Le secret de D. est réservé à ceux qui Le craignent - La sainteté du signe de l’Alliance

« L’Eternel se montra à lui dans les plaines de Mamré » (Béréshit 18:1). « Pourquoi dans les plaines de Mamré? Béni soit le Nom de D. qui ne prive aucune créature de sa récompense » (Babba Kamma 38b, Nazir 23b). Avraham avait trois amis, Anèr, Eshkol et Mamré. Lorsque D. dit à Avraham de se circoncire en signe d’Alliance, il alla consulter ses amis. Anèr lui dit: « Tu veux te rendre infirme, et permettre aux proches des rois que tu as tués de te tuer? Tu ne pourras pas leur échapper! » Avraham le quitta et alla chez Eshkol qui lui dit: « Tu es vieux, tu perdras beaucoup trop de sang, et tu mourras ». Avraham le quitta et se rendit chez Mamré et lui demanda: « Que me conseilles-tu? » Mamré lui répondit: « C’est à ce sujet que tu me demandes conseil? Celui qui t’a sauvé de la fournaise ardente (Béréshit 38:19) et a fait pour toi tant de miracles, qui t’a sauvé des rois qui, n’était-ce Sa Toute-Puissance, t’auraient tué, Celui qui a veillé sur tous tes membres te demande un petit morceau de chair et tu ne sais pas quoi faire? Fais ce qu’Il te commande! » Le Saint, béni soit-Il, dit à Mamré: « Tu lui as donné le conseil de se circoncire, Je ne Me révélerai à lui que dans ton domaine », c’est ce qui est écrit « L’Eternel se montra à lui dans les plaines de Mamré » (Tanh’ouma Vayéra 3, voir aussi Béréshit Rabba 42:14).

Tous les commentateurs sont remplis d’étonnement. Comment est-il possible de dire qu’Avraham, cet homme pieux qui avait surmonté tant d’épreuves, demanda conseil pour savoir s’il devait obéir à D. ou non? Avait-il des doutes quant à l’un des commandements de D.?

Le Siftey H’ach’amim pose une autre question. Pourquoi demande-t-il conseil justement à propos de la circoncision?

L’Admor de Satmar, de mémoire bénie, demande quant à lui: « Si Anèr, Eshkol et Mamré avaient le mérite d’être les alliés d’Avraham (Béréshit 14:13), ils étaient certainement des gens nobles, sinon Avraham ne les aurait pas choisis pour amis et alliés et il ne les aurait pas consultés. Comment des gens de cette stature ont-ils pu dire à Avraham de ne pas faire ce que D. lui commandait? Ne savaient-ils pas que ce n’était pas une chose facultative mais un ordre, ce que seul Mamré avait compris? »

Pour expliquer le Midrash, il faut tout d’abord citer ce que le Réem dit à ce sujet: « Avraham les a consultés afin de les tester et de savoir s’ils craignaient vraiment D. et s’assurer qu’ils continueraient à être des alliés fidèles comme par le passé, ou si leur crainte de D. n’était que superficielle, auquel cas il lui serait impossible de se fier à eux ». Et le Réem continue: « Il se peut aussi qu’Avraham ait su qu’ils lui conseilleraient de ne pas se circoncire, et il ne leur demanda leur avis qu’afin d’entendre leurs arguments et les repousser, ce qui lui permettrait de sanctifier le Nom de D. ouvertement ».

La première explication semble peu probable. D’abord, les raisons qu’ils ont fait valoir ne nous révèlent rien de leur amour ou manque d’amour envers Avraham, au contraire, ils lui donnent des raisons sensées, pour son bien, lui disant de ne pas se mettre en danger par une éventuelle hémorragie. Il est vrai qu’ils auraient dû avoir confiance en D., mais leurs arguments sont rationnels, ne constituent pas une preuve qu’ils ne sont pas parvenus à un niveau spirituel élevé, et n’indiquent pas un manque d’amour pour Avraham. De plus, ils savaient par expérience qu’Avraham ne craignait pas de risquer sa vie avec enthousiasme pour faire la volonté de D. comme il est écrit (Téhilim 66:12): « Nous avons passé par le feu et par l’eau, mais Tu nous a remis dans l’abondance » et (Téhilim 69:2): « Sauve-moi ô D! car les flots m’ont atteint » - Ce feu est le feu de la fournaise ardente allumée par Nimrod (Béréshit Rabba 38:19) et cette eau est l’eau de la rivière « lorsqu’il était en chemin pour le sacrifice d’Yits’hak, le Satan s’opposa à lui sous la forme d’une rivière » (Tanh’ouma Vayéra 22, Yalkout Shimoni 99). Pourquoi les consulter?

Il est clair que les amis d’Avraham ont cru que ce commandement était facultatif, et c’est pourquoi ils se sont prononcés contre. Mais si Avraham leur cachait que son intention réelle était de les mettre à l’épreuve, la question se repose: quelle preuve avons-nous de leur affection, ou de leur manque d’affection?

Par ailleurs, l’explication donnée par le Réem ne répond pas de façon satisfaisante au Siftey H’ach’amim, à savoir pourquoi Avraham ne demande pas conseil pour les autres épreuves et les autres commandements? Pourquoi justement demanda-t-il conseil à propos de la circoncision?

Le Siftey H’ach’amim déclare: « Sans doute, Avraham n’avait-il pas besoin de demander conseil pour les autres commandements, car dans le cas où il aurait reçu par la suite un tel ordre de D., cela ne l’aurait pas empêché d’accomplir un tel acte avant d’y être obligé, puisqu’il pouvait toujours le refaire par la suite, après en avoir reçu l’ordre, ce qui n’est pas le cas de la circoncision - une fois circoncis, il ne peut pas se circoncire à nouveau ».

C’est dire qu’il prit conseil avant d’avoir reçu l’ordre de D. et il a demandé s’il devait pratiquer la circoncision sans y être obligé, ou bien s’il valait mieux attendre d’y être astreint? Ce n’est que pour la circoncision que se pose une telle question, car elle ne peut se pratiquer deux fois.

Cette explication soulève une grande difficulté. Si toute la question était de savoir s’il valait mieux attendre de recevoir l’ordre de faire une chose qui ne peut se faire qu’une fois, et c’est pourquoi Anèr et Eshkol lui ont répondu de ne pas le faire, il a déjà été dit (Kidoushin 31a): « Celui qui agit sur ordre a plus de mérite que celui qui le fait de son propre chef ». Et donc, le conseil d’Anèr et Eshkol (de ne pas agir et d’attendre) est meilleur que le conseil de Mamré, qui lui dit d’agir tout de suite, sans tarder.

De plus, d’après le Siftey H’ach’amim, Avraham demanda leur avis avant d’avoir reçu le commandement de D. (car après, il n’y a plus lieu de mettre en avant l’argument que « celui qui reçoit un ordre a plus de mérite que celui qui n’en reçoit pas ») et ce n’est pas le cas! Les Midrashim disent explicitement que « lorsque D. lui dit de se circoncire il alla demander conseil », et pas avant.

Cela nous conduit à une explication différente. A propos du verset « Faisons l’Homme à Notre image et à Notre ressemblance » (Béréshit 1:26), Rashi rapporte le Midrash (Béréshit Rabba 8:7): « Bien que les anges ne L’aient pas aidé dans la création de l’Homme, et que le pluriel utilisé puisse donner lieu à l’hérésie de croire qu’il y a plusieurs divinités, la Torah ne se prive pas [à cause de ceux qui veulent se tromper] d’enseigner une leçon de morale et de donner un exemple d’humilité à tout être puissant, qui doit parfois consulter et demander l’avis de ses inférieurs ». Autrement dit, si un homme important ne veut pas demander l’avis de plus humble que lui, et dit: « Qu’y a-t-il de commun entre nous? on lui rétorquera: « Prends exemple sur ton Créateur qui a créé le ciel et la terre, et qui, sur le point de créer l’homme, demanda l’avis des anges ». Le Midrash ajoute l’opinion de Rabbi Shimon ben Lakish: « Il n’y eut aucune consultation ». Le Etz H’ayim (ad. loc.) explique: « Faisons l’homme, n’exprime pas le fait que D. consulta qui que ce soit, mais qu’Il s’exprime comme un maître qui parle à ses serviteurs pour savoir ce qu’ils pensent... de toutes façons, il fera ce qu’il veut, afin de leur montrer que c’est lui qui détient le pouvoir et qu’il a la capacité de faire plus que tout ce qu’ils peuvent imaginer ».

Le Midrash propose une analogie: « C’est comme un roi qui se promène au seuil de son palais et voit une grande pierre de taille abandonnée. Il demande à ses gens que faire de cette pierre. Certains lui proposent d’en faire un sauna, d’autres lui disent d’en faire une maison de bains, et alors le roi déclare: Je vais en faire un monument et nul ne peut m’en empêcher ». Le Etz Yossef explique: « Les serviteurs ont pensé que d’une chose tellement insignifiante le roi ne pourrait tirer que quelque chose d’insignifiant, comme des saunas et des maisons de bains, mais le roi leur répondit qu’il allait en faire un monument à Sa propre Gloire ».

« L’analogie réside en ce que D. a dit aux anges « faisons l’Homme » afin de voir ce que chacun d’eux pensait, et chacun répondit selon son entendement, car ils ne concevaient pas que l’homme serait plus qu’un animal, mais D. leur dit: Il sera à Mon image et à Ma ressemblance ».

C’est une chose étonnante, qui demande à être expliquée. Si l’on prend conseil auprès d’un inférieur, si on lui demande son avis, cela signifie que l’on accorde de l’importance à ce qu’il pense et que l’on tiendra compte de son avis dans la décision finale. Mais par ailleurs, il est dit (le Midrash ibid., Sanhédrin 38b): « Lorsque D. décida de créer l’homme, il prit conseil auprès des anges, leur disant: Faisons l’Homme à Notre image et à Notre ressemblance. Les anges répondirent: Maître du monde! Qu’est l’homme pour que Tu penses à lui? Le fils de l’Homme pour que Tu le protèges? » (Téhilim 8:5). Il ne mérite pas d’être créé! Rav Houna de la ville de Tzipori ajoute: Tandis que les anges discutaient entre eux du sujet et remuaient la question, D. avait déjà créé l’Homme ». Cela prouve que l’avis des anges ne changea rien, et par conséquent, pourquoi leur demander leur avis?

C’est qu’il y a nombre de points de vue et nombre d’opinions pour évaluer chaque situation dans tous ses aspects. Il y a d’une part l’opinion des anges, qui pensent, pour des raisons qui leur sont propres, qu’il vaut mieux ne pas créer l’Homme, mais d’autre part, il y a la raison du Roi du monde, et nulle créature ne peut sonder Sa volonté, car « vos pensées ne sont pas Mes pensées et vos voies ne sont pas Mes voies, dit l’Eternel » (Ishaya 55:8).

Cela nous permet de comprendre le cas d’Avraham. Il est allé demander conseil à ses amis afin d’enseigner à tous la qualité d’humilité nécessaire au maintien de bonnes relations, et pour nous montrer qu’il existe plus d’un point de vue et plus d’une façon de servir D., celle d’Anèr et Eshkol, et celle de Mamré.

Nous pouvons comprendre de deux façons différentes le sens de la discussion entre Avraham et ses amis.

La première concerne le bons sens. La question était de savoir si l’intelligence et la logique exigent de pratiquer la circoncision ou non. A cela, Anèr et Eshkol ont répondu selon leur entendement que ni l’intelligence, ni la réalité n’obligent à la circoncision, à cause du danger qu’elle représente. Par contre, Mamré avance que si telle est la volonté et l’ordre de D., il existe une autre vérité dont il faut tenir compte, et ce qui semble à nos yeux chose impossible et irréelle traduit justement la réalité qui nous impose cette obligation.

Il existe un autre sens, qui nécessite une brève introduction. A propos du verset: « L’Eternel communique Son secret à ceux qui Le craignent, Il révèle Son alliance à ceux qui Le connaissent », les Sages expliquent (Tanh’ouma Lech’ Lech’a 19): Quel est le secret que D. révèle à ceux qui Le craignent? C’est la circoncision, et il n’a révélé les mystères de la circoncision qu’à Avraham ».

« Avraham dit: tant que j’étais incirconcis, des gens de passage s’arrêtaient chez moi, maintenant que je suis circoncis ils ne viendront plus. D. lui dit: Quand tu étais incirconcis, des incirconcis venaient chez toi, maintenant c’est Moi et Ma suite qui nous présentons chez toi, comme il est dit (Béréshit 18:1-2): « Et l’Eternel Se révéla à lui... et il leva les yeux et il vit trois personnages debout devant lui... » (Béréshit Rabba 48:9).

Nous savons aussi que le fait de n’être pas circoncis représente une impureté et une carence, comme il est dit au sujet du chant de gloire que Moshé et les Enfants d’Israël ont chanté lors de la traversée de la Mer des Joncs (Shemot Rabba 23:12): « Les enfants d’Israël ont dit à D.: Il nous est agréable de chanter Ta gloire car nous ne portons aucune impureté, et la circoncision de notre chair est la preuve que nous sommes purs », et d’elle il est dit (Pessah’im 92a): « Celui qui se sépare de cette chair se sépare de la tombe ».

Le Midrash nous donne une clé pour comprendre notre sujet. Tant qu’il était incirconcis, Avraham servait D. en peinant constamment et il était parvenu à une élévation suprême et hors du commun si bien que lorsque D. lui dit: « Marche dans Mes voies et sois parfait » (Béréshit 17:1), il fut saisi de terreur, pensant qu’il avait peut-être en lui un défaut honteux. Mais lorsque D. lui dit: « Et J’établirai Mon alliance entre Moi et toi » (ibid. verset 2) il fut rassuré (Nédarim 32a, Yalkout Shimoni Béréshit 81).

Et voilà que maintenant, il doit changer ses habitudes, retrancher l’impureté de son corps par la circoncision, ce qui lui permettra de servir D. sans entrave. Effectivement, la circoncision opère un bouleversement complet et radical de l’essence de l’homme (comme en témoignent un grand nombre de personnes qui, pour diverses raisons, furent circoncises à l’âge adulte - tels les immigrants Russes - et qui ont ressenti de façon réelle et concrète qu’il ne s’agit pas seulement d’accomplir un commandement semblable aux autres commandements de la Torah, mais d’une transformation radicale de leur essence). Avraham était proche de tout le monde, afin de rallier ceux qui étaient éloignés. Or à présent il va devoir se séparer d’eux, comme il le dit effectivement à D. « A partir du moment où je serai circoncis, ils ne viendront plus chez moi. ». S’il s’éloigne d’eux, envers qui pourra-t-il manifester sa bienfaisance? A cela, D. répondit: Il est vrai qu’il en est qui s’éloigneront de toi, ceux qui sont incirconcis, mais Moi et Mes ministres paraîtrons devant toi.

Quiconque désire partager les secrets de D. et se conduire avec une générosité toujours accrue, doit savoir que les gens se plaindront de lui et lui feront des reproches arrogants et hypocrites. Ses proches, ses amis et ses connaissances diront de lui: Hier seulement tu étais avec nous, comme nous, tu mangeais et buvais dans le même plat que nous, que t’arrive-t-il aujourd’hui, « est-ce que Shaül aussi est prophète »? (Shmouel I, 10:11).

Il est clair qu’il est difficile à la plupart des hommes de renoncer à leurs mauvaises habitudes, il est difficile de changer. Dans le fond de leur cœur, ces gens sont jaloux de celui qui a réussi justement là où eux ont échoué. Par ailleurs, ce qu’ils disent peut éveiller des doutes, peut-être est-il préférable de s’éloigner de la sainteté, et progresser tout en restant « parmi son peuple » (Melach’im II, 4:13). Mais la circoncision recèle un mystère: elle sanctifie l’homme par la signature du Nom de D., comme il est dit: « Il imprima le sceau sacré de l’Alliance sur ses enfants » (Shabbat 137b). Ce n’est que grâce à cette Alliance que l’on peut continuer à s’élever en la compagnie de D., sans prêter attention aux dires des calomniateurs et des moqueurs.

Tel est le secret et le mystère qui furent révélés à Avraham, afin de nous enseigner qu’effectivement la circoncision nous sépare des non-Juifs, mais par ailleurs c’est elle qui nous rend proches de D.

Ce fut le sujet du débat entre Avraham et ses amis Anèr et Eshkol, qui ont avancé des raisons logiques mais qui en fait ne voulaient pas qu’Avraham se sépare d’eux et des autres. Il n’a pas suivi leur conseil.

Il est un autre aspect au secret de la circoncision. Les Sages disent (Nédarim 31b): « La circoncision est une grande chose, puisque Avraham ne fut appelé parfait que lorsqu’il fut circoncis ». Et ils ajoutent (Tanh’ouma 96:14): « Tous les Juifs ont une place au Jardin d’Eden». C’est que D. a marqué Israël de Son Nom, le Nom Sha-day La lettre Shin est imprimée dans la forme du nez, la lettre Dalet dans le bras, et la lettre Youd dans la circoncision. S’ils ne sont pas circoncis, il leur manque la lettre Youd, et il ne reste que les lettres Shin et Dalet, qui forment le mot shed, le diable, qui les conduit en enfer. Les Sages ont dit (Yirouvin 19a): « Avraham fait même sortir les coupables de l’enfer, s’ils sont circoncis ». Nous pouvons donc comprendre: Avraham qui a sans aucun doute pratiqué toute la Torah (Yoma 28b), n’était pas parvenu au comble de la perfection tant qu’il n’avait pas imprimé dans sa chair le signe de l’Alliance de D., et seule la circoncision l’a sanctifié. La sanctification par la circoncision concerne le peuple juif tout entier, les descendants d’Avraham, afin de les séparer des non-Juifs et des hommes malfaisants, et de leur permettre de progresser uniquement dans la voie de la sainteté et de la pureté, de jour en jour et en tout temps.

 

 

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