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A la mémoire des Tsadikim
RABBI
‘HAÏM MESSAS
La famille Messas est l’une
des plus importantes du Maroc.
Il en est sorti de grands sages,
qui ont servi dans des tribunaux
rabbiniques et ont fait de nombreux
disciples. Ceux qui nous sont
le plus connus à notre époque
sont : Rabbi Yossef Messas zatsoukal,
qui était grand rabbin de ‘Haïfa,
et notre maître le Rav Chalom
Messas Chelita, le Rav de Jérusalem.
Rabbi ‘Haïm Messas zatsoukal,
père de Rabbi Yossef, est né
à Meknès en Elloul 5603 (1843),
et dès sa jeunesse brûlait en
lui une crainte du Ciel pure.
Il se conduisait saintement,
et ses prières étaient écoutées.
Il fit de nombreux disciples,
dont Rabbi Raphaël Baroukh Toledano,
son fils Rabbi Yossef Messas
et de nombreux autres, qui furent
dayanim et enseignèrent la Torah
au Maroc et en Erets-Israël.
Il laissa le livre Nichmat
‘Haïm sur la Torah et l’ensemble
de la Bible, ainsi que d’importantes
études halakhiques. L’ouvrage
fut imprimé par son fils Rabbi
Yossef zatsoukal en 1949, et
réédité par l’institut Benei
Issakhar, grâce à son fils Rav
Eliahou.
Rabbi ‘Haïm Messas zatsoukal
mourut en 5664 (1904).
Rabbi Raphaël Baroukh Toledano
zatsoukal, qui était son disciple,
raconte à ce propos :
Le vendredi matin 6 Nissan
5663 (1903) fut un jour de tristesse
pour Jacob, car tous les ennemis
mauvais qui nous entourent,
Palestiniens et Arabes, nous
ont attaqués comme des bêtes
sauvages, pour exterminer complètement
et piller toute la communauté.
Ils étaient armés de toutes
sortes d’armes mortelles et
de haches et sont venus comme
des bûcherons pour faire tomber
les murailles de la ville. A
l’époque, il n’y avait pas de
roi au Maroc, et ce fut une
crise terrible. Ce matin-là
tout le monde s’est rassemblé
dans les rues de la ville, les
vieux et les jeunes. Je me suis
trouvé là aussi, en ces terribles
circonstances. Notre saint maître
se trouvait dans cette foule,
il est tombé par terre, sa longue
barbe blanche et pure comme
la neige traînait dans la poussière,
et il poussait de grands cris
d’appel au repentir pour réveiller
les cœurs de sa voix enflammée,
en disant : « Mes enfants !
Revenez à Dieu de tout votre
cœur, peut-être qu’Il nous sera
favorable et que nous ne périrons
pas. » Il a dit d’une voix forte
le verset Chema Israël, et toute
la communauté l’a répété après
lui, plusieurs fois. [Voir le
Targoum de Yonathan ben Ouziel
sur le verset : « Et voici
qu’un homme des benei Israël »
etc. à la fin de la parachat
Balak. Il traduit par : « et
ils pleuraient et disaient le
Chema » etc.]. Nous sanglotions
tous, dans les éclairs et le
tonnerre de l’ennemi, avec des
balles de plomb qui passaient
par-dessus nos têtes, nous hurlions
et pleurions, et grâce à Dieu
nous avons été sauvés de ce
terrible danger, car les guetteurs
de tous les remparts sont venus
annoncer qu’une grande crainte
s’était abattue sur tous nos
ennemis et qu’ils s’étaient
tous enfuis en se dispersant
dans toutes les directions,
béni soit Celui qui répond à
son peuple Israël en temps de
malheur, béni soit Dieu qui
sauve. Nous savions bien que
c’était le mérite de notre saint
maître qui nous avait protégés.
Quelques jours plus tard il
tomba malade, et resta alité
jusqu’à ce qu’il rende son âme
sainte le 8 Tamouz 5564 (1904),
car il avait expié pour la génération.
Puisse le mérite de sa belle
âme nous protéger et nous défendre,
nous et tout Israël, Amen.
Son fils Rabbi Yossef Messas
zatsoukal, l’ancien rabbin de
‘Haïfa, raconte :
Un vendredi après la prière
du matin, alors qu’il était
encore à la synagogue, se présentèrent
à lui des gens qui accusaient
le petit-fils du grand et honorable
tsaddik Rabbi Chemouël ben Vaïch,
de leur avoir volé de la synagogue
une coupe et un chandelier.
Mon père vit l’homme, habillé
de vêtements rapiécés, pieds
nus et l’air encore endormi.
Il renvoya immédiatement les
accusateurs, puis demanda à
l’homme s’il avait fait la prière
du matin et s’il avait un talith
et des tefilin. Il répondit :
« Non ». Alors mon père se mit
très en colère, et commença
à le frapper, puis il le fit
asseoir et lui donna son talith,
ses tefilin et un livre de prière.
Pendant qu’il priait, mon père
pleurait, soupirait et demandait
miséricorde pour lui. Quand
il eut fini, il le fit lire
avec lui la parachah de la semaine,
deux fois en hébreu et une fois
dans la traduction araméenne,
en lui disant de regarder le
Tétragramme écrit dans le livre
pour s’imprégner de sainteté,
et une fois qu’il eut fini,
il commença à l’interroger sur
le vol, et arriva à la conclusion
qu’il avait volé et revendu
à un autre juif à cause de sa
grande pauvreté. Alors il envoya
chercher l’acheteur et lui parla
durement, en l’accusant de soutenir
des pécheurs, puis il lui donna
comme amende la moitié du prix
qu’il avait payé, et paya l’autre
moitié de sa poche. Il rendit
aux propriétaires ce qu’on leur
avait volé. Ensuite il acheta
au voleur des tefilin neufs
et lui donna un talith katan
ainsi qu’un livre de prières,
des chaussures, un chapeau,
une blouse, un pantalon de style
arabe, le tout fait d’un beau
tissu très résistant pratiquement
neuf et il lui donna de l’argent
pour acheter ce qu’il fallait
pour Chabath. Après lui avoir
donné tout cela de sa poche,
il se mit à le consoler, l’emmena
chez lui, et lui fit prendre
un petit déjeuner avant de le
congédier. Le Chabath, il le
fit de nouveau venir pour qu’il
mange avec lui, et toute la
journée il lui fit entendre
des paroles de moussar.
Une fois, vers Pessa’h, qui
est le moment de location des
maisons à Meknès, se présenta
à mon père un homme qui exigeait
d’un talmid ‘hakham pauvre de
lui payer le loyer de l’année
écoulée et de libérer la maison.
Mon père eut beaucoup de mal
à lui faire accepter un compromis :
il paierait le loyer de l’année
écoulée et resterait dans la
maison pour une année supplémentaire ;
alors, le talmid ‘hakham en
question dit qu’il n’avait pas
de quoi payer, et le propriétaire
lui demanda un gage ; il dit
qu’il n’en avait pas ; quand
mon père vit l’étendue de sa
pauvreté, il sortit immédiatement
des bracelets d’argent de ma
mère, les donna en gage pour
le talmid ‘hakham et renvoya
les contestants en paix. Les
bracelets restèrent en gage
pendant plus de trois ans, jusqu’à
ce que Dieu donne un peu d’argent
au talmid ‘hakham, alors il
les racheta et les ramena à
mon père.
Un jour, à un moment où l’on
employait chez lui une blanchisseuse
juive, il alla à la synagogue
prier min’ha, mais avant de
commencer à prier, il se rappela
qu’il n’avait pas payé la blanchisseuse.
Il voulut immédiatement sortir
l’argent de son sac mais n’en
trouva pas, parce qu’il n’était
pas au courant qu’il n’y en
avait plus. Alors il sortit
de la synagogue pour trouver
de qui emprunter, et ne rencontra
personne, parce qu’il pleuvait
et qu’il n’y avait pas de passants.
Il se faisait beaucoup de souci,
et dit : « Maître du monde,
accomplis pour nous ce que Tu
nous a promis : celui qui vient
se purifier, on l’aide ! » Il
avait à peine fini de parler
qu’en regardant de tous côtés,
il vit un paquet enfoncé dans
la boue. Il alla le prendre,
et trouva à l’intérieur assez
de pièces d’argent pour payer
la blanchisseuse, ni plus ni
moins. Très heureux, il se dépêcha
de les lui envoyer, puis alla
prier min’ha d’un cœur joyeux.
Pendant quelques jours il chercha
le propriétaire de cet argent,
mais ne le trouva pas.
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