La Paracha de la semaine en format PDF

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paracha de la semaine

Devarim

28 Juillet 2012

9 Av 5772

deux nerot HORAIRES DE CHABBAT

DEBUT

FIN

Paris

21:18*

22:34

Lyon

20:58*

22:09

Marseille

20:48*

21:56

* On allumera selon sa communauté

ARCHIVES DE L'ANNEE 2002 A 2012 ARCHIVES

La mésentente dans un foyer équivaut à la destruction du Temple

(par Rabbi David Hanania Pinto Chelita)

« Comment donc supporterais-je seul votre labeur, votre fardeau et vos contestations ! » (Devarim 1, 12)

Cette paracha est généralement lue à la période triste de l’année durant laquelle notre Temple a été détruit (entre le 17 Tamouz et le 9 Av). On y trouve d’ailleurs une allusion à la méguilat Eikha, qui est lue le 9 Av : on trouve dans la paracha « Eikha » (comment) supporterais-je seul » (Devarim 1, 12), et la méguila débute également par « Eikha » (hélas !), elle est assise solitaire » (Eikha 1, 1).

Nos maîtres ont demandé (Yoma 9b) : « Pour quelle raison le premier Temple a-t-il été détruit ? A cause de l’idolâtrie, des unions interdites et du meurtre. Mais à l’époque du deuxième Temple, les bnei Israël respectaient la Torah et les mitsvot, et pratiquaient la charité ! Pourquoi donc a-t-il été détruit ? A cause de la haine gratuite. » La Guemara pose la question de savoir quelle faute était la plus grave : « les premiers ou les derniers sont-ils préférables ? » Elle répond : « Nous constatons que les premiers ont vu la reconstruction du Temple, ce qui n’est pas le cas des derniers. S’il n’a pas encore été reconstruit au bout de deux mille ans, il est évident que la haine gratuite est une faute plus importante que celles qui avaient été commises par les premiers. » S’il en est ainsi, le moyen d’y remédier est l’amour gratuit. J’ai entendu un des grands de la génération expliquer ainsi la phrase de nos Sages (Berakhot 6b) « Quiconque réjouit des jeunes mariés est considéré comme ayant reconstruit l’une des ruines de Jérusalem » : de prime abord, nous ne voyons pas le lien entre réjouir des jeunes mariés et la reconstruction des ruines de Jérusalem. Mais comme nous le savons, réjouir les mariés est une mitsva extrêmement importante qui permet de mériter les cinq expressions de joie citées à propos du mariage, ainsi que d’acquérir la Torah. Quelqu’un qui chante, danse et se réjouit en l’honneur de jeunes mariés qu’elle ne connaît pas personnellement fait preuve d’amour désintéressé et répare la haine gratuite qui a causé la destruction de notre Temple, c’est pourquoi le texte la considère comme ayant reconstruit les ruines de Jérusalem : c’est comme si elle avait réparé ce qui avait été altéré, contribuant ainsi à la reconstruction du Temple en prodiguant un amour gratuit, en lieu et place de la haine gratuite qui avait entraîné sa destruction.

Selon ce que nous venons de dire, j’aimerais expliquer cet enseignement de nos Sages (Guittin 90b) : « Lorsqu’un couple se sépare, même l’autel verse des larmes. » Pourquoi est-ce précisément l’autel qui verse des larmes ? La réponse se trouve dans la Guemara Sota (17a) au nom de Rabbi ‘Akiva : Un homme et une femme qui sont méritants verront la présence divine S’installer parmi eux, car D. placera le ‘youd’ de Son nom chez l’homme (ich) et le ‘hé’ chez la femme (ichah). En revanche, s’ils ne le méritent pas, le feu les consumera, car D. retirera Son nom d’entre eux et il ne restera plus que deux fois le mot ‘ech’ (feu). » Lorsqu’un couple vit dans la paix, l’amour, la fraternité et l’amitié, que chacun se soucie de l’autre et cherche à le combler de ses bienfaits, leur foyer devient le lieu d’expression d’un amour gratuit par le mérite duquel leur demeure est comparable au Temple, puisque le nom de D. (Y-A-H) se trouve en eux et que la Chekhina réside en leur sein. A l’inverse, un couple tiraillé par les querelles, les disputes et les désaccords développe de la haine gratuite. En effet, le penchant de la haine brûle comme du feu et chacun cherche tous les moyens de perturber la sérénité de son conjoint et de lui causer du tort sans raison, par simple manque d’amour. Cette haine gratuite a pour effet d’éloigner le nom de D. de leur foyer, qui devient alors comme un Temple détruit. Or dans ce cas, le Temple et ses ustensiles versent des larmes, en particulier l’autel, dont la nature est essentiellement d’établir la paix entre les bnei Israël et leur père qui est dans le Ciel en permettant l’offrande des sacrifices, et de ce fait le pardon de Hachem pour les fautes de Ses enfants. Mais maintenant que ce foyer, qui est un sanctuaire, se détruit à cause de la haine gratuite qui s’est installée entre les conjoints, au point de les mener au divorce, l’autel verse des larmes, car il sent que le Temple est encore loin d’être reconstruit : en effet, il a disparu à cause de la haine gratuite, mais celle-ci continue à être vigoureusement présente !

A notre grand désespoir, en diaspora la débauche est si puissante qu’il devient difficile de se protéger des images interdites. S’en préserver demande un immense sacrifice. Cependant, ceux qui craignent Hachem et respectent la Torah réussissent à contrôler leur vision et à éviter cette terrible impureté. Comment le méritent-ils ?

En réalité, tout commence à l’intérieur de la maison. Lorsque les membres du couple vivent en paix et dans l’amour, le Chekhina se trouve entre eux et le nom de D. (« Y-A-H ») repose sur eux. La présence divine les accompagne à chaque pas de leur existence, à l’intérieur de leur foyer, mais également à l’extérieur. Un homme qui vit dans une telle atmosphère ne s’intéressera pas à la débauche qui l’entoure, puisqu’il est enveloppé par la sainte Chekhina, qui l’accompagne et le protège de toute faute. Par contre, si le foyer est détruit et que la mésentente y règne, la présence divine Se retire et nous nous retrouvons à la merci de notre mauvais penchant, même en-dehors de la maison. A nous de déduire combien il est important de respecter son épouse. Il arrive parfois de voir certains individus être très prévenants avec leurs amis, se comporter avec politesse et savoir-vivre, tendre une oreille attentive à leurs besoins et les aider. Mais ces mêmes personnes adoptent une piètre et méprisable attitude envers leur épouse, ne se soucient pas d’elle, ne la respectent pas et se permettent même de la blesser par des paroles incorrectes. Pour quelle raison ? Parce qu’ils pensent qu’à l’intérieur de leur foyer ils sont souverains et maîtres, que tout le monde doit se plier à leurs ordres et satisfaire leurs désirs, et malheur à quiconque enfreindrait leurs injonctions ! Mais il faut prendre conscience que ce genre de comportement est destructeur et qu’à chaque fois qu’une place est laissée à la haine gratuite, la présence divine s’éloigne, ce qui est considéré comme une nouvelle destruction du Temple. Quiconque mesure le poids de la disparition du premier et du deuxième Temples comprend que dans la demeure où réside la discorde, de nombreux Sanctuaires sont détruits à cause des multiples fautes des conjoints, et le Temple ainsi que ses ustensiles dévastés en versent des larmes.

Essayons de nous renforcer tant dans l’étude de la Torah que dans l’accomplissement des mitsvot, scrupuleusement et avec précision. Ainsi, nous nous éloignerons de la haine gratuite envers autrui et envers notre épouse, nous développerons l’amour gratuit, et nous mériterons la rédemption finale rapidement et de nos jours, amen.

LES PAROLES DES SAGES

C’est ainsi que l’on réussit une épreuve

« Ne craignez personne » (Devarim 1, 17)

Les habitants de Hambourg avaient du mal à trouver un Rav qui leur convienne. Leurs attentes étaient considérables : ils cherchaient quelqu’un qui serait à la fois vif d’esprit, géant en Torah et affable. Ils voulaient un Rav qui serait d’un côté déterminé et courageux, mais par ailleurs, nombreux étaient ceux qui souhaitaient trouver un maître qui tendrait vers la Haskala, qui se développait peu à peu dans la ville. Quand ils ont rencontré Rabbi Raphaël Hacohen, ils ont eu le sentiment d’avoir trouvé celui qu’il leur fallait. Ses ouvrages, « Torat Yekoutiel » et d’autres, témoignaient de son génie, et sa sociabilité était évidente.

Lorsque le Rav s’est rendu pour la première fois à Hambourg, il a rencontré quelques notables de la ville attirés par le mouvement de la Haskala. Ceux-ci, qui voulaient savoir s’ils pouvaient attendre de ce Rav une quelconque aide pour la diffusion de leurs idées, lui ont demandé d’aller à Berlin afin que « Rabbi » Moïse Mendelson, le dirigeant des Maskilim, l’examine : avec l’accord du Rav, il pourrait accéder à ce poste.

Rabbi Raphaël, qui avait grandi en Lituanie, où l’on ne connaissait pas encore l’impact négatif de la Haskala, n’avait jamais entendu parler de ce Rav et s’est laissé persuader de voyager jusqu’à Berlin. Dès qu’il a trouvé la maison de Mendelson, il est entré et l’a vu en train d’étudier la Torah la tête découverte. Il en est resté bouche bée : il n’aurait jamais cru possible une chose pareille ! Mendelson a levé la tête et a salué par un cordial chalom le Rav dont la venue lui avait été annoncée par un télégramme des Maskilim de Hambourg. Secoué, celui-ci lui a répondu avec vigueur : « Il n’y a pas de paix (chalom), a dit Hachem… »

Avant même d’attendre sa réponse, Rabbi Raphaël a poursuivi : « Recevoir une recommandation d’un renégat comme vous ? Je préfère être balayeur plutôt que de recevoir un accord pour ma rabbanout de la part d’un pareil mécréant ! »

Puis, affligé, il a quitté la maison.

Avant qu’il soit de retour à Hambourg, Mendelson y avait envoyé un télégramme dans lequel il recommandait fortement de prendre Rabbi Raphaël comme Rav. Il le décrivait comme un homme qui n’annulerait pas son avis face à celui d’un autre, un individu fidèle à la vérité de façon absolue, au point de pouvoir qualifier de « mécréant » quelqu’un à qui il venait demander un soutien.

Le jour où Rabbi Raphaël a été nommé Rav de Hambourg a été un jour de fête : sur le chemin menant vers la ville, on avait dressé une grande porte faite de fleurs sur laquelle il était inscrit en grand : « C’est la porte pour D., les justes y passeront. » Les rues de la cité avaient été décorées, et tout le long du chemin menant à la synagogue, des tapis avaient été déployés, et des enfants vêtus d’habits de fête et portant des drapeaux se tenaient sur les côtés. Dès la fin de son discours à la synagogue, le Rav s’est dirigé vers son nouveau bureau. Mais avant même qu’il ait pu s’installer, une femme visiblement très pauvre et indigente est entrée : elle a raconté qu’elle réclamait depuis des semaines une petite somme d’argent au président de la communauté et que celui-ci la lui refusait. Maintenant qu’il était enfin nommé Rav de la ville, elle demandait un din Torah.

Un murmure a traversé l’assemblée des présents : c’était le chef de la communauté qui avait nommé le Rav et qui était responsable de son salaire. Le convoquer en jugement, alors qu’il était connu comme un homme déterminé et rigoureux, et de surcroît le premier jour où le Rav occupait ses fonctions, ne se faisait pas du tout !

En entendant le cas soumis par la femme en détresse, le Rav a demandé au bedeau d’aller chercher l’homme en question pour l’assigner en din Torah.

Le bedeau en a été effrayé, car il avait bien saisi l’ampleur de sa mission : le Rav était susceptible d’être destitué de ses fonctions dès son premier jour…

Il a donc essayé de détourner son attention de cette affaire, mais celui-ci s’est obstiné. N’ayant pas le choix, le bedeau s’est donc rendu chez le riche, mais comme nous pouvons l’imaginer, il est non seulement revenu non accompagné, mais a également rapporté au Rav que le président avait été très irrité par cette convocation et qu’il avait employé une profusion d’expressions honteuses que lui-même n’osait pas rapporter.

Face à cette réponse, le Rav a renvoyé le bedeau pour informer le notable que s’il ne venait pas tout de suite, il l’excommunierait immédiatement.

Un silence pesant a envahi la salle : tous les assistants trouvaient que le Rav exagérait un peu. En effet, il s’agissait malgré tout du chef de la communauté ! Par ailleurs, on ne savait pas à quel point la femme était crédible ! Et enfin, malgré tout le respect que l’on devait au Rav, il ne s’était pas passé plus de deux heures depuis sa nomination officielle à ce poste !

Tout en balbutiant, le bedeau a expliqué qu’il était incapable de transmettre un tel message au président de la communauté. Alors le Rav a répliqué vigoureusement qu’il devrait trouver un autre bedeau qui accepterait d’obéir aux instructions qui lui seraient données.

Constatant qu’il n’y avait pas d’alternative, celui-ci s’est dirigé sans conviction vers la demeure du président. Dans le bureau du Rav, la tension était à son comble en attendant son retour. Mais au bout d’un petit moment, il est arrivé accompagné de l’homme convoqué, qui arborait un large sourire en s’écriant :

« Bienvenue au nouveau Rav de la ville de Hambourg ! Je suis à présent serein, car nous avons choisi celui qui convient parfaitement à notre ville : un Rav déterminé et d’une fidélité illimitée à la vérité ! » Puis il lui a serré la main chaleureusement tout en poursuivant : « Il n’y a aucun lieu de faire un din Torah. Nous voulions simplement vérifier que vous étiez apte à remplir le rôle de Rav. Maintenant que nous avons vu que vous étiez capable d’excommunier le président de la communauté dès votre premier jour de responsabilité, il semble évident que cette fonction vous convient. »

GARDE TA LANGUE

Prendre l’habitude de réprimander

Quiconque veut faire très attention à ne pas écouter de la médisance ou du colportage devra s’habituer à réprimander constamment les membres de sa maison et à leur exposer l’importance de la récompense de celui qui veille sur ses paroles. Inversement, il faudra évoquer la gravité de la punition, afin qu’ils ne trébuchent pas dans la faute de croire de la médisance et du colportage.

(Cha’ar Hazekhira)

A LA LUMIERE DE LA PARACHAH

Extrait de l’enseignement du gaon et tsadik Rabbi David ‘Hanania Pinto chelita

Un lien direct entre l’étude de la Torah et la joie de la sainte Chekhina

« Moché se mit en devoir d’exposer cette (hazot) Torah, et il dit » (Devarim 1, 5)

Expliquons ce verset sur le mode de l’allusion. Selon la Guemara (Mena’hot 53b), le terme « zot » (cette) désigne la Torah, comme il est dit « vézot haTorah » (et cette Torah). Dans le Zohar, la Chekhina est également plusieurs fois appelée « zot ». Par amour pour ces saintes paroles, je vais les retranscrire (Partie 3, 62a) : « Quand Ya’akov a voulu que ses fils soient bénis par le nom de D. qui caractérise la royauté de la Chekhina, il est écrit « Tous ceux-là sont les douze tribus d’Israël, et c’est ainsi que (vezot) …. » (Béréchit 49, 28) : ‘Zot’ ajoutée aux douze tribus revient à treize, car la Chekhina s’était jointe à eux et leurs bénédictions ont pris effet. »

Rapportons à ce sujet une autre très belle explication (Partie 3, 297b). A propos du verset « Et pourtant, même alors (gam zot), quand ils se trouveront relégués dans le pays de leurs ennemis… » (Vayikra 26, 44), Rabbi Abba explique : « Voyez combien les enfants d’Israël sont chers au Saint béni soit-Il ! Bien qu’ils soient eux même à l’origine de leur exil au milieu des nations, la Chekhina ne les abandonne jamais en prétextant qu’ils seraient responsables de leur sort. Au contraire, elle aussi (gam zot) se trouve avec eux. C’est comparable à un roi qui, mis en colère par son fils, l’a envoyé vers une contrée lointaine. En entendant ce décret, la reine décide qu’elle ne peut abandonner son fils. ‘Si nous ne pouvons pas rester tous deux dans le palais, alors nous partirons loin tous les deux’, dit-elle. Un jour, le roi cherche la reine, mais on l’informe qu’elle a accompagné son fils dans son exil. Il décide donc : ‘Puisque la reine est là-bas, que les deux reviennent !’ Ainsi, lorsque D. Se mettra à la recherche de la reine (la Chekhina), ne la trouvant pas, Il ira aussi chercher Ses enfants. Telle est la signification du verset ‘Et Moi, J’ai aussi entendu la plainte des enfants d’Israël.’ Le terme ‘aussi’ vient préciser que D. S’est d’abord souvenu de la Chekhina, et que pour elle, Il est allé chercher Ses enfants. »

D’après cela, nous pouvons expliquer ainsi le verset « Moché se mit en devoir d’exposer cette (hazot) Torah » : à travers l’étude de la Torah, appelée « zot », nous mériterons la résidence de la présence divine, elle aussi appelée « zot ».

A LA SOURCE

« Ce sont-là (Elé) les paroles que Moché adressa à tout Israël » (1, 1)

Le terme « Elé », traduit par « ce sont-là », est formé des initiales des mots « Avak Lachon Hara » (poussière de médisance), faute dans laquelle nous tombons tous. Ainsi, il est dit : « la plupart d’entre eux fautent par le vol, une minorité par les unions interdites, et tous en tenant des propos comportant des bribes de médisance. »

C’est la raison pour laquelle, d’après le livre « ‘Homat Anakh », Moché a adressé sa mise en garde « à tout Israël » …

« Ce sont-là les paroles que Moché adressa à tout Israël » (1, 1)

« A tout Israël » : le Midrach explique que tout Israël entendait sa voix qui parcourait douze miles.

Rabbi Elazar HaKappar a dit : la précision « à tout Israël » vient exclure les nations du monde. En effet, seuls les bnei Israël pouvaient entendre la voix de Moché. La voix de Bil’am, en revanche, avait parcouru le monde entier lorsqu’il avait béni Israël, et il est dit à son sujet : « Assourdir de grand matin son prochain par de bruyants saluts, c’est comme si on lui disait des injures » (Proverbes 27, 14). Pourquoi la voix de Bil’am était-elle audible par tous ? Afin que les nations du monde entendent qu’il bénit Israël.

Mais quand Moché les a réprimandés, sa voix a couvert uniquement le camp d’Israël, afin que les nations du monde n’aient pas connaissance de ces reproches.

« Ce sont-là les paroles que Moché adressa à tout Israël » (1, 1)

Rabbeinou ‘Haïm ben ‘Attar a interprété ce verset sur le mode de l’allusion :

« Ce sont-là les paroles que Moché adressa » : Moché n’a jamais tenu de paroles vaines, et tous ses propos concernaient la Torah et étaient empreints de sainteté, en accord avec l’affirmation de nos Sages selon laquelle « quiconque entretient une conversation profane transgresse un commandement positif, comme il est dit ‘Et tu en parleras’ : il ne s’agit pas de propos inutiles. »

Le livre « Tiféret Chelomo » s’étonne : Moché était âgé de quatre-vingts ans avant le don de la Torah, et selon l’enseignement de nos Maîtres, il était roi en Ethiopie. Dans ce cas, comment dire qu’il a tenu durant toute sa vie des propos de Torah et n’a jamais discuté d’autre chose ?

En réalité, lorsque nous tendons et aspirons à servir D., même le reste de nos préoccupations concernant nos besoins matériels entrent dans le cadre de la « Torah ». Si nous sommes animés uniquement par le désir d’accomplir la volonté de D., tous nos gestes quotidiens entrent alors dans la catégorie des paroles de Torah !

« Il y a onze journées depuis le ‘Horev » (1, 2)

Le « Kli Yakar » a trouvé une très belle allusion dans ces onze jours : en effet ils sont à mettre en parallèle avec les onze jours de l’année où nous prenons le deuil pour la destruction du Temple.

Il s’agit des neuf jours du mois d’Av, du 17 Tamouz et du 10 Tévet.

La lumière du Zohar

« Et Hachem me dit : ‘Ne moleste pas Moav et n’engage pas de combat avec lui » (2, 9)

Un enfant de Rav Hamnouna s’est interrogé sur le verset « Et Hachem me dit : ‘Ne moleste pas Moav’ » : jusqu’à présent, ne savait-on pas que D. S’adressait à Moché et non à un autre ? Pourquoi est-il précisé « Et Hachem me dit » ? En réalité, c’est à Moché et à personne d’autre que D. a ordonné de ne pas faire de mal à Moav, même au moindre domaine lui appartenant. Il ne l’a pas ordonné à David, car de ce peuple sortira quelqu’un qui exercera les vengeances d’Israël, dont celles de Moav. Il s’agit de David, qui descend de Ruth la Moabite.

(Balak 190a)

SUR LA VOIE DE NOS PERES

Comment il faut réprimander

Voici les paroles que Moché a adressées à tout Israël » (Devarim1, 1)

« Comme ce sont des paroles de remontrance, il a énuméré ici tous les endroits où ils avaient irrité D., sans le dire ouvertement, mais seulement par allusion, à cause de l’honneur des bnei Israël. » (Rachi)

La réprimande est vraiment tout un art, qui exige un très haut niveau spirituel. Il faut apprendre et savoir comment réprimander, choisir le bon moment, soigneusement peser les mots qu’on utilise et autres précautions. Dans le traité Arakhin (16b), Rabbi Elazar ben Azaria nous donne une grande leçon en disant : « Je serais surpris qu’il y ait dans cette génération qui que ce soit qui sache adresser une réprimande. »

Un coup d’œil sur le monde du tsaddik de Jérusalem, Rabbi Arié Lévine zatsal, nous montre comment il savait manier l’éducation mêlée de réprimande. Après sa mort, l’écrivain ‘hassid Rabbi Sim’ha Raz a écrit sur lui deux livres : « Ich Tsaddik Haya » et « Tsaddik Yessod Olam », où figure l’histoire du Rav Avraham Beharan, fondateur d’une école à Kefar Pines.

Un jour, raconte-t-il, je discutais en privé avec le Rav Beharan, et il m’a demandé : « Comment, croyez-vous que je sois devenu un éducateur et un fondateur d’écoles ? Où est-ce que j’ai pris la force de faire cela ? Je vais vous raconter ce qui m’a poussé vers ce qui devait être mon rôle dans la vie. Quand j’étais petit, vers l’âge de dix ans, j’étudiais au Talmud Torah « Ets ‘Haïm » à Jérusalem. En ce temps-là, les petits étudiaient aussi toute la journée, du matin jusqu’au soir.

Je recevais de la nourriture en quantité comptée, étant donné la pauvreté qui sévissait à cette époque. A midi, on distribuait au Talmud Torah une seule assiette de bouillie, et c’était tout ! Si quelqu’un en désirait plus, il devait attendre patiemment que tout le monde ait reçu sa part, et s’il en restait un peu, il pouvait alors en demander un peu plus. Un jour, j’avais particulièrement faim, et on m’a donné la bouillie que je préférais. Je l’ai mangée rapidement, et je me suis dit que si j’attendais qu’on m’en donne plus, il n’en resterait peut-être pas. Sous l’empire de mon ventre creux et de mon désir de cette bouillie, j’ai demandé à la cuisinière une autre assiettée.

Elle m’a regardé avec colère et a dit : « Tu as déjà reçu ta part ! »

Je me suis fâché contre elle, et alors j’ai pris l’immense marmite de bouillie qui était sur le comptoir et je l’ai renversée avec tout son contenu… Un tumulte terrible a éclaté. La cuisinière criait contre moi de toutes ses forces, et de partout les enfants hurlaient : « Tu es devenu fou, Avraham, comment tu oses renverser une marmite de nourriture ! Pourquoi tu as fait ça ? Où sont tes bonnes manières ? Tu ne sais pas qu’il est interdit de jeter de la nourriture, que c’est du gâchis interdit ? »

On a appelé l’instituteur sur les lieux, et quand il a vu ce que j’avais fait, il m’a pris de côté et s’est mis à me sermonner sévèrement. Avec l’accord du directeur, il a été décidé que je me présenterais le lendemain matin au machguia’h du Talmud Torah, Rabbi Arié Lévine, pour qu’il me fasse la leçon et décide du châtiment qui convenait.

Toute cette nuit-là, je n’ai pas fermé l’œil tant je tremblais. Qu’est-ce que j’allais bien pouvoir dire au machguia’h pour me défendre, j’avais vraiment fait quelque chose d’impardonnable ! Je ne savais pas où me cacher de la honte qui m’attendait. Je me suis mis à imaginer les punitions qui m’attendaient, et j’ai eu beaucoup de mal à m’endormir cette nuit-là. Quand je suis arrivé dans son bureau, la peur me coupait presque la respiration. Rabbi Arié m’a regardé et m’a dit sérieusement : « Dis-moi, Avraham, c’est vrai ce que j’ai entendu sur toi hier ? » Je ne savais pas quoi dire pour me défendre. Je sentais qu’il valait mieux reconnaître la vérité, puisqu’il est dit : « On aura pitié de celui qui reconnaît sa faute et y renonce. » Je me suis donc confessé à voix basse, j’ai baissé la tête et j’ai attendu le déluge de reproches qui n’allait pas manquer de s’abattre sur moi. Alors, Rabbi Arié m’a dit : « Je comprends de toute cette histoire que tu aimes beaucoup la bouillie ?

– Oui, c’est vrai », ai-je reconnu, et j’ai levé les yeux vers lui.

Rabbi Arié a montré une assiette pleine de bouillie qui était posée au bord de la petite table, en disant : « Voilà, je t’ai préparé une assiette de bouillie, assieds-toi et mange maintenant ! »

C’est exactement à ce moment-là que s’est forgée dans mon cœur la décision que quand je serais grand, je serais un éducateur, car je venais de recevoir de Rabbi Arié ma première leçon des fondements de l’éducation…

LES HOMMES DE FOI

Récits sur les tsaddikim de la famille Pinto

Vous ne trouverez pas d’arak ici

Vers la fin de sa vie, Rabbi ‘Haïm le petit, que son mérite nous protège, est venu s’installer à Casablanca, sur la demande de la communauté juive qu’il veuille bien la faire profiter de sa présence.

Quand arriva le jour de la hilloula de son grand-père, Rabbi ‘Haïm le grand, que son mérite nous protège, il s’avéra qu’il n’y avait pas d’arak à servir aux invités qui étaient arrivés pour le repas de fête. L’un d’eux proposa d’aller à la ville de Safi pour y acheter quelques bouteilles. Mais le pays était en guerre, et outre le manque de certains produits qui se faisait sentir, il était interdit par la loi de fabriquer ou d’acheter des boissons fortes. Rabbi ‘Haïm lui indiqua à qui il devait s’adresser à son arrivée à Safi, en disant que le Rav Pinto l’avait envoyé. Il se rendit donc à Safi, et malgré la grande distance, il y arriva sans encombres et revint à Casablanca. La hilloula battait son plein, et tous ceux qui étaient là reçurent de l’alcool. Mais le Satan inspira à l’un des voisins, qui était au courant de l’histoire, d’aller raconter aux autorités que les juifs faisaient la fête avec des boissons fortes. Naturellement, la police arriva immédiatement sur les lieux, et se mit à chercher l’arak.

« Qu’est-ce que vous cherchez ? » leur demanda Rabbi ‘Haïm. Quand ils le lui eurent dit, il répondit : « Je vous en prie, cherchez donc. Mais sachez que vous ne trouverez pas d’arak ici. Nous avons de l’eau, et uniquement de l’eau. » Les officiers trouvèrent les bouteilles, et pensaient déjà qu’ils détenaient l’objet du délit. Mais avec assurance, Rabbi ‘Haïm leur demanda d’ouvrir les bouteilles, pour constater que c’était bien de l’eau et non de l’arak. Ils les ouvrirent, les reniflèrent, les goûtèrent, et reconnurent que c’était seulement de l’eau. Quand ils virent que c’était effectivement de l’eau et non de l’arak, ils s’en allèrent, confus, et s’empressèrent de punir le voisin goy qui avait dénoncés les juifs. Ceux qui étaient restés sur place continuèrent les festivités, stupéfaits du grand miracle qui leur était arrivé. Quand ils voulurent goûter l’arak, ils s’adressèrent au Rav et lui dirent que la joie de la hilloula ne serait pas parfaite s’ils buvaient de l’eau à la place de l’arak. Rabbi ‘Haïm s’étonna de leur demande : « Mais celui qui est allé à Safi ne nous a pas rapporté de l’eau, c’est de l’arak ! Goûtez donc, vous verrez bien. »

L’un des présents a raconté à notre maître Rabbi David ‘Hanania Pinto chelita qu’effectivement, lorsqu’ils ont de nouveau bu de cette boisson, ils ont constaté que c’était bel et bien de l’arak…

 

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