah’anoun quotidien, ou dans les prières de Yom Kippour) est interdite pour une personne qui prie seule. Si elle désire malgré tout les dire, elle peut le faire en respectant les Ta’amé Ha-Mikra, comme une personne qui lit la Torah, et de cette façon, il n’y a pas d’interdit, comme tranche notre maître le ‘HYDA dans son livre Birké Yossef (chap.131 note 6).

Pour les passages des Seli’hot qui sont composés en araméen, comme Ra’hamana, De’ané Le’aniyé, Ma’hé Ou-Massé, ou autre, il est également expliqué dans les Poskim que la personne seule n’est pas autorisée à les dire.

Parmi ces Poskim :

L’auteur du Shibolé Haleket (chap.282) ; l’auteur du Sefer Ha-Tanya (chap.72) ; l’auteur du Yossef Omets (Yozfa) (chap.552) ; l’auteur du Eliya Rabbah ; l’auteur du Maté Efraïm ; l’auteur du Kitsour Shoul’han ‘Arou’h…, par opposition à l’opinion de l’auteur du Kaf Ha-‘Haïm (sur O.H chap.581 note 26) qui autorise la récitation des passages en araméen, même sans Minyan.

Notre maître le Rav Ovadia YOSSEF Shalita tranche dans son livre ’Hazon Ovadia - Yamim Noraïm (page 11) selon la majorité des Poskim qui interdisent de réciter les passages en araméen sans la présence d’un Minyan.

La raison réside dans le fait que lorsque les Béné Israël sont réunis en assemblée (Minyan), la She’hina (Présence Divine) réside parmi eux, et ils n’ont pas besoin de l’aide des Anges du Service Divin pour que leur prière soit acceptée, mais lorsqu’une personne du peuple d’Israël est seule, la She’hina ne l’accompagne pas, et cette personne a besoin de l’aide des Anges du Service Divin pour que sa prière soit acceptée, comme c’est expliqué dans la Guemara Shabbat (12b).

Or, étant donné que les Anges du Service Divin ne comprennent pas l’araméen, la personne qui se trouve seule ne doit pas exprimer ses demandes personnelles en araméen, mais plutôt utiliser le meilleur moyen dans cette situation, en exprimant ses demandes personnelles en hébreu.

Conclusion:

Le jour de Rosh ‘Hodesh Eloul, Hashem demanda à Moshé Rabbenou de remonter de nouveau dans la montagne du Sinaï où il y resta de nouveau 40 jours et 40 nuits, pour recevoir les deuxièmes Tables de la Loi, signe du pardon Divin sur la faute du Veau d’Or. Il redescendit le 10 Tishré, jour de Yom Kippour.

C’est la raison pour laquelle les juifs Sefaradim et les juifs originaires du Moyen Orient ont la tradition à partir de ce jour là, de se lever plus tôt que d’habitude et de se rendre à la synagogue chaque matin durant 40 jours, jusqu’à Yom Kippour, pour dire les Séli’hot (supplications). Mais nous ne disons pas de Séli’hot le jour de Rosh ‘Hodesh lui-même, ni les jours de Shabbat.

Par conséquent, cette année (5771) où Rosh ‘Hodesh Eloul est tombé mardi 30 et mercredi 31 aout, nous commencerons à dire les Seli’h’ot - B’’H - à partir de jeudi matin (01.09.11).

Les communautés des Ashkenazim n’ont pas la tradition de dire les Séli’hot depuis Rosh ‘Hodesh Eloul, mais ils ont la tradition de sonner du Shofar chaque matin à partir de ce jour là, après la Tefila de Sha’harit (l’office du matin)

La tradition chez les Ashkenazim est de débuter les Séli’hot à partir du dimanche qui précède Rosh Ha-Shana.

Si Rosh Ha-Shana tombe un lundi où un mardi, ils débutent du dimanche de la semaine d’avant.

Par conséquent, cette année où le 1er Yom Tov de Rosh Ha-Shana (5772) tombe un jeudi (29.09.11), les Ashkenazim débuteront les Selih’ot - avec l’aide d’Hashem - à partir du dimanche 26 Eloul (25.09.11), ce qui correspond à 4 jours avant Rosh Ha-Shana.

Nous ne pouvons dire les Séli’hot qu’à partir de ‘Hatsot Laïla (la moitié de la nuit).

Il est strictement interdit de les dire au début de la nuit, avant ‘Hatsot Laïla.

La tradition la plus répandue est de dire les Séli’hot dans les premières heures du jour, juste avant la prière de Sha’harit.

On peut les dire jusqu’à l’heure à partir de laquelle on peut prier Min’ha (1/2 heure après ‘Hatsot Ha-Yom – la moitié de la journée).

Cependant, les personnes qui ne peuvent pas les dire entre ‘Hatsot Laïla et l’heure à partir de laquelle on peut prier Min’ha, peuvent les dire juste avant de prier la prière de Min’ha.

Par contre, les habitants de ‘Houts La-Arets (les habitants de l’extérieur d’Israël) qui désirent réciter les Seli’hot avant que n’arrive l’heure de ‘Hatsot Laïla dans leur pays, comme les pays d’Europe par exemple, mais qu’en Israël l’heure de ‘Hatsot Laïla est déjà arrivée, s’ils désirent les dire à l’heure de ‘Hatsot Laïla d’Erets Israël, ils ont sur qui s’appuyer dans la Hala’ha.

C’est ainsi que tranche notre maître le Rav Ovadia YOSSEF shalita dans ses Shiourim hebdomadaires de ces dernières années.

On doit impérativement réciter les Birkot Ha-Torah (« Barou’h Ata … ‘Al Divré Torah » et « Barou’h Ata … Asher Ba’har Banou … »)

Il est permis de réciter les Seli’hot sans la présence du Minyan (10 hommes juifs).

Cependant, certains passages – comme les 13 Attributs de la Miséricorde Divine (… Hashem, Hashem, E-l Ra’houm Veh’anoun …qui sont inclus dans le passage de « Vaya’avor ») ou les passages qui sont composés en araméen, comme Ra’hamana, De’ané Le’aniyé, Ma’hé Ou-Massé – nécessitent impérativement la présence du Minyan pour être récités.

Par contre, nous pouvons dire les 13 Attributs de la Miséricorde Divine de la façon avec laquelle nous lisons la Torah, c’est à dire avec les Ta’amim (les signes qui indiquent de quelle façon il faut chanter les versets de la Torah).

Le particulier peut également dire le paragraphe de EL MELE’H YOSHEV ‘AL KISSE RA’HAMIM, malgré qu’il y est mentionnée la phrase « ZE’HOR LANOU HA-YOM BERIT SHELOSH ‘ESRE – Souviens Toi pour nous aujourd’hui de l’alliance des 13 Attributs de la Miséricorde Divine », alors que le particulier ne dit pas les 13 Attributs de la Miséricorde Divine, comme nous l’avons expliqué.

 

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