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A la mémoire des Tsadikim
Rabbi
Israël Abouhassira - Baba Salé
Rabbi Israël Abouhassira
naquit le jour de Rosh Hachana
5650. Son père était le Tsaddik
Rabbi Massoud, Rabbin du village
de Rissani, aux environs de
Tafilalet.
Depuis son jeune âge, Rabbi
Israël avait coutume de se lever
aux aurores, et après s’être
trempé au Mikvé de purification,
il se dépêchait d’aller à la
synagogue pour l’office du matin,
au Nets Hahama (Lever du soleil).
Il priait avec une grande
ferveur, et une grande concentration.
Après la prière, il étudiait
avec une extraordinaire persévérance.
Le douze Iyar 5668, Rabbi
Massoud (son père) quitta ce
monde. Lors de son décès, Rabbi
Israël était alors âgé de dix-huit
ans. Cependant, il était déjà
un Gaon, dont la crainte dépassait
la sagesse. Les juifs de Tafilalet
le supplièrent d’accepter, malgré
son jeune âge, le poste de Rabbin,
et d’être le dirigeant spirituel
de la Yéchiva. Rabbi Israël,
très modeste essaya d’esquiver
les charges qu’ils voulaient
lui imposer. Mais les juifs
de Tafilalet savaient qu’il
leur serait difficile de trouver
un autre saint homme tel que
lui. Ils insistèrent tant qu’il
accepta de remplir les fonctions
à la place de son père.
Ainsi, outre le poste de
Roch Yéchiva, Rabbi Israël reçut
la direction de la Rabbanout.
Les juifs de Tafilalet observaient
scrupuleusement ses instructions,
et ses paroles étaient pour
eux, le Saint des Saints, les
paroles de l’oracle.
En l’an 5681, à l’âge de
trente et un ans, Rabbi Israël
vint visiter la Terre Sainte.
Tous les Guéonim et les rabbins
du pays allèrent à sa rencontre
avec crainte et respect, et
l’accueillirent avec de grands
honneurs. Son nom était célébre
et connu : Le saint homme, qui
accomplissait des miracles et
dont les bénédictions étaient
toujours exhaussées. Tous les
habitants de Jérusalem affluèrent
à son domicile afin de recevoir
sa bénédiction.
Rabbi Israël voyagea à Safed,
afin de se recueillir sur les
tombes des Tzadikim, et prier
pour la précipitation de la
délivrance finale. Le coeur
tremblant, il s’approcha de
la tombe du Saint Ari, et une
heure durant, il se prosterna
sur celle-ci en pleurant. Puis,
après s’être trempé dans les
eaux froides de la source du
Ari, il demanda à visiter la
synagogue où ce dernier avait
l’habitude de prier.
A sa grande surprise, l’accès
lui fut refusé. Le juif gardien
de la synagogue, et qui en possédait
les clefs lui répondit que cela
faisait déjà plusieurs années
qu’elle était verrouillée, et
que personne n’osait y pénétrer.
«Ceux qui ont osé le faire,
n’en sont pas sortis vivants.»
Ajouta -t-il pour conclure.
Rabbi Israël le rassura,
et lui demanda de bien vouloir
lui remettre quand même les
clefs.
Tremblants de peur, le gardien
lui remit les clefs, tout en
essayant de le persuader qu’il
valait mieux renoncer à ce projet.
Une foule nombreuse se groupa
autour de la synagogue du Ari,
désirant assister à l’événement.
Tendus et craintifs, ils suivaient
des yeux la scène. Rabbi Israël
prit les clefs et les enfonça
dans la serrure de la porte
de la synagogue.
La porte, qui était restée
fermée de nombreuses années,
s’ouvrit avec un grincement
strident. La crainte des assistants
augmenta. Rabbi Israël se tourna
vers son serviteur et lui dit
: «Attrape mon manteau et suis-moi;
tant que tu le saisiras, il
ne t’arrivera aucun mal...»
Le Tsaddik pénétra à l’intérieur
avec une grande émotion, suivit
de son serviteur qui n’osait
lâcher les pans de son manteau.
Rabbi Israël se dirigea vers
l’Arche sainte, tira le voile
bigarré, et ouvrit les portes
de l’Arche. Il sortit le Séfer
Torah qui s’y trouvait, le déposa
sur la table, et commença à
lire. Le coeur du serviteur
s’arrêta de battre quelques
instants, ne sachant s’il rêvait
ou s’il était éveillé. La synagogue
se remplit alors d’une grande
lumière éclatante et pure. Rabbi
Israël se tourna vers son serviteur
et lui dit :
«Maintenant, tu peux lâcher
mon manteau, il ne t’arrivera
rien. A partir d’aujourd’hui,
tout le monde pourra entrer
dans cette synagogue sans aucune
crainte.»
Tous les juifs qui attendaient
dehors furent transportés de
joie, lorsqu’il virent le Tsaddik
ressortir vivant de la synagogue.
Ils avaient été témoins de la
grande sainteté de Rabbi Israël.
L’un après l’autre, s’approchèrent
du Tsaddik pour embrasser les
pans de son manteau et recevoir
sa bénédiction.
Rabbi Israël eut beaucoup
de difficultés à quitter la
Terre Sainte, pour laquelle
il gardait une grande nostalgie.
Et malgré son désir ardent d’y
rester, il décida de retourner
à Tafilalet, au Maroc, pour
diriger sa Communauté, restée
tel un troupeau sans berger.
La Maison de Rabbi Israël
était devenue un pôle d’attraction
pour les juifs de Tafilalet.
Jour et nuit, on venait frapper
à sa porte; les pauvres pour
demander de l’aide, les malades
pour recevoir sa bénédiction
pour guérir et celui qui était
en conflit avec son prochain,
venait se faire juger par le
Tsaddik.
Une fois, pendant la nuit
du Chabbat, Rabbi Israël étudiait
des secrets de la Torah, sondant
les mystères du monde. Il était
tellement absorbé par son étude,
qu’il ne remarqua pas que l’une
des bougies du Chabbat était
tombée sur le tapis qui prenait
feu. Un membre de la famille,
s’aperçut du début de l’incendie,
il courut aussitôt Vers Rabbi
Israël pour l’avertir du danger.
Toute la maison pouvait prendre
feu...
Rabbi Israël prit son bâton,
et s’approcha du feu qui se
propageait. Il fit un signe
dans l’air avec le bâton et
dit :
«Maître du monde ! que le
feu s’arrête là !...»
Lorsque les flammes atteignirent
l’endroit désigné par le Tsaddik,
Subitement, le feu s’éteignit
tout seul.
En l’an 5724, Rabbi Israël
décida de réaliser son projet
le plus cher : s’installer en
Terre Sainte. La plupart des
juifs du Maroc avaient alors
quitté la pauvre Gola, et étaient
montés en Terre d’Israël. Ce
grand capitaine, ce berger fidèle,
ne fut pas le premier à partir.
Il n’accepta de quitter le
Maroc que lorsque la majorité
des juifs furent déjà installés
en Israël pour chérir son sol.
La nouvelle de l’arrivée
de Rabbénou en Terre Sainte,
se répandit rapidement, et des
centaines de gens vinrent l’accueillir
au port et parmi eux, des grands
Rabbins et des personnalités
importantes.
Rabbénou apporta avec lui,
du Maroc, tous les livres et
manuscrits, en sa possession;
il n’était prêt à renoncer à
aucun d’entre eux. Pendant trois
jours, ses proches travaillèrent
à emballer ses livres, qui remplirent
plus de trente grandes caisses,
et furent transportés difficilement
dans un camion jusqu’au port.
Cette immense bibliothèque comportait
toutes sortes de livres : commentaires
simples et secrets, de livres
anciens et nouveaux. Il y avait
aussi des livres de grandes
valeurs, et des manuscrits de
grands Rabbins et de Rabbins
de la famille. Les manuscrits
de Rabbi Israël, à eux seuls,
comportaient plus de mille pages
de commentaires sur la Thora.
Rabbi Israël, un génie dans
la Thora dévoilée et secrète,
était d’une grande modestie.
Malgré sa grande érudition,
il ne se considérait jamais
comme assez méritant de tous
les honneurs qu’on lui faisait.
Il parlait des grands Maîtres
de la génération, avec une entière
soumission, tel un nain devant
des géants. Chaque fois qu’un
Talmid-Hakham venait lui rendre
visite, il se levait en son
honneur, et avait l’habitude
de s’excuser : «Pardonne-moi,
si je t’ai pas reçu avec tout
le respect que je te dois».
Un jour, son gendre le trouva
assis par terre en train de
se lamenter : «les gens pensent
que j’ai quelque chose, ou une
qualité spéciale, mais je me
connais bien, je n’ai rien de
tout cela. Je crains, que l’on
me donne dans ce monde-ci tout
mon salaire du monde futur,
c’est pour cela que je me lamente».
Toute la vie de Rabbénou
fut imprégnée de cette terrible
douleur et de cette souffrance
profonde qui suivirent la destruction
du Saint Temple, et sur l’exil
de la Chékhina. Toujours, il
ramenait, en tête de chapitre
: «Et la Chékhina, que dit-elle,
ils m’ont déshonorée...».
Au coeur de la nuit, lorsque
toute la création était enveloppée
d’un silence profond, Rabbénou,
assis sur le plancher, se lamentait
du plus profond de son être,
sur l’exil de la Chékhina, sur
le peuple juif bafoué et opprimé.
Le dimanche vingt Téveth
5744, Rabbénou tomba malade
de sa dernière maladie. Il agonisa
durant deux semaines. Toutes
les maison d’Israël imploraient,
Celui qui réside dans les cieux
pour sa guérison complète. Mais
les portes de Cieux restèrent
fermées, et le dimanche quatre
Chevat 5744, Rabbénou fut rappelé
devant le Tribunal Céleste....
La terrible nouvelle de la
disparition du Tsaddik se répandit
très vite. Toutes les communautés
d’Israël furent affligés et
en deuil. Des milliers de juifs
pleurèrent amèrement la perte
de ce grand pilier, qui n’était
plus...
A partir de jour, il ne sera
plus possible d’accéder au Saint,
a cet extraordinaire Tsaddik
dont la majesté et la splendeur
ont rayonné sur le monde entier.
Cette année, sa Hilloula
tombe le 31 janvier 1998.
Que son mérite nous protège.
Amen.
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