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paracha de la semaine

CHELAH LEKHA

18 JUIN 2011

16 SIVAN 5771

deux nerot HORAIRES DE CHABBAT

DEBUT

FIN

Paris

21:39

23:05

Lyon

21:15

22:34

Marseille

21:03

22:17

ARCHIVES DE L'ANNEE 2002 A 2012 ARCHIVES

LA FAUTE DES EXPLORATEURS, ET LA GRANDEUR DE YEHOCHOUA ET CALEB

(par Rabbi David Hanania Pinto Chelita)

« Envoie pour toi des hommes et ils exploreront le pays de Canaan » (Bemidbar 13, 2)

Le Ba’al HaTourim dit : les dernières lettres de chela’h lekha anachim (envoie pour toi des hommes) forment le mot ‘hakham (sage). Cela signifie qu’ils devaient être des sages et des tsaddikim. Il y a plusieurs questions à poser sur les explorateurs. Nous allons les examiner une à une, et voir comment on peut y répondre. D’abord, pourquoi Moché a-t-il reçu l’ordre d’envoyer justement des hommes sages et justes ? Est-ce que leur sagesse les a aidés en quoi que ce soit dans leur mission ? Malgré leur sagesse, ils ont provoqué un grand malheur en disant du mal d’Erets Israël. De plus, comment est-il possible que de tels justes provoquent quelque chose d’aussi terrible ? Troisièmement, Rachi explique sur le verset « tournons-nous et retournons en Egypte » (Bemidbar 14, 4) : Nos Maîtres ont vu en cela de l’idolâtrie, c’est-à-dire qu’ils ont voulu se mettre sous la direction d’une idole et retourner en Egypte. Est-ce qu’ils avaient donc oublié ce qui était arrivé avec la faute du Veau d’Or, quand ils avaient presque été exterminés, pour envisager maintenant de récidiver ? De plus, comment est-il possible que la génération du désert, qui était la « génération de la connaissance » (Vayikra Rabba 9, 1), qui avait été témoin de la plus grande révélation de l’Histoire, qui avait été enveloppée par les nuées de gloire, pour qui la manne était tombée, en vienne à prétendre (Bemidbar 13, 31) : « Car il est plus fort que nous (mimeino) », ce que les Sages (Zohar Chela’h III 158a) ont interprété comme signifiant « plus fort que Lui (mimeino) » ? Pourquoi les explorateurs ont-ils dit du mal du pays ? Parce qu’ils voulaient rester des chefs de tribus dans le désert, et s’ils entraient dans le pays, ils ne seraient plus des chefs.

C’est surprenant ! Est-ce qu’à cause de la gloire d’être un chef on peut en arriver à dire du mal d’Erets Israël et de Hachem ? D’ailleurs, à quoi leur servait de tellement tenir à ce poste, est-ce qu’ils croyaient pouvoir y rester pour le restant de leurs jours ? Pour l’expliquer, il faut commencer par dire plusieurs choses. Sur le verset (Bemidbar 13, 2) « Envoie pour toi des hommes », les Sages ont dit (Sota 34b) au nom de Reich Lakich : « Envoie pour toi, de ta propre initiative. » On trouve aussi (Bemidbar Rabba 16, 7) que la volonté de Hachem n’était certainement pas qu’ils y aillent, puisqu’Il leur avait déjà fait les louanges d’Erets Israël.

Par conséquent, y avait-il lieu de douter des paroles de Hachem, d’autant plus que jusqu’alors, ils vivaient dans le désert comme dans un Gan Eden ? Alors pourquoi vouloir envoyer des explorateurs ? Au début, on pouvait encore leur donner le bénéfice du doute, parce que c’est contre Moché qu’ils protestaient. Il est vrai que dans le désert, ils vivaient de miracles, mais quand ils rentreraient dans le pays, ils seraient obligés de vivre selon les lois naturelles, c’est pourquoi ils ont voulu envoyer des explorateurs pour voir comment vivaient les Cananéens, afin de pouvoir facilement conquérir le pays et vaincre ses habitants. Et en fonction de cette demande des bnei Israël, le Saint béni soit-Il a répondu à Moché : Envoie des hommes sages, or nous savons qu’un sage est supérieur à un prophète (Baba Batra 12), pour que grâce à leur sagesse et à leur vertu ils comprennent rapidement de quelle façon ils devaient conquérir le pays de façon naturelle et vaincre les Cananéens, même si le peuple était fort et les remparts bien protégés, et bien que cela ne soit nullement nécessaire, puisque Hachem lutterait avec eux et qu’ils conquerraient même si ce n’était pas de façon naturelle. Et effectivement, ces mêmes hommes étaient des justes quand ils étaient dans le camp, comme le dit Rachi (sur Bemidbar 13, 3), et c’étaient des sages qui savait raisonner (‘Haguiga 14a).

D’eux, Hachem attendait en vérité qu’ils ne partent pas du tout explorer le pays. Il leur incombait, en tant que chefs, de dire aux bnei Israël qu’il n’y avait aucune raison de le faire, parce qu’il y avait une promesse de D. que le pays était bon.

Ainsi, nous aurions dû vaincre facilement les Cananéens. Donc justement quand Hachem a demandé à Moché d’envoyer des hommes sages, il voulait que ces sages comprennent dans leur sagesse, un moment avant de partir pour leur mission, qu’il n’y avait aucune raison d’y aller, et Il attendait d’eux qu’ils restent. Mais ces sages, qui avaient la possibilité de comprendre qu’il n’y avait aucune raison de partir, au lieu de faire la volonté de Hachem en n’y allant pas, non seulement n’ont pas eu cette sagesse, mais au contraire, quand ils sont allés explorer le pays ils ont fait du mal. Tout cela parce qu’ils voulaient une seule chose.

En réalité, ils n’auraient jamais dû explorer le pays, car il était très, très bon. Mais comme ils cherchaient un prétexte, le Saint béni soit-Il leur en a présenté, afin qu’ils soient punis mesure pour mesure (Chabbat 105b). En effet, on conduit l’homme par le chemin qu’il veut prendre (Makot 10b). C’est pourquoi le verset compare leur retour à leur aller. De même qu’à leur retour ils avaient de mauvaises intentions, en partant ils avaient de mauvaises intentions (Sota 35a). C’est pourquoi il est écrit « ils allèrent et ils revinrent ».

Cela demande explication. Lorsqu’ils sont partis c’étaient des justes ! Mais on le comprend d’après ce que nous avons dit, que le Saint béni soit-Il croyait que puisqu’ils étaient sages et justes, ils allaient convaincre les bnei Israël que cette démarche était inutile. Mais étant donné qu’ils sont effectivement partis, c’est un signe qu’ils étaient partis avec de mauvaises intentions.

On peut dire qu’ils en sont arrivés à causer ces problèmes parce qu’ils venaient d’être nommés chefs de tribus, et peut-être qu’ils s’étaient enorgueillis et ne voulaient pas perdre leur grandeur en rentrant déjà en Erets Israël. Et même si nous disons que leur intention était peut-être pure, car ils savaient que les dirigeants de la communauté méritent du Ciel une sainte abondance parce qu’ils guident le peuple d’Israël, cela comporte pourtant un défaut vis-à-vis de la volonté de D., Qui avait dit qu’Il élevait Israël de l’aridité de l’Egypte vers un pays de rivières.

Cela permettra également de comprendre ce que nous avions demandé : comment ont-ils pu parler contre Hachem en disant « il est plus fort que Lui » ? Il est expliqué dans Sota que quiconque est orgueilleux, c’est comme s’il était idolâtre, et si nous disons qu’ils ont échoué parce qu’il y avait en eux de l’orgueil, chose que Hachem ne supporte pas, c’est qu’ils avaient une pensée idolâtre envers Hachem. En ce qui concerne le fait que Yéhochoua ait été envoyé avec eux, on peut expliquer que Moché voulait que même si les autres explorateurs échouaient, il y ait quelqu’un qui le leur reproche et qui protège l’honneur du Ciel en proclamant ouvertement que la parole de Hachem est véritable et ferme. La lettre youd que lui a ajoutée Moché, et qui a la valeur numérique de vingt (quand on l’écrit en plein), a la même valeur numérique que les initiales des mots Erets Zavat ‘Halav OuDevach (une terre où coulent le lait et le miel).

Que le Saint béni soit-Il nous aide à mériter de sanctifier Son Nom dans le monde et de le faire aimer par les hommes dans la joie et la sérénité, Amen.

HISTOIRE VECUE

La promesse explicite de l’auteur du « Chomrei Emounim »

« Ne vous égarez pas à la suite de votre cœur et de vos yeux » (Bemidbar 15, 39)

Parmi les grandes épreuves qui marquent notre génération, nous notons la terrible débauche qui brise toutes les barrières de la pudeur et de la sainteté, et qui rend le verset « On nous empêche de passer dans les rues » concret et plein de sens. Chaque sortie est accompagnée de pièges, de transgressions et de puissantes épreuves qui n’ont pas leurs pareilles, et celui qui n’est pas particulièrement vigilant risque, D. préserve, de perdre ses acquis spirituels en un clin d’œil.

Pourtant, sachons qu’il est possible de tirer avantage de cette situation éprouvante ! Penchons-nous sur la lettre d’un érudit citée dans le livre Aleinou Lechabéa’h :

« Le gaon Rabbi Yitz’hak Zilberstein a une fois rapporté au nom de Rabbi Aharon Rotte, auteur de ‘Chomrei Emounim’, que si quelqu’un se trouve confronté à une vue impudique, il doit se maîtriser, détourner les yeux et s’empêcher de regarder, alors toute requête qu’il adressera au Créateur à ce moment-là sera agréée.

J’avais précieusement retenu cette ‘promesse’ extraordinaire, mais je ne l’avais encore jamais expérimentée. En effet, grâce à D. j’étudie dans un collel à Ofakim, je ne sors pas souvent et je ne rencontre donc pas toutes ces images laides, qui envahissent les grandes villes.

Il y a peu de temps, j’ai dû me rendre pour une urgence à Tel-Aviv où je me suis heurté à une scène vraiment très impudique. Je me suis alors souvenu des paroles du « Chomrei Emounim » : Hachem m’envoyait une occasion de me rendre méritant ! J’ai fermé les yeux, je me suis détourné de ce lieu et j’ai réussi à traverser cet obstacle en paix.

En réalité, la raison de ma venue à Tel-Aviv était la grave maladie qui touchait ma fille : celle-ci était alors hospitalisée à BéerShéva et les médecins de son service m’avaient envoyé lui chercher un médicament spécifique qu’on ne trouvait que dans les grandes villes.

J’ai donc prié à Hachem d’épargner tout malheur à ma fille et de la protéger des maladies pernicieuses. J’ai dit cette prière en versant des torrents de larmes, car indépendamment de mes souffrances dues à la maladie qui nous touchait, je ressentais en cet instant une grande proximité à D. grâce à l’épreuve que je venais de surmonter. Puis j’ai poursuivi mon chemin vers la pharmacie qui vendait le médicament rare que je cherchais.

Presque arrivé à destination, j’ai entendu mon téléphone sonner : c’était mon épouse qui était restée à l’hôpital au chevet de notre fille.

Elle semblait bouleversée. Une demi-minute s’est écoulée avant qu’elle ne commence à raconter que juste quelques instants avant, l’état de la petite avait subi une soudaine amélioration et que même les médecins, stupéfaits, avaient déclaré que le médicament n’était plus nécessaire.

Il est aisé d’imaginer l’expérience spirituelle que j’ai alors vécu. Si quelques minutes plus tôt j’avais éclaté en sanglots à cause de l’immense chagrin qui pesait sur ma famille et sur moi du fait de la maladie et des souffrances de notre enfant, à présent mes larmes coulaient à nouveau, mais par reconnaissance envers D. Je Le remerciais d’avoir transformé mon deuil en danse, d’avoir dénoué mon cilice et de m’avoir fait une ceinture de la joie » (Téhilim, 30).

La promesse explicite du « Chomrei Emounim » ne nécessite évidemment pas d’être prouvée. Toutefois, une telle expérience permet d’intensifier la foi en D. et en Ses justes qui accomplissent Sa volonté. Bien sûr, il est préférable de ne jamais avoir à rencontrer une telle épreuve pour pouvoir mériter une récompense : cela va de soi! Mais si on s’y trouve confronté, il y a lieu d’apprécier la grande bonté avec laquelle Hachem agit envers nous : à partir des éléments qui représentent l’impureté par excellence, Il fait surgir une délivrance extraordinaire, une délivrance qui n’aurait jamais pu voir le jour sans le dépassement, rendu possible par cette grande épreuve.

L’obligation qui nous incombe de « ne pas nous égarer à la suite de notre coeur », et cet éveil extraordinaire, trouvent leur source dans la parachat Béréchit (2, 24): « C’est pourquoi l’homme abandonnera son père et sa mère; il s’unira à sa femme, et ils deviendront une seule chair. » Rachi explique (ibid.) : « C’est l’esprit saint qui parle ici pour interdire la débauche aux Noa‘hides. »

Siftei ‘Hakhamim précise que Rachi tire son explication des mots « c’est pourquoi » : D. dit « J’ai fait à Adam la grande bonté de lui donner une femme à ses côtés afin qu’il s’attache à ne pas tomber dans la débauche. On trouve le même raisonnement dans (Chemot 20, 2) « Qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte », ce qui signifie : « Je t’ai libéré afin que tu accomplisses les mitsvot. »

Ainsi, par reconnaissance envers D. qui nous a donné une femme, nous devons nous garder des unions interdites, et nous empêcher de regarder toute scène impudique.

GARDE TA LANGUE

Une personne connue comme droite et juste

Si on veut louer quelqu’un qui est déjà considéré par beaucoup de gens comme une personne droite et juste, et chez qui on ne trouve aucun mal ni aucune faute, on peut le faire même devant quelqu’un qui le hait ou le jalouse ! Car il ne pourra pas en dire du mal sans que tout le monde sache qu’il dit des bêtises.

(‘Hafets ‘Haïm)

A LA LUMIERE DE LA PARACHAH

Extrait de l’enseignement du gaon et tsadik Rabbi David ‘Hanania Pinto chelita

Comment des justes ont-ils pu tomber dans la funèbre faute de la diffamation mensongère ?

Nos Sages disent (Arakhin 15a) : Apprends, de l’épisode des explorateurs, combien est grande la faute de médisance. De plus, si médire au sujet du bois et des pierres est si grave, à fortiori cela l’est-il au sujet d’un ami !

Comment les explorateurs pouvaient-ils savoir que leur médisance (sur le bois et les pierres) était répréhensible ? « De ce qui était arrivé à Myriam », pourrions-nous penser. Mais celle-ci avait critiqué des personnes et non des pierres ! Cependant même si l’on considère que médire à propos du bois et des pierres revient à dire du lachon hara, pourquoi les explorateurs n’ont-ils pas, comme Myriam, été atteints par la lèpre mais punis de mort par épidémie ? En effet, la punition du médisant est la lèpre et non l’épidémie, comme l’affirment nos Sages (Tan’houma Metsora 1) : « Quiconque dit du lachon hara sera touché par la lèpre. »

De surcroît, le verset mentionne que ces hommes étaient de grands tsaddikim, comme il est dit (Bemidbar 13, 2) : « tous des hommes » et le midrach explique (Bemidbar Rabba 16, 5) qu’ils ont été choisis, parmi tout Israël, par Hachem et par Moché. En effet, Moché dira plus loin (Devarim 1, 23) : « La proposition me plut, et je choisis parmi vous douze hommes. » Cela confirme que ces hommes étaient des justes aux yeux d’Israël et de Moché, qui n’a décidé de les envoyer qu’après avoir consulté Hachem et reçu Son consentement au sujet de chacun d’entre eux, tribu par tribu. S’il en est ainsi, on peut encore se demander pourquoi Moché a prié tout particulièrement pour que Yéhochoua soit protégé. N’étaient ils pas tous tsaddikim à ce moment-là ?

Nous sommes obligés d’admettre qu’au début, ces hommes étaient tous des justes et qu’ils se sont dégradés par la suite. Dans ce cas, une grave question se pose : comment de tels tsaddikim ont-ils pu commettre cette terrible faute d’éloigner les bnei Israël de Hachem en prêchant la révolte contre la terre d’Israël, éveillant ainsi le courroux de D. contre Son peuple ? Ils ont été la cause de l’exil et de l’anéantissement et ont engendré un désastre pour toutes les générations à venir !

Nous avons appris par ailleurs (Yebamot 99b) que « D. n’envoie pas d’embûches par le biais des tsaddikim. » Pourquoi alors ces hommes ont-ils fait exception ?

Tentons de trouver une explication à travers le Midrach (Bemidbar Rabba 16, 3) : D. a dit à Moché : « Bien que J’aie promis aux patriarches de leur donner la terre et qu’ils soient morts sans la recevoir, Je ne reviens pas sur Ma promesse. » Cette déclaration nous apprend que Hachem a offert la terre d’Israël à Avraham et à sa descendance, car ce dernier y a fait preuve d’abnégation pour les mitsvot, il y a fait régner le nom de D. et a amené les gens sous les ailes de la présence divine. Par le mérite de nos pères, D. a octroyé à cette terre une sainteté particulière et l’a placée entièrement sous Son autorité et Sa domination, comme il est dit (Devarim 11, 12) : « Un pays sur lequel veille Hachem, ton D., et qui est constamment sous l’œil du Seigneur, depuis le commencement de l’année jusqu’à la fin de l’année. »

Puisqu’il en est ainsi, les bnei Israël avaient-ils besoin d’explorer le pays et de vérifier par eux-mêmes sa qualité ? Même s’ils sont partis avec l’intention saine de découvrir les trous où les Cananéens avaient caché leurs trésors, afin que les paroles de D. ne soient pas remises en cause (plus tard, par le peuple), pourquoi un humain doit-il fouiller la terre alors que Hachem a déjà promis que les bnei Israël recevraient des maisons pleines de biens ? Cette attitude, qui révèle un manque d’égards pour leur Maître, a fait d’eux des hommes impies, même si leurs intentions étaient pures.

Combien sont justes les paroles de nos maîtres, qui ont dit (Avot 4, 2) : « Une transgression en entraîne une autre » ! Rabbeinou Yona explique cette maxime en ces termes : « Après avoir commis une transgression et s’être éloigné du service de D., on viendra à en commettre une deuxième, quand bien même le mauvais penchant n’y incite pas autant qu’à commettre la première, car ce sont les instincts qui gouvernent alors ; et même si l’on n’en a pas grand désir, on commettra tout de même toutes les transgressions, pour la seule raison que la nature s’est habituée à commettre toutes les abominations que D. hait. »

Ainsi, puisque les explorateurs, malgré leur piété, ont remis en cause la façon d’agir de D., ils en sont venus à commettre une transgression encore plus grave que celle-ci : ils ont insulté Hachem et leur bouche les a fait trébucher quand ils ont dit « car il (le peuple cananéen) est plus fort que nous (miménou). » Nos Sages expliquent alors (Sota 35a) que ces propos des explorateurs sont lourds de sens car il ne faut pas lire « miménou (que nous) » mais « miméno (que Lui) », si l’on peut dire.

A LA SOURCE

Un double envoi

« Vous enverrez un homme par tribu paternelle, tous éminents parmi eux » (13, 2)

Puisqu’il est dit « tous éminents parmi eux », que signifie « un homme par tribu paternelle » ?

Rabbi Yo’hanan dit : ils ont envoyé douze explorateurs et douze princes de communauté.

Rabbi Yo’hanan dit : même les serviteurs qui les accompagnaient étaient (impies) comme eux.

[Likout Pitron Torah]

Un seul cri

« Tâchez aussi d’emporter quelques-uns des fruits du pays » (13, 20)

Arrivés à ‘Hamat, Moché leur a dit : « N’entrez pas comme des voleurs, mais tâchez aussi d’emporter quelques-uns des fruits du pays. » Les Emorim ont pensé : « Ceux-ci ne sont venus que pour couper nos arbres et brûler nos villes ! », ils les ont alors poursuivis et attaqués.

A’himan, Chéchaï et Talmaï se sont donc lancés à leur poursuite jusqu’à la plaine de ‘Hamat qui se trouve dans le domaine de Yéhouda, et Kalev est tombé derrière la barrière. Se rendant compte qu’il les avait entraînés sur le territoire d’Israël, il s’est redressé et a poussé un grand cri, tous sont tombés face à lui et il s’est exclamé « Pourquoi êtes-vous venus ? Parce que nous avons pris cinq grenades et une grappe de raisin ? » Ils lui ont répondu : « Nous sommes venus car vous avez l’intention de brûler nos villes ! »

De retour chez Moché, les explorateurs ont calomnié la terre en disant : « Nous y avons rencontré des géants, descendants d’Anak ! »

[Chir Hachirim Zouta]

Eloignement de la vérité

« Hachem est plein de longanimité et de bienveillance ; Il supporte le crime et la rébellion, sans toutefois les absoudre, faisant justice du crime des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et à la quatrième génération. » (14, 18)

Rabbi Yitz’hak s’interroge : pourquoi la qualité de « vérité » n’est-elle pas mentionnée ici (comme c’est le cas dans Chemot) ?

Rabbi ‘Hiya répond : ils ont provoqué le retrait de l’évocation de cette mida en se conduisant avec mensonge. Or D. se comporte avec l’homme de la même manière que ce dernier.

Pour un souvenir éternel

« Parle aux enfants d’Israël, et dis-leur de se faire des tsitsit » (15, 38)

Pourquoi le passage des tsitsit est-il juxtaposé à l’épisode du Mekochech (qui avait ramassé du bois pendant Chabbat) ?

En le voyant ramasser du bois, les gens lui avaient dit : « Pourquoi profanes-tu le Chabbat, n’as-tu pas entendu que ‘quiconque le transgresse sera mis à mort’ ? »

Il leur avait alors répondu : « J’ai entendu et j’ai oublié ! »

C’est pourquoi D. a demandé à Moché : « Parle aux enfants d’Israël, et dis-leur de se faire des tsitsit. » Le mot ‘tsitsit » s’apparente aux mots ‘siman’ ou ‘tsiyoun’, car le tsitsit constitue un signe pour qu’Israël se souvienne des mitsvot.

Ainsi il dit « la vue (du tsitsit) vous rappellera ‘tous’ les commandements de Hachem. »

[Léka’h Tov]

Semblable à une gazelle

« Et ils ajouteront au tsitsit de chaque coin un fil d’azur » (15, 38)

Pourquoi le nom de « tsitsit » ?

Parce que Hachem avait ‘regardé’ (hetsits) dans les maisons de nos ancêtres en Egypte, comme il est dit (Chir Hachirim 2, 8) : « La voix de mon bien-aimé arrive ! » puis, « Mon bien-aimé est pareil au chevreuil » […] « Le voici qui se tient derrière notre muraille, qui regarde par les fenêtres, qui observe par le treillis ! »

Rabbi ‘Hanina fils d’Antigonos affirme : qu’exprimons-nous en accomplissant la mitsva de tsitsit ? « En ces jours-là, dix hommes de toute langue, de toute nation, saisiront le pan de l’habit d’un seul individu juif » (Zacharie 8, 23).

Mais qu’exprimons-nous en nous dérobant à cette mitsva ? « Pour qu’elle saisisse les bords de la terre et en rejette les méchants en une secousse? » (Iyov 38, 13).

[Sifri]

LA PRIERE

Le gaon Rabbi Yehonatan Eibeschütz révèle un grand secret concernant la prière : dans notre prière, nous devons essentiellement demander à D. de nous permettre d’accéder à l’intégrité et au mérite de Lui procurer de la satisfaction.

Voici ce qu’il dit [Yé’arot Dvach Derouch 5] :

L’essentiel de notre prière doit consister à vouloir atteindre la perfection, être méritant et procurer de la satisfaction à notre Créateur, en plus, bien entendu, de la prière concernant l’exil de la présence divine, l’exil d’Israël et la disparition de l’intégrité dans ce monde. Même lorsque l’on demande des biens matériels, le but ne doit pas être d’accumuler des richesses superflues par convoitise ou concupiscence, mais seulement d’éviter tout manque qui entraverait notre service divin.

En réalité, de par nos multiples fautes, à cause du manque de tout, nous avons perdu toute sagesse et tout sens de l’action bien faite ; les perfides et les hommes violents se sont multipliés, les justes ne peuvent pas protester, la sagesse du pauvre est méprisée et personne n’écoute ses propos.

C’est pourquoi nous devons prier Hachem afin d’avoir les moyens d’étudier dans l’aisance sans devoir solliciter quiconque. Quant à celui qui ne s’occupe pas de Torah, il demandera de n’avoir recours ni au vol ni à la force ni à la malhonnêteté pour gagner sa vie. Il priera pour ne pas devoir empiéter sur les limites de son voisin, ne pas éprouver de jalousie, n’être mêlé ni à des litiges ni à des actes de rapine, et être à même d’encourager les faibles et de soutenir les pauvres.

Soutenir ceux qui s’adonnent à l’étude de la Torah est l’essentiel de notre vie. C’est le fondement de notre perfection et la récompense de tout le véritable bien qui était le nôtre et que nous avons perdu. C’est en effet la dernière chose que D. nous a laissé dans Son immense bonté : Hachem n’a plus dans son monde que les quatre amot de la halakha qui remplacent les sacrifices et les encens grâce auxquels Il résidait au-dessus de l’Arche Sainte. A présent, ceux qui étudient la Torah avec sincérité méritent que la présence divine réside parmi eux et ceux qui les soutiennent, entretiennent le pilier de la Torah et participent à la construction du Beit Hamikdach. Heureux celui qui maintient cet arbre de vie.

Ce sera donc dans cette optique que nous demanderons à Hachem de nous octroyer la richesse. En effet, si tel n’est pas notre état d’esprit, les biens que nous recevrons finiront par être la source de notre malheur car ils seront alors contrôlés par des esprits malfaisants et nous n’en serons plus maîtres. Comme l’écrit Kohélet (5, 12), c’est un « mal cuisant » qui le frappera car il a cherché à acquérir la richesse par désir matériel et non pour soutenir les pauvres et ceux qui étudient la Torah. En conséquence, il ne pourra pas l’utiliser correctement car des êtres malveillants domineront ses biens.

C’est pourquoi il est dit dans la bénédiction des Cohanim (Yalkout Chim’oni Parachat Nasso 610) : « Que D. te bénisse » : par des biens matériels. Mais à quoi bon posséder de l’argent amassé pour notre malheur et qui nous mènerait au Guéhénom, D. préserve ? C’est pourquoi il est ajouté : « Et te protège » : de l’intervention des esprits malfaisants. Que nous puissions toujours utiliser notre argent pour le bien.

Valeur éternelle

De même, en priant pour mériter une longue vie, ce sera dans l’intention de la consacrer à la volonté de D. Comme l’affirment nos Sages (Avot 4, 7) : « Une heure de repentir et de bonnes actions dans ce monde-ci est préférable à toute la vie du monde à venir. » De plus, à notre époque, nos nombreuses fautes et le poids de l’exil retardent encore notre accès à la sagesse, à la vérité et à la droiture. Ainsi, si nous n’y accédons qu’à un âge avancé, quitter ce monde avant terme reviendrait à ne pas avoir vécu et à être considérés « comme n’ayant jamais vu le jour. » En effet, quel profit aurions-nous tiré de notre labeur et qu’aurions-nous amassé par notre travail pour apporter une offrande à D. ? N’est ce pas que « le moissonneur n’a rien amassé » !

Enfin, nous sommes nombreux à nécessiter plus de mille ans de vie pour nous repentir de nos erreurs de jeunesse, retourner vers Hachem, réparer ce que nous avons détérioré en un seul jour de désobéissance à D.

C’est pourquoi notre prière doit être bien orientée : que tout soit pour la vérité, et non pour le mensonge et la vanité qui caractérisent ce monde de substitution et de renversement, dépourvu de valeurs éternelles.

Je suis prière

Fixer un endroit pour prier

Une jolie parabole est rapportée dans les écrits du Ari zal : un roi qui désire assiéger une ville cherche à faire une brèche dans la muraille. Il prend un canon et vise plusieurs fois le même point jusqu’à parvenir à faire une ouverture dans le rempart.

Mais s’il est stupide et qu’il vise une fois tel endroit et une fois un autre, la muraille restera entière et tous ses efforts auront été vains.

De même, depuis la destruction du Temple, des murailles de fer se sont interposées entre Hachem et nous. Notre prière est donc semblable au canon : si nous prions toujours au même endroit, elle pourra se frayer un chemin afin de trouer le mur de fer, mais si tel n’est pas le cas, le passage ne pourra pas se former.

Ainsi, chacun devra s’attacher à trouver sa propre synagogue, dans laquelle il établira également sa place spécifique.

(Siddour Otsar Hatefilot)

LES FIDELES

‘Haïm comme le tsaddik

Notre maître chelita nous a raconté une histoire merveilleuse :

« Un de mes élèves, Chimon Elza, avait un grand malheur : les médecins l’avaient informé qu’il ne pourrait pas avoir d’enfant. Tous ses frères et sœurs, ainsi que tous les frères et sœurs de sa femme, avaient des enfants. Il était très malheureux, et tous les ans il arrivait au Maroc pour la Hilloula du tsaddik Rabbi ‘Haïm Pinto, que son mérite nous protège.

Le 26 Elloul, il se prosternait sur la tombe avec des pleurs amers, suppliant que le Saint béni soit-Il lui accorde une descendance. Cela me touchait beaucoup.

En 5763, il arriva comme à son habitude tous les ans à la Hilloula au Maroc, et pleura de nouveau devant la tombe. Tout le monde priait pour que lui et sa femme aient un enfant : « Puisse la volonté de D. être que l’année prochaine vous arriviez ici avec votre femme et votre fils, un petit bébé auquel vous donnerez le nom de ‘Haïm, comme le tsaddik, que son mérite nous protège ! » et tout le monde répondait « Amen » à cette émouvante bénédiction.

Et effectivement, il mérita que sa femme conçoive.

Neuf mois plus tard, elle enfanta un fils.

La circoncision eut lieu le dimanche de la parachat Balak, en 5764.

J’aurais dû être le sandak, mais comme à ce moment-là je me trouvais à l’étranger, j’ai donné cet honneur au frère de Chimon, c’était vraiment extraordinaire. »

 

 
Table de matière
 

 

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