La Paracha de la semaine en format PDF

la Paracha en PDF

paracha de la semaine

Bemidbar

26 Mai 2012

5 Sivan 5772

deux nerot HORAIRES DE CHABBAT

DEBUT

FIN

Paris

21:21*

22:44

Lyon

20:59*

22:16

Marseille

20:48*

22:01

* On allumera selon sa communauté

ARCHIVES DE L'ANNEE 2002 A 2012 ARCHIVES

Un élément intégré dans un compte ne s’annule pas

(par Rabbi David Hanania Pinto Chelita)

« Faites le relevé de toute la communauté des enfants d’Israël, selon leurs familles et leurs maisons paternelles » (Bemidbar 1, 2)

Notre paracha traite longuement du recensement des bnei Israël et nous fait savoir leur nombre. Or nous savons bien que la Torah toute entière n’est là que pour nous indiquer le chemin à emprunter et pour guider nos actes. Il nous incombe donc de saisir la leçon qui découle du dénombrement des bnei Israël et de comprendre pourquoi la Torah a compté les membres de chaque tribu séparément et n’a pas mentionné le nombre complet de toutes les tribus réunies. Bien entendu, D. a compté les bnei Israël afin d’accorder de l’importance à chacun d’entre eux, de leur exprimer Son amour et de faire comprendre à chacun qu’il est un trésor aimé de Hachem comme Son cher enfant, comme le dit le verset « Israël est le premier-né de Mes fils » (Chemot 4, 22). Les bnei Israël sont extrêmement précieux pour D. qui les considère comme Ses fils, ainsi qu’il est dit « Vous êtes les enfants de Hachem, votre D. » (Devarim 14, 1). C’est donc par amour que Hachem les a dénombrés. Ainsi, Il a compté les membres de chaque tribu de manière indépendante pour signifier qu’Il considère chacune comme Son enfant unique, comme si c’était la seule tribu qui existe et qu’il n’en existe aucune autre. Comme il est précisé dans les lois sur ce qui est permis ou interdit, « un élément intégré dans un compte ne s’annule pas », car il s’agit de quelque chose de précieux et d’important. De la même manière, D. a compté les bnei Israël car Il les aime et les chérit.

Voici donc la leçon que nous déduisons de cet épisode : tout comme Hachem comble Ses enfants d’amour en les dénombrant, nous devons apprendre à aimer autrui de toute notre âme et de tout notre être. La Torah ordonne « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » : nous devons nous soucier de tous les besoins de notre prochain et faire très attention à ne pas lui porter atteinte, comme il est dit : « Que l’honneur de ton prochain te soit aussi cher que le tien » (Avot 2, 15). Il nous faut agir à l’image de D. Qui nous chérit en valorisant et en estimant autrui.

A la question « Comment atteindre un degré si élevé ? », la réponse est « dans le désert ». En nous considérant comme un désert, un lieu piétiné et foulé aux pieds par tous, et en fuyant l’orgueil, nous pourrons plus aisément honorer et estimer l’autre. Nous avions déjà évoqué le fait que quiconque aspire à mériter la Torah doit se rendre comme un désert, selon l’enseignement de nos Sages (Erouvine 54a) : « Du désert à Matana » signifie que la Torah sera donnée en cadeau (matana) à quiconque se considère comme un désert. Il en va de même ici : pour mériter d’adopter un comportement exemplaire dans nos relations à l’autre, il est nécessaire de nous considérer comme un désert et d’agir avec humilité. En effet, comment une personne orgueilleuse, qui pense que le monde entier n’a été créé qu’en son honneur, pourrait-elle se montrer conciliante et apporter également quelque chose à son prochain ? En revanche, un individu qui se compare à un désert et se comporte avec modestie sera évidemment prêt à considérer autrui, et par conséquent à le respecter, l’honorer et le valoriser.

C’est pourquoi le recensement du peuple d’Israël a été évoqué dans la parachat Bemidbar : il vient nous enseigner que pour atteindre ce degré d’amour et accomplir le précepte d’aimer chaque membre du peuple d’Israël comme soi-même, on est dans l’obligation de se considérer comme un désert, soit comme quelque chose d’abandonné, et d’adopter humilité et simplicité. Voici ce qu’expliquent nos Sages à propos de Yoav ben Tserouya, au sujet duquel il est dit : « Benayahou ben Yehoyada monta près de Yoav, se jeta sur lui et le tua. On l’enterra dans sa maison, sise au désert » (Rois I 2, 34). Or habitait-il dans le désert ? En réalité, sa demeure était disponible pour les nécessiteux, à l’image du désert qui est ouvert à tous. Tel est le véritable amour d’autrui : laisser sa maison à la disposition de tous, en accomplissement de l’enseignement des Sages : « Que les pauvres soient des familiers de ta maison », nourrir et loger ceux qui en ont besoin. Nos Sages ont d’ailleurs affirmé que le jour de Kippour répare les fautes commises envers D., mais pas les fautes commises envers le prochain, à moins que celui-ci accorde son pardon. Ceci est révélateur de l’importance que Hachem accorde au respect d’autrui.

Un jour, un juif aisé du Brésil m’a raconté qu’on organise dans son pays une fête annuelle en l’honneur de l’Etat. Durant cette semaine de cérémonie, tous se rassemblent, dansent, chantent, se réjouissent, mangent, boivent et se déchaînent. Or il est bien connu que le Brésil abrite les plus grands réseaux criminels du monde, qui kidnappent des hommes riches et exigent pour eux une rançon considérable. J’ai alors demandé à mon interlocuteur s’il ne craignait pas de se faire enlever lors de ces festivités, mais il m’a répondu qu’en l’honneur de l’Etat, ils promettent de ne causer de tort à personne pendant cette semaine-là. Tous les réseaux criminels concluent l’accord de ne pas gâcher la joie qui emplit le pays à cette période…

J’ai alors pensé : Si eux se rendent compte qu’ils doivent s’unir en l’honneur de leur Etat pour ne pas briser leur semblant de joie répugnante, qui ne consiste qu’à se débaucher et à s’enivrer, combien nous devons nous efforcer de vivre en paix avec notre prochain en l’honneur de notre Créateur ! Il nous faut veiller à ne pas entraver la joie de D. et à aimer chaque personne de tout notre cœur… et ce, pas seulement pour une semaine. En effet, la mitsva « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » doit nous occuper durant toute notre vie.

Nos Sages ont affirmé que D., la Torah et Israël sont un : le mot employé pour signifier « un » n’est pas ici « é’had », mais « ‘had », de valeur numérique douze, allusion aux douze tribus. C’est uniquement quand toutes les tribus sans exception sont unies et liées que la Torah, D. et Israël ne font qu’un. Seule cette condition permet à Hachem d’associer la Torah et Israël et d’en faire une entité. Par ailleurs, la Torah constitue elle-même une allusion à l’unité d’Israël, puisque toutes les lettres qui la composent correspondent aux âmes des membres de notre peuple : la Torah se joindra à nous uniquement si nous baignons dans une parfaite harmonie.

LES PAROLES DES SAGES

Notions d’honneur

« Les fonctions d’Elazar, fils d’Aharon le cohen, comprendront l’huile du luminaire, l’encens aromatique, l’oblation perpétuelle et l’huile d’onction » (Bemidbar 4, 16)

Nos Maîtres ont affirmé dans le Midrach au nom de Rabbi Yéhochoua ben Lévi : « Elazar était le plus haut placé, le prince au-dessus des princes, comme il est dit ‘Le chef général des lévites était Elazar, fils d’Aharon le cohen.’ Etant donné son statut élevé et le pouvoir qu’il exerçait, on aurait pu imaginer qu’il chargeait les autres de transporter les ustensiles. Mais non, il s’y attelait lui-même, comme il est dit ‘Les fonctions d’Elazar, fils d’Aharon le cohen, comprendront l’huile du luminaire, l’encens aromatique, l’oblation perpétuelle et l’huile d’onction.’ »

Le Midrach poursuit : « Comment les transportait-il ? Nos Maîtres ont répondu : L’huile du luminaire était dans sa main droite, l’encens aromatique dans la main gauche, et l’oblation du sacrifice perpétuel du matin était accrochée à son bras . Où se trouvait celle du sacrifice perpétuel du soir ? Rav A’ha a dit au nom de Rabbi Chim’on bar Yo’haï : ‘il plaçait un petit flacon dans sa ceinture, tel un serviteur face à son Créateur. Ceci vient nous apprendre que l’orgueil n’a pas de place devant D. »

Un des grands exégètes de la Torah, le Ramban, décrit dans son commentaire la charge importante que transportait le chef des princes, Elazar fils d’Aharon. Il compte même et convertit le poids exact de l’huile du luminaire, de l’encens aromatique, de l’oblation perpétuelle et de l’huile d’onction. Voici ses termes :

« Selon l’avis du Talmud de Jérusalem, explicité dans le commentaire de Rachi, il portait une lourde charge, car il y avait trois cent soixante-cinq mesures d’encens (environ cent quatre-vingt kilos). Or Moché ne préparait pas une partie seulement du nécessaire, mais la totalité. L’huile du luminaire pour une année entière correspondait à cent quatre-vingt-trois log (environ soixante-trois litres). Quant à l’oblation perpétuelle, nous ignorons pour combien de temps il en transportait. »

Le Ramban conclut en répondant à l’interrogation émanant de cette description : « Comment Elazar pouvait-il porter cette charge sainte si lourde et si considérable ? » Il explique : « Il était fort et puissant à l’image de Ya’akov, de Moché et de son frère Aharon. Or quiconque place son espoir en D. voit sa force redoubler. »

J’honore qui M’honore

En réalité, pour quelle raison Elazar, qui remplissait les fonctions de « chef général des lévites », s’attelait-il à porter lui-même cette lourde charge, alors qu’il aurait pu simplement veiller à ce que le transport soit effectué par les cohanim ? Il aurait également pu s’occuper d’un seul ustensile du Sanctuaire, un ustensile qui ne demande pas un si grand effort !

Le Midrach répond brièvement : « Ceci vient nous informer que l’orgueil n’a pas de place devant D… »

Il est évident que porter un lourd fardeau constituait une sorte d’irrespect envers le chef des princes des cohanim : trois cent soixante-cinq mesures d’encens, l’huile du luminaire et l’oblation perpétuelle ! Il va sans dire qu’il ne convient pas à un individu haut placé de transporter une quelconque charge, et encore moins celle d’Elazar. Mais nos maîtres interprètent cette attitude en sa faveur, comme une voie à suivre dans le service divin : « Ceci nous enseigne que l’orgueil n’a pas de place devant D. Le prophète Eliahou a dit : Quiconque grandit la gloire de D. et diminue la sienne verra la gloire divine s’intensifier ainsi que son propre honneur. En revanche, quiconque amoindrit la gloire de Hachem et accorde plus d’importance à son amour propre verra le resplendissement de D. à la place qui lui revient, et sa propre gloire diminuer. »

Le Midrach s’appuie sur un fait réel :

Un jour, quelqu’un se trouvait à la synagogue avec son fils. Après chaque passage d’un membre de l’assemblée devant l’Arche, tout le monde répondait « Halélouka », mais le fils lançait des paroles frivoles. Les amis du père lui ont fait remarquer : « Faites attention, votre fils raconte des banalités ! » mais celui-ci a rétorqué : « Qu’est-ce que je peux faire ? C’est un enfant, qu’il s’amuse ! » Le lendemain, la même scène s’est reproduite : toute l’assemblée répondait « Amen, Halélouka », alors que le jeune garçon prononçait toutes sortes de paroles vaines. Encore une fois, les membres de la synagogue se sont indignés et le père a répondu « Qu’est-ce que je peux faire ? C’est un enfant, qu’il s’amuse ! »

Ceci s’est répété pendant les huit jours de la fête sans que le père fasse un quelconque reproche à son enfant. Il ne s’est pas écoulé un an, ni deux ni trois, avant que ce père de famille meure, ainsi que son épouse, son fils et son petit-fils : quinze âmes sont parties dans cette famille-là, ne laissant que deux personnes, un boiteux qui était aussi aveugle et un autre à la fois stupide et impie !

Pourquoi avez-vous élevé la voix ?

Par ailleurs, nos Sages ont affirmé que quiconque agrandit la gloire divine verra celle-ci s’amplifier ainsi que son propre renom.

« C’est l’histoire d’un homme qui regrettait de n’avoir étudié ni la Torah ni la Michna. Un jour, alors qu’il était à la synagogue, l’officiant a atteint le passage de la kedoucha. Il a alors élevé la voix et s’est écrié « Kadoch Kadoch Kadoch Hachem Tsévakot ! » Ses voisins lui ont demandé : « Pourquoi avez-vous élevé la voix ? » et il leur a répondu « Je n’ai mérité d’étudier ni la Torah ni la Michna. Maintenant que l’occasion se présente à moi, n’élèverais-je pas la voix pour me réconforter ? »

Une année ne s’est pas écoulée, ni deux ni trois, avant que cet homme-là se rende de Babylonie en Israël. Il est devenu le commandant en chef de l’armée de l’empereur et a été nommé à la tête de toutes les forteresses du pays. On lui a attribué un terrain où il a construit une ville et s’est installé. Il a été appelé ‘Kilono’ et ceci s’est transmis de génération en génération… »

Le Midrach conclut ainsi :

« Nous apprenons de là qu’il ne faut pas s’enorgueillir devant D. En effet, quiconque se prévaut devant Lui, en est humilié. Ainsi qu’il est dit : « Car J’honore qui M’honore, et qui M’outrage sera livré au mépris » (I Chemouël 2, 30).

GARDE TA LANGUE

Une segoula pour une bonne subsistance

De manière naturelle, nous sommes tentés de chercher des segoulot (actes pouvant favoriser) et des bénédictions provenant de grandes personnalités pour bénéficier d’une bonne subsistance. Mais à quoi serviront-elles si nous sommes coutumiers de la médisance et du colportage, au sujet desquelles la Torah exprime explicitement la malédiction « Celui qui frappe son prochain secrètement sera maudit » ? Nos Sages précisent que le terme « maudit » inclut la malédiction et l’excommunication. Ces paroles n’ont pas été prononcées par une seule personne, mais avec l’accord de tout Israël, y compris les cohanim et les léviïm. Si on m’écoutait, je recommanderais de faire particulièrement attention à éviter cette faute-là, et ce serait une source de richesse plus efficace que toutes les autres segoulot. Comme nous le savons, toutes les malédictions débutent par une bénédiction, ainsi qu’il est dit : « Béni soit celui qui ne frappe pas son prochain », et tous les bnei Israël ont répondu « Amen ». Cette bénédiction va évidemment se réaliser.

(Chemirat Halachon)

A LA LUMIERE DE LA PARACHAH

Extrait de l’enseignement du gaon et tsadik Rabbi David ‘Hanania Pinto chelita

La préparation au don de la Torah

Dans l’ordre de la lecture des parachiot de la Torah, il est fixé qu’on ne lit jamais la parachat Bemidbar avant Chavouot (Choul’han Aroukh Orah ‘Haïm 428, 4). Il faut s’expliquer pourquoi les Sages ont pris cette décision, et quel rapport il y a entre la parachat Bemidbar et Chavouot.

Je voudrais l’expliquer d’après ce que dit le Midrach (Bemidbar Rabba 1, 7) sur le verset « Hachem dit à Moché dans le désert du Sinaï » : Les rabbanim ont appris de là que la Torah a été donnée par trois choses : par le feu, par l’eau et par le désert. Il est possible qu’ils aient voulu enseigner que l’étude ne peut se maintenir devant le mauvais penchant qui est vainqueur tous les jours que grâce à la Torah, qui a ces trois caractéristiques.

En effet, les Sages ont dit (Kidouchin 30b) : « J’ai créé le mauvais penchant, Je lui ai créé la Torah comme antidote, et si vous étudiez la Torah, vous n’êtes pas livrés entre ses mains, mais si vous n’étudiez pas la Torah, vous êtes livrés entre ses mains. » Ils ont également dit dans le Midrach Téhilim (Psaume 119) au nom du roi David : Ne permets pas à mes jambes d’aller là où elles veulent, mais vers Ta Torah tous les jours au beit hamidrach, car le mauvais penchant ne rentre pas au beit hamidrach. Il accompagne l’homme tout le long du chemin, mais quand il arrive au beit hamidrach, il n’a pas le droit d’y entrer. Et comme le mauvais penchant est de feu, ainsi qu’il est dit (Téhilim 104, 5) : « ses serviteurs sont un feu brûlant », l’homme ne peut pas y résister à moins de la force de la Torah, qui est comparée au feu, ainsi qu’il est écrit (Yirmiyah 23, 29) : « Mes paroles ne sont-elles pas de feu, parole de Hachem. » Le mauvais penchant est comparable à un petit feu que n’importe quoi peut éteindre, et la Torah à un grand feu qui ne s’éteint jamais, ainsi qu’il est écrit (Chir HaChirim 8, 6-7) : « Ses traits sont des traits de feu, une flamme divine, une eau abondante ne pourrait éteindre l’amour. » Celui qui a un petit feu, n’a pas d’eau pour l’éteindre et craint qu’il se propage, que fait-il ? Il le met dans un brasier, ainsi il se trouve annulé. Ainsi, le feu du mauvais penchant ne s’annule que devant le feu de la Torah.

Et pour que l’homme n’en vienne pas à l’orgueil, poussé par le feu de la Torah, il doit s’humilier pour être semblable à l’eau. De même que lorsqu’on place l’eau dans un endroit élevé, elle descend vers un endroit plus bas (Ta’anit 7a), ainsi le talmid ‘hakham tend à se conduire avec humilité, or la Torah ne se maintient que chez les humbles, qui sont semblables à l’eau, et de ce fait, l’action du mauvais penchant est entravée. La Torah l’amène alors à se consacrer entièrement au service de Hachem comme si lui-même n’était qu’un désert, comme l’a fait Moché lorsqu’il s’est séparé de sa femme parce qu’il parlait avec la Chekhina à n’importe quel moment (Tan’houma 96, 13). De plus, il ne s’occupait jamais de ses propres affaires mais uniquement des besoins du peuple d’Israël.

Lorsqu’on se dévoue entièrement pour les paroles de la Torah en faisant de soi-même un désert, on ne discute jamais les décisions de Hachem.

C’est le sens de l’enseignement des Sages (Berakhot 54a) selon lequel on doit dire une bénédiction sur le mal de la même façon qu’on dit une bénédiction sur le bien, même s’il s’agit de donner sa vie. Le roi David a écrit (Téhilim 35, 10) : « Tous mes os diront, Hachem, qui est comme Toi », ce qui nous enseigne qu’il consacrait chaque os de son corps à Hachem, faisant tout ce qu’Il lui ordonnait. C’est pourquoi les Sages ont institué de lire la parachat Bemidbar à proximité du don de la Torah, pour nous rappeler que la Torah ne subsiste en nous qu’à condition de faire de soi un désert dans l’accomplissement de la volonté de D., de Lui être entièrement livré et de faire tout ce qu’Il ordonne.

A LA SOURCE

« Chacun sous une bannière distincte selon leur maison paternelle, les bnei Israël camperont en face et autour de la tente d’assignation » (Bemidbar 2, 2)

Cette paracha, comme on le sait, a été dite « le premier du deuxième mois de la deuxième année de la sortie d’Egypte ». Dans ce cas, pourquoi l’organisation en bannières a-t-elle été repoussée pendant une année entière dans le désert, et les bnei Israël n’en ont-ils pas reçu l’ordre dès qu’ils sont sortis d’Egypte selon leurs armées ? Rabbi Ya'akov Kaminetski explique qu’à première vue, les bannières risquent de provoquer une séparation, parce que chacune représente une aspiration et un but spécifique pour une tribu particulière, qui la distingue des autres tribus par ses caractéristiques, si bien qu’une guerre aurait facilement pu éclater entre elles. Mais à partir du moment où toutes avaient un point central commun, le Sanctuaire, autour duquel elles campaient ensemble, elles ne risquaient plus de se séparer complètement, mais chacune veillait à ce qui lui était spécifique à l’intérieur d’une organisation plus générale.

Donc tant que le Sanctuaire n’avait pas été érigé, et que le centre unificateur n’avait pas été créé, il n’y a pas eu d’organisation en bannières, par crainte des dissensions. C’est seulement maintenant, quand le Sanctuaire a été érigé, que leur est donné l’ordre « les bnei Israël camperont chacun sous sa bannière selon leurs légions ».

« Lorsqu’ils ont offert un feu étranger devant Hachem et ils n’avaient pas d’enfants » (3, 4)

Quel rapport y a-t-il entre la mort de Nadav et Avihou, qui sont morts à cause du feu étranger qu’ils avaient offert devant Hachem, et le fait qu’ils n’avaient pas d’enfants ? Qu’est-ce que cela aurait changé s’ils avaient eu des enfants ?

Rabbi Méïr Sim’ha Hacohen zatsal de Dwinsk, le Or Samea’h, répond à cela : Le Midrach dit que lorsque l’homme faute et qu’il a un fils tsaddik, il n’est pas puni pour sa faute, sinon son fils aussi en souffrirait, ce qui serait injuste.

C’est donc la signification du verset « ils n’avaient pas d’enfants » : s’ils avaient eu des enfants, il est possible que le mérite de ces derniers leur aurait évité le châtiment.

« Les léviïm sont à Moi, Je suis Hachem » (3, 45)

Le verset se termine par « Je suis Hachem », écrit le Or Ha’Haïm, pour nous enseigner que même si les Sages ont dit que « le service du Temple est appelé à revenir aux premiers-nés », les léviïm ne cesseront pas pour autant d’être saints pour Hachem.

C’est pourquoi la Torah a dit par allusion que « les léviïm sont à Moi, Je suis Hachem », c’est-à-dire que de même que Mon Nom demeure à jamais, les léviïm sont à Moi à jamais.

« Quiconque est admissible au service, à l'exécution d'une tâche dans la tente d'assignation » (4, 3)

Certains demandent pourquoi, à propos des fils de Kehat, il est question de « melakha » (travail), alors que pour les fils de Guershon et Merari on ne parle pas de « melakha » ? Le Mechekh ‘Hokhma l’explique en disant que les fils de Guershon et Merari portaient les éléments du Sanctuaire dans des charrettes qui étaient tirées par des bœufs, par conséquent ce transport dans le désert ne faisait l’objet d’aucun « travail » de leur part, selon la définition de ce qui constitue un « travail » le Chabbat.

Mais en ce qui concerne les fils de Kehat, ils portaient les ustensiles du Sanctuaire sur l’épaule, et en ce qui concerne le Chabbat c’était considéré comme une « melakha », celle de « hotsaa » (porter quelque chose dans le domaine public). C’est pourquoi le verset dit à propos du travail des fils de Kehat qu’il s’agissait d’une « melakha ».

« Ensuite viendront les fils de Kehat pour porter et ils ne toucheront pas les choses saintes » (4, 15)

A notre époque, les yéchivot représentent l’Arche sainte, ceux qui les portent sont les Rachei Yéchivot et les directeurs, qui en supportent le poids financier. C’est ce qu’on dit au nom de Rabbeinou ‘Haïm de Volojine. Cela nous enseigne que même si la situation matérielle est difficile, et que le budget de la yéchivah nous paraît au-dessus de nos forces, en fin de compte c’est l’Arche qui porte ceux qui la portent, et c’est la yéchivah qui soutient ceux qui la soutiennent.

SUR LA VOIE DE NOS PERES

L’arbre qui se trouve au milieu du jardin

Dans notre paracha, le Ba’al HaTourim s’arrête sur une différence qui apparaît dans les énoncés des décomptes des tribus d’Israël. En effet, pour toutes les tribus, le vav conjonctif débute la description : « OuMaté bnei Yéhouda » (et la tribu des enfants de Yéhouda), sauf pour celle de Zevouloun. Il justifie ainsi cette différence : « Zevouloun subvenait aux besoins d’Issakhar, et j’ai vu dans le midrach Tan’houma que Zevouloun faisait du commerce et nourrissait Issakhar, c’est pourquoi la Torah n’a pas voulu lui donner une position secondaire par rapport à celle de son frère et vient nous signifier que leurs récompenses sont équivalentes, ainsi qu’il est dit ‘c’est un arbre de vie pour ceux qui s’accrochent à elle et celui qui la soutient est heureux.’ Il est également écrit ‘à l’ombre de la sagesse, à l’ombre de l’argent.’ C’est pourquoi ils sont considérés comme une seule et même tribu. Le texte peut donc être lu comme suit : ‘Issakhar, tribu de Zevouloun.’ »

Le ‘Hatam Sofer explique que toute personne qui soutient les étudiants en Torah est associée à leurs mérites, selon l’accord entre Issakhar et Zevouloun. De ce fait, même si elle n’a jamais étudié, elle accède à la connaissance de la Torah étudiée par Issakhar.

Cette affirmation est basée sur le verset « J’ai été jeune (na’ar), j’ai même vieilli et je n’ai jamais vu un juste abandonné », qu’il interprète ainsi. « J’ai été jeune (na’ar) » : bien qu’étant dépourvu (méno’ar) d’étude de Torah ; « j’ai même vieilli » : j’ai mérité de connaître la Torah comme un homme âgé qui a acquis la sagesse. Pourquoi cela ? Car « je n’ai jamais vu un juste abandonné », je l’ai toujours soutenu avec mon argent… Notre maître Rabbi David ‘Hanania Pinto explique ce message fondamental à chaque fois qu’il honore de sa présence des dîners de soutien pour des institutions de Torah. Peut-être que lorsqu’il sollicite des donateurs pour soutenir des étudiants d’autres institutions, alors que lui-même dirige à l’échelle mondiale des associations de Torah et de bienfaisance dont la situation financière n’est pas meilleure que celle des autres, c’est l’amour pour le peuple d’Israël et pour la Torah qui le motive et l’élève au-dessus de toutes les considérations. L’honneur de la Torah et celui de notre maître (Rabbi Pinto) ébranle tout œil qui voit et toute oreille qui entend.

Le message d’Artsik

Avec la révolution bolchévique en Russie, des jours difficiles sont arrivés pour les communautés juives d’Europe de l’est. Des yéchivot grandes et réputées ont fortement souffert et n’avaient vraiment pas de quoi nourrir leurs élèves.

Un jour, le ‘Hafets ‘Haïm a rencontré le commissaire de la région, Artsik, qui avait étudié dans sa yéchiva et le connaissait bien.

Il a discuté avec lui de tout et de rien et lui a soudain proposé : « Peut-être voudrais-tu écouter une parole de Torah ? » « C’est tout ce qui me manque ! » a répondu le commissaire en se moquant. « Je suis aussi loin de la Torah que l’est est éloigné de l’ouest ! » Mais le ‘Hafets ‘Haïm n’a pas abandonné. Il a ajouté :

« Peut-être que tu pourrais malgré tout écouter une toute petite parole ? Un mot… ! » Artsik a accepté par égard pour celui qui avait été son maître. Le ‘Hafets ‘Haïm a saisi le col de la veste d’Artsik, l’a regardé dans les yeux et lui a dit : « Dans le récit de la Création du monde, on raconte que D. a planté un jardin au centre duquel Il a fait pousser l’arbre de vie. Pourquoi l’a-t-Il fait pousser au centre et non dans un coin du jardin ?

Afin que chacun y accède aisément et rapidement, selon ses moyens et ses capacités.

Certains l’atteignent par une étude assidue, d’autres par la crainte de D., et les hommes bons comme toi atteignent l’arbre de vie en réalisant de bonnes actions. » En passant, le ‘Hafets ‘Haïm a ajouté : « Tu sais, des centaines d’étudiants de la yéchiva de cette ville meurent littéralement de faim en ce moment. Tu acquerras ton monde futur en vendant à ces précieux jeunes un peu de nourriture pour survivre. »

Lorsque le ‘Hafets ‘Haïm a quitté Artsik, celui-ci est resté troublé et plongé dans ses pensées. Le lendemain, vers le soir, une charrette chargée de sacs de farine et d’autres produits alimentaires s’arrêtait devant l’entrée de la yéchiva. Ce chargement était destiné aux élèves de la yéchiva du ‘Hafets ‘Haïm… gratuitement.

HOMMES DE FOI

Récits sur les tsaddikim de la famille Pinto

Une mitsva en entraîne une autre

Dans le foyer d’un notable juif de Mogador, la mésentente s’était installée… Le couple a alors décidé de se séparer. Après le divorce, l’homme s’est rendu auprès de Rabbi’ Haïm Pinto pour lui demander une bénédiction.

Le Rav l’a reçu chaleureusement et lui a dit : « Grâce à D., vous avez eu le mérite d’accomplir la mitsva du divorce, qui est aussi mentionnée dans la Torah. Vous êtes bienheureux ! Cependant, nos maîtres ont bien dit qu’une mitsva entraîne la suivante. Je suis donc certain que vous retournerez bientôt vers votre femme et vos enfants. Vous épouserez à nouveau votre femme et refonderez votre foyer ! » Rabbi ‘Haïm a ajouté : « Il y a déjà eu un juste avant vous qui a proposé à son épouse ‘Accomplissons la mitsva de divorce’, et il l’a ensuite épousée à nouveau. »

L’homme a été très troublé par ces paroles. Il venait de divorcer et voilà que le Rav lui annonçait clairement qu’il reviendrait vers son épouse ! Il ne comprenait pas ce qui se passait… Cependant, le Rav a continué à parler à son cœur et a fait l’éloge des qualités humaines que chacun se doit de développer. Il a expliqué que nous devons nous éloigner des mauvaises inclinations qui nous font tomber dans l’abîme… Petit à petit, ces paroles ont trouvé une place dans le cœur du notable, qui a commencé à se rendre compte qu’il avait commis une erreur et que vivre avec son épouse était possible et même préférable.

Là, devant la table du tsaddik, il a compris qu’il devait faire preuve de savoir-vivre, être plus patient et moins coléreux qu’il ne l’avait été jusqu’à ce jour. Soudain, notre homme a éclaté en sanglots et a annoncé sa décision de ré-épouser sa femme. Quelques semaines plus tard, il se tenait sous la ‘houpa avec celle qu’il avait répudiée. Depuis lors, leur foyer est devenu un havre de paix.

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