Grand est le repentir qui monte jusqu'au Trône Céleste

Le Talmud (Bava Métsia' 84a) relate l'épisode de Rech Lakich, qui était chef de brigands, qui a vu Rabbi Yo'hanan se laver dans le Jourdain et qui a sauté après lui dans l'eau. Rabbi Yo'hanan lui dit: Ta force doit être réservée pour porter le joug de la Torah. Si tu te repens, je te donne ma sœur en mariage. Rech Lakich acquiesça, mais quand il voulut repartir, il ne pouvait plus traverser le Jourdain... Il s'engagea dans l'étude de la Torah avec Rabbi Yo'hanan, et quand ils sont arrivés à la loi concernant l'impureté du couteau et de l'épée, Rech Lakich a expliqué à Rabbi Yo'hanan qu'ils reçoivent l'impureté quand on les frotte dans l'eau. Rabbi Yo'hanan lui dit alors: Tu étais brigand et tu t'y connais dans les affaires de brigandage. Rech Lakich lui fit alors remarquer: A quoi bon? Ici on m'appelle Rabbi et là-bas (chez les brigands), je portais aussi le titre de Rabbi. Rabbi Yo'hanan lui répondit alors: Cela t'a oui servi, car tu t'es réfugié sous les ailes de la Chékhinah.

Ce passage semble à première vue très obscur et difficile à comprendre. Comment une bouche aussi sainte que celle de Rech Lakich peut-elle s'exprimer de la sorte? Ne ressent-il pas une différence entre son état actuel et son état précédent? Rachi explique: Il portait le nom de Rabbi, quand il était chef des brigands, ce qui ne fait qu'envenimer la question: La différence n'est-elle évidente entre un maître d'Israël et un grand assassin, entre un grand Sage de la Torah et un brigand notoire. Rabénou Tam explique que Rech Lakich avait auparavant de grandes connaissances de la Torah, mais qu'il s'était dépravé par la suite. Il a donc bien raison de rappeler à Rabbi Yo'hanan son titre de Rabbi. Le problème n'est toutefois pas résolu, et les écueils restent. Le Maharcha explique que lorsque Rabbi Yo'hanan a attaqué Rech Lakich en le qualifiant de brigand expert, Rech Lakich lui expliqua qu'avant de faire partie des brigands, il savait que le couteau et l'épée deviennent impurs quand on les frotte dans l'eau, qui représente l'étape finale de leur fabrication. Rachi fait remarquer que Rech Lakich a éprouvé de la peine en se faisant rappeler son passé de brigand par Rabbi Yo'hanan... Il est vrai que Rech Lakich avait de grandes connaissances en Torah avant de passer au rang des brigands et de se dépraver. En fin de compte, Rabbi Yo'hanan l'a ramené sur le bon chemin et rapproché des ailes de la Providence divine.

Véich, un homme, possesseur d'une chose sainte, peut en disposer, avons-nous vu plus haut. Nous savons que l'homme a été créé avec de grandes forces grâce auxquelles il peut servir Son Créateur: ses trois cent soixante-cinq tendons et ses deux cent quarante-huit membres correspondent aux six cent treize mitsvoth de la Torah, et plus on déploie d'efforts dans l'étude de la Torah, plus on en reçoit une illumination grâce à laquelle on peut éliminer le mauvais penchant. Et si, à Dieu ne plaise, on succombe au péché, on se fait envelopper d'une écorce (kelipah) et entourer de ténèbres (Makoth 23a; Zohar I, 170b; Matan Torah 32a). Toutefois, si on revient sincèrement de tout cœur à Dieu, et accepte le joug de la Torah et de la Royauté du Ciel, on se débarrasse de cette écorce.

Le verset ne dit pas ICh, mais VéICh. La lettre vav (val. num. 6) nous apprend que l'homme a été créé le sixième jour de la semaine (Genèse 1:27; Sanhédrine 38a) dans la pureté et la sainteté, comme de la semoule raffinée. L'Eternel lui a alors touché la bouche, comme il est écrit: Il insuffla dans ses narines un souffle de vie (Genèse 2:7) pour imprégner de Sa pureté et de Sa sainteté ses trois cent soixante-cinq tendons et deux cent quarante-huit membres. Il dispose alors de la chose sainte, c'est-à-dire des six cent treize mitsvoth de la Torah. Mais quand il descend au niveau de ICh et pèche, puis fait une pénitence complète devant le pontife, c'est-à-dire le Saint, béni soit-Il, l'Eternel le ramène vers Lui et accepte sa téchouvah, aspect des paroles du prophète: Vos péchés fussent-ils comme le cramoisi, peuvent devenir blancs comme neige (Isaïe 1:18).

Nous voyons de là l'importance de la téchouvah à laquelle on accède par l'étude intensive de la Torah, et grâce à laquelle, comme nous l'avons vu, les péchés se transforment en mérites, la personne renaît et son corps revient à la sainteté qu'il revêtait le sixième jour de la Création.

Revenons au dialogue entre Rech Lakich et Rabbi Yo'hanan. Quand Rech Lakich a vu Rabbi Yo'hanan dans le fleuve, il croyait que c'était une femme. Il a alors immédiatement sauté dans l'eau. Toutefois, quand il a remarqué par la suite que c'était un homme, il aurait pu lui faire du mal, car n'oublions pas qu'il était un chef de brigands. S'il s'en est abstenu et a commencé à lui parler, c'est donc que déjà au début, il s'est avoué sa faute et compris à quel bas niveau spirituel il était descendu en prenant Rabbi Yo'hanan pour une femme. Il a alors commencé à penser à se repentir. Rabbi Yo'hanan, qui s'en est rendu compte, a profité de l'occasion pour le faire revenir sur la voie de la Torah et de la téchouvah...

Rech Lakich pensait qu'il avait eu des pensées de repentir avant que Rabbi Yo'hanan lui parle. Preuve en est: Où pouvons-nous trouver un chef de brigands qui, après une seule discussion, change radicalement de voie? C'est pourquoi Rech Lakich a dit à Rabbi Yo'hanan: Là-bas on m'appelait Rabbi, et ici on m'appelle [aussi] Rabbi. En d'autres termes, il est vrai que lorsque je t'ai rencontré, j'étais le chef des brigands, mais dès que j'ai pensé à faire téchouvah là-bas (du Ciel), on m'a appelé Rabbi, car il y en a qui mérite le Monde Futur en un instant (Avodah Zarah 10a). Ainsi, quand j'ai accepté sur moi le joug de la Torah et pensé au repentir, je me suis sanctifié, et je n'ai pas pu traverser le Jourdain au retour, car la Torah épuise les forces de l'homme (Sanhédrine 26b). On m'a nommé Rabbi du Ciel même que j'étais encore le chef des brigands car j'ai accepté de m'engager dans l'étude de la Torah pour l'amour même de la Torah, sans aucune arrière-pensée. Mais quand tu m'as proposé ta sœur comme femme au prix de mon étude, tu m'a mis sérieusement à l'épreuve, car mon étude n'est plus lichmah! Tu ne m'as donc rendu aucun service, et si j'ai décidé de me repentir, ce n'est pas pour toi ou à cause de toi!

Rabbi Yo'hanan considérait toutefois que Rech Lakich avait fait téchouvah pour lui et grâce à lui, car c'est à cause de lui que Rech Lakich a sauté dans l'eau en le prenant pour une femme. Quand il a appris que Rech Lakich pensait qu'il n'était pas la cause première de son retour à la Torah, et qu'en vérité il l'avait mis à l'épreuve car il devait s'engager dans l'étude de la Torah pour un intérêt personnel, il s'est mis sérieusement en colère contre lui, et Rech Lakich est mort à cause de cela.

Le Midrach (Bava Métsia' 84a) raconte que lorsque Rech Lakich était malade, sa femme (la sœur de Rabbi Yo'hanan) vint chez Rabbi Yo'hanan pour l'implorer de prier pour son mari. Rabbi Yo'hanan lui répondit alors: Laisse-là tes orphelins, moi je pourvoirai à leur subsistance (Jérémie 49:11), et il a refusé d'avoir pitié de Rech Lakich, son beau-frère. Car la femme considérait aussi que son mari s'était repenti et engagé dans l'étude de la Torah, non pour l'épouser, mais par amour même de l'étude, et que sa téchouvah visait exclusivement à sanctifier les trois cent soixante-cinq tendons et les deux cent quarante-huit membres de son corps, et à faire plaisir à Son Créateur, aspect de Il appartient au pontife (Dieu).

Nous trouvons aussi que Rabbi Yo'hanan était affligé par la perte d'un disciple aussi brillant que Rech Lakich. On lui envoya Rabbi El'azar ben Pédath, qui trouvait 24 preuves à tout ce que Rabbi Yo'hanan enseignait, alors que Rech Lakich posait vingt-quatre kouchyoth (questions) et lui fournissait vingt-quatre réponses. Rabbi Yo'hanan finit par perdre la raison. Les Sages implorèrent la miséricorde divine pour lui, et il mourut après avoir compris la raison réelle pour laquelle Rech Lakich s'était repenti: l'amour même de l'étude de la Torah et non le mariage avec la sœur de Rabbi Yo'hanan. Il revêtait l'aspect de Possesseur d'une chose sainte, on peut en disposer: VéICh ETh KéDoChaV LO YiHYOuH dont la valeur numérique (plus 4 pour les quatre mots) est similaire à celle de RaBaN CHiM'ON BeN LaKICH. Sa téchouvah est montée jusqu'au Trône Céleste.

 

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