Mausolee de Rabbi Haim Pinto
Sous l'égide de Rabbi David Hanania Pinto Chelita, petit fils du saint et vénéré Rabbi Haïm Pinto Zatsal

A la mémoire des Tsadikim

RABBI CHIMON SOFER

Auteur de Ketav Sofer

Le Rav de Cracovie

 

Il y a des familles en Israël qui sont devenues des demeures pour la Torah, et où elle revient sans cesse.

L’une d’entre elles est la famille Sofer, dont la dynastie remonte à Rabbeinou Moché Sofer, auteur de ‘Hatam Sofer, et se prolonge jusqu’à ce jour. Rabbi Chimon Sofer fut l’un de ses merveilleux maillons.

Il est né de Rabbi Moché Sofer le 13 Tévet 5588 (1828).

De son père, il avait hérité le feu du zèle dans la lutte contre les Réformés et divers assimilassionistes. Rabbi Chimon fut en effet un lutteur toute sa vie. Quand il vit qu’un danger menaçait le judaïsme de la Torah et de la tradition en Galicie, à cause des Maskilim allemands, il prit la tête du groupe « Ma’hazikei HaDat » et souleva l’étendard qui portait la devise : « Ceux qui Te haïssent, Hachem, je haïrai, et je lutterai contre ceux qui se soulèvent contre Toi ! »

Mais de son noble grand-père Rabbi Akiba Eiger, il avait hérité l’humilité. La profondeur de sa modestie était à l’égal de l’ampleur de son intelligence. Quand la célèbre communauté de Nickelsbourg lui proposa d’être son Rav, il refusa en disant : « Mon cœur tremble, car je me suis soigneusement examiné, et je n’ai pas trouvé ce qui pourrait donner à mon âme l’audace de monter si haut et de me tenir à l’emplacement des plus grands, dans une communauté considérable, belle et agréable comme la sainte communauté de Nickelsbourg » (voir Iggerot Sofrim).

Il étudia la Torah avec son père jusqu’à atteindre un très haut niveau. Tous les plus grands de sa génération, entre autres de célèbres Admorim, le respectaient énormément et demandaient son opinion dans diverses questions communautaires. Il fut Rav de la ville de Mattersdorf pendant dix-sept ans, et en 5621 (1861) il devint Rav de la grande ville de Cracovie.

Traditionnellement, Cracovie avait des rabbanim exceptionnels, comme le Rema, le Ba’h, et le Tossefot Yom Tov. Pendant quelques années, à cause de sa modestie, Rabbi Chimon repoussa la demande des habitants de la ville. On lui envoya de l’argent pour les besoins du voyage, on lui envoya une nomination de Rav certifiée par le gouvernement, et il rendit le tout. Mais quand on lui écrivit que la ville était en danger, car s’il refusait on ferait venir un rabbin moderne, il répondit immédiatement qu’il prenait sur lui cette responsabilité.

Comme il avait de la prestance et parlait fort bien la langue du pays, il fut choisi comme député au Parlement autrichien. Quand il se présenta au Parlement, ce fut un grand honneur pour tout le judaïsme.

A Cracovie, il fut accueilli par l’empereur François Joseph. Dans l’une de ses lettres à son fils Rabbi Chlomo Sofer (voir Iggerot Soferim p. 80), il décrit ainsi la visite de l’empereur à Cracovie. « J’ai eu le mérite de l’accueillir [l’empereur] hier, après que nous soyons allés à sa rencontre et nous soyons tenus en rang sous des dais magnifiques avec des sifrei Torah contenus dans des saints étuis d’argent et d’or. Et quant à notre roi équitable, quand il s’est approché de nous il s’est levé dans son carrosse et s’est incliné devant les rouleaux sacrés d’un visage beau et avenant. »

Diverses légendes circulent sur sa rencontre avec l’empereur :

Une fois, lors d’une visite de l’empereur à Cracovie, quand les juifs entrèrent dans la synagogue pour l’accueillir, il se trouva que le portrait de l’empereur qui était toujours accroché au mur de la synagogue avait disparu. C’était certainement l’œuvre d’une main secrète malveillante. Quand les responsables de la communauté s’en aperçurent, on n’avait déjà plus le temps d’apporter un autre portrait. L’empereur arriva, entra dans la synagogue, regarda autour de lui, et vit que son portrait n’était pas au mur. Il demanda à Rabbi Chimon, le Rav de la ville, où se trouvait le portrait.

– Votre Majesté, lui répondit Rabbi Chimon, nous, les enfants d’Israël, nous avons une mitsvah qui s’appelle tefilin. Ces tefilin sont pour nous un signe. Nous devons les mettre tous les jours, les attacher en signe à notre bras et sur notre tête et ne pas en détourner notre attention. Mais le jour du Chabath, nous n’avons pas l’obligation de mettre les tefilin, et non seulement cela mais il est interdit fût-ce de les toucher, parce que le Chabath lui-même est un signe entre Israël et son Père des Cieux, et il n’y a donc pas besoin d’autres signes. C’est la même chose ici, votre Majesté, quand vous n’êtes pas avec nous nous avons besoin d’un portrait qui nous rappelle votre aspect, mais quand nous avons la chance de profiter de l’éclat de votre visage, il nous est interdit de regarder votre portrait, qui n’est qu’une pâle imitation du roi...

Bien qu’il connût parfaitement la langue du pays, il s’opposait absolument à ce que les rabbanim l’utilisent dans leurs discours publiques. Et quand on lui demanda à propos d’un certain Rav, grand en Torah et en crainte du Ciel, qui avait l’habitude de parler clairement en allemand, s’il fallait l’accepter comme Rav d’une certaine communauté, il répondit en ces termes : « Si ceux qui le refusent ne veulent ni de lui ni de qui que ce soit qui lui ressemble, que des bénédictions descendent sur leur tête, car en vérité tout Rav qui lui ressemble est suspect a priori, et on n’en trouvera qu’un seul sur des milliers de milliers dont la crainte du Ciel soit parfaite » (Iggerot Soferim, p. 95).

Malgré son zèle enflammé, il aimait l’unité et détestait les dissenssions. Voici ce qu’il écrit dans l’une de ses lettres : « En ce qui concerne la division, la séparation des ‘hassidim de l’ensemble de la communauté, je suis en dehors de cette question, car elle est bonne et agréable, l’unité d’Israël, et l’unité du peuple témoigne de celle du Saint béni soit-Il, Hachem notre Dieu, Hachem est Un... »

Son amour pour Erets-Israël était puissant et profond, et toute sa vie il aspira à se rendre en Terre Sainte, mais l’ampleur de ses activités communautaires en faveur des juifs de la diaspora ne lui permit pas de réaliser ce désir.

Dans une de ses lettres à son beau-frère, Rabbi Zalman Schpitzer, il écrit : « Je vais te dire la vérité, mon cher, et moi et mon épouse nous espérons ardemment que Dieu nous aidera, pour l’honneur de Son Nom, à contempler Sa présence sur la montagne sainte à Jérusalem, puisse-t-elle être rapidement reconstruite, rapidement et de nos jours. »

Le matin de sa mort, le 17 Adar 5643 (1883), il envoya chercher son gendre, qui était le fils de sa sœur, le gaon Rabbi Akiba Kornitzer, et lui dit : « Vois, mon fils, depuis de nombreuses années mes yeux et mon cœur sont sans cesse tournés vers la Terre sainte, mais de peur qu’on ne m’accuse de négliger la tâche dont j’ai été chargé, je n’ai jamais rien dit. Et maintenant, le moment est venu de visiter la Terre sainte. » Avec ces mots, son âme pure sortit et il partit pour la vie du monde à venir.

Le journal « HaMaguid » a écrit sur lui : « Il a été le premier à s’adresser à des personnes riches de la communauté pour les inciter à fonder une société pour l’installation en Erets-Israël. Cette société s’appelait Roch Pina, et ce fut le premier groupe des « Amants de Sion » dans la ville de Cracovie. »

Il a laissé cinq fils, grands talmidei ‘hakhamim, et son poste a été occupé par son gendre, Rabbi Akiba Kornitzer.

 

 

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