La Paracha de la semaine en format PDF

la Paracha en PDF

paracha de la semaine

Bemidbar

2 Juin 2012

12 Sivan 5772

deux nerot HORAIRES DE CHABBAT

DEBUT

FIN

Paris

21:28*

22:53

Lyon

21:06*

22:23

Marseille

20:54*

22:08

* On allumera selon sa communauté

ARCHIVES DE L'ANNEE 2002 A 2012 ARCHIVES

Les tâches qui précèdent la réception de la Torah

(par Rabbi David Hanania Pinto Chelita)

« Voici ce qui est imposé aux familles nées de Guerchon, comme tâches et comme transport. » (Bemidbar 4, 24)

Comme nous le savons, chaque personne est un petit sanctuaire. Or, tout comme la mission des léviïm dans le Sanctuaire était de « travailler » et de « transporter », quiconque veut mériter de s’approprier la Torah et d’en porter la couronne devra s’atteler au service des léviïm. « Travailler » désigne le service sacré, tandis que « transporter » (massa) renvoie au fait de porter le joug avec son prochain (nassa bé’ol). En réalité, ces deux actions ne sont pas distinctes, car les mitsvot qui concernent notre rapport à D. sont intimement liées à celles qui régissent nos relations à autrui.

Nous sommes tous conscients que pour acquérir la Torah, une préparation et un travail préalable sont nécessaires. Cependant, un travail léger et superficiel n’est pas suffisant. Il faut « travailler et transporter », c’est-à-dire s’investir et se fatiguer, porter le joug et se soumettre au Créateur pendant notre service sacré. C’est ainsi que nous parviendrons à comprendre que nous sommes assujettis à notre Maître, que Hachem est notre Roi, notre père et notre berger et que nous sommes Ses serviteurs. Ceci exige un travail profond de notre part ainsi qu’un investissement et une réflexion poussée à ce sujet.

Lors d’un séjour à New-York, j’ai rencontré un homme de grande réputation, directeur d’une yéchiva de renom. Il m’a posé une question très surprenante : « Comment grandissons-nous dans le service divin ? » Je suis resté perplexe un instant avant de lui demander « Votre question est-elle sérieuse ? » Il m’a répondu par l’affirmative puis a ajouté : « Je baigne pourtant dans l’étude de la Torah, je peux réciter de nombreuses pages de Guemara par cœur et pendant mes cours j’explique beaucoup de principes de moussar à mes élèves, mais malheureusement, je ne ressens aucune élévation spirituelle. » J’ai alors compris que le Roch yéchiva soulevait un grave problème. En effet, si nous mangeons sans goûter la saveur des aliments, ce dysfonctionnement doit nous interpeler. De même, si nous sommes entourés de personnes prononçant des paroles de Torah et que celles-ci ne nous touchent pas, nous devons nous en préoccuper, car cela signifie que nous n’intériorisons pas ces paroles. Mais le problème est encore plus épineux pour une personne qui étudie la Torah, s’y investit, et malgré tout ne profite pas pleinement de la beauté de son étude et ne ressent pas d’évolution. Et voici que le Rav, conscient de sa difficulté, venait solliciter mon aide et mon secours !

Je lui ai répondu qu’à l’instar des bnei Israël, qui avaient dû se préparer avant de recevoir la Torah, nous devons nous mettre en condition avant d’entreprendre de saintes occupations. Cette préparation doit être à l’image d’un « travail et d’un transport » : une tâche qui exige fatigue et labeur. C’est uniquement suite à cela que nous pourrons ressentir une élévation dans la Torah et dans la crainte de D. Puis je l’ai interrogé : « Lorsque vous récitez par exemple les bénédictions après un repas, prêtez-vous attention à la signification des mots que vous prononcez ? Vous souciez-vous de savoir à Qui vous parlez, devant Qui vous vous tenez et Qui vous remerciez de vous avoir rassasié ? Certes, se concentrer lors de chaque bénédiction n’est pas chose facile. Cela demande de gros efforts, mais si vous adoptez ce comportement, un puissant changement s’opérera en vous et vous ressentirez une amélioration de votre état spirituel. Mais si réciter ces bénédictions n’est pour vous qu’un acte automatique démuni de toute intention et concentration, si cela représente une mitsva purement routinière, elle ne servira à rien et ne vous fera ni grandir ni évoluer. »

Examinons notre manière de nous adresser à D. : nous lui parlons à la deuxième personne du singulier en disant « Tu es béni, Hachem ». Adoptons-nous le même langage face à une personnalité importante ? Non, bien entendu. Face à un homme de haut rang, nous employons la troisième personne. Mais Hachem, Qui est notre père et notre guide, désire que nous Le sentions très proche de nous, et nous permet pour cela de nous adresser à Lui à la deuxième personne du singulier. Mais si nous prions sans concentration, ne ressentons aucune proximité et ne prenons pas la mesure de l’immense mérite que nous avons d’être considérés comme des fils de Roi, après cent-vingt ans Il nous reprochera ce tutoiement, que notre attitude ne justifiait pas. Il nous reprochera alors de ne pas avoir employé d’expressions royales à Son égard. Nous donnerons l’impression d’avoir parlé à un ami et non au Roi des rois. Nous aurons alors honte et ne saurons quoi répondre. Je pense que pour arriver à un tel sentiment, il nous faut servir Hachem « avec travail et transport » : non pas un travail superficiel et simple, mais une véritable tâche, dans laquelle on porte le joug de la royauté de D. et on ressent Sa domination, car Il est notre père et notre Roi.

Comment atteint-on un tel niveau ? En aspirant à acquérir la Torah et en désirant accomplir les mitsvot. Quelqu’un qui souhaite ardemment se rendre à la maison d’étude et attend impatiemment l’instant précieux où il pourra étudier deviendra un symbole de crainte divine et d’amour de la Torah. Par exemple, une personne avide d’un plat quelconque savourera l’odeur exquise qui en émane avant même de l’avoir goûté. Il en est de même pour une personne désireuse de Torah : dès qu’elle s’approche de la Guemara, elle ressent l’agréable odeur spirituelle qui s’en dégage et son âme se remplit d’allégresse. C’est ce niveau que nous devons espérer atteindre.

Tel est le sens de l’expression « pour le travail et le transport » : il s’agit d’une lourde charge. Etudier avec profondeur, prier avec une grande concentration, nous perfectionner dans l’accomplissement des mitsvot et aspirer à les réaliser. Puissions-nous mériter d’utiliser à bon escient pendant ces jours de préparation à la réception de la Torah, tant dans la crainte divine que dans l’accomplissement des mitsvot et dans l’étude, amen.

LES HOMMES DE FOI

Récits sur les tsaddikim de la famille Pinto

Quelqu’un de la famille Ohana au Maroc avait caché dans sa voiture de grosses sommes d’argent, bien que la loi du pays l’interdise. Il avait caché l’argent dans un endroit secret de la voiture, qu’il avait recouvert d’une couche de cire pour que rien ne soit visible.

Ses voisins le dénoncèrent aux autorités, et un beau jour la police l’arrêta et lui demanda d’ouvrir sa voiture afin qu’on puisse la fouiller.

Il prit immédiatement l’argent à la main et se mit à courir pour échapper aux policiers. Ceux-ci le poursuivirent dans des voitures françaises en roulant à 110 km/h, et lui courait à pied, très alourdi par l’argent et l’or, si bien qu’il ne pouvait pas courir vite. Et malgré tout, il réussit à s’enfuir et à disparaître aux yeux des policiers, stupéfaits de ne pas avoir réussi à l’attraper.

Le lendemain, quand les policiers l’ont retrouvé (naturellement sans l’argent), ils lui ont demandé : « Comment avez-vous réussi ? Quel Rav avez-vous appelé pour qu’il vous sauve ? » Et il leur a répondu avec simplicité : « J’ai invoqué le nom de Rabbi ‘Haïm Pinto ».

Quand les policiers ont entendu cela, ils ont compris rétroactivement tout ce qui s’était passé la veille et ils ont disparu comme ils étaient venus.

Rabbi ‘Haïm frappe à la porte

L’histoire suivante nous a été racontée par notre maître Rabbi David ‘Hanania Pinto chelita : « Quand mon grand-père le tsaddik Rabbi ‘Haïm Pinto, que son mérite nous protège était au Maroc, il est arrivé qu’un des habitants de la ville soit pris d’un fort mal de dents, au point qu’il se tournait toute la nuit dans son lit sans pouvoir dormir, en proie à de terribles douleurs. Il a prié que par le mérite du tsaddik Rabbi ‘Haïm Pinto D. lui envoie une guérison totale.

Tout à coup, il a entendu des coups frappés à la porte de la maison, et quand quelqu’un est descendu ouvrir la porte, ils ont vu Rabbi ‘Haïm Pinto, qui leur a dit : « Il y a plusieurs heures que je n’arrive pas à m’endormir, parce que votre père a prié Hachem qu’Il lui envoie la guérison par le mérite de mes saints ancêtres. » Rabbi ‘Haïm s’est alors approché de cet homme, lui a touché la dent, et il a été guéri.

QUELQUES CITATIONS

Perles et midrachim de nos Sages sur la Meguilat Ruth

« Un homme quitta alors Beit Le’hem en Judée pour aller séjourner dans les plaines de Moav » (1, 1)

Le texte ne nomme pas ici les personnes concernées mais dit simplement : « Un homme quitta alors Beit Le’hem en Judée pour aller séjourner dans les plaines de Moav, lui, sa femme et ses deux fils. » C’est seulement dans le deuxième verset qu’il est précisé : « Le nom de cet homme était Elimélekh, celui de sa femme Na’omi ; ses deux fils s’appelaient Ma’hlon et Kilion. » Pour quelle raison le premier verset n’a-t-il pas mentionné leurs noms ?

Comme nous le savons, Elimélekh a fui Beit Le’hem par avarice, car de nombreux pauvres venaient solliciter son aide en cette période de famine. Le Midrach raconte : « Elimélekh a déclaré ‘Tous les nécessiteux s’adressent à moi’ et il s’est enfui. » Mais si son identité avait été découverte sur le chemin, les indigents et ses proches nécessiteux seraient venus mendier auprès de lui. C’est pourquoi il a préféré s’enfuir secrètement et n’a pas révélé qui il était, même sur le chemin.

C’est seulement une fois le voyage terminé et la terre étrangère atteinte (« Pour aller séjourner dans les plaines de Moav ») qu’il a proclamé publiquement : « Le nom de cet homme était Elimélekh, celui de sa femme Na’omi; ses deux fils s’appelaient Ma’hlon et Kilion… »

(« Kli ‘Hemda »)

« Car la mort me séparera de toi » (1, 17)

Il n’est pas dit « nous séparera » mais « me séparera de toi ».

La mort ne sépare pas vraiment deux personnes, mais seulement une des deux. Le mort quitte le vivant à jamais. Quant au vivant, il ne se sépare jamais du disparu.

(Le Maguid de Doubno)

« Na’omi, voyant qu’elle s’efforçait de l’accompagner » (1, 18)

Nous savons que l’investissement dans la Torah affaiblit l’homme : au moment où une personne accepte de prendre sur elle le joug du judaïsme, elle s’affaiblit physiquement, comme le raconte la Guemara au sujet de Reich Lakich : « Un jour, alors que Rabbi Yo’hanan se baignait dans le Jourdain, Reich Lakich a fait un bond pour le rejoindre. Rabbi Yo’hanan s’est exclamé « Avec ta force, tu excellerais en Torah ! » et Reich Lakich a répondu : « Avec ta beauté, tu pourrais conquérir toutes les femmes ! » Rabbi Yo’hanan lui a alors promis : « Si tu t’amendes, je te donnerai ma sœur pour épouse, elle qui est encore plus belle que moi. »

Reich Lakich a accepté. Puis il a voulu rejoindre l’autre rive pour récupérer le matériel qu’il y avait laissé en sautant à nouveau, mais il n’a pas réussi, car il venait de prendre sur lui le joug de la Torah » (Baba Metsi’a 84, et Rachi). Ainsi, la seule décision de Reich Lakich d’accepter la Torah l’avait déjà affaibli…

C’est ce que dit le verset :

« Na’omi, voyant qu’elle s’efforçait de l’accompagner » : lorsque Na’omi a vu que Ruth devait fournir un effort pour marcher et que ses pas étaient devenus plus lourds, « elle a cessé d’insister auprès d’elle », c’est-à-dire qu’elle a renoncé à la décourager. En effet, si Ruth se sentait soudainement faible et que la marche lui paraissait difficile, cela prouvait qu’elle avait accepté de tout son cœur le joug de la Torah.

(Divrei ‘Haïm)

« A qui est cette jeune fille ? » (2, 5)

« Il a vu en elle des éléments de sagesse et de pudeur : elle ramassait deux épis, et non trois » (Rachi). On peut se demander en quoi son geste était révélateur de sagesse.

En réalité, la loi stricte interdit de glaner plus de deux épis, car prendre trois épis n’est déjà plus considéré comme « leket ». Par contre, les convertis sont autorisés selon la loi juive à ramasser trois épis.

Mais sans prendre en compte cette permission, Ruth la convertie traversait le champ en glanant uniquement les épis qui se trouvaient par deux, de peur que quelqu’un d’autre ne la précède et ne les prenne avant elle.

Quant aux épis de blé qui étaient disposés par trois, elle les laissait pour plus tard car elle savait que personne d’autre ne les prendrait. En effet, ramasser trois épis d’un coup était interdit à tous sauf aux convertis ! Aux yeux de Bo’az, ce comportement révélait la sagesse de Ruth.

(« ’Hidouchei HaRim »)

« Elle lui dit : ‘Comment ai-je pu trouver grâce à tes yeux, pour que tu t’intéresses à moi, qui suis une étrangère ?’ » (2, 10)

En quoi le cadeau de Bo’az a-t-il posé problème à Ruth ? Puis, que signifie la réponse de Bo’az : « On m’a fidèlement rapporté tout ce que tu as fait […] que tu as quitté ton père et ta mère » ?

La Guemara explique (Traité ‘Avoda Zara 20a) qu’il est interdit d’offrir un cadeau sans raison à un non-juif, en vertu de l’interdiction de leur manifester de l’affection. Tel est donc le sens de la question que Ruth a posée à Bo’az : « Comment ai-je pu trouver grâce à tes yeux », pour que tu me donnes un cadeau gratuitement, « alors que je suis une étrangère ! » Elle sous-entend par là : « Tu n’étais donc pas autorisé à le faire sans motif ! »

C’est pourquoi Bo’az lui a répondu : « On m’a fidèlement rapporté tout ce que tu as fait » : j’ai appris que tu t’es convertie et que tu es venue t’abriter sous les ailes de la présence divine. Puis il ajoute « Tu as quitté ton père et ta mère » : puisqu’il en est ainsi, il convient que je t’offre un cadeau pour accomplir la mitsva « Vous aimerez le converti. »

(« Chéérit Ya’akov »)

« Tout ce que tu me demanderas, je le ferai pour toi, car tous les habitants de notre ville savent que tu es une femme vaillante. » (3, 11)

Durant sa vie, Ruth a perdu deux maris, car après la mort de Kilion, son frère Ma’hlon l’a épousée (pour accomplir la mitsva du lévirat), mais il est décédé à son tour. Elle entrait donc dans la catégorie d’une « femme qui tue ses maris » : comment alors Bo’az l’a-t-il épousée sans craindre la loi qui s’applique à ce genre de femmes ?

On pourrait répondre que Bo’az a épousé Ruth pour accomplir la mitsva de lévirat, et que de ce fait, il n’avait pas à en craindre les conséquences, car quiconque respecte une mitsva ne sera pas frappé par le mal. Cependant Ma’hlon, qui avait épousé Ruth dans les mêmes circonstances, n’en a pas été protégé et il est mort.

Le « Noda’ Biyehouda » écrit (Even Ha’ezer 7) que l’interdiction d’épouser une « femme qui tue ses maris » ne s’applique pas quand il s’agit d’une « femme vaillante ».

C’est pourquoi Bo’az a expliqué dès le départ à Ruth :

« Maintenant, ma fille, sois sans crainte ; tout ce que tu me demanderas, je le ferai pour toi. » Pour quelle raison ? « Car tu es une femme vaillante », en d’autres termes ‘Ne redoute pas la loi de la « femme qui tue ses maris », car tu es une « femme vaillante » et tu n’es donc pas concernée par cette restriction. »

(« ’Hatam Sofer »)

GARDE TA LANGUE

De bonnes influences

Quiconque se retient de prononcer des propos interdits répare et sanctifie les outils de travail spécifiques d’un ben Israël, et toutes les paroles de Torah et de prière qu’il dira ensuite monteront à l’origine de leurs racines. Les anges de service le défendront auprès de D., l’esprit de sainteté l’enveloppera, il se rend apte à recevoir la bénédiction dans ce monde-ci et méritera une noble place au Gan ‘Eden (pour chaque instant où il se garde de prononcer des mauvaises paroles, il mérite la lumière cachée qu’aucune créature terrestre ou céleste ne peut mesurer), il sera sauvé du Guéhénom, il se débarrassera de toute jalousie, il sera aimé de tous, chacun lui confiera ses secrets et personne ne le calomniera.

(Cha’ar Hazekhira)

A LA LUMIERE DE LA PARACHAH

Extrait de l’enseignement du gaon et tsadik Rabbi David ‘Hanania Pinto chelita

La capacité d’abnégation de la tribu de Lévi

« Il faut faire aussi le relevé des enfants de Guerchon, par maisons paternelles, selon leurs familles » (Bemidbar 4, 22)

Que signifie ici le terme « aussi » ? Y avait-il une quelconque velléité de ne pas les compter ? La Torah fait ici allusion au travail des midot. En effet le nom « Guerchon » est de la même famille que « Guirouchin (séparation) », allusion au fait de répudier ses mauvais traits de caractère et son mauvais penchant. De plus, les mots « gam hem », traduits par « aussi », ont pour valeur numérique 88, comme le mot « pa’h ». En chassant nos traits de caractère négatifs, alors « le filet (pa’h) s’est rompu, et nous échappons et restons sains et saufs » (Psaumes 124, 7) : tout le mal quitte l’homme, celui-ci est sauvé et il est considéré comme libre.

Ainsi, la fin de la parachat Bemidbar (Chapitre 4) relate le service des fils de Kehat, qui travaillaient dans le saint des saints. Il s’avère qu’ils mouraient quand ils s’attelaient à leur service, et le midrach explique (Béréchit Rabba 5, 1) : « Pour quelle raison ? Rabbi Elazar ben Pedat a affirmé au nom de Rabbi Y. ben Zimra qu’ils devenaient de moins en moins nombreux, car un feu dévorait ceux qui portaient l’Arche. Ils se mettaient tous à courir : l’un prenait la table, l’autre s’emparait de la menora etc. Rabbi Chemouël bar Na’hman dit au contraire que les enfants de Kehat ne se précipitaient jamais vers la table ou la menora en délaissant l’Arche. Bien qu’ils devinssent de moins en moins nombreux, ils se sacrifiaient pour elle. » Cette attitude révèle l’immense capacité d’abnégation des enfants de Kehat, qui continuaient à transporter l’Arche avec dévouement tout en sachant qu’elle les anéantissait. Mais le travail des midot reste indispensable. En effet Kora’h, qui faisait également partie de ceux qui transportaient l’Arche, a tout de même été à l’origine d’une controverse contre Moché.

Nous voyons les graves conséquences des mauvaises midot, qui peuvent aussi être présentes chez des hommes grands et bons. En effet, les enfants de Kehat étaient si enflammés pour la Torah qu’ils n’ont pas tenu compte du danger et ne se sont pas souciés de leur corps, car ils ont saisi l’importance de leur devoir envers le Sanctuaire. Ils ont mérité d’atteindre un tel niveau en chassant le mauvais penchant de leur cœur et en se concentrant sur le service divin sans prêter attention au danger. Les léviïm servaient en réalité la communauté d’Israël, car le service du Temple était pour le peuple. Malgré le danger que leur service impliquait, ils n’ont pas cessé de l’accomplir avec joie et amour pour les bnei Israël, et tout cela pour la gloire de D.

A LA SOURCE

« Fais le relevé des enfants d’Israël » (4, 22)

Le livre « ’Itourei Torah » rapporte une idée extraordinaire : la parachat Nasso, composée de cent soixante-seize versets, est la plus longue de la Torah. Parallèlement, le psaume (Chapitre 119) « Heureux sont ceux dont la voie est intègre » contient cent soixante-seize versets. De plus, le traité Baba Batra est le plus long de tous les traités du Talmud, et comporte cent soixante-seize pages.

Parmi toutes les parachiot de la Torah, Nasso est celle qui fait l’objet du plus grand nombre de commentaires dans les midrachim et dans le Zohar. Puisque cette paracha est lue à proximité de la fête de Chavouot, période du don de la Torah, nos Sages ont montré, en multipliant leurs commentaires, leur affection particulière pour la Torah qu’ils ont mérité de recevoir.

« Et il présentera son offrande à Hachem » (6, 14)

Le gaon Rabbi Meïr Sim’ha de Dvinsk nous a enseigné que les sacrifices du nazir (personne qui a fait vœu d’abstinence) le jour où il se rase ressemblent dans leurs modalités aux sacrifices apportés par les princes lors de l’inauguration (« ’hanouka ») de l’autel. Pour quelle raison ? Car un cœur brisé est supérieur à tous les sacrifices. Or l’objectif visé par celui qui décide d’être nazir est d’apprendre à briser ses pulsions et ses désirs et de s’éduquer (« ’hinoukh) dans cette voie. C’est pourquoi le nazir offrait des sacrifices d’inauguration (« ’hinoukh »).

« Voici comment vous bénirez les bnei Israël » (6, 23)

Chaque matin, nous avons le mérite de nous trouver face aux cohanim qui étendent leurs mains et d’écouter leur bénédiction avec soumission. Pourquoi est-ce que ce sont les cohanim qui ont été choisis pour bénir les bnei Israël ?

Voici l’explication rapportée par Rabbi Aharon Walkin, auteur du « Beit Aharon » : le Maharcha a commenté la formule fixée par nos Sages « pour bénir Son peuple Israël avec amour » (Sota 38b) en déclarant qu’une bénédiction se concrétise selon l’intention de celui qui la prononce. Il convient donc que la bénédiction émane d’une personne qui porte un regard positif et qui désire la donner.

Ainsi, l’efficacité d’une bénédiction dépend de la volonté réelle de celui qui la prononce.

Mais puisque nous ne pouvons pas prétendre être au niveau d’aimer chaque membre d’Israël du plus profond de notre cœur, D. a choisi les cohanim, qui sont évidemment intéressés par l’entière réussite du peuple. En effet, leur subsistance dépend des offrandes données par les bnei Israël, et qu’ils reçoivent en qualité de prêtres. Ainsi, plus la bénédiction répandue sur les bnei Israël est importante, plus leur contribution pour les cohanim sera abondante. C’est la raison pour laquelle nous sommes assurés que leur bénédiction proviendra du plus profond de leur cœur et qu’elle se réalisera.

La lumière du Zohar

« Voici comment vous bénirez les bnei Israël » (6, 23)

Les Sages ont enseigné qu’à tout cohen qui veut prodiguer la bénédiction des cohanim doit être ajoutée de la sainteté par rapport à la sienne. C’est une personne sainte qui doit lui sanctifier les mains. Qu’appelle-t-on une « personne sainte » ?

C’est le Lévi, puisqu’il doit laver les mains du cohen pour les sanctifier, ainsi qu’il est dit : « Tu sanctifieras les léviïm ». Nous voyons donc qu’ils sont saints. Il est également dit à leur sujet : « Et aussi ton frère qui est de la tribu de Lévi, de la tribu de ton père, qui est proche de toi, te servira », en versant de l’eau sur les mains des cohanim qui sont inclus dans « la tribu de ton père ».

Nous déduisons de là que tout cohen qui veut prodiguer cette bénédiction doit se sanctifier par l’intermédiaire d’une personne sainte, pour ajouter de la sainteté à la sienne. C’est pourquoi il ne se laissera pas laver les mains par un autre homme qui n’est pas saint.

(Nasso 146a)

SUR LA VOIE DE NOS PERES

Tous les avantages d’être le premier à saluer

L’amour de la paix est profondément implanté dans les racines du peuple juif. Le Saint béni soit-Il bénit son peuple Israël par la paix, comme nous le disons tous les jours dans la prière du Chemonè Esré, et dans notre paracha, la bénédiction des cohanim y fait écho : « Que Hachem lève vers toi Son visage et qu’Il mette en toi la paix. » Rabbeinou Ya’akov Ba’al HaTourim y voit une allusion au conseil donné dans Pirkei Avot de saluer toute personne (en lui disant « chalom », bonjour, mais aussi paix), même un non-juif. En effet, le mot « chalom » a la même valeur numérique que « Essav », l’allusion est donc claire : « Sois le premier à dire « chalom » à tout homme, même un non-juif. »

Le Maharal, dans « Derekh Avot » (commentaire sur Pirkei Avot) commente ainsi ce que dit Rabbi Mattia ben ‘Herech (Avot 4, 20) : « Sois le premier à saluer chacun » : il est souhaitable d’être le premier à saluer chacun, que ce soit un impie ou non. Celui qui n’est pas un impie, il est évident qu’il faut le saluer en premier. Mais il en va de même du méchant, car lui-même ne se considère pas comme un méchant, et si on ne le salue pas il pensera qu’on est quelqu’un de méprisant qui ne tient aucun compte des gens. C’est pourquoi même lui, il faut être le premier à le saluer. Mais en fait, on a alors salué un méchant ! Le Maharal explique que c’est permis en se référant à ce que dit la Guemara dans le traité Sota (41b) : Rabbi Yéhouda d’Erets Israël, et certains pensent que c’est Rabbi Chimon Ben Pazi, dit qu’il est permis de flatter les méchants en ce monde-ci, ainsi qu’il est écrit à propos du monde à venir (Yéchayah 32, 5) : « On ne dira plus du pervers qu’il est généreux », dont il ressort que c’est ce qui se passe en ce monde-ci. Le Maharal ajoute que le verset « il n’y a pas de paix pour les méchants, dit Hachem », ne concerne pas ce monde-ci, comme l’explique la Guemara dans le traité Chabbat (151b), mais plutôt l’âme des méchants après la mort ; en ce monde-ci, les méchants sont en paix.

Par le mérite de son bonjour

Le gaon Rabbi Chemouël Felman zatsal a réussi, par le charme qui se dégage de son visage, à convaincre même des gens qui n’observent pas la Torah et les mitsvot de ne pas ouvrir leur commerce le Chabbat. Le vendredi à une heure de l’après-midi, il faisait un tour d’une boutique à l’autre et adressait à chaque commerçant un chaleureux « Chabbat chalom ! »

Ses paroles, qui sortaient du cœur, comme le raconte le livre « Chalom Rav », faisaient fondre le cœur des plus éloignés, et avaient leur effet. Beaucoup ont dit qu’ils avaient l’habitude de venir spécialement pour entendre le « Chabbat chalom » sortir de sa bouche avec un charme peu commun.

L’un d’eux a commencé à ouvrir sa boutique après la mort de Rabbi Chemouël. Ses voisins s’en sont étonnés, et lui ont demandé : « Pendant de nombreuses années vous vous êtes abstenu d’ouvrir la boutique le Chabbat, alors pourquoi maintenant est-ce que vous le profanez ? »

Il leur a répondu : la vérité est que je suis loin d’être pratiquant, et je n’ai pas la moindre idée des mitsvot en général ni de l’observance du Chabbat en particulier. J’ai toujours eu envie d’ouvrir ma boutique même le Chabbat, mais le « Chabbat chalom » du Rav ne me permettait pas de le faire. »

Un beau dédommagement

La biographie du gaon Rabbi Moché Feinstein montre à quel point il veillait à saluer chacun le premier, respectueusement et d’un visage avenant. Un jour, il est passé à côté de quelqu’un sans le voir, c’est pourquoi il ne lui a pas non plus demandé de ses nouvelles comme il avait l’habitude de le faire.

Au bout d’une dizaine de pas, il est revenu sur ses pas, a salué la personne, et pour le dédommager de cette erreur, il est resté à bavarder avec lui pendant longtemps.

 

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