La vertu de la téchouvah avant la prière

J’implorai l’Eternel à cette époque... (Deutéronome 3:23)

Quelle est exactement cette époque ou ce moment?

Certains commentateurs expliquent qu’il s’agit de ce qui est écrit dans les Psaumes (69:14): Ma prière s’élève vers toi, au moment propice; ô Dieu, dans Ta bonté infinie, exauce-moi en m’accordant Ton aide fidèle. Moïse a imploré l’Eternel qu’il y ait un moment propice pour que sa prière soit exaucée, mais sa prière n’a pas été reçue, le Saint, béni soit-Il, lui ayant interdit l’accès à la Terre Sainte.

Toutefois, le Beth Chemouel explique que la locution en cette période signifie: le moment que tu vis maintenant; ne pense ni au passé ni au futur. Concentre-toi constamment sur cet instant où tu peux corriger ta conduite et tes actions. C’est la prière qu’a récitée Moïse devant le Saint, béni soit-Il.

J’ai entendu que le terme lémor désignerait une prière courante, claire, exprimée par la bouche et venant du coeur.

Dans son livre No’am Elimélekh, Rabbi Elimélekh de Lizensk écrit: Quand on veut accomplir une mitsvah, on doit se repentir auparavant sur les fautes du passé. Comme on le sait, explique-t-il, les péchés qu’on commet engendrent des accusateurs et des anges destructeurs (Avoth 4:13; Zohar III, 17a) qui empêcheront l’ascension de la mitsvah. Ainsi, sans téchouvah, les mitsvoth qu’on accomplit ne s’élèvent pas! Je voudrais humblement ajouter que non seulement elles ne s’élèvent pas, mais même la sainteté qui leur est inhérente est prise en captivité par les forces du mal qui en tirent leur subsistance, que Dieu nous préserve. Le No’am Elimélekh continue: c’est essentiellement par le repentir avant l’accomplissement des mitsvoth qu’on remédie à cet état de fait. On anéantit ainsi la force des accusateurs. La mitsvah qu’on accomplit s’élève alors directement et trouve grâce aux yeux du Créateur...

Ainsi, même avant la prière, on doit faire téchouvah pour empêcher les forces du mal d’y puiser leur subsistance: la prière est alors acceptée. Nos Sages enseignent que les premiers ‘Hassidim passaient une heure avant la prière au cours de laquelle ils scrutaient leur conduite pour se repentir sur leurs fautes du passé (Bérakhoth 30b). Car il est dit: Sache devant Qui tu te tiens (id. 28b): qui pourrait oser se présenter devant le Roi, entaché de péchés et entretenant de mauvaises pensées? Et ce, même si on est s-r de ne pas avoir fauté, même si on est Tsadik, car le Saint, béni soit-Il, se montre extrêmement scrupuleux envers Ses justes (Yébamoth 121b; Vayikra Rabah 27:1).

On peut ainsi comprendre le lien entre la section hebdomadaire Dévarim et VaEt’hanane. Au début, Moïse a réprimandé les enfants d’Israël pour tous leurs actes il s’est aussi personnellement repris et s’est repenti pour le fait d’avoir frappé deux fois le rocher au lieu de lui parler (Nombres 20:11). C’est pourquoi il a dit aux enfants d’Israël: Mais l’Eternel, irrité contre moi à cause de vous, ne m’exauça point (Deutéronome 3:26). Ce n’est qu’ensuite qu’il a commencé à implorer Dieu à cette époque c’est-à-dire après s’être repenti, éliminant ainsi toute accusation contre lui. Sa prière était claire et nette (lémor, comme nous l’avons vu plus haut) mais elle n’a pas été acceptée.

E’évéranah Na Ah! laisse-moi traverser, que je voie ce pays... (id. 3:25) s’exclama Moïse. Le Gaon de Vilna enseigne que si Moïse avait dit E’évéranah NA Vééréh NA comme dans la prière qu’il avait faite pour Miriam, sa soeur, qui était atteinte de lèpre (Nombres 12:13): El NA Réfah NA lah (Seigneur! Guéris-la de grâce)! l’Eternel aurait aussi exaucé sa prière. Il serait entré en Terre Sainte et le pays n’aurait pas été détruit. Mais Dieu l’arrêta immédiatement et lui dit: Assez ne me parle pas davantage ainsi (id. 3:26). En d’autres termes: ne dis pas deux fois Na.

La prière n’est donc exaucée que si on se repent sur les fautes du passé. C’est pourquoi avant la prière, à proprement parler, on récite le chapitre sur les sacrifices (Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm, 48 début): l’homme se sacrifie avant sa prière et fait téchouvah sur tous ses péchés: excellente préparation à la prière. Il convient toutefois de bien s’y concentrer et s’imaginer que tout ce qu’on fait par rapport à l’animal devrait se faire par rapport à celui qui le sacrifie (cf. Ramban Vayikrah 1:9).

 

 

Du pouvoir de la prière et la Torah
TABLE DE MATIERE
La bénédiction de l’homme simple

 

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