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A la mémoire des Tsadikim
RABBI
NA’HOUMKE DE HORONDA (GRODNA)
Beaucoup de villes inconnues
sont aujourd’hui célèbres à
cause des rabbanim, guéonim
et tsaddikim qui les ont habitées,
mais Horodna (Grodna) est la
seule qui ait connu une grande
notoriété à cause du bedeau
de sa synagogue. Ce bedeau s’appelait
Rabbi Mena’hem Na’houm, ou,
comme on le surnommait affectueusement,
Rabbi Na’houmke de Horonda.
Rabbi Na’houmke fut l’un
des plus grands tsaddikim de
sa génération, et l’un des plus
généreux. Ne voulant tirer aucun
profit de son érudition, il
se contentait d’être bedeau
de la synagogue « ‘Hevra Chass »
à Horodna (Grodna).
Il n’existait dans toute
la Russie aucun enfant juif
qui n’ait entendu parler de
Rabbi Na’houmke. Avec un respect
et vénération, les enfants se
racontaient les uns aux autres
des histoires merveilleuses
sur le bedeau tsaddik. On parlait
de sa naissance, de son enfance,
de sa jeunesse, de sa grandeur
en Torah, de sa droiture, de
son humilité et on racontait
surtout beaucoup de choses sur
ses qualités extraordinaires,
sa bonté et son cœur rempli
de compassion pour toutes les
créatures.
Nous allons raconter qui
était cette personnalité remarquable,
qui de façon quasi-miraculeuse
et avec une obstination sans
pareille est arrivé aux plus
hauts degrés.
Rabbi Na’houmke est né d’Ouziel
et Maida en 5572 (1812). Ses
parents étaient des gens simples,
mais craignant Dieu et aimant
la Torah, qui habitaient un
petit village proche de la ville
de Beissigola, dans la région
de Schabel de la province de
Kovno. Son père était pauvre,
et gagnait sa vie en travaillant
dans une distillerie d’alcool
comme ouvrier journalier. Ce
qu’il gagnait suffisait à peine
à faire vivre sa famille.
Na’houm était un enfant plein
de charme, beau, sain comme
tous les enfants villageois,
et plus développé que son âge
intellectuellement. Quand il
grandit et qu’il fallut commencer
à lui enseigner la Torah, on
ne trouva pas d’instituteur
au village. Son père Ouziel
l’emmenait avec lui à la distillerie,
et à chaque instant libre, il
lui enseignait à lire dans le
sidour. L’enfant apprit très
rapidement les prières et le
début du ‘Houmach, mais son
père ne pouvait pas lui enseigner
davantage parce que c’était
un homme simple et que c’était
tout ce qu’il connaissait.
Mais l’aspiration de l’enfant
à étudier la Torah ne connaissait
aucune borne. N’ayant pas le
choix, Na’houm quitta le village
et partit à la petite ville
proche de Beissigola où il entra
au beith midrach dans l’espoir
de trouver un juif qui veuille
bien lui enseigner la Torah.
Ce jour-là était arrivé un célèbre
‘hazan, accompagné de chanteurs.
Na’houm, qui avait une voix
agréable, lui plut, et il emmena
l’enfant avec lui.
C’est ainsi qu’il quitta
la région du village de sa naissance
et s’en alla parcourir le pays.
Avec le ‘hazan, il traversa
différentes villes, avant d’arriver
un beau jour à Mir. Là, il quitta
le ‘hazan et ses chanteurs et
courut à la grande yéchivah.
Il entrouvrit la porte et vit
des centaines de jeunes gens
en train d’étudier la Torah
sur une mélodie agréable. Il
fut rempli de jalousie de ne
pas pouvoir rentrer pour être
lui aussi un élève de la yéchivah,
et se jura à ce moment-là qu’un
jour ou l’autre, il reviendrait
à la yéchivah pour y étudier
la Torah.
Il passa de nouveau quelques
années d’errance, étudiant en
beaucoup d’endroits et chez
divers enseignants. Il eut faim
plus d’une fois ou dut se contenter
de pain sec, mais n’arrêta jamais
d’étudier, dans le but de connaître
la Torah de Dieu.
Au bout de quelques années,
il revint à la yéchivah de Mir
et se plongea entièrement dans
l’étude, au point de devenir
un grand talmid ‘hakham. Il
était le meilleur de la yéchivah
par la noblesse de son caractère
et la droiture de sa conduite.
Tous voyaient en lui un merveilleux
mélange d’érudition et de qualités
de coeur. Le Roch Yéchivah disait :
« Il étudie la Torah chez nous,
mais pour les vertus, c’est
nous qui devons être ses élèves. »
Un beau jour arriva à la
yéchivah un juif fortuné de
la ville de Noschvitz, qui le
choisit comme mari pour sa fille.
Quand il arriva chez son beau-père,
on lui réserva une pièce particulière
où il pouvait se consacrer à
la Torah tant qu’il voulait,
sans être dérangé. Rabbi Na’houm
consacrait la majeure partie
de son temps à l’étude de la
Torah et d’ouvrages de moussar,
et pendant quelques heures il
s’occupait d’actions charitables.
Il disait : « Quiconque passe
son temps uniquement dans l’étude
sans prêter attention aux souffrances
des hommes qui l’entourent ne
réussit pas non plus dans l’étude.
C’est seulement celui qui se
consacre à la fois à la Torah
et aux bonnes actions qui connaît
le goût de la Torah, qui est
une Torah de vie et la Torah
de l’homme. »
Entre temps, son beau-père
perdit sa fortune. Rabbi Na’houm
alla vivre à Grodna. Beaucoup
de villes voulaient de lui comme
Rav, mais il avait décidé de
ne pas être Rav, car il considérait
que son rôle dans la vie était
de se montrer généreux envers
les autres, et un Rav, qui dépend
de l’opinion qu’on se fait de
lui, peut rencontrer des difficultés
dans ce domaine. Il se proposa
donc comme serviteur et bedeau
de « ‘Hevrat Chass » à Grodna,
disant : « En étant bedeau,
je me rapprocherai de tout le
monde, je saurai ce qui les
préoccupe et je pourrai leur
venir en aide. »
Mais sa femme protestait
énergiquement. Un jour, elle
lui dit :
– Na’houm, jusqu’à quand
allons-nous vivre dans la pauvreté ?
Sois Rav d’une communauté, et
nous gagnerons notre vie largement
et honorablement. !
– Je te dis, lui répondit
Rabbi Na’houmke, qu’ici à Horodna,
tout le monde me connaît, et
sait que je n’ai ni Torah ni
sagesse ; ils estiment néanmoins
que j’ai les qualifications
requises pour être bedeau. Mais
ce ne sera pas le cas si je
vais à un endroit étranger en
tant que Rav, et que les gens
viennent me trouver avec leurs
questions et leurs problèmes
à juger : ils sentiront immédiatement
que je suis vide de Torah et
de sagesse, ils me renverront
honteusement, et je perdrai
même la place de bedeau...
Rabbi Na’houmke se consacrait
entièrement à des actes de générosité
et aux besoins de la communauté.
Il se mit à parler en public
de la tsedaka et de la générosité.
Il se souciait de l’éducation
dans les familles pauvres, et
courait toute la journée d’une
maison à l’autre ramasser de
l’argent pour les indigents.
Rabbi Na’houmke lui-même, par
sa conduite et ses qualités,
servait d’exemple à tous ses
frères juifs.
On raconte qu’une fois, une
nuit d’hiver, quelqu’un rentra
dans le hall de la grande synagogue
et vit un homme couché par terre.
Il se pencha sur lui et vit
que c’était Rabbi Na’houmke.
– Rabbi, s’étonna l’homme,
que faites-vous ici ?
– Le Beit Midrach est fermé,
répondit Rabbi Na’houmke, les
pauvres qui étudient la Torah
dorment, et je n’ai pas voulu
les réveiller. Rentrer chez
moi – les gens y dorment aussi,
j’ai donc décidé de rester ici
et le sommeil m’a vaincu.
Quand il allait ramasser
de l’argent, Rabbi Na’houm ne
sautait aucune maison, et partout
où il allait il était reçu avec
beaucoup d’affection. Mais un
jour, il tomba sur la maison
d’un riche avare, qui venait
d’arriver en ville et ne le
connaissait pas encore. Le maître
de maison lui sauta dessus en
criant : « Que fais-tu ici à
mendier chez moi ? Disparais ! »
Rabbi Na’houm ne bougea pas ;
le riche se leva et alla le
gifler, faisant tomber son chapeau
par terre. Rabbi Na’houm rit
et dit : « Cette gifle, mon
ami, est pour moi. Maintenant,
que me donnera monsieur pour
les pauvres ?... »
Un jour, par une nuit froide,
un invité se présenta chez lui
et demanda un endroit où dormir.
Rabbi Na’houm le fit entrer
et lui proposa son lit. Au matin,
l’invité disparut en emportant
le manteau de Rabbi Na’houm.
Quand celui-ci vint au Beit
Midrach enveloppé de haillons,
tout le monde savait déjà ce
qui s’était passé, car on avait
vu peu de temps auparavant un
vieil homme qui partait, et
qui portait un manteau semblable
à celui du Rav. Ils voulaient
poursuivre le voleur pour rapporter
le manteau, mais Rabbi Na’houm
les en empêcha, et demanda :
« Est-ce que le vêtement lui
va ? » « Exactement comme s’il
avait été fait pour lui », répondirent
les gens. Rabbi Na’houm dit
alors : « Qu’il le garde donc.
Ce vieil homme est pauvre et
misérable, c’est bien que le
manteau lui aille. »
Rabbi Na’houmke fut un homme
faible et maladif pendant toute
sa vie, mais cela ne l’empêcha
jamais de faire le bien. Jusqu’à
une vieillesse avancée, il travailla
pour les pauvres, jusqu’à s’écrouler
un beau jour sous ce pesant
fardeau. Il fut obligé de prendre
le lit, et le Chabath 8 ‘Hechvan
5640 (1880), il rendit son âme
pure à son Créateur. La perte
fut grande pour toutes les communautés
d’Israël. Rabbi Na’houmke était
mort quelques semaines après
le Malbim, et Rabbi Israël de
Salant, dans son oraison funèbre
pour les deux, dit : « Quand
je me présenterai au tribunal
céleste et qu’on me demandera
pourquoi je n’ai pas ressemblé
au Malbim, je répondrai qu’on
ne m’avait pas donné du Ciel
une intelligence comme la sienne ;
mais si l’on me demande pourquoi
je n’ai pas été Rabbi Na’houmke
de Horodna, je ne saurai pas
quoi répondre, car du ciel on
m’a donné un cœur... »
(entendu de notre maître
Rabbi Ya’akov Kamenetski).
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