L’étude comme préparation à l’accomplissement des mitsvoth

Sur le verset : « Si vous marchez dans Mes statuts et si vous gardez mes mitsvoth » (Lévitique 26, 3), Rachi explique au nom des Sages (Torath Cohanim Ibid.) que « si vous marchez dans Mes statuts » désigne l’étude de la Torah. On peut dire à ce propos que Rachi cherche à expliquer la répétition, puisque les ‘houkim («statuts ») sont également des mitsvoth, alors pourquoi la Torah a-t-elle écrit deux fois la même chose ? C’est évidemment qu’il s’agit de deux sujets différents, 1) l’étude de la Torah, et 2) l’observance des mitsvoth, car pour arriver à observer parfaitement les mitsvoth avec ferveur, il faut commencer par s’investir totalement dans l’étude de la Torah, on arrive seulement après au but souhaité, qui est d’observer les mitsvoth de tout son cœur, dans leurs moindres détails.

Mais il reste certains points à préciser. Pourquoi à propos des statuts est-il question de « marcher », et à propos des mitsvoth de « garder » ? En quoi la notion de marche s’applique-t-elle aux statuts, qui font allusion à l’étude, et celle de « garder » aux mitsvoth ?

Pour l’expliquer au mieux, examinons ce que dit le prophète : « Vous tous qui avez soif, venez vers l’eau » (Isaïe 55, 1). On voit mal le message qu’il a voulu transmettre, car il est bien évident que celui qui a soif boit de l’eau ! J’ai pensé qu’il fait allusion à une réalité profonde : il y a des gens dont toute la vie consiste à assouvir leurs désirs et à gagner de l’argent, plus ils en ont plus ils en veulent, puisque « celui qui aime l’argent n’est jamais rassasié d’argent » (Ecclésiaste 5, 9), ou encore « celui qui a cent désire deux cents » (Kohélet Rabah 1, 34), au point de négliger même la vie de famille pour l’argent, tout en sachant pourtant que l’homme est appelé à mourir et que tout son argent restera ici-bas, ainsi qu’il est écrit : « Car il n’emportera pas tout dans la mort » (Psaumes 49, 18). Les Sages ont dit à ce propos : « Au moment où un homme quitte ce monde, ce n’est ni l’argent ni l’or ni les pierres précieuses qui l’accompagnent, mais uniquement la Torah et les bonnes actions » (Avoth 6, 9, Tana Debei Eliahou 18, Pirkei Derabbi Eliezer 34). Malgré tout, ces gens se donnent un mal considérable et vide de sens pour cette vie éphémère, en se tournant entièrement vers l’argent.

C’est à ce propos que le prophète nous dit : « Vous tous qui avez soif, venez vers l’eau ». Cela s’adresse à ceux qui ont soif de l’argent et des plaisirs de ce monde éphémère : vous, allez vers l’eau ! Quelqu’un d’altéré est capable de boire de l’eau de mer saumâtre, si bien qu’ensuite la soif le tenaille encore plus, et qu’il aura de plus en plus soif d’eau douce. De même, quelqu’un qui travaille uniquement pour l’argent aura soif de plus d’argent encore et ne sera jamais rassasié. C’est pourquoi il doit investir son travail dans la vie éternelle, dans la Torah, et alors s’il fait rentrer ce travail pour l’argent dans le cadre de l’eau de la Torah (Baba Kama 17a, Tana Debei Eliahou Rabah 2, 18), il en tirera profit à la fois en ce monde et dans le monde à venir, car par le mérite de la Torah il se lèvera au moment de la résurrection des morts. C’est cela « allez vers l’eau », la Torah, investissez-y le principal de votre vitalité et de votre soif, car elle est l’essentiel de la vie de l’homme en ce monde et dans le monde à venir. Il faut comparer telekhou (« si vous marchez ») à lekhou (« allez [littéralement : marchez] vers l’eau).

Cependant, l’homme doit savoir qu’au moment où il prend sur lui d’étudier la Torah, il doit rassembler toutes ses forces contre le mauvais penchant qui commence à lutter en lui en lui disant : « Tu observes beaucoup de mitsvoth et tu es un homme droit, qu’as-tu besoin d’étudier la Torah ? » Alors, il doit répondre : L’étude de la Torah ressemble à un statut (une loi incompréhensible), et même si l’on n’en perçoit pas la raison, il faut étudier ! Cet effort dans l’étude le mènera à observer les mitsvoth, alors que s’il le néglige, ses mitsvoth ne seront pas parfaites, et la situation ne cessera de s’aggraver jusqu’à ce qu’il tombe dans le piège du mauvais penchant. C’est pourquoi la Torah le prévient qu’il ne suffit pas d’étudier la Torah sans se donner de mal, il faut travailler dur pour s’élever, c’est ainsi qu’on arrive à effectuer un changement positif dans sa vie, comme un homme à qui l’on dit : si tu travailles dur pendant quelque temps, jour et nuit, tu deviendras immensément riche ; il va changer du tout au tout, il ne va plus ni manger ni boire ni dormir pendant quelques jours et quelques nuits, tout son temps se passera en travail, au point d’aller jusqu’au-delà de ses forces ; ce qui lui était étranger hier lui devient aujourd’hui familier et normal, et demain plus encore, de plus en plus, comme si c’était une loi immuable. C’est la même chose dans le travail de l’étude : chaque jour on se sent différent de la veille et on s’élève encore plus, on marche contre sa nature et ses mauvaises habitudes ; c’est cela : « Si vous marchez dans Mes statuts », il s’agit d’avancer, de s’élever et de tout investir dans la Torah, alors on recevra la félicité qui attend l’homme dans le monde à venir, ainsi qu’il est écrit : « Comme il est grand, le bien que Tu as réservé à ceux qui Te craignent » (Psaumes 31, 20), or il n’y a de « bien » que la Torah (Avoth 6, 3, Bérakhoth 5a, Tan'houma Réèh 11), et on méritera l’état évoqué par les Sages : « Dans le monde à venir, les justes sont assis avec leur couronne sur la tête et jouissent de l’éclat de la Chekhinah » (Bérakhoth 17a, Avoth Derabbi Nathan 1, 8). On méritera aussi la lumière de la compréhension des mitsvoth, si on les a pratiquées avec un amour sans limites.

On voit de là que la deuxième partie du verset, « si vous gardez Mes mitsvoth », qui désigne l’observance quotidienne des mitsvoth, n’existe que lorsqu’on accomplit la première partie, « si vous marchez dans Mes statuts », qui désigne l’effort dans l’étude de la Torah, car cette étude est comme une préparation à l’accomplissement des mitsvoth.

L’étude et l’accomplissement des mitsvoth demandent beaucoup de préparation, il faut donc se préparer à lutter contre le mauvais penchant. Avant le don de la Torah, les benei Israël se sont préparés pendant quarante-six jours à la recevoir, et se sont élevés des quarante-neuf portes d’impureté vers la pureté (Zohar Ytro 39a). Qu’avaient-ils donc besoin de trois jours supplémentaires de préparation, selon l’ordre de l’Eternel : « Tu maintiendras le peuple tout autour » (Exode 19, 12), ou encore « Tenez-vous prêts pour le troisième jour » (Ibid. 15), alors qu’ils s’étaient déjà préparés pendant tellement longtemps ? Le mauvais penchant est certainement extrêmement puissant quand il s’agit de recevoir la Torah, et pour atteindre le but, il faut se préparer le plus et le mieux possible. En particulier au moment où l’heure approche, le mauvais penchant se fait encore plus pressant, insuffle à l’homme des doutes et le met dans des épreuves terribles, il faut donc se préparer sans cesse.

C’est pourquoi il est écrit : « Si vous marchez dans Mes statuts », préparez-vous encore et encore, c’est comme une marche, contre la nature, pour s’élever et continuer. De quelle façon ? En réduisant les plaisirs de ce monde. Il y a une allusion à cette idée dans le mot IM (« si »), dont la valeur numérique est quarante-et-un : il faut ajouter un peu aux quarante jours du don de la Torah (Mena’hoth 29b) et à la préparation des benei Israël dans le désert, c’est cela « marcher », progresser sans cesse (voir Psaumes 84, 8), et alors on atteindra « si vous gardez mes mitsvoth », il ne faut pas abandonner les mitsvoth, mais les garder.

On comprend donc parfaitement la différence entre « marcher » et « garder », car l’étude est comme une préparation à l’observance des mitsvoth par l’effort accompli, dans une grande élévation.

 

 

La mitsvah de chemittah et l’effort dans l’étude sont une seule et même chose
Table de matière
L’étude de la Torah : la récompense d’une mitsvah est une autre mitsvah

 

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