La Paracha de la semaine en format PDF

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paracha de la semaine

BO

4 Janvier 2014

3 Chvat 5774

deux nerot HORAIRES DE CHABBAT

DEBUT

FIN

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18:02

Lyon

16:50

18:00

Marseille

16:57

18:04

 

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Pourquoi Par’o s’obstinait-il à garder les bnei Israël ?

 (par Rabbi David Hanania Pinto Chelita)

 « Les serviteurs de Par’o lui dirent : jusqu’à quand celui –ci nous portera-t-il malheur ? Renvoie ces gens et qu’ils servent leur D., ne sais-tu pas encore que l’Egypte est perdue ? » (10, 7)

Les serviteurs de Par’o subissaient eux aussi l’« endurcissement du cœur » qui avait été décrétée pour lui, ainsi qu’il est dit « Car J’ai endurci son cœur et le cœur de ses serviteurs ». Et si Par’o lui-même ne s’en émouvait guère et ne prêtait aucune attention aux menaces de Moché sur la plaie des sauterelles qui allait arriver, à cause de l’endurcissement de son cœur, il faut expliquer ce qui a poussé ses serviteurs à redouter cette plaie et à tenter de convaincre Par’o de renvoyer le peuple d’Israël.

Mais même après avoir entendu la protestation de ses serviteurs, « ne sais-tu pas encore que l’Egypte est perdue », celui-ci n’a apparemment pas tenu compte de leurs arguments, et c’est seulement pour les calmer qu’il a envoyé demander à Moché et Aharon « qui sont ceux qui vont y aller ? », car une fois qu’ils lui ont répondu « nous irons avec nos jeunes gens et nos vieillards », il a refusé et les a renvoyés, bien que cette attitude doive conduit l’Egypte à une perte totale.

En vérité, c’est très surprenant. Comment Par’o a-t-il pu faire abstraction de la destruction de son pays et de la souffrance de son peuple, de la main de Hachem qui le frappait, alors qu’il pouvait y échapper en Lui obéissant et en renvoyant le peuple d’Israël ? C’est cela la malédiction de l’« endurcissement du cœur » qui pesait sur lui : « pour opérer tous ces prodiges autour de lui, et pour que tu racontes à ton fils », etc. Mais il nous incombe encore de comprendre comment tout cela a pu s’accorder avec la simple logique, avec le désir intérieur puissant qu’a l’homme de vivre en paix et de veiller sur ses biens, sur son pays et sur son peuple, et de se débarrasser de tout ce qui le dérange et qui l’en empêche.

Nous avons déjà expliqué que Par’o l’impie était une force d’impureté très puissante qui était en lutte contre la tâche des bnei Israël en Egypte, qui était de réparer la faute du premier homme et de rendre la création apte à recevoir la Torah, en se préparant lui-même à être appelé le peuple de D. Par’o luttait contre cela de toutes les façons possibles, pour empêcher le peuple d’Israël d’atteindre le but pour lequel il était descendu en Egypte : faire disparaître l’impureté du serpent et réparer le monde en proclamant la royauté de D., au point de mériter que le Saint, béni soit-Il Se révèle sur le mont Sinaï et que tous les habitants du monde sachent et reconnaissent que Hachem est Roi. Lui, dans son rôle de dirigeant de l’impureté, essayait d’empêcher ce processus de se réaliser.

Par’o était convaincu qu’il était en train de mener à bien son plan, que le peuple d’Israël était déjà livré aux quarante-neuf portes de l’impureté, qu’il allait entrer par la porte suivante et qu’alors le chemin du retour lui serait totalement fermé. Il n’aurait désormais plus aucune chance de sortir des passes de l’impureté qui l’entourait. Et ainsi, son projet de se parfaire et d’amener le dévoilement du royaume de D. dans le monde disparaîtrait de lui-même.

Nous avons maintenant une petite notion de ce qui se passait dans la tête de Par’o, de la raison de cet entêtement à ne pas libérer les bnei Israël. En effet, son projet de les réduire aux cinquante portes de l’impureté allait se réaliser d’un instant à l’autre. Mais nous devons encore comprendre comment ce but-là, de détourner le peuple d’Israël de sa tâche et de son but, restait inébranlable face aux plaies que Hachem lui imposait, à lui, à son peuple et à son pays. Pourquoi Par’o préférait-il perdre tout le monde, ainsi que ses biens, sa terre et tout ce qu’il possédait, plutôt que de libérer le peuple d’Israël et de lui permettre d’accomplir sa tâche, qui était de servir Hachem son D. dans le désert ?

Nous allons tenter de l’expliquer. Les serviteurs de Par’o avaient devant eux une réalité totalement illogique. Le peuple d’Israël vivait déjà en Egypte depuis de nombreuses années, et certes il était descendu jusqu’aux quarante-neuf portes de l’impureté, mais n’avait pas pénétré jusqu’à la cinquantième. Les bnei Israël continuaient à pratiquer plusieurs mitsvot qui leur permettaient de garder leur spécificité et de rester différents des Egyptiens. Ils observaient le Chabbat, ne se mariaient pas avec une jeune fille étrangère et veillaient à la pureté des mœurs. Même au bout de nombreuses années d’oppression et de persécution, ils ressemblaient toujours à des juifs. Alors, les serviteurs de Par’o ont compris qu’une force supérieure protégeait ce peuple pour qu’il ne soit pas contaminé par l’impureté de l’Egypte, et qu’ils ne pouvaient rien contre lui, si bien que lorsqu’ils ont senti le poids du bras du Saint, béni soit-Il, qui les a stupéfiés, ils sont venus trouver Par’o pour lui dire : « Renvoie ces gens, ne sais-tu pas encore que l’Egypte est perdue ? » Ses serviteurs lui ont dit : pourquoi est-ce que tu continues à les garder et à recevoir des plaies à cause d’eux, nous n’avons déjà plus aucune chance de les faire descendre jusqu’à la cinquantième porte, car l’impureté de l’Egypte a perdu tout espoir d’avoir une influence sur les bnei Israël. A quoi sert-il donc de les retenir et de recevoir des coups à cause d’eux, s’il nous est totalement impossible de réaliser notre désir d’empêcher le peuple d’Israël de rendre le monde apte à accepter la royauté de D. ?

Il y a une allusion à cet argument dans le verset « Ne sais-tu pas encore, etc. » : « HaTerem » (pas encore) est formé des lettres « mat » (mem tet) et « har » (hé reich), c’est-à-dire que le mauvais penchant, qui est la force de l’Egypte, est comparé à une montagne (har) (voir Souka 52a), et que sa force décline (mat), la preuve en étant que le peuple d’Israël est arrivé aux quarante-neuf (mem tet) portes de l’impureté mais ne peut pas rentrer dans la cinquantième porte. L’impureté a perdu sa force, et c’est cela « l’Egypte est perdue », l’impureté de l’Egypte a perdu sa source vitale.

Apparemment, c’était un argument très valable, et notre étonnement n’en est que plus grand. Pourquoi Par’o s’est-il entêté à ne pas les renvoyer, quel avantage retirait-il à continuer de garder le peuple d’Israël dans son pays ? Le durcissement du cœur s’était déjà effrité chez ses serviteurs, alors pourquoi celui de Par’o continuait-il à s’endurcir au maximum ?

On peut répondre à cela d’après un enseignement du Zohar (II 189b) selon lequel quand le peuple d’Israël était en Egypte, les Egyptiens dominaient le monde entier, et quiconque en sortait était immédiatement détruit. Le Zohar dit encore (Ibid. 17a) que l’Egypte, de son côté, était une nation d’une grande bassesse, plus que toutes les autres, et que Hachem lui avait donné tout pouvoir sur le monde à cause d’Israël. Par’o connaissait ce secret mieux que ses serviteurs, car c’est lui qui était à la tête des forces impures, et même ce qu’il ne voyait pas, son ange tutélaire le voyait, à savoir qu’il tirait toute sa vitalité de la présence du peuple d’Israël dans son pays, et que toute son existence dépendait de la servitude du peuple d’Israël, puisque comme nous l’avons expliqué plus haut, l’impureté tire ses forces vives de la sainteté.

Nous comprenons maintenant parfaitement pourquoi Par’o a raidi sa nuque et refusé de libérer le peuple d’Israël malgré les supplications de ses serviteurs, dont la dureté de cœur avait déjà cédé sous les plaies de Hachem, alors que lui continuait à endurcir son cœur. Par’o savait qu’en libérant le peuple d’Israël, il amènerait la fin de sa royauté, ferait descendre son royaume et son pays dans les abîmes, et qu’il n’avait rien à perdre en continuant à garder les bnei Israël chez lui, au contraire, tant qu’il les dominerait, son royaume se maintiendrait. C’est seulement pour calmer ses serviteurs qu’il a envoyé chercher Moché et Aharon pour leur proposer que seuls les hommes partent, en sachant qu’ils ne l’accepteraient jamais.

HISTOIRE VECUE

Je suis rentrée chez moi

Il y a deux ans, le Rav Ya'akov Schwartz est parti accompagner un malade pour une opération grave et compliquée dans l’un des grands hôpitaux des Etats-Unis. Ses médecins l’avaient mis en garde, étant donné l’état fragile du malade, de ne pas le laisser seul fût-ce un instant. Disposé à se consacrer au malade de tout son cœur, il entreprit ce voyage.

L’hôpital était extrêmement étendu, ainsi que très élevé, et il n’était pas facile de s’y retrouver dans ses méandres. Malgré tout, le Rav Schwartz remplissait fidèlement son rôle et ne quittait pas le malade un seul instant.

Au cours du Chabbat, l’état du malade empira. Son accompagnateur s’empressa d’alerter le médecin, qui ordonna de l’envoyer en urgence pour une série d’examens. Quelques minutes plus tard, deux robustes noirs entrèrent dans la chambre, saisirent le lit du malade et commencèrent à l’emmener dans la direction d’une salle d’examens dans une autre aile de l’hôpital. Ils sortirent de la chambre avec le Rav Schwartz à leur suite. Ils parcoururent de longs couloirs sinueux, il les suivait toujours, ils passèrent d’un étage à l’autre, et lui accéléra le pas, fidèle à sa responsabilité, pour ne pas laisser le malade seul fût-ce un instant.

Quelque part dans l’un des tournants, les noirs s’arrêtèrent devant le guichet des infirmières autour duquel il y avait une queue assez courte de malades qui attendaient eux aussi les examens avec impatience.

Alors qu’il était encore en train de chercher un endroit où s’asseoir pour attendre avec le malade, le Rav Schwartz aperçut une femme très âgée étendue sur un lit de l’autre côté de la salle d’attente, qui lui faisait bonjour de la main. Il répondit à son salut, lui dit chaleureusement « Chabbat chalom oumevorakh » et lui souhaita un prompt rétablissement, sous la forme « Chabbat hi milizok ourefoua krova lavo » (on ne supplie pas le Chabbat, et la guérison arrive bientôt).

L’attente se prolongeait, la queue s’étendait, et il ne semblait pas que leur tour soit proche. Un regard au malade amena le Rav Schwartz à la conclusion que pour éviter que son état empire encore, il devait manger quelque chose. Mais le malade n’avait pas encore entendu le kidouch, et le Rav Schwartz savait qu’il ne mangerait certainement rien avant un kidouch sur le vin. N’ayant pas le choix, il quitta le malade et se dépêcha de rentrer dans sa chambre pour apporter une bouteille de vin et un verre.

Peu de temps après il était revenu auprès de son ami, versa du vin dans le verre et se mit à dire le kidouch à haute voix. Malgré la longue file de malades qui attendait dans la salle d’attente, sa voix forte remplit l’espace, alors qu’il sanctifiait et bénissait le Chabbat sur le vin. Quand il eut terminé, il entendit le « Amen » qu’avait répondu son ami le malade, accompagné par un « amen » supplémentaire, dit à haute voix à l’autre bout de la salle d’attente.

Il leva un regard étonné dans la direction d’où était venu cet « amen », et découvrit que la femme qui quelque temps auparavant lui avait fait « chalom » de la main fermait les yeux avec une concentration extrême et une grande élévation de l’âme, et il comprit que c’était elle qui avait dit ce merveilleux « amen ».

Il but du verre, dit la bénédiction sur les mezonot et goûta du gâteau qui se trouvait devant lui. Pendant que son ami le malade goûtait lui aussi du gâteau, le Rav Schwartz fredonnait pour lui-même des chants de Chabbat, et pendant tout ce temps-là il s’aperçut que la vieille dame le regardait avec une sainte aspiration, une élévation de l’âme répandue sur son visage.

Sa curiosité augmenta. Qui était cette femme si spéciale ? C’était peut-être une grande rabbanit qui avait fait des actions d’éclat, ou la femme d’un ‘haver talmid ‘hakham honorable ?

Il se leva, traversa la salle, s’approcha d’elle avec beaucoup de respect et lui demanda d’où elle venait et ce qu’elle faisait. A sa grande stupéfaction, la femme lui raconta qu’elle avait grandi et avait été éduquée dans la maison d’un juif en Europe, mais que pendant les années de la guerre, ses parents l’avaient laissée seule parmi des non-juifs, et là elle avait perdu tout contact avec le judaïsme.

« Il y a plus de cinquante ans que je n’avais pas entendu une prière », raconta la femme avec des larmes. Je n’ai entendu aucune bénédiction pendant toutes ces années. La bénédiction que vous avez dite sur le vin a éveillé chez moi des souvenirs de ma petite enfance, et quand j’ai pu répondre « Amen », j’ai senti que cet « Amen » emplissait tout mon être et me ramenait à la maison, là où j’étais chez moi.

Les larmes coulaient librement sur le visage de la femme, et dans les yeux du Rav Schwartz apparut aussi une humidité salée.

Il se sépara d’elle chaleureusement, lui souhaita bénédiction et réussite, et par-dessus tout, qu’elle mérite d’entendre d’autres bénédictions et de répondre encore beaucoup de « Amen ».

Une infirmière en blanc appela le nom du malade que le Rav Schwartz accompagnait, et les deux rentrèrent dans une pièce pour les examens. Ceux-ci montrèrent que tout allait bien, et le malade lui-même se sentait beaucoup mieux.

Quand ils sortirent de la pièce, le Rav Schwartz chercha la vieille femme pour lui dire de nouveau Chabbat Chalom, mais quand il s’approcha de son lit il s’aperçut que pendant le peu de temps qu’ils étaient restés dans la pièce à côté, un petit drame s’était déroulé. La femme avait rendu l’âme, et maintenant elle était totalement recouverte et dormait de son dernier sommeil.

De chaudes larmes coulèrent sur ses joues : Cinquante années de solitude et de séparation du peuple élu, et un seul grand « Amen » résonnant qui a rempli tout l’espace du cœur ! Certains acquièrent le monde à venir par un seul « Amen », murmurèrent ses lèvres.

Tout à coup, la bénédiction qu’il avait donnée à la femme quelques instants auparavant lui revint à la mémoire : qu’elle mérite encore d’entendre d’autres bénédictions et de répondre encore beaucoup d’« Amen »…

Une fois que le malade fut ramené dans sa chambre et que le Rav Schwartz ait trouvé quelqu’un qui le remplace à son chevet, il se mit à chercher le moyen de rendre à la vieille dame les derniers services, à trouver un mynian de juifs et à la faire enterrer comme une bat Israël.

Cette mitsva l’occupa pendant la journée entière. L’enterrement eut lieu à la sortie du Chabbat. D’une voix émue, le Rav Schwartz parla d’une femme qu’il n’avait jamais connue jusqu’à ce jour-là : « Le verset dit : « Ton désert est beau », le désert qu’il y a en vous est beau devant Moi, et qu’est-ce que c’est que ce désert ? Ce sont les ignorants, qui ne connaissent ni le Tanakh ni la Michna, comme un désert où les troupeaux ne peuvent pas grandir, et ils rentrent dans les synagogues et les maisons d’étude, et répondent « Amen ». Même s’ils n’ont que la récompense de cet « Amen », cela suffit. » (Aggada Béréchit 79).

Quand il eut terminé cette oraison funèbre très particulière, il se tint auprès du cercueil pour dire le kadich. Les autres se tenaient autour de lui, ils écoutèrent le kadich et répondirent « Amen » à haute voix.

Ensuite ceux qui étaient présents l’accompagnèrent vers sa dernière demeure, le lieu où l’on reçoit la récompense d’un « Amen », le lieu où les âmes sont rattachées à la vie éternelle. (« Keter Meloukha »)

GARDE TA LANGUE

Un louange qui mène à un dénigrement

Il est interdit de dire de la « poussière de lachon hara », par exemple « Qui aurait pu croire qu’Untel réussirait aussi bien ? » ou « Ne parlez pas d’Untel, je ne veux pas vous dire ce qui m’est arrivé avec lui », et choses de ce genre. Il est également interdit de faire des compliments de quelqu’un devant un autre qui le déteste, ou de le louer de façon outrancière, car cela mène en fin de compte à ce qu’on dise du mal de lui.

A LA LUMIERE DE LA PARACHAH

Extrait de l’enseignement du gaon et tsadik Rabbi David ‘Hanania Pinto chelita

La véritable victoire des bnei Israël

Au moment de la sortie d’Egypte, il est écrit (Chemot 12, 39) : « Ils ne prirent pas non plus de provisions pour la route. » Les Sages disent à ce propos (Zohar ‘Hadach Yitro 39a) que le Saint, béni soit-Il craignait de laisser les bnei Israël en Egypte, car ils étaient déjà arrivés aux quarante-neuf portes de l’impureté, et il y avait un grand risque que s’ils restaient encore le temps de préparer des provisions, ils arriveraient à la cinquantième.

Et cela demande explication ; pendant les centaines d’années où les bnei Israël étaient en Egypte, le Saint, béni soit-Il leur a fait un miracle et ils sont restés dans les quarante-neuf portes de l’impureté sans descendre jusqu’à la cinquantième. Par conséquent, pourquoi est-ce justement maintenant, à l’instant où ils s’apprêtent à sortir d’Egypte, après tous les miracles et les merveilles qu’ils avaient vus, que le Saint, béni soit-Il estime que s’attarder pour prendre des provisions risquerait peut-être de les faire descendre jusqu’à la cinquantième porte de l’impureté ?

Il me semble que jusqu’à présent, lorsqu’ils étaient dans les quarante-neuf portes, ils étaient comme des esclaves subissant des obligations, parce que les Egyptiens les forçaient à agir. C’est ce qui est écrit (Chemot 12, 39) : « Ils ne prirent pas non plus (végam) de provisions pour la route » : le mot « végam » a la valeur numérique de quarante-neuf, ce qui renvoie aux quarante-neuf portes de l’impureté.

Ce qui n’est pas le cas maintenant, où ils sont libres et disposent de leur libre arbitre, en particulier une fois qu’ils se sont enrichis, ainsi qu’il est écrit (Ibid. 12, 35) : « Ils empruntèrent aux Egyptiens des ustensiles en argent et en or. » Il y a donc lieu de craindre qu’ils se détachent peut-être pour un instant de leur ferveur envers le Créateur du monde, et qu’en conséquence ils descendent jusqu’à la cinquantième porte.

Il y a lieu de craindre à ce point-là parce que l’influence du mauvais penchant est grande, surtout lorsqu’il a des préoccupations matérielles, et en particulier avant d’avoir encore reçu la Torah, qui est l’arme la plus utile dans la guerre contre le yetser hara.

C’est pourquoi le Saint, béni soit-Il incite les bnei Israël à sortir rapidement sans préparer même des provisions de route, et à commencer immédiatement à compter le omer pour réparer les quarante-huit qualités par lesquelles la Torah s’acquiert, afin de pouvoir recevoir la Torah à Chavouot.

Et du fait qu’ils obéiront et surmonteront le mauvais penchant qui les provoque, ils se sanctifient de plus en plus, et cela leur sera considéré comme une victoire contre lui. Mais qu’est-ce qui les pousse à vouloir continuer à se sanctifier ? C’est le mauvais penchant lui-même, qui vient déranger l’homme.

Il s’ensuit que c’est justement par le mérite du mauvais penchant qu’ils se sanctifient, quand ils obéissent à la voix de la Torah, car il a été créé pour augmenter la récompense de l’homme.

A LA SOURCE

« Et nous ne savons pas comment nous servirons Hachem avant notre arrivée là-bas » (10, 26)

Le Ketav Sofer donne pour raison de cette affirmation que celui à qui il est arrivé un miracle doit apporter un sacrifice de remerciement. Nous ne savons pas combien de miracles nous arriveront encore et combien de sacrifices nous devrons apporter. C’est seulement au moment où nous arriverons là-bas, une fois que notre délivrance sera achevée, que nous saurons combien de sacrifices de remerciement nous devons apporter et comment nous servirons Hachem…

C’est également le sens du verset « Toi aussi tu nous donneras des sacrifices et des holocaustes. » En effet, d’après ta conduite et ta nuque raide, il semblerait qu’à cause de toi nous allons devoir apporter encore beaucoup de sacrifices de remerciement.

 « Des ustensiles d’argent et d’or » (11, 2)

C’est une Guemara explicite (Ketoubot 33a) qu’un homme condamné à mort n’est pas condamné aussi à payer. Par conséquent, la question se pose de savoir comment les Egyptiens ont été jugés par les deux châtiments ensemble, l’argent et la mort.

Rabbeinou Yéhouda Rozeneis זצ''ל nous donne la réponse dans son livre « Parachat Derakhim », d’après l’avis des Sages qui est celui retenu par la halakha : la loi selon laquelle on n’est pas condamné à la fois à la mort et à payer ne s’applique que lorsque la personne est passible de mort par un tribunal humain, mais en ce qui concerne la mort par le Ciel, il est possible de subir les deux à la fois.

C’est pourquoi, comme le châtiment de « mourir au bord de la mer » provenait du Ciel, les Egyptiens pouvaient également être frappés dans leur argent : « Qu’ils empruntent aux Egyptiens des ustensiles d’argent et d’or ».

 « Je verrai le sang et Je passerai par-dessus vous » (12, 13)

Où trouvons-nous que le sang empêche une épidémie et en protège ? Est-ce qu’il y a dans le sang quelque chose dont l’absence provoque une épidémie ? Voici ce que dit Rabbeinou Be’hayé :

« Le verset nous enseigne que celui qui croit en D. d’une foi sincère et totale et met en Lui toute sa confiance, sans craindre la colère de Par’o ni ses décrets, sacrifie publiquement une idole égyptienne et met son sang sur les montants des portes et les linteaux, celui-là est un juste et fait confiance à Hachem. Il est digne que Hachem le protège de l’épidémie et de la destruction. »

LA VIE DANS LA PARACHA

A partir de l’enseignement de Rabbeinou ‘Haïm ben Attar

« Toi aussi tu nous donneras des sacrifices et des holocaustes » (10, 25)

C’est difficile à comprendre : comment un serviteur de Hachem demande-t-il des sacrifices destinés à Hachem à un homme méprisable et impur, qui a blasphémé contre le Saint d’Israël, sans compter qu’il n’est pas juif, est-ce que Hachem désire les sacrifices des impies ?

Bien que la Torah (‘Houlin 13b) inclue le non-juif dans ceux qui peuvent offrir un sacrifice, cela ne comporte pas de le lui demander. Effectivement, il est écrit « véassinou » (et nous le sacrifierons) et non « laasot leHachem » (afin de les sacrifier à Hachem), c’est eux-mêmes, les bnei Israël, qui doivent le sacrifier. Il voulait dire que Par’o leur donne les bêtes nécessaires pour les sacrifices, et qu’eux offriraient des sacrifices à Hachem pour leur propre compte, il devait seulement leur fournir des cadeaux qu’ils utiliseraient comme sacrifices pour Hachem.

Le fait qu’il est écrit « des sacrifices et des holocaustes » ne pose pas non plus de difficulté dans cette optique, même pour le Tanna qui dit (Mena’hot 73b) qu’on n’accepte des non-juifs que des holocaustes et non des sacrifices rémunératoires, alors que le verset ici parle explicitement de sacrifices rémunératoires. D’après ce que nous avons dit, ce n’est pas une difficulté.

LES SENTIERS DES JUSTES

Pour acquerir les valeurs et les bonnes Midot

La présence divine réside dans deux sortes d’endroits : dans les maisons où les enfants respectent leurs parents et dans celles où les conjoints savent se respecter mutuellement. La Guemara dit explicitement (Traité Kidouchin 30b) « Nos maîtres ont enseigné qu’il y a trois partenaires dans la création de l’homme : Hachem, son père et sa mère. Ainsi, lorsqu’un homme respecte ses parents, Hachem dit ‘‘Je considère que Je me trouve parmi eux et qu’ils Me respectent aussi.’’ » Et ailleurs il est écrit (Sota 17a) que Rabbi Akiva a enseigné : « Si un homme et une femme sont méritants, la Chekhina repose entre eux. S’ils ne le sont pas, le feu les dévorera. »

Dans les semaines à venir, nous aborderons un nouveau sujet dans la rubrique « Les sentiers des Justes ». Après avoir éclairé la mitsva de respecter ses parents et nous être renforcés dans ce domaine, nous nous pencherons sur l’estime qu’il faut accorder à son conjoint. En effet, grâce à cela, la présence divine vient s’installer au sein de ce foyer. Or, qui ne désire pas voir la Chekhina résider dans sa maison ?

Exprimer par la parole et par l’acte

Le fondement de la paix conjugale réside dans la reconnaissance, que nous avons largement évoquée ces derniers mois à propos de la mitsva de respecter ses parents. Ici aussi, en ce qui concerne la construction d’un foyer juif, il y a lieu de renforcer cette attitude de gratitude.

Voici ce que nous enseigne le machguia’h Rabbi Chelomo Wolbe : Plus deux individus sont proches, plus ils ont du mal à être reconnaissants l’un envers l’autre. Ils s’habituent tellement à recevoir des bienfaits qu’avec le temps, chacun pense que l’autre lui doit quelque chose. Et si, une fois, l’un d’entre eux ne donne pas ce qu’il a l’habitude de donner, on lui reprochera d’avoir manqué à son devoir. Mais ce processus ternit la relation. C’est particulièrement négatif dans le cadre de la paix conjugale, car le foyer est un lieu de bonté réciproque et permanente entre les membres du couple. L’homme se fatigue pour apporter une subsistance : s’il étudie la Torah, il fournira des efforts pour apporter au foyer une nourriture spirituelle. La femme veille à l’éducation de ses enfants et à la bonne marche de la maison : si elle travaille pour apporter une subsistance, les efforts qu’elle fournit sont doubles. Or, soulignons clairement que la femme n’a aucune obligation du point de vue financier. C’est un devoir qui incombe au mari, comme il le lui a écrit dans la ketouba : « Je travaillerai et te nourrirai. » Si, par amour pour la Torah, la femme prend sur elle le joug de la subsistance afin de permettre à son mari d’étudier sans souci, elle mérite une très grande reconnaissance pour son sacrifice ! Les deux conjoints doivent savoir que pour faire régner l’amour et la paix dans leur foyer, ils ne devront cesser de reconnaître les bienfaits de l’autre et d’exprimer leur reconnaissance par la parole et par l’acte. Ainsi, les anges ont demandé à Avraham : « Ou est Sarah ta femme ? » afin de la rendre chère aux yeux de son mari, car alors il se rappellerait que « sa femme est dans la tente : elle est donc pudique ». Nous apprenons de là que cet amour doit se prolonger jusqu’à la vieillesse, et même chez les plus grands.

Un guema’h à la maison

Lorsque le gaon Rabbi Naftali Dov Amsterdam (chef du tribunal rabbinique d’Elkost) s’est marié, son maître, Rabbi Israël de Salant, lui a demandé : « Dis-moi, Rabbi Naftali, accomplis-tu la mitsva de guema’h (guemilout ‘hassadim) ? » Il lui a répondu : « Mon maître, je n’ai pas de quoi faire un guema’h. »

Alors Rabbi Israël a répliqué : « Je ne pensais pas à un guema’h d’argent, je demandais si tu agissais avec bonté (‘hessed) au sein de ta maison, à l’égard de ta femme. Sache que tu n’as pas pris une servante qui soit à ta disposition. Ta femme est comme toi-même et tu te dois de l’aider. »

Un regard sain

Rabbi Pessa’h Crohn rapporte dans son livre « Hamaguid Medaber » une histoire instructive racontée par le Rav Schwadron et qui nous enseigne comment acquérir un sentiment de responsabilité envers les membres de notre maison.

Voici ce qu’il dit : « Un des petits-fils du ‘Hafets ‘Haïm étudiait à la yéchiva de Lakewood à l’époque où le premier Roch yéchiva, Rav Kotler, était encore en vie. Le Roch yéchiva et le machguia’h Rav Nathan Wachtfogel étaient fiers de la présence d’un avrekh de si bonne famille dans le collel qui se trouvait à côté de la yéchiva.

Cependant, tous deux ont remarqué que cet avrekh de valeur arrivait souvent en retard à la prière de cha’harit, et que parfois, il la manquait même complètement. Ce comportement les a surpris, et un jour, le machguia’h l’a appelé pour en discuter avec lui en présence du Rav Kotler.

‘‘Je suis étonné que tu arrives souvent en retard à la prière’’ a commencé le machguia’h, avant de poursuivre ‘‘Comment ton grand père aurait-il réagi face à un tel comportement ?’’

‘‘J’aimerais beaucoup être toujours à l’heure, mais je n’y arrive pas’’ a répondu l’avrekh.

Puis il a continué : ‘‘Tous les matins, alors que je me rends à la prière, je suis confronté à une situation qui éveille la miséricorde et que je ne peux pas ignorer.

Il s’agit d’une femme qui a beaucoup d’enfants, et chaque matin, j’entends les enfants pleurer. L’un hurle parce qu’il n’a pas reçu son biberon, le deuxième doit partir à l’école, le troisième réclame le petit-déjeuner etc. Personne ne peut l’aider, et je me sens donc un devoir de le faire.

Parfois, je réussis à aller prier à la yéchiva, mais d’autres fois, je suis si en retard que je dois aller chercher un minyan plus tardif ailleurs.’’

Admiratif et ému par le noble comportement de l’avrekh, le machguia’h a déclaré qu’une telle sensibilité était en effet digne du petit-fils du ‘Hafets ‘Haïm. Il s’est malgré tout senti concerné par les soucis de cette pauvre femme et a demandé à son interlocuteur : ‘‘Qui est cette femme ? Est-elle veuve ? Ou bien divorcée ? J’aimerais bien l’aider aussi !’’

‘‘Oh non ! Que D. nous en préserve ! s’est exclamé le jeune avrekh. Cette femme a un mari : c’est moi-même…’’ »

Nous apprenons d’ici à développer le sentiment de responsabilité envers les membres de notre foyer. L’avrekh n’a certainement pas plaisanté devant ces deux grands guides spirituels. Il a seulement exprimé l’état d’esprit qu’il adopte lorsqu’il doit choisir entre prier à la yéchiva ou aider sa femme.

En regardant son épouse crouler sous le poids du travail, il s’est demandé comment il aurait réagi dans la même situation, s’il s’agissait d’étrangers. Il en a conclu qu’il aurait accouru à l’aide de cette dame, et qu’il aurait été très probablement surpris et fâché que le mari de cette pauvre femme l’ait laissée dans cette misère… C’est ce regard sain qui lui a permis de comprendre ce qu’il devait faire et de développer un sens des responsabilités envers les membres de sa famille.

 

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