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paracha de la semaine

PINHAS

16 JUILLET 2011

14 Tamouz 5771

deux nerot HORAIRES DE CHABBAT

DEBUT

FIN

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21:32

22:53

Lyon

21:10

22:25

Marseille

20:59

22:10

ARCHIVES DE L'ANNEE 2002 A 2012 ARCHIVES

Le total don de soi de Pin’has, réparation de la faute de l’arbre de la connaissance

(par Rabbi David Hanania Pinto Chelita)

« Pin’has, fils d’Elazar, fils d’Aharon le cohen, a détourné Ma colère des enfants d’Israël » (Bemidbar 25, 11)

Rachi rapporte au nom des Sages (Sanhédrin 82b) : « Pourquoi le verset précise-t-il l’ascendance de Pin’has ? Parce que les tribus le raillaient en disant ‘Avez-vous vu le fils de Pouti, celui dont le grand-père maternel (Yitro) a engraissé (« pitem ») des veaux pour les idoles, qui a tué un prince d’une tribu d’Israël ?’ C’est pourquoi le texte souligne qu’il est descendant d’Aharon. »

Nos Sages attestent que « tout ce qu’a fait Pin’has était uniquement pour D., il s’est consacré à Hachem » (Yérouchalmi Sanhédrin Chapitre 5, halakha 2). Malgré cela, on se demande si son nom (Pin’has) doit s’orthographier avec ou sans « youd ». En effet, la présence de cette lettre témoigne que tous ses actes étaient réalisés en faveur du nom divin, d’où nous apprenons que : « dans un endroit où il n’y a pas d’homme, efforce-toi d’être un homme » (Avot 2, 5).

Mais une difficulté persiste : notre maître Moché, ainsi que Aharon le cohen et les soixante-dix anciens, se trouvaient dans le camp ! Or, « On n’enseigne pas de loi en présence de son maître » (Yérouchalmi Guittin Chapitre 1, halakha 2). Comment alors Pin’has a-t-il pu tuer un prince d’Israël sur sa propre initiative ?

Par ailleurs, il est dit au sujet de Pin’has (Sanhédrin 82a) : « Il a vu l’acte et s’est souvenu de la halakha. » S’il en est ainsi, pourquoi n’a-t-il pas simplement rappelé cette halakha à Moché, qui lui aurait alors accordé l’entière permission de tuer le fauteur ? Il n’aurait pas eu besoin de « l’enseigner » lui-même !

De surcroît, Pin’has aurait pu réprimander les fauteurs comme l’avait fait son père Elazar lorsque Moché, en colère contre les soldats de retour de la guerre, avait soudainement oublié une halakha (Bemidbar 31, 14). Elazar s’était alors exprimé ainsi (ibid. 31, 21) : « Ceci est un statut de la loi que Hachem a donnée à Moché. » Il leur a parlé au nom de Moché. Pin’has son fils aurait pu agir de la même manière et rapporter la loi au nom de Moché.

Tentons de résoudre toutes ces difficultés : « Il a vu l’acte et s’est souvenu de la halakha. » Qu’a-t-il réellement vu ? La faute du premier homme. « Il s’est souvenu de la halakha » : il s’est rappelé qu’Adam n’avait pas eu l’autorisation de goûter aux fruits de l’arbre de la connaissance (Béréchit 2, 17), et qu’il avait pris l’initiative d’en manger car il était intelligent, et savait que cela lui permettrait de servir D. avec d’autant plus de vigueur.

Ainsi, par orgueil, le premier homme a voulu introduire un ‘feu étranger’ que D. ne lui avait pas ordonné. C’est là que réside sa faute. En effet, au lieu de prendre en considération D. et Ses commandements, il s’est permis de transgresser Son ordre dans le seul but de se glorifier davantage ! Il a volontairement introduit en lui-même le mauvais penchant afin de lutter constamment contre lui… chose que D. ne désirait absolument pas.

Tout cela a pu arriver au premier homme car il ne disposait d’aucun « mérite des pères ». Il était l’œuvre des mains de D. (Devarim Rabba 11, 3) et pensait que tout lui était permis. C’est ainsi qu’il en est arrivé à fauter. Nous voyons ici la valeur du mérite des ancêtres : Adam ne pouvait bénéficier d’une telle protection, contrairement à Pin’has. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le texte précise que ce dernier descend d’Aharon : c’est justement le « mérite des pères » qui l’a aidé à surmonter cette épreuve.

Cependant, comment comprendre que le premier homme, modelé par D. Lui-même, ait pu être amené à Lui désobéir ? Hachem l’avait pourtant mis en garde en lui disant (Béréchit 2, 17) : « Du jour où tu en mangeras, tu mourras ! » On doit répondre que, ne sachant pas ce que signifiait la mort, Adam n’a pu saisir la gravité de cette transgression (manger de l’arbre de la connaissance) et en est venu à fauter. Ce comportement provenait d’un sentiment d’orgueil, probablement empreint de crainte de D., car Adam a pensé être en mesure de vaincre le mauvais penchant. Mais transgresser la parole de D. a été sa faute !

Ainsi, il est plus aisé de comprendre l’essence de la différence entre Pin’has et Adam. Dans Pirkei Avot (Chapitre 3, Michna 1) il est dit : « Regarde trois choses et tu n’en viendras pas à fauter : sache d’où tu viens, où tu vas, et devant Qui tu devras rendre des comptes. » Selon certains commentateurs, l’élément « d’où tu viens » manquait au premier homme, puisqu’il était l’œuvre des mains de D. (Devarim Rabba 11, 3). Il ne provenait pas d’une goutte putride et n’avait donc pas l’habitude de procéder à un examen de conscience.

Ce qui n’était pas le cas de Pin’has, au sujet duquel le texte précise « fils d’Elazar, fils d’Aharon le cohen », preuve qu’il est un ‘fils d’homme’ et provenait d’une goutte putride. Cet état de fait l’a poussé à être humble et à ne pas s’enorgueillir, puisqu’il se sentait concerné par les trois éléments de la maxime, y compris « d’où tu viens ». C’est pourquoi Adam, à qui D. a dit (Béréchit 2, 17) : « Du jour où tu en mangeras, tu mourras », a agi précisément à l’opposé de Pin’has, qui lui s’est mis en danger de mort (tout en se rendant compte de ce que cela représentait) uniquement dans le but de glorifier D.

Nous comprenons donc mieux : Pin’has a senti le grand danger dans lequel se trouvaient les bnei Israël suite à la faute du chef de la tribu de Chim’on. Il ne disposait pas de temps pour s’adresser à Moché et s’assurer de la halakha, car l’épidémie se propageait et des milliers de bnei Israël continuaient à mourir. C’est pourquoi il a pris cette décision de son propre chef, mettant ainsi sa vie en péril et risquant même de perdre sa part dans le monde futur… avec pour seul objectif de sauver les bnei Israël et de se montrer jaloux de la profanation du nom de Hachem.

Ainsi, il s’est immédiatement levé de l’assemblée, s’est emparé d’une lance et est allé tuer les fauteurs pour mettre fin à l’épidémie. C’est précisément grâce à ce geste qu’il a mérité une longue vie, puisqu’il est devenu cohen (Zeva’him 101b) et a alors reçu la bénédiction « Je lui accorde Mon alliance de paix » (Bemidbar 25, 12).

Pour cet acte, D. a accordé à Pin’has un grand mérite. Lequel ? « Je lui accorde Mon alliance de paix. Lui et sa postérité après lui posséderont, comme gage d’alliance, le sacerdoce à perpétuité » (Bemidbar 25, 12-13), car tous ses gestes étaient accomplis de manière désintéressée. En revanche Adam, qui ne s’est pas dévoué et ne s’est soucié que de sa propre gloire, a reçu la mort au lieu de la vie, comme il est dit : « Du jour où tu en mangeras, tu mourras ! » (Béréchit 2, 17).

LES PAROLES DES SAGES

Le problème est que chacun prie pour sa propre détresse

La prière pour la délivrance d’Israël et la nostalgie de la présence divine prennent encore plus d’acuité en ces jours qui séparent le 17 Tamouz du 9 Av, car tout homme d’Israël épanche alors son cœur devant D. et Le supplie de mettre fin à l’exil. Dans le livre « Barkhi Nafchi », le gaon Rabbi ‘Hizkiyahou Yossef Michkovski a raconté une histoire extraordinaire sur la rabbanit Steinman, épouse défunte de notre maître le gaon Rabbi Aharon Leib, auteur de « Ayélet Hacha’har » :

Un jour de « Yom Kippour katan », la rabbanit s’est rendue à la synagogue pour prier. C’était alors une période où de nombreux malheurs s’abattaient sur Israël : trop de chefs de famille quittaient ce monde en laissant dans la misère des dizaines d’orphelins !

Les pleurs des femmes présentes dans la synagogue étaient insoutenables. Toutes savaient que le peuple d’Israël avait besoin de beaucoup de miséricorde et qu’il fallait supplier Hachem d’avoir pitié de nous et de nous sauver des malheurs qui s’abattent sur le monde.

A la fin de la prière, la rabbanit s’est adressée à quelques-unes de ses proches en ces termes :

« Je sens que les larmes versées ici auraient pu servir une cause bien plus grande encore : implorer D. de nous ramener à Lui, de faire résider à nouveau Sa présence parmi nous et d’envoyer le Machia’h. En effet, lorsque ce dernier arrivera, toutes les souffrances disparaîtront ! » Elle a ajouté qu’on ne peut bien sûr pas décrire ou imaginer l’impact d’une larme d’un juif. Mais le problème est que chacun prie pour sa détresse personnelle ou tout au plus pour les malheurs qui touchent son environnement le plus proche, mais pas davantage.

Nous ne mettons pas ces larmes au service de la prière pour l’ensemble de notre peuple, pour la fin de l’exil de la présence divine, ou encore pour pouvoir assister au retour de D. à Sion avec miséricorde. Or si nous agissions ainsi, Il écouterait évidemment nos prières et hâterait pour nous la délivrance. A quoi cela ressemble-t-il ? A la parabole du ‘Hafets ‘Haïm sur un fils de roi qui s’est très mal conduit. Son père l’a alors chassé du palais et l’a exilé dans un pays lointain. Il l’a envoyé travailler durement chez un simple paysan.

Quelques mois plus tard, le roi, ayant la nostalgie de son fils, a envoyé un de ses proches chez ce paysan afin d’annoncer au prince que son père, le roi, s’enquérait de ses besoins et voulait l’aider. Arrivé dans le village, l’émissaire a été choqué de constater l’effroyable état dans lequel se trouvait l’enfant délicat, jadis coutumier de toutes les gâteries, et qui était à présent contraint de travailler chez un paysan dont les usages étaient à mille lieues des usages royaux.

Lorsque l’envoyé a demandé au prince ce dont il avait besoin, celui-ci a imploré son père de prier le paysan d’alléger son travail et de lui accorder un peu plus de nourriture…

Lorsque le messager a rapporté les requêtes de l’enfant au roi, ce dernier a éclaté en sanglots et s’est exclamé : « Est-ce là mon fils ? Est-ce la conduite d’un prince ? Tout ce qui lui importe est qu’on lui fournisse davantage de vivres et qu’on ne l’asservisse pas ! Il avait l’occasion de réclamer beaucoup plus que cela ! Il aurait pu me prier de le libérer, de le ramener au palais afin que je le prépare au jour où il devra devenir roi et porter une couronne ! »

Il en est de même pour nous, a dit le ‘Hafets ‘Haïm : nous implorons Hachem de nous envoyer un peu plus de nourriture, de subsistance, de sérénité, mais nous oublions l’essentiel et nous ne demandons pas la délivrance. Quel dommage ! En effet, si nous la demandions, il est certain qu’avec tous les bienfaits qui l’accompagneront, toutes nos autres souffrances disparaîtront également ! Que l’on ne dise surtout pas « Ai-je le pouvoir d’amener la délivrance ? Tous les grands en Torah et les piliers de la terre ont déjà épanché leur cœur devant le Créateur, suppliant pour la venue du Machia’h, et sont restés sans réponse. Comment pourrais-je moi, le petit, y arriver ? »

Qu’on ne parle pas ainsi, mais qu’on s’inspire plutôt du comportement conseillé par « Messilat Yecharim » (Chapitre 19 : Les aspects de la piété) :

« Si quelqu’un venait à dire : ‘Qui suis-je et qu’est-ce que je possède pour pouvoir prier sur l’exil et sur Jérusalem ? Est-ce que par ma prière les exilés se rassembleront et la rédemption germera ?’ Sa réponse est toute prête.

Le Talmud demande : « Pourquoi l’homme a-t-il été créé unique ? Pour que chacun puisse se dire ‘c’est pour moi que le monde a été créé.’ » De toutes les façons, D. prend toujours plaisir lorsque Ses enfants Le sollicitent à ce sujet. Même s’Il n’exauce pas leur requête parce que le temps n’est pas encore venu ou pour toute autre raison, ils ont fait leur devoir et D. se réjouit. »

Le « Messilat Yecharim » nous explique donc de manière explicite que même dans notre génération, tout un chacun peut prier D. de nous envoyer le Machia’h, et Il retire une satisfaction de notre supplication. De même, le « Targoum Yonathan ben Ouziel » (Devarim 28, 15) écrit que « tout homme d’Israël, par sa prière, peut produire un renversement absolu pour le peuple et l’amener à la rédemption. »

On ne peut pas savoir de quel œil coulera la larme attendue, génératrice de délivrance. Nous avons déjà constaté dans les dernières générations que certaines personnes, bien que n’étant pas des grands d’Israël, ont agi considérablement, accomplissant un travail prodigieux, et ont ainsi provoqué d’immenses révolutions dans l’histoire de tout le peuple.

Puisque personne ne sait à qui appartiendra cette larme-là, nous avons tous l’obligation de prier Hachem pour la délivrance, de verser des torrents de larmes afin qu’Il nous ramène vers Lui dans un amour parfait, qu’Il reconstruise le Temple et qu’Il l’établisse solidement comme dans les temps anciens. Ceci dépend vraiment de chacun d’entre nous. Personne ne fait exception à ce sujet !

LES FIDELES

Histoire des justes de la famille Pinto

Il n’y avait jamais eu une telle invasion de sauterelles

La ville de Mogador a connu des années de famine et de souffrance durant lesquelles de nombreux habitants ont été ruinés et certains ont péri à cause de la faim, de la soif et de la grande misère. De temps en temps, la ville était frappée par une plaie de sauterelles : des millions de sauterelles envahissaient les champs et les plantations. Lorsqu’elles « voulaient bien » quitter la ville, elles laissaient « en souvenir » des champs dévastés, sans production ni fruits. Cette pénurie entraînait une hausse des prix des produits alimentaires et une misère économique considérable pour les habitants.

Une année, les sauterelles sont apparues en masse dans la ville de Mogador. Les habitants en ont été effrayés car la Michna (Traité Ta’anit) enseigne : « Quiconque voit des sauterelles dira ‘Baroukh Dayan Haemet (Béni soit le Juge de vérité)’. » La décision codifiée au sujet des sauterelles et des criquets est d’ailleurs la suivante : même s’il n’y en a pas ici mais quelque part au monde, on fixera un jeûne car c’est une plaie qui se déplace. De même on met en garde contre la plaie des sauterelles même si on ne voit pas l’aile d’une sauterelle. Alors dans ce cas, où d’innombrables sauterelles recouvraient la terre, la crainte et la terreur étaient à leur comble.

Dans une circonstance aussi difficile, il ne restait aux juifs de Mogador qu’à perpétuer la tradition ancestrale : ils ont proclamé un jour de jeûne et de prière dans les villes du Maroc. Mais à leur grand désespoir, leur prière n’a pas été exaucée et la plaie n’a pas disparu. La détresse des juifs de Mogador allait en grandissant…

C’est alors que la délivrance est enfin arrivée. Quelques jours plus tard, alors que Rabbi ‘Haïm Pinto le grand étudiait avec ses disciples, la maison s’est emplie d’obscurité. Il s’agissait d’un « nuage » de sauterelles qui, en le survolant, ont assombri tout le quartier. Quelques-unes sont tombées sur les livres des élèves qui ont donc été obligés d’interrompre leur étude.

Rabbi ‘Haïm a également cessé d’étudier. Sans attendre, il s’est emparé d’un chofar et a commencé à sonner pour annuler le mauvais décret.

Puis il s’est mis à prier, a récité les « treize attributs de miséricorde » et a transformé cette journée en un réel « Yom Kippour katan ». Rabbi ‘Haïm a continué d’implorer son Créateur et ne s’est arrêté que lorsqu’un vent d’est a soufflé et ramené toutes les sauterelles vers la mer.

GARDE TA LANGUE

On s’habituera à leurs mauvaises manières

Il faut faire très attention à ne pas se choisir une place à la synagogue ou à la maison d’étude parmi des médisants, car hormis le fait que l’on s’habitera à leurs mauvaises conduites et que l’on se mettra également à calomnier les gens, on négligera à plusieurs reprises de répondre « Amen Yéhé Chémé Rabba », et « Barekhou », d’écouter la lecture de la Torah ainsi que la répétition de la ‘Amida par l’officiant, et encore bien d’autres transgressions…

(‘Hafets ‘Haïm)

A LA LUMIERE DE LA PARACHAH

Extrait de l’enseignement du gaon et tsadik Rabbi David ‘Hanania Pinto chelita

Pin’has a agi pour l’amour du Ciel

Les Sages ont dit sur Pin’has ben Elazar (Sanhédrin 82b) : « Il a vu l’acte et s’est rappelé la halakha. » Cela signifie que Pin’has a vu l’acte du premier homme et s’est rappelé la halakha. Il s’est souvenu que le Saint, béni soit-Il avait dit à Adam de ne pas manger du fruit de l’arbre de la connaissance. Adam a estimé qu’il convenait d’en manger, parce qu’il était intelligent et savait que s’il le faisait, de cette façon, pour ainsi dire, il pourrait servir Hachem avec plus d’intensité. Au lieu de penser à Hachem et à Ses ordres, il n’a pensé qu’à lui-même, à la façon d’augmenter sa propre gloire en transgressant l’ordre de D.

Pour examiner la nature de la différence qu’il y a entre Pin’has et Adam, commençons par citer la Michna dans Pirkei Avot : « Regarde trois choses et tu n’en viendras pas à fauter, sache d’où tu viens, où tu vas et devant Qui tu es appelé à rendre des comptes. » Les commentateurs expliquent que la première question, « d’où tu viens », manquait chez le premier homme, puisqu’il était directement l’œuvre des mains de Hachem.

Ce n’était pas le cas de Pin’has, dont il est écrit « fils d’Elazar fils d’Aharon le cohen », ce qui prouve qu’il avait été enfanté par une femme, et qu’il provenait d’une « goutte putride », selon les termes de la Michna. Ce fait l’a conduit à l’humilité. Il ne s’est pas enorgueilli, parce que chez lui on trouvait les trois choses, y compris « d’où tu viens ». C’est pourquoi le premier homme, à qui le Saint, béni soit-Il a dit « car le jour où tu en mangeras tu mourras », a pu penser qu’au contraire, cela valait la peine pour lui de manger, de surmonter les épreuves de ce monde, de les vaincre et de recevoir une grande récompense. Pin’has, de son côté, s’est mis en danger de mort, tout en sachant que c’était un danger très réel et très sérieux, pour accroître la gloire du Ciel.

Donc lorsque Pin’has a senti le grand danger qui planait sur la communauté d’Israël à cause de la faute du chef de la tribu de Chimon, il n’a pas eu le temps de prendre conseil de Moché et de recevoir de lui une décision halakhique. S’il s’était adressé à Moché pour connaître la halakha, entre temps des milliers de bnei Israël seraient morts. Alors, il a décidé lui-même, en prenant un grand risque pour sa propre vie, même s’il devait la perdre, uniquement pour sauver les bnei Israël et manifester son zèle pour le Nom de D. Qui se trouvait profané.

C’est pourquoi il s’est immédiatement levé du milieu de la communauté en prenant en main une lance, et il est allé tuer les pécheurs pour arrêter l’épidémie. Il a effectivement reçu pour cela la récompense d’une longue vie, et à partir de ce moment-là il a mérité de recevoir la couronne de la prêtrise et la bénédiction, « Je lui donne Mon alliance de paix. »

C’est pourquoi le Saint, béni soit-Il a donné à Pin’has cette grande récompense, « Je lui donne Mon alliance de paix, et il aura, lui et sa descendance après lui, l’alliance de la prêtrise à jamais », parce que tous ses actes avaient été pour l’amour du Ciel, alors que le premier homme, lui, parce qu’il ne s’était pas dévoué pour accomplir la mitsva de Hachem, mais s’était plutôt préoccupé de son propre intérêt, a reçu de D. la mort et non la vie, ainsi qu’il est dit : « Car le jour où tu en mangeras tu mourras certainement. » Comment en est-il arrivé là ? Parce qu’il avait en lui de l’orgueil et ne bénéficiait pas du mérite de ses ancêtres.

A LA SOURCE

Morts a priori

« Pin’has fils d’Elazar fils d’Aharon a détourné Ma colère des bnei Israël en se montrant jaloux de Ma cause au milieu d’eux, et Je n’ai pas anéanti les bnei Israël dans Mon indignation » (25, 11)

Comment peut-on dire que Pin’has a détourné la colère de Hachem ? N’est-il pas écrit : « les morts dans l’épidémie ont été… » ? Si aucun d’eux n’était mort, on aurait pu dire : « Il a détourné Ma colère », mais étant donné qu’il y a eu tant de morts, en quoi l’a-t-il détournée ?

Il y a une chose évidente : malheur à celui qui ne protège pas convenablement sa descendance. Pas un seul ben Israël n’est mort en dehors de la tribu de Chimon. Quand la multitude (erev rav) est venue se joindre aux bnei Israël, les hommes se sont mêlés aux femmes de la tribu de Chimon après s’être convertis, et ils ont eu des enfants, dont certains sont morts au moment de la faute du Veau d’Or, d’autres dans l’épidémie, et d’autres encore sont morts ici, parmi ceux qui étaient restés.

C’est ce qui est écrit : « les morts dans l’épidémie ont été… » Il n’est pas écrit « ceux qui sont morts », mais « les morts ». Ils étaient déjà morts a priori, morts depuis le début, et parce que les bnei Israël avaient été protégés, eux et toute leur sainte descendance, il ne manquait pas un seul d’entre eux. C’est à ce propos qu’il est écrit : « Je n’ai pas anéanti les bnei Israël dans Mon indignation », ce qui implique que d’autres ont été anéantis, et aussi « Il a détourné Ma colère des bnei Israël », mais des autres, qui appartenaient à la multitude (erev rav), il ne l’a pas détournée, c’est pourquoi le verset dit « des bnei Israël ».

(Targoum HaZohar)

La profondeur de la Torah

« Les enfants d’Issakhar d’après leurs familles : Tola, la famille Tolaï » (26, 23)

Pourquoi s’appelle-t-il Tola ?

Parce qu’il est entré dans les profondeurs de la Torah comme un ver (tola’at) à l’intérieur d’un fruit.

(Maor HaAfela)

Les ba’alei techouva

« Les enfant de Binyamin d’après leurs familles » (26, 35)

Plus haut, il est écrit : « et les enfants de Binyamin » (Béréchit 46, 21), qui comptent dix fils. Mais quand ils sont entrés en Erets Israël, cinq fils seulement sont comptés.

Cela nous enseigne que cinq familles se sont assimilées en Egypte, parce que c’étaient des méchants et qu’ils ne se sont pas repentis. Et pourquoi manquait-il la moitié des descendants de Binyamin, plus que des autres familles ? Parce que sa mère l’avait appelé Ben Oni, un fils qui va en s’amenuisant (mitonen). Et son père l’a appelé Binyamin, littéralement « le fils de la droite », un fils fort et fidèle. Les paroles de sa mère en ont tué la moitié et les paroles de son père en ont fait vivre la moitié.

Qui sont ces familles qui sont restées ? Bela et Achbel, A’hi, Moupim et ‘Houpim. Bela et Achbel étaient des justes, A’hi, Moupim et ‘Houpim étaient des ba’alei techouva. C’est pourquoi quand le verset compte leurs familles, il change leurs noms. A’hi est devenu A’hiram, parce qu’il s’est rattaché (i’ha) au Très-Haut (ram), à savoir qu’il a fait techouva. Il était déchiré et il s’est réuni. Le verset appelle Moupim Chefoufam, parce qu’il s’est brisé en repentir (la racine de chefoufam évoque la souffrance). Et ‘Houpim est appelé ’Houpam, parce qu’il s’est nettoyé de la faute, ainsi qu’il est dit : « Je suis nettoyé (‘haf) et il n’y a pas de péché en moi. » Et bien que ce soit la même racine, l’écriture a été un peu modifiée pour nous enseigner que c’était un ba’al techouva.

(Midrach Aggada)

Une abondance de plaintes

« Pourquoi le nom de notre père serait-il retranché de sa famille ? » (27, 4).

Les cinq filles de Tselophe’had ont dit cinq choses :

La première a dit : « Notre père est mort dans le désert. »

La deuxième a dit : « Il ne faisait pas partie de la bande qui s’est révoltée contre Hachem, la bande de Kora’h. »

La troisième a dit : « Mais il est mort à cause de son péché », c’était celui qui avait ramassé du bois le jour du Chabbat.

La quatrième a dit : « Et il n’a pas eu de fils. »

Et la cinquième a dit : « Pourquoi le nom de notre père serait-il retranché de sa famille ? »

(Midrach Yilamdeinou)

LA PRIERE

Dans une lettre de Rabbi Aharon Leib Steinman, ce gaon éveille notre sensibilité à la prière et à la concentration que nous devons y investir. Nos générations ont besoin d’un grand encouragement dans ce domaine ! Voici ce qu’il dit :

« Nous avons eu écho d’un certain relâchement chez les étudiants de yéchiva dans le domaine de la prière. Ils estiment que leur étude assidue et prolongée jusqu’à une heure tardive de la nuit les y autorise. Il leur est difficile de se lever le matin et ils ne prient donc pas en communauté. Même quand ils le font, leur prière est hâtive. Sachez le Roch déclare dans « Or’hot ‘Haïm » que nous devons demander le pardon divin pour avoir prononcé la bénédiction ‘Séla’h Na (Pardonne, s’il Te plaît)’ sans concentration, et de même pour le reste de la prière. Dans le chapitre sur la prière du matin, la Michna enseigne : « Quiconque fait de sa prière une routine, elle n’est pas supplication. » De même dans leurs maximes, nos Maîtres nous mettent en garde (Avot Chapitre 2) : « Ne rends pas ta prière routinière, mais sensible et suppliante. »

Comme toutes les mitsvot de la Torah, ou données par nos Sages, la prière comporte des modalités d’application, notamment quant à l’heure de son accomplissement. Si celles-ci sont respectées, peut-être alors notre requête sera-t-elle satisfaite. La seule réalisation de la mitsva ne suffit pas pour voir notre demande exaucée, car cela ne dépend que du Roi de l’univers. En revanche, une prière qui n’est faite que pour s’en acquitter n’a évidemment aucune chance d’être agréée. Elle est, de plus, la pire preuve de mépris possible.

Chacun sait que même avec beaucoup d’efforts, il reste difficile de se concentrer durant la totalité de la prière, même s’il ne s’agit que de comprendre chaque mot. A fortiori n’est-il pas simple d’y impliquer tout son cœur ! Cependant, il est impardonnable de venir prier, a priori, avec légèreté.

Le livre « Cha’arei Techouva » (1, 6) compare quelqu’un qui ne prête pas attention à une quelconque mitsva, et ne s’engage pas à se montrer plus pointilleux dans son application, à un serviteur qui dirait à son maître : « Je refuse de respecter tel ordre venant de vous. » Par cette condition, il brise le joug de son maître sur lui. Comment ne pas craindre qu’une telle attitude ne nous classe dans la catégorie des « rebelles »…

Ainsi, épargnez-vous, chers amis, et épargnez toute la maison d’Israël, car la faute d’un individu se répercute sur toute l’assemblée d’Israël. Faites attention : efforcez-vous de ne pas considérer la prière comme une chose sans valeur qui ne concerne que les hommes simples. »

C’est par cette bénédiction que le Rav Steinman conclut sa lettre : « Qu’il soit agréé devant D. que notre effort pour prier comme il se doit nous donne le mérite d’évoluer et d’être sauvés tant sur le plan spirituel que matériel. Qu’il soit agréable à D. de nous octroyer des mérites en ce monde-ci et dans le monde à venir. »

Le Rav n’est pas expert en hébreu

Dans le livre « Rabbi Ya’akov », qui retrace la biographie du gaon Rabbi Ya’akov Kaminetsky, l’un des grands du monde de la Torah en Amérique, on décrit abondamment son remarquable comportement durant la prière : Quand on écoutait Rabbi Ya’akov lire le Chema ou réciter une bénédiction, on avait l’impression d’assister à une conversation intime avec Hachem. Son seul birkat hamazon, a dit le Rav Dichon, suffisait à ancrer la crainte de D. dans le cœur de celui qui l’écoutait. Qu’il soit seul ou avec une assemblée, que son emploi du temps soit chargé ou relativement libre, son birkat hamazon ne durait ni une minute de plus, ni une de moins.

Lorsqu’il prononçait une bénédiction, il l’exprimait avec une telle précision et une si grande clarté qu’il est arrivé à l’un de ses élèves de dire : « C’est comme si chaque mot était suivi d’un panneau ‘STOP’. »

Un jour le Rav David Tsucker, directeur du Collel de Chicago, attendait Rabbi Ya’akov alors que celui-ci récitait les actions de grâce suivant le repas. Immédiatement après avoir terminé, il a dit à Rav David qu’il était très pressé. Mais ceci, a souligné Rav Tsucker, n’avait pas influencé le moins du monde sa manière de prier.

Une autre fois, le directeur d’une yéchiva réputée a téléphoné au domicile de Rabbi Ya’akov à Monsey. La Rabbanit a décroché, mais a demandé à son interlocuteur de bien vouloir rappeler plus tard car le Rav faisait le birkat hamazon.

Le Roch Yéchiva a préféré attendre, estimant que cela ne pouvait pas durer bien longtemps. Elle a pourtant continué à insister pour qu’il rappelle plus tard : « Apparemment, le Rav n’est pas aussi à l’aise que vous avec l’hébreu, et cela lui prend plus de temps », a-t-elle répondu sur le ton de la plaisanterie.

Durant près de vingt ans où ils ont prié ensemble, Rav David Frankel ne se souvient que d’une fois ou deux où Rabbi Ya’akov est arrivé en retard à la prière. Un soir, alors qu’il avait manqué l’invitation ‘Barekhou’ pour commencer Arvit, Rabbi Ya’akov a confié à Rav Frankel : « Aujourd’hui, mon âme n’a pas mérité de recevoir la totalité de sa nourriture » (dans cette communauté, on n’avait pas l’habitude de réciter à nouveau « Barekhou » après la prière). Rabbi Ya’akov a enseigné aux participants de son cours du dimanche matin à Monsey que lorsque l’on récite « Barekhou » à Cha’harit, notre âme revient en nous, même si nous ne le remarquons pas

 

 
Table de matière
 

 

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