La modestie et l’humilité permettent d’acquérir la Torah et d’attirer la Chékhinah

« L’Eternel appela Moïse et lui dit ... Parle aux enfants d’Israël et dis-leur : Un homme d’entre vous qui offrira un sacrifice à l’Eternel, etc. » (Vayikra 1, 1-2).

Nos Sages ont beaucoup parlé du petit aleph du mot vayikra. Par exemple, le Midrach (Yalkout Chimoni 427) explique que Moïse a mérité d’être appelé par Dieu parce qu’il s’était fait petit et avait fui les honneurs, au moment où il a dit : « Je ne suis pas un orateur » (Exode 4, 10) (et je suis donc indigne de la mission que Tu veux me confier).

La Torah, qui est la voie de la vie, nous enseigne dans cette parachah qu’il faut servir Dieu sans aucune réserve, comme nous l’avons expliqué à propos du verset « Si un homme d’entre vous (mi-kem, littéralement : de vous) offre un sacrifice à l’Eternel ». Il faut observer les commandements du Saint béni soit-Il jusqu’au don de soi absolu, être prêt même au martyre pour la Torah et les mitsvoth, et ne tenir compte que de l’honneur de Dieu, sans se soucier aucunement de son intérêt personnel. C’est ce que signifie « offrir un sacrifice à l’Eternel de soi-même », faire de soi un sacrifice, à ce moment-là il sera agréé comme « à l’Eternel ».

C’est pourquoi la Torah commence ce livre par le mot vayikra écrit avec un petit aleph, qui a de plus la valeur numérique la plus faible de toutes les lettres : l’homme doit se comparer à lui. Il doit en outre être conscient que l’enthousiasme qui préside au début de son engagement doit s’accompagner d’une grande humilité et d’un effacement de soi. La Torah nous enseigne aussi qu’elle ne peut subsister et s’enraciner, elle qui s’appelle aleph dans le sens de « je t’enseignerai (aalephkha) la sagesse » (Job 33, 33), que chez celui qui se fait tout petit, car les Sages ont dit qu’elle ne se maintient que chez les humbles (Ta’anith 7a).

Quant au mot vayikra dans son ensemble, il évoque le même sujet. La lettre vav représente l’homme qui se courbe et doit s’abaisser, car il n’a été créé que le sixième jour, à la fin de toute la Création, pour qu’il constate que tout existait déjà avant lui (Sanhédrin 38a), sans compter qu’il est poussière et cendre (« Tu es poussière et tu retourneras à la poussière » (Genèse 3, 19)). Il doit donc investir un travail énorme avant d’arriver à la véritable perfection.

Les lettres du milieu, y k r, sont les mêmes qui forment le mot reyk (« vide »), allusion à la conscience que l’homme doit avoir de son inanité. Même s’il est grand en Torah, il lui sied d’avoir malgré tout le sentiment d’être complètement vide, comme s’il en était au tout début. Enfin le petit aleph, nous l’avons dit, désigne celui qui vient de commencer à étudier la Torah, car elle doit toujours être à ses yeux aussi neuve que le jour où elle a été donnée au mont Sinaï (Tan’houma Ki Tavo 1 sur verset 7, Vaet’hanan 6, 6, Rachi sur Ki Tavo 26, 16), comme s’il venait tout juste de la recevoir. A ce moment-là, il n’aura aucune raison de s’enorgueillir, puisqu’il n’a débuté qu’aujourd’hui... S’il se conduit véritablement ainsi, il méritera que la Torah vienne habiter son coeur, ainsi qu’il est écrit « Ta Torah est à l’intérieur de mes entrailles » (Téhilim 49, 10). Radak explique que « l’intérieur de mes entrailles » veut dire « l’intérieur de mon coeur », car le coeur fait partie des entrailles. Toutes ces considérations mènent à la modestie et à l’humilité.

Malheureusement, elle n’est pas la seule à se trouver dans le coeur de l’homme : le mauvais penchant aspire également à pénétrer en l’homme et à faire en lui sa demeure. Il est d’ailleurs dit qu’il repose dans le coeur, entre les deux ouvertures du coeur (Bérakhoth 61b, Soukah 52b). L’essentiel du combat de l’homme s’adresse donc à son mauvais penchant, et sa plus grande aspiration doit être que l’intérieur soit semblable à l’extérieur (Bérakhoth 28a, Chabath 16b, Yoma 72b). Nous savons en effet que vis-à-vis de l’extérieur, il est très facile de prendre des airs vertueux, d’accomplir de bonnes actions en public et de tromper ainsi tout le monde. Il arrive même parfois que l’homme se convainque lui-même qu’il est un grand Tsadik, alors qu’en réalité il n’y a dans son coeur ni Torah, ni crainte du Ciel, ni amour pour les créatures ni amour pour Dieu. Il ressemble au puits vide et sans eau dont parle la Torah (cf. Genèse 37, 24), qui certes ne contient pas d’eau, mais fourmille de serpents et de scorpions (Chabath 22 et Rachi). Qu’est-ce que cela signifie ? Les Sages ont dit (Bava Kama 17a, Béréchith Rabah 84, 16) que l’eau représente toujours la Torah, comme l’indique le verset : « Vous tous qui avez soif, allez vers l’eau » (Yéchaya 55, 1). Or le puits dont nous parlons, non seulement ne contient pas de paroles de Torah comparées à l’eau, mais est rempli de forces mauvaises, comparées aux serpents et aux scorpions (Pirkei de Rabbi Eliézer 13, Zohar I 35b, Tikounei Zohar 13, 29b). L’homme qu’il représente peut paraître un juste de l’extérieur, mais pour arriver à un niveau de perfection véritable qui lui permette de ne plus retomber, il lui faudra beaucoup d’aide du Ciel ainsi qu’un travail intensif.

Oui, il devra déployer des efforts incessants pour garder en lui cette Arche d’alliance qu’est la sainte Torah, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Le fait que l’Arche se soit trouvée à l’intérieur du Temple et non à l’extérieur nous enseigne que l’essentiel de l’étude se passe à l’intérieur de l’homme : la Torah doit vraiment faire partie de son corps. Et de même que l’Arche était recouverte d’or à l’intérieur comme à l’extérieur (Exode 25, 11), l’intérieur de l’homme doit être aussi beau que l’extérieur (Yoma 72b). Même s’il est extrêmement érudit et grand en Torah, cela ne le dispense pas de veiller à préserver l’intériorité de ses actes de façon à ce que ses paroles reflètent effectivement sa pensée (Pessa’him 113b, Bava Metsia 49a, Bemidmar Rabah 7, 4) et que sa bouche et son coeur soient en harmonie (Teroumoth 3, 8, Pessa’him 63a, Nazir 2b). En effet, plus quelqu’un est grand plus les tentations qu’il subit sont puissantes (Soukah 52a), c’est pourquoi le mauvais penchant éprouve les érudits en Torah plus que tout autre, ce qui les oblige à veiller sans cesse.

Or c’est cela même qu’on appelle la présence de la Chékhinah en l’homme. Plus il se conduit modestement, se sentant pour ainsi dire vide, conscient qu’il est de n’être que vermine, cendre et poussière sans rien de permanent, ce qui n’a rien pour engendrer l’orgueil, plus il mérite par là même que la Chékhinah repose en lui. Il se peut qu’à ce moment-là le mauvais penchant cherche à le désespérer, en lui disant : « Si tu es si vide que cela, comment vas-tu jamais pouvoir arriver à quoi que ce soit ? » L’homme doit alors savoir que même s’il n’en est qu’au tout début, il est néanmoins extrêmement précieux aux yeux de Dieu (YaKaR, ce qui rappelle les lettres du milieu de vaYiKRa).

Nous allons à présent pouvoir expliquer pourquoi notre parachah fait suite à la parachat Pèkoudè. Le livre de l’Exode se termine par le verset : « Car une nuée divine couvrait le Tabernacle durant le jour, et le feu y brillait la nuit, aux yeux de toute la maison d’Israël dans tous leurs voyages » (Exode 40, 38). Le mot « feu » fait allusion à la Torah, ainsi qu’il est écrit : « Dans sa droite, une loi de feu » (Deutéronome 33, 2). Les Sages ont dit que le feu désignait toujours la Torah (Mekhilta Yitro 19, 18, Tan’houma ibid., Midrach Cho’her Tov 16, 7). La notion de voyage évoque également la Torah, qui permet un voyage intérieur « avec une force toujours croissante » (Téhilim 84, 8). Sur le verset « Ils quittèrent Refidim » (Exode 19, 2), le saint Or Ha’haïm explique que les benei Israël se sont considérablement renforcés dans l’étude de la Torah. Cela signifie que quand l’homme se plonge dans la Torah jour et nuit et « voyage » en elle avec une force toujours croissante, il mérite que la nuée divine vienne se poser sur le Tabernacle, c’est-à-dire qu’il jouit de la présence de la Chékhinah en lui-même ainsi que dans toute la maison d’Israël. Tout ceci est dû à l’humilité, évoquée par le mot vayikra. Certes, cela demande un travail considérable, mais l’humilité est une des choses par lesquelles la Torah s’acquiert (Pirkei Avoth 6, 5, Ta’anith 7a), et l’homme qui la pratique ressemblera à un Temple.

 

L’humilité en tant que sacrifice
Table de matière
Jusqu’où doit aller le don de soi dans le service de D-ieu

 

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