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A la mémoire des Tsadikim
Rabbi
Chalom Mordekhai Hacohen Schwadron
Le
Maharcham, Rav De Berjan
Un jeune homme rentra un
jour chez Rabbi Chlomo Klouger,
le Rav de Brod. Il était vêtu
comme quelqu’un de prospère,
comme un marchand. Les deux
restèrent longtemps à discuter
de Torah. A la fin, le Rav demanda
au jeune homme : « Comment vous
appelez-vous ?
– Je m’appelle Chalom Mordekhaï
et je fais le commerce du bois. »
Le Rav se leva et rentra
dans une autre pièce où il resta
un certain temps. Quand il revint
dans la pièce où se trouvait
le jeune homme, il lui tendit
un certificat lui permettant
de prendre des décisions halakhiques,
une semikhah. Il refusa de la
prendre, en disant : « Notre
maître, ce n’est pas pour cela
que je suis venu vous voir,
et je n’ai pas l’intention d’utiliser
la Torah à des fins personnelles... »
Mais le Rav lui dit, un léger
sourire aux lèvres : « Jeune
homme, l’argent est rond, et
la roue de la fortune tourne...
il y a toujours des hauts et
des bas, prenez donc la semikhah,
qui sait si vous n’en aurez
pas besoin un jour... »
Le Rav savait ce qu’il prophétisait.
Ce jeune homme devint Rav, et
non seulement Rav mais gaon,
décisionnaire et arbitre suprême
en tout ce qui concerne la religion
et la halakhah dans la totalité
de la diaspora. Il est connu
sous le nom qu’il utilise dans
ses livres, Maharcham, et il
brille de tout l’éclat du firmament
entre les grands décisionnaires
d’Israël.
Rabbi Chalom Mordekhaï Hacohen,
le Maharcham, est né le 27 Nissan
5595 (1835) dans le village
de Biniouv proche de Zlotchow.
Son père Rabbi Moché Schwadron
était un homme riche et un talmid
‘hakham qui étudia la Torah
toute sa vie.
Alors qu’il était encore
jeune homme, on prophétisa qu’il
deviendrait très grand. Il avait
une mémoire prodigieuse, c’était
« une citerne qui ne perdait
pas la moindre goutte », de
tout ce qu’il voyait et entendait.
Et il vit beaucoup de choses
au cours de sa vie, car il n’y
avait aucune limite à son assiduité.
Voici ce qu’on raconte :
Pendant sa jeunesse, il étudiait
pendant les longues nuits d’hiver,
et redoutant que le sommeil
ne le surprenne, il avait planté
un clou au plafond de la maison
où il étudiait, et avait relié
une corde par une extrémité
au clou et par l’autre à ses
cheveux, si bien que quand il
s’endormait et baissait la tête,
la corde se tendait et lui tirait
les cheveux... cette assiduité
lui valut de devenir un prince
de la Torah. Le Maharcham a
raconté sur lui-même qu’il étudiait
dix-huit heures par jour et
traversait seize pages de Guemara
avec le Roch tous les jours.
Il a traversé la plus grande
partie du Talmud cent une fois.
Quand il fut connu comme
un prodige, beaucoup de personnes
riches voulurent le prendre
pour gendre, mais c’est Reb
Yakir de la ville de Bylkamin
qui l’emporta. Après son mariage,
il vécut chez son beau-père
et se consacra entièrement à
la Torah. Ne voulant pas utiliser
ses connaissances pour gagner
sa vie, il se mit à faire le
commerce du bois. Mais du Ciel
on ne voulait pas que ce gaon
soit commerçant, et on lui montra
en rêve qu’il n’agissait pas
bien, et qu’il devait être Rav
et décisionnaire en Israël.
Quand on lui proposa d’être
Rav de la petite ville de Poutik,
il ouvrit le ‘Houmach et vit
devant ses yeux le verset « Pour
y faire résider Son Nom, et
tu viendras vers le cohen ».
Alors il dit : Il est évident
que du Ciel on a décrété que
je serais Rav, et il accepta
immédiatement le poste de Poutik.
Il y resta quelque six ans,
et commença à y rédiger son
premier ouvrage, « Michpat Chalom ».
De là, il devint Rav de Yazlovits,
où il finit d’imprimer son Michpat
Chalom, qui fit une immense
impression dans le monde de
l’étude. Quand il arriva entre
les mains de l’auteur du « Min’hat
‘Hinoukh », celui-ci s’exclama :
« Ce jeune homme montre les
merveilles de sa Torah et de
sa force considérable, et nous,
nous avons déjà vieilli. » Peu
de temps après, il devint Rav
de la ville de Berjan, où il
resta toute sa vie, et dont
on lui donne le nom, « le Berjaner ».
Quelques années plus tard, des
communautés plus importantes
le supplièrent d’être leur Rav,
mais il répondit à toutes :
« Je suis connu dans le monde
comme « le Berjaner », et un
changement de nom n’est pas
toujours favorable ! »
Le Maharcham était le symbole
de la finesse. Il avait avec
les autres des rapports chauds
et affectueux, et s’efforçait
toujours de faire régner la
paix entre les gens. Dans tout
conflit qu’il eut à juger, il
commençait par faire la paix
entre les adversaires. Il avait
l’habitude de dire : « Le nom
de mon maître principal était
Chalom (le Admor Rabbi Chalom
de Belz), je m’appelle aussi
Chalom, presque tous mes livres
portent le nom de Chalom, et
je descends de la famille d’Aaron
le cohen qui aimait la paix
et poursuivait la paix, donc
j’ai le devoir d’aimer la paix,
écoutez-moi et faites la paix. »
Ses rapports cordiaux avec
les autres ne se limitaient
pas aux juifs, mais s’étendaient
aussi aux chrétiens. Un jour,
au milieu de son étude, il entendit
des voix qui sortaient de la
cuisine. Le Rav s’interrompit
et demanda ce qui se passait.
On lui raconta que la servante
non-juive avait cassé quelque
chose et que la rabbanit lui
criait dessus et disait qu’elle
ne la paierait pas pour son
travail. La servante éclata
en larmes amères. Le Maharcham
se leva de la table, alla à
la cuisine et dit à la rabbanit :
« Que veux-tu de cette pauvre
femme ? Est-ce qu’elle l’a fait
exprès ? Tu n’as pas le droit
de la tourmenter ! Je te paierai
les dégâts. »
Mais en même temps qu’il
était bon et doux, il avait
des opinions très arrêtées et
ne se laissait pas impressionner
quand on pouvait craindre une
profanation du Nom de Dieu ou
une attitude frivole envers
le judaïsme.
Une fois, les coiffeurs de
Berjan se mirent à profaner
le Chabath. Le Rav les convoqua
et leur dit des paroles qui
sortaient du cœur pour les convaincre
de s’en abstenir. Tous les coiffeurs
l’écoutèrent et lui promirent
de ne plus ouvrir leur boutique,
sauf un insolent qui refusa,
en disant que pour lui, travailler
Chabath était nécessaire à préserver
la vie et avait donc préséance
sur le Chabath. Le Rav gronda
l’obstiné, et lui promit sa
part dans le monde à venir.
Mais l’autre continuait à prétendre
qu’il ne pouvait pas...
Tout à coup, le Rav se leva
et dit : « Ecoutez-moi ! Je
ne sais plus quoi faire avec
vous. Que le maître du Chabath,
contre qui vous péchez, vienne
donc et exige son dû... » Tous
les coiffeurs quittèrent la
maison du Rav, mais ils n’étaient
pas arrivés à la moitié des
escaliers que l’entêté glissa,
tomba dans les escaliers et
se cassa les deux jambes.
Depuis ce jour-là, on ne
profana plus le jour du Chabath.
Rabbi Chalom Mordekhaï Hacohen
Schwadron mourut le 16 Chevat
5671 (1911). Dans son testament,
il demandait qu’on n’élève pas
de monument sur sa tombe et
qu’on n’écrive aucun titre honorifique
sur la stèle. Il était véritablement
humble dans sa vie et il resta
humble dans sa mort.
Il laissa des écrits dans
tous les domaines de la Torah,
parmi lesquels ont été imprimés
les responsa du Maharcham, en
six parties, Da’at Torah, Michpat
Chalom, Tekhélet Mordekhaï et
Kelaleï HaChass.
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