Le vêtement de la Torah, écran contre les tentations

« Et Ya’akov fit un vœu en ces termes: Si l’Eternel est avec moi, s’Il me protège dans la voie où je marche, s’Il me donne du pain à manger et des vêtements pour me couvrir… si je retourne en paix dans la maison paternelle, alors l’Eternel aura été un D. pour moi » (Béréchith 28:20-21).

Ce sont des mots au sens troublant. Nous avons déjà analysé ces versets plusieurs fois, mais « il n’y a pas de maison d’étude qui ne dévoile pas de nouvelles significations » (‘Haguigah 3a).

Est-il possible que Ya’akov ait eu des doutes concernant la promesse que D. lui fit de le protéger, tels qu’il doive y mettre une condition?

Comment Ya’akov a-t-il pu demander à D. de lui procurer du pain et des vêtements, alors que nous savons que D. ne pourvoit aux besoins de l’homme qu’en fonction de ses mérites? Pourquoi est-il nécessaire de demander ces choses, étant donné que même sans cette prière ses besoins seront assurés?

Quel est le sens de « L’Eternel aura été un D. pour moi »? Car Ya’akov ne met tout de même pas en doute la souveraineté de D., même lorsqu’Il le soumet à des épreuves. Est-ce seulement si D. lui donne du pain à manger et un vêtement pour se couvrir que l’Eternel sera un D. pour lui?

Il ne faut pas comprendre les paroles de Ya’akov littéralement, au contraire, elles font allusion à de grands secrets et elles sont remplies de considérations qui concernent tout le monde. Un homme comme Ya’akov ne demanderait pas des choses aussi courantes. Lui qui, durant de longues années, s’était consacré sans relâche à servir D., à l’étude assidue de la Torah, qui pendant quatorze ans n’avait pas dormi, qui avait eu dans son rêve des révélations extraordinaires, lui à qui la Providence avait fait goûter un peu du monde à Venir lorsqu’il s’était endormi dans ce lieu saint, lui qui avait aussi reçu dans son rêve nombre de bénédictions et trouvé par miracle de l’huile pour oindre l’autel (Béréchith Rabah 69:7), un tel homme ne demande pas à D. des choses futiles, de simples biens matériels.

Le rêve de Ya’akov vient justement nous enseigner combien sa prière est spéciale et juste. Ya’akov était parvenu à un niveau de grandeur que les autres Patriarches n’avaient pas atteint, au point d’être appelé « le lot de Son partage » (Devarim 32:9). C’est grâce à lui qu’Avraham fut sauvé de la fournaise ardente (Béréchith Rabah 63:2) et malgré tout, il avait une grande humilité. Il fut saisi de frayeur pour n’avoir pas senti la sainteté de ce lieu (Béréchith 28:17). Il reconnut sa faute, admettant que s’il avait su, il n’aurait pas dormi en ce lieu (Midrach Hagadah). Les Justes ne s’attribuent jamais le mérite de leurs bonnes actions. Au contraire, ils s’attribuent des défauts, justement lorsqu’ils sont de haut niveau, c’est pourquoi Ya’akov fut désolé de n’avoir pas ressenti la sainteté de ce lieu, ce qui était pour lui une indication qu’il n’avait pas atteint la perfection vers laquelle il tendait.

Nous pouvons ajouter que nous avons là un enseignement valable pour tous. La conduite sainte et pure de Ya’akov est un modèle pour nous. Tous les événements furent dirigés par la Providence Divine, tant le fait qu’il s’endormit que le fait qu’il y médita la Torah (comme le souligne le commentateur Baal HaTourim à propos du verset (Béréchith 28:16): « Ya’akov s’éveilla de son sommeil » que les Sages (Béréchith Rabah 69:7) prononcent michnato au lieu de michénato) car même dans son sommeil, il méditait ce qu’il avait appris. Il bénéficie en ce lieu de grandes promesses, il y eut la révélation de D., et il fut saisi de frayeur, s’écriant « combien ce lieu est terrible! » Combien plus un homme simple, qui se trouve dans un synagogue ou une Yéchivah, lieux où règne la Présence Divine (Brach’oth 6a; Bamidbar Rabah 11,3; Zohar III, 4b), doit savoir devant Qui il se tient (Brach’oth 25b), faute de quoi il ne fait que dénigrer la sainteté d’un tel lieu. Transgresser publiquement le commandement « Révérez Mon sanctuaire » (Vayikra 19:30) est une faute grave et la punition est sévère.

Nous pouvons comprendre que lorsque Ya’akov ressentit qu’il n’était pas vraiment parfait, il pria D. de veiller sur lui, non pas qu’il mettait en doute les promesses de D. mais parce qu’il ressentait que s’il n’était pas parfait, il ne mériterait pas les promesses qui lui étaient faites en ce lieu saint. Et donc, il exprime son regret, il prie avec soumission et repentir devant le Maître du monde, dans le cas où il aurait, sans le savoir, transgressé le moindre commandement à cause d’une imperfection et d’un manque de sensibilité.

Et Ya’akov fit sa demande justement à ce moment-là. Au moment où il se rend chez Lavan, il a besoin d’une protection encore plus grande afin d’être sauvé des perversités et de l’influence de Lavan, dont l’intention était d’exterminer toute la descendance de Ya’akov. Il prie pour une protection supplémentaire. Son frère Essav ne l’a pas tué lorsqu’il se mit en route pour se rendre chez Lavan, car il savait que Ya’akov risquait d’y perdre sa part du monde à Venir et cette pensée lui était agréable. Sachant cela, Ya’akov prie D. de veiller sur lui de plus près, car les Justes ne se contentent pas de ce que D. leur donne, ils Lui demandent une protection et une aide supplémentaires.

Et Ya’akov demande donc « du pain » à manger, c’est-à-dire des forces supplémentaires pour faire face à Lavan et le vaincre, « à manger», c’est à dire pour consommer et annihiler le mauvais penchant. Il est possible aussi que sa prière concerne la Torah, comme il est écrit (Michlei 9:5): « Venez, goûter de mon pain » – c’est le pain de la Torah (Béréchith Rabah 70:5). Autrement dit, Ya’akov demande à D. de l’aider à s’occuper de Torah sans que Lavan puisse l’en détourner, malgré tout ce qu’il tentera de faire dans ce but. Il demande aussi un vêtement pour se couvrir, ce qui se réfère à la Torah, espérant que chez Lavan il pourra étudier la Torah et acquérir le vêtement de la sagesse (Yalkout Chimoni sur ce verset). Et alors « je retournerai en paix dans la maison paternelle », c’est-à-dire, c’est elle qui lui permettra de retourner sans dommage chez son père (ce qui, d’après la Kabalah, fait référence à D.), et ceci grâce à la Torah qui l’a protégé comme un vêtement. C’est ce vêtement, propre et sans tache, que l’homme porte devant D. Roi du monde, dans le monde à Venir.

Celui qui se rend dans un lieu sans Torah, (surtout s’il s’agit d’un étudiant de Yéchivah en vacances ou qui passe les vacances chez ses parents) doit savoir combien il est important de prier avant de sortir dans le monde, sous peine d’être happé par toutes les frivolités qui risquent de le détourner et de lui faire abandonner la Torah, à D. ne plaise, sous l’influence néfaste de l’entourage.

C’est le sens de « et je retournerai en paix… » (sans dommage à cause d’une faute quelconque, comme l’explique Rachi). Je retournerai vers D. et alors « l’Eternel sera pour moi D. » Autrement dit, j’aurai été marqué par le Nom de D. du début de mon séjour à l’étranger jusqu’à la fin et aucun de mes Enfants ne sera indigne (Sifri Devarim 6:4), aucune faille n’aura entamé ma perfection, comme ce fut le cas lorsque j’ai dormi en ce lieu. Alors, tous mes descendants, tous les fruits de mon labeur, seront parfaits et je porterai le Nom de D. qui me protège et me soutient. Et « Je prélèverai la dîme sur tous les biens que Tu me donneras » (ibid. 28:22), c’est-à-dire: tous les biens que Tu donnes sont à Toi, je ne veux pas en tirer de jouissance personnelle, mais seulement m’en servir pour accomplir Ta volonté et pratiquer des bonnes actions. Telle était la prière de l’élu des Patriarches: Je t’enrichirai de bonnes actions, car Ya’akov ne veut que satisfaire D. et être sauvé des méchancetés de Lavan. Il demande la force de lutter contre le mal, de mériter de porter le manteau des sages en ce monde, et de ne pas être détourné de l’étude de la Torah. Il est possible que cela rachète son manque de perfection pour avoir dormi dans ce lieu saint. Cela nous enseigne qu’en tout temps, tout homme a besoin de demander l’aide de D. sans se reposer sur ses propres capacités, et remercier D. de l’aide reçue dans le passé jusqu’à ce jour, ainsi qu’à l’avenir. Ya’akov sollicite l’aide de D. et Sa protection quotidienne contre Lavan, ce qui lui permettra d’apporter dans la Maison de D. tous les biens qu’il va acquérir, l’orner de son obéissance et de ses bonnes actions, et amener le monde à la reconnaissance exclusive de la souveraineté de D. comme le fit son grand-père Avraham (Sotah 10b). C’est ainsi qu’il sanctifie le Nom de D. dans le monde et proclame Sa gloire. La grandeur de Ya’akov fut de ne pas avoir demandé des biens matériels mais spirituels, et prié pour l’aide de D. afin de L’honorer par l’étude et le vêtement de la Torah.

A présent, nous comprenons mieux la relation de Ya’akov à son fils Yossef.

Il est écrit (Béréchith 37:3): « Ya’akov préférait Yossef à ses autres enfants, parce qu’il était le fils de son vieil âge, et il lui fit une tunique de soie ». Il faut expliquer cette préférence. Nous savons que Ya’akov a transmis à Yossef tout ce qu’il avait appris dans la maison d’étude de Chem et Ever (Béréchith Rabah 84:8). Les Sages ont dit (ibid.): « Il ne faut jamais causer de jalousie entre ses enfants, car à cause de la tunique que Ya’akov fit faire pour Yossef, il provoqua la jalousie de ses frères, et le déroulement des événements a conduit les Enfants d’Israël en Egypte ». Pourquoi Ya’akov a-t-il provoqué cette jalousie? De plus, Yossef sentait la préférence de son père à son égard, ce qui l’amena en fin de compte à médire de ses frères (Béréchith Rabah 84:7), comme il est écrit (Béréchith 37:2): « Il débitait sur leur compte des médisances à leur père, rapportant qu’ils mangeaient de la viande arrachée à un animal vivant, qu’ils méprisaient les fils des servantes, et qu’ils avaient une conduite indécente ». Est-ce possible?

On pourrait croire que Ya’akov préférait Yossef parce qu’il lui ressemblait, non seulement par les traits du visage, mais en tout (Béréchith Rabah 84:8). Ya’akov savait que tous ses enfants avaient été conçus saintement (Pessa’him 56a), et voilà que par préférence personnelle pour Yossef, il provoquait entre ses fils la jalousie et risquait de rompre l’unité de la famille!

Mais Ya’akov savait que Yossef était le plus puissant d’entre tous ses fils. Ce n’est pas par hasard que Ya’akov quitta la maison de Lavan justement après la circoncision de Yossef, comme le souligne Rachi, car maintenant que l’ennemi d’Essav était né, il n’avait plus à le craindre. Ya’akov transmit la tradition et la sagesse de la Torah, parce qu’il était destiné à sauver tout le peuple juif, et pour que le peuple juif puisse résister aux attaques d’Essav. Il va sans dire que si le fondement est solide, la maison qui y est construite résistera à tous les vents. Et si la maison est bâtie dans un lieu dangereux, le fondement doit être d’autant plus solide. C’est pourquoi Ya’akov devait donner à Yossef plus de forces qu’à ses frères, en lui enseignant la Torah, afin qu’il puisse résister à toutes les nations du monde.

Ya’akov désirait que ses enfants sachent que Yossef était ce fondement, alors que D., dans Ses desseins, leur avait caché ce fait, afin que Yossef soit vendu en Egypte et devienne le gouverneur du pays, comme il est écrit (Béréchith 42:6): « Or Yossef était le gouverneur de la contrée, c’était lui qui faisait distribuer le blé à tout le peuple du pays ». Grâce à lui tous furent approvisionnés et ne périrent pas durant la disette, et il sauva toute sa famille. Effectivement, en fin de compte, ses frères se sont soumis à lui, comme il est écrit (ibid. 50:18): « Nous sommes prêts à devenir tes esclaves », car ils reconnurent qu’il était le fondement et qu’ils lui étaient redevables de leur survie.

Combien Ya’akov eut raison de faire pour Yossef une tunique de soie, un vêtement de Torah (de même que Ya’akov demanda un vêtement pour se couvrir), car Yossef fut vendu en Egypte, lieu de débauche. Si ce n’était l’enseignement qu’il avait reçu de son père (Béréchith Rabah 84:8) qui le protégea comme une muraille et un bouclier contre les perversions de l’Egypte, il se serait assimilé. Ce n’est que grâce à la Torah qu’il fut sauvé, comme il est écrit (Béréchith 39:13): « Elle vit qu’il avait laissé son vêtement entre ses mains et qu’il s’était enfui au dehors ». C’est qu’à ce moment-là, Yossef se souvint de son père et de la Torah qu’il lui avait enseignée, et ce souvenir l’empêcha de fauter avec Zélih’a, la femme de Poutiphar (Zohar III, 290a, qui souligne que la Torah représente autant le père que la sagesse). Le Midrach dit que lorsque Yossef eut la vision de son père, il s’enfuit en laissant son vêtement entre les mains de la femme de Poutiphar, et il ne lui resta que son vrai vêtement, la tunique de soie, le vêtement de Torah que son père lui fit faire et qui le sauva des tentations de cette femme, et il sortit en homme de Torah (En Hébreu celui qui se conduit selon la Torah est appelé ben Torah, littéralement « fils de la Torah », et c’est dans ce sens que la Torah est appelée « père »).

Nous trouvons dans le Talmud (Avodah Zarah 18b) l’histoire étonnante de Rabbi Meir Baal Haness. Alors qu’il fuyait devant les Romains, il entra dans une maison de débauche où se pratiquaient les transgressions les plus graves. Lorsque les Romains le virent entrer dans ce lieu de débauche ils n’en crurent pas leurs yeux. Comment pouvait-il entrer dans une maison de débauche et ne pas être amené à fauter? Mais Rabbi Meir y entra et en sortit indemne, sans fauter, et il surmonta toutes les tentations. Comment ?

Les Romains ne pouvaient pas comprendre comment il est possible de sortir indemne, mais nous, les Enfants d’Israël, nous le comprenons parfaitement… seul celui qui est revêtu de Torah peut être sauvé de l’épreuve des tentations. Les Romains, qui n’ont aucune idée de la valeur de la Torah, n’ont pas cru que Rabbi Meir sortirait indemne, mais le vêtement de Torah l’a protégé. Sans ce vêtement, Rabbi Meir ne se serait pas mis dans un tel danger.

De même, il est écrit: « Le buisson était en feu mais n’était pas consumé » (Chemoth 3:2), c’est-à-dire lorsque le Juif se fait humble comme un buisson, la Torah qu’il apprend est inaltérable, car « elle ne se préserve que chez celui qui est humble » (Ta’anith 7a). C’est alors que D. nous garde, et que nous résistons au feu du mauvais penchant sans être brûlés.

Nous apprenons tout cela de Ya’akov qui a surmonté toutes les épreuves grâce à la Torah qu’il avait apprise dans les maison d’étude de Chem et Ever (Béréchith Rabah 63:15), c’est elle qui le protégea et veilla sur lui contre les dangers. Malgré tout, il demanda une protection divine supplémentaire. C’est ainsi que chacun doit se comporter, il faut demander une protection divine supplémentaire pour résister à toutes les tentations et étudier la Torah qui aide l’homme à surmonter toutes les difficultés et à mériter la vie éternelle. Amen!

 

 

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