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A la mémoire des Tsadikim
Rabbi
Haïm Ben Attar “Orh Hahaïm Hakadoch”
La ville de Salé, à l’extrémité
du Maroc sur l’océan Atlantique,
n’était pas grande. Il y vivait
une communauté juive peu nombreuse,
mais qui a laissé des traces
dans l’histoire d’Israël, grâce
à notre maître ‘Haïm ben Attar,
qui y est né et y a grandi,
jusqu’à ce qu’il ressente le
besoin de partir en Terre Sainte
et à Jérusalem, où il repose.
Il est né en 5456 (1696)
dans la famille Ben Attar (originaire
de l’Espagne arabe, « attar
» signifiant «parfum» ou «vendeur
de parfums»), et a étudié la
Torah avec son grand père, dont
il porte le nom, comme il le
raconte dans l’introduction
à son livre ‘Hefets Hachem :
« J’ai étudié la Torah avec
mon maître et grand-père, qui
était un grand Rav, très connu,
pieux et humble, Rav ‘Haïm Ben
Attar de mémoire sainte et bénie,
de qui en son temps j’ai bu
les eaux vives. Depuis ma naissance
j’ai grandi sur ses genoux,
et j’ai absorbé ses paroles
merveilleuses. Il était tellement
pieux que je dirais presque
qu’il n’a jamais dormi une moitié
de nuit entière. Il passait
même les nuits de Tamouz à dire
des lamentations sur la destruction
de la Maison de D., en pleurant
abondamment comme une veuve,
et il finissait la nuit en étudiant
avec moi et d’autres qui, comme
moi, étaient ses descendants.
» A Salé, il gagnait sa vie
par son travail, qui, nous dit
la tradition, était le tissage
de vêtements, surtout des vêtements
de luxe tissés de fils d’or
et d’argent.
A cette époque-là, le gouverneur
de Salé était sur le point de
marier sa fille, et quand il
entendit dire que le travail
de notre maître était parfait
et d’une grande précision, il
décida de lui confier les vêtements
de la mariée, à condition qu’ils
soient terminés avant la fin
de la semaine. Comme nous l’avons
dit, notre maître vivait de
son travail, mais il avait un
principe : à partir du moment
où il avait gagné assez pour
la semaine, il retournait à
son étude. Les serviteurs qui
lui avaient apporté les vêtements
de la mariée eurent la surprise
de l’entendre refuser ce travail.
Ils revinrent le trouver une
deuxième fois sur l’ordre du
gouverneur, en le menaçant de
mort s’il ne s’exécutait pas.
Mais notre maître resta ferme
dans son attitude. Le gouverneur
n’admettait pas qu’un juif refuse
de lui obéir, et il ordonna
de le jeter dans la fosse aux
lions qui se trouvait dans sa
cour, non sans avoir préalablement
affamé les bêtes. Les serviteurs
du gouverneur, qui l’avaient
enchaîné pour le conduire aux
lions, entendirent de loin le
rugissement des fauves affamés.
Mais notre maître, sans s’émouvoir,
se dirigea d’un pas ferme vers
la fosse. Les serviteurs du
gouverneur furent encore plus
surpris quand les lions l’accueillirent
en se rangeant en face de lui,
remuant la queue et lui rendant
les honneurs. Pendant ce temps-là,
notre maître avait sorti un
livre des Psaumes et commencé
à le réciter. Le gouverneur,
qui s’était hâté de venir sur
les lieux pour constater cette
merveille de ses propres yeux,
regretta énormément d’avoir
porté atteinte à notre maître
et ordonna de le libérer. Il
lui donna également de riches
cadeaux, en lui demandant pardon.
Ce n’est que l’une des histoires
répandues dans la communauté
d’Israël sur la grandeur de
notre maître, dont même les
bêtes sauvages avaient une crainte
révérencielle.
Chez son beau-père Depuis
sa jeunesse, notre maître n’avait
cessé de s’élever dans la Torah.
Il finit par fonder une yéchivah
dans sa maison, où il enseignait
la Torah en public sans recevoir
aucun salaire, car depuis sa
jeunesse il avait entrepris
d’étudier et d’enseigner. En
5492 (1732), il était encore
à Salé. Cette année-là fut imprimé
à Amsterdam son livre ‘Hefets
Hachem, des commentaires sur
la Guemara, mais les persécutions
l’obligèrent à quitter la ville
de sa naissance, et il partit
à Meknès, puis à Fès, où il
étudia pendant quelques années
avec certains disciples et amis.
Sa maison était grande ouverte
à tous, et à plus forte raison
aux benei Torah qui s’y pressaient.
De plus, son cœur était ouvert
à tous ceux qui avaient besoin
de lui, et il aidait les pauvres
de tout son pouvoir et au-delà.
Il avait pris en charge les
besoins des benei Torah, et
toutes les semaines il achetait
un veau pour Chabath, l’égorgeait
et distribuait la viande aux
talmidei ‘hakhamim pour qu’ils
aient de quoi manger en l’honneur
du Chabath.
On raconte qu’une semaine,
une épidémie éclata dans le
bétail de Salé, et toutes les
bêtes qu’on égorgea en l’honneur
du Chabath s’avérèrent treifa,
à l’exception du veau égorgé
pour notre maître. L’un des
habitants, un homme très riche
et honoré, qui regrettait beaucoup
de ne pas pouvoir manger de
viande le Chabath, alla trouver
notre maître pour lui demanda
de lui en donner un peu, à n’importe
quel prix. Celui-ci refusa,
expliquant que toute la viande
était consacrée aux besoins
des talmidei ‘hakhamim qui venaient
recevoir leur part en l’honneur
du Chabath. Pendant qu’ils parlaient
arriva l’un des pauvres qu’il
aidait régulièrement, et notre
maître lui donna sa part. Le
riche fut très blessé de ce
qu’il n’y avait rien pour lui
alors que ce pauvre en haillons
avait reçu une part généreuse,
et dans sa colère il lança des
paroles de mépris au pauvre,
qui était un grand talmid ‘hakham.
Notre maître ne voulut pas discuter
avec lui, et il s’en alla sans
avoir obtenu ce qu’il voulait.
Cette nuit-là, notre maître
rêva qu’il était condamné à
l’exil pendant une année entière
pour n’avoir pas défendu le
talmid ‘hakham que ce riche
avait insulté. Il accepta ce
décret. La semaine suivante,
il sortit de chez lui et entreprit
une année d’un véritable exil.
Il ne dormait nulle part plus
d’une seule nuit, et partait
ailleurs dès le lendemain matin,
pour poursuivre son exil. Il
fut souvent assailli par la
faim, mais accepta cette épreuve
à cause de l’offense subie par
un talmid ‘hakham.
En constatant qu’il était
accablé d’adversités, notre
maître décida que le moment
était venu de monter vers la
ville sainte : « Hachem éclaira
mon esprit, et je compris que
cette épreuve n’était destinée
qu’à m’inciter à partir vers
l’endroit dont je rêvais, le
lieu de la Chekhinah, la ville
élevée et chère au Maître du
monde, souveraine dans le monde
d’en haut comme dans celui d’en
bas. Je me suis armé de tout
mon courage et j’ai affronté
de grands dangers en voyageant
dans des zones désertiques,
pour arriver au pays auquel
j’aspirais, le lieu pur, Erets-Israël.
Car pour les pays des peuples
du monde, leur terre, et jusqu’à
l’air qu’on y respire, sont
impurs. »
A Roch ‘Hodech Av de l’an
5501 (1741), il embarqua à Livourne
avec un groupe de disciples,
trente personnes en tout, pour
Alexandrie en Egypte, d’où il
devait rejoindre Jaffa, et de
là, Jérusalem. L’un de ses disciples,
Rav Avraham Ychmaël ‘Haï Sanguinetti,
a décrit dans une lettre à son
père qui vivait à Modène tout
le voyage de Livourne jusqu’à
Saint Jean d’Acre. Le bateau
qu’ils avaient pris fit escale
à Alexandrie, d’où le groupe
voulait aller à Jaffa et de
là à Jérusalem, mais le capitaine
les conduisit à Saint Jean d’Acre,
où ils arrivèrent fin Elloul
5501 (1741).
En fait, c’était un service
que D. leur avait rendu, car
il y avait une épidémie à Jaffa
et à Jérusalem. C’est pourquoi
le Rav établit sa yéchivah à
Saint Jean d’Acre et y resta
près d’un an, jusqu’au milieu
de 5502 (1742). En Erets-Israël,
il avait l’habitude de prier
sur les tombes des tsaddikim.
Il y allait avec ses disciples,
que ce soit à Jérusalem ou à
Safed et Tibériade en Galilée.
Quand il arriva à Safed,
on l’accueillit chaleureusement,
et on mit même à sa disposition
le beith midrach de notre maître
Rabbi Yossef Caro, auteur du
Choul’han Aroukh, où, d’après
la tradition, avait également
prié le saint Ari. De temps
en temps, notre maître et ses
disciples partaient en « ziarot
», pèlerinages sur les tombes
des tsaddikim, des Tannaïm et
des Amoraïm enterrés à Safed,
Tibériade et dans les villages
de Galilée. Ils s’approchèrent
avec une émotion particulière
de la tombe de Rabbi Chimon
bar Yo’haï à Meiron, et bien
qu’ils aient fait le chemin
à dos d’âne, quand ils ont vu
de loin la tombe de Rabbi Chimon
bar Yo’haï au sommet de la montagne
de Meiron, notre maître est
descendu de son âne et a commencé
à grimper à quatre pattes, en
disant d’une voix amère : «
Comment moi, qui ne suis rien,
pourrais-je entrer dans un lieu
de feu, où réside la flamme
du Saint béni soit-Il et de
sa Chekhinah, alors que toute
l’escorte d’en haut et toutes
les âmes des tsaddikim sont
ici ! »
Quand il visita les lieux
saints de Tibériade, le Rav
‘Haïm Aboulafia le supplia instamment
de s’installer à Tibériade et
de prendre la tête de la nouvelle
communauté juive de cette ville.
A la fin, notre maître décida
d’établir sa yéchivah à Jérusalem,
et à la fin de l’année 5502
(1742) il s’installa dans la
ville sainte avec ses disciples.
Son émotion en arrivant dans
la ville sainte s’exprime dans
une lettre où il décrit avec
grand enthousiasme son premier
Yom Kippour à Jérusalem : «
J’ai vu une grande lumière au
moment de Kol Nidrei (...) et
au moment où j’ai ouvert le
heikhal, c’était véritablement
pour moi comme l’ouverture des
portes du Gan Eden. Il y avait
tant de luminosité dans la synagogue,
chacun se répandait en supplications,
chacun pleurait abondamment,
dans son désir de voir construire
le Temple, jusqu’aux falla’him
[Note de l’éditeur : apparemment
des paysans juifs qui habitaient
les villages voisins de Jérusalem,
Nebi Samuel et autres, et qui
venaient en ville le soir de
Kippour pour prier avec la communauté].
Croyez-moi, de ma vie entière
je n’avais vu pareille splendeur.
Parmi ses disciples comptait
le ‘Hida, qui avait dix-huit
ans au moment où notre maître
est monté à Jérusalem, et qui
s’était joint à son groupe.
Bien que notre maître n’ait
vécu à Jérusalem que onze mois,
le ‘Hida eut le temps de le
servir et d’apprendre de lui
la Torah. Dans son livre Chem
Haguedolim, il parle avec beaucoup
d’éloges de sa grandeur : «
Et moi le jeune, j’ai eu le
mérite de faire partie de sa
yéchivah, mes yeux ont vu la
grandeur de sa Torah, son extrême
subtilité, son extraordinaire
sainteté, et pour notre génération,
le Rav avait une puissance impressionnante
dans l’étude, il ressemblait
à une source d’eau vive. On
perçoit sa sagesse dans ses
livres, mais cela ne représente
qu’un dixième de sa profondeur,
de la grandeur de son cœur et
de son intelligence exceptionnellement
acérée. Toute la journée planait
sur lui un esprit de sainteté
et de détachement envers ce
monde, ainsi qu’une force spirituelle
hors du commun. »
Notre maître ne vécut pas
longtemps dans la ville sainte,
et avant qu’une année se soit
écoulée depuis son installation,
il disparut de ce monde et rejoignit
l’Assemblée céleste : « A cause
des fautes de la génération,
il tomba malade et mourut à
l’âge de quarante-sept ans,
le 15 Tamouz 5503 (1743) ».
La dernière année de sa vie
sur terre, notre maître était
éveillé la nuit de Hochanah
Rabah et a dit le tikoun, son
visage brillant comme la lumière
du soleil. Sa face émettait
des rayons de gloire, et il
était semblable à un ange vêtu
de blanc. Quand arriva minuit,
il partit seul dans sa chambre,
ôta ses vêtements blancs, se
revêtit de noir, se prosterna
de tout son long et se mit à
pleurer amèrement. Il resta
ainsi étendu jusqu’à l’heure
de la prière. Après la prière
il rentra dans sa chambre, s’étendit
de nouveau à terre jusqu’à Chemini
Atséret, puis il sortit vêtu
de blanc. Après la fête, son
disciple le ‘Hida demanda au
saint Or Ha’Haïm la signification
de ce comportement, et il répondit
qu’il avait prié pour la venue
du Machia’h et que sa prière
avait été entendue. « Quand
l’ange de la mort a vu que le
mal était sur le point de disparaître,
il a mis toutes ses forces à
entraîner tout le monde à la
faute, et il a réussi à tel
point que la situation s’est
retournée et que c’est la destruction
qui a été décrétée ». Quand
notre maître avait vu cela,
il s’était prosterné et s’était
mis à prier de toutes ses forces,
au point d’accepter de prendre
sur lui le poids du décret,
sauvant ainsi toute sa génération.
A cause de nos nombreux péchés,
c’est ce qui s’est produit,
il a disparu au courant de cette
année-là. Et le ‘Hida termine
en disant qu’il a compris de
son discours qu’il était le
Machia’h et qu’il était prêt
à se révéler et à venir, mais
qu’à cause de nos nombreux péchés
cela n’avait pas pu se faire
.
Notre maître est mort un
Samedi soir, le 15 Tamouz au
début de la nuit. A ce moment-là,
à Medjiboz, le Ba’al Chem Tov
venait de se laver les mains
pour le troisième repas de Chabath
(là-bas, le soleil n’était pas
encore couché). Il a dit : «
La lumière de l’Orient s’est
éteinte », à savoir : notre
maître le saint Ora’h ‘Haïm
est mort. Au moment de sa mort,
son ami le Rav ‘Haïm Aboulafia
s’est évanoui à Tibériade au
milieu de la prière et est resté
sans connaissance pendant près
d’une demi-heure. En reprenant
conscience, il a raconté qu’il
avait accompagné notre maître
jusqu’aux portes du Gan Eden.
Les Sages de Jérusalem parlent
de sa mort dans leur lettre
de recommandation pour le livre
Richon Letsion, paru en 5503
(1743) : «Ce jour-là, tout le
pays s’est mis à le pleurer,
les Anciens de Sion étaient
assis dans la poussière, les
lamentations répondaient aux
larmes, et partout on se réunissait
pour faire son oraison funèbre.
»
Sa tombe sur les flancs du
mont des Oliviers compte au
nombre des endroits saints où
beaucoup de gens viennent prier
pendant toute l’année. En particulier,
il y a beaucoup de monde le
jour de sa hilloulah, le 15
Tamouz.
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