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paracha de la semaine

Parachat Noah

17 Octobre 2015

4 Hechvane 5776

deux nerot HORAIRES DE CHABBAT

Allumage

Fin

 

Paris

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19:46

 

Lyon

18:35

19:37

 

Marseille

18:36

19:36

 
 

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Le monde se maintient par le mérite de la Torah

 (par Rabbi David Hanania Pinto Chelita)

 « Hachem dit à Noa’h : ‘‘Entre, toi et toute ta famille, dans l’arche; car c’est toi que j’ai reconnu honnête parmi cette génération.’’ » (Béréchit 7, 1)

D’après les maîtres du moussar, le meilleur endroit pour se préserver des dangers spirituels est la yéchiva. En effet, celle-ci est comparable à l’arche de Noa’h, qui l’a protégé, lui et sa famille, des eaux du déluge. Cependant, il y a lieu d’évoquer un autre aspect des choses : si l’arche a certes protégé Noa’h des eaux du déluge, elle comportait également des dangers à cause des bêtes sauvages et des rapaces, qui l’ont presque tué lorsqu’il a une fois tardé à leur apporter à manger (Tan’houma).

De manière générale, la yéchiva protège aussi ses étudiants des dangers existentiels qui courent en-dehors de la maison d’étude. Mais lorsqu’un garçon ne sait pas pour quelle raison il s’y trouve, et qu’il étudie la Torah contraint et forcé, sans envie ni enthousiasme, alors le danger est pour lui extrêmement grand : non seulement il ne s’élève pas spirituellement, mais il dégringole gravement. En effet, à la yéchiva on ne piétine pas : soit on avance, soit on tombe. Or ce jeune homme qui ne profite pas de son temps dans cette institution devient, si l’on peut dire, semblable à la bête sauvage qui est destructrice pour son entourage. En n’étudiant pas la Torah, il se cause du tort, mais il constitue également un grand danger pour tous les autres jeunes de son milieu.

Lorsqu’on retourne à la yéchiva après les vacances, le détachement des futilités de ce monde est très difficile. A la maison, on s’habitue à manger de bons repas, à profiter de choses qui sortent du strict cadre de la halakha, et à ouvrir les livres d’étude un peu moins souvent, c’est pourquoi le retour à la yéchiva après une période prolongée à la maison est particulièrement difficile et demande beaucoup de courage.

Je me souviens avoir été envoyé à la yéchiva en France à l’âge de dix ans, et je n’ai pas vu ma famille pendant sept ans d’affilée. A l’issue de cette longue période, je suis rentré chez moi au Maroc pour retrouver mes proches, et quelque temps plus tard je suis reparti à la yéchiva en France. Mais le retour s’est avéré si difficile pour moi que j’ai éprouvé l’envie de quitter la yéchiva et de rejoindre la maison, parce que je m’étais habitué à la vie facile et gâtée au sein de la famille.

C’est mon maître le tsaddik Rabbi ‘Haïm Chemouël Lopian qui m’a convaincu d’y rester. De plus, à cette même période, on a commencé à étudier une souguia qui m’intéressait particulièrement. Cependant, sans les encouragements de mon maître, et cette souguia à laquelle j’étais spécialement attaché, qui sait ce que je serais devenu ?

Il m’est arrivé une fois de vouloir renforcer un certain converti qui négligeait la Torah et les mitsvot. Cet homme vivait habituellement en France, et il s’est donc rendu à la synagogue le jour de Sim’hat Torah, qui était le deuxième jour de fête pour les gens de diaspora. J’ai été très content de le voir et je lui ai tendu le Séfer Torah. A ma surprise, il ne m’a pas repoussé, s’est emparé du rouleau de la Torah et s’est mis à danser et à sautiller avec enthousiasme et attachement. Alors je lui ai dit que l’essentiel n’était pas de danser avec la Torah, mais d’accomplir ce qui y était écrit, puis je lui ai expliqué en détail en quoi consistait la mitsva de Chabbat.

Après Sim’hat Torah, il est rentré en France et je ne l’ai pas revu pendant un long moment. Puis un jour, alors qu’il était venu me voir à Jérusalem, j’ai discuté avec lui et tenté de le persuader de respecter le Chabbat. Et à ma grande joie, il a écouté mes paroles et s’est engagé à accomplir cette mitsva parfaitement.

Cette histoire s’est terminée de façon émouvante et joyeuse, mais dans de nombreux cas, l’homme est conscient de ses erreurs, tout en restant sur ses positions sans essayer de s’amender. C’est ce qui se passe chez un étudiant en yéchiva : soit il s’efforce de progresser dans la Torah et la crainte divine, soit il campe sur ses positions et l’écorce de l’animalité se met à le dominer, altérant sa spiritualité. Ainsi, tout jeune qui se rend à la yéchiva doit le faire avec la volonté et l’objectif de s’améliorer et de sanctifier le Nom de D.

De même Noa’h, en sortant de l’arche, a cherché comment s’élever et réaliser la volonté de Hachem, comme il est dit « Noa’h érigea (vayiven) un autel à Hachem » (Béréchit 8, 20). Le terme « vayiven (érigea) » vient des mots « hitbonenout » et « havana », qui signifient respectivement « réflexion » et « compréhension ». Noa’h a donc cherché comment procurer de la satisfaction à son Créateur et il est parvenu à la reconnaissance et à la compréhension qu’il fallait construire un autel pour D. Dans la suite, le texte dit « Noa’h, homme de la terre, commença (vaya’hel) » (Béréchit 9, 20), et Rachi explique sur place : « Vaya‘hèl (« commença ») est à rapprocher de ‘houlin (« profane »), cela veut dire qu’il s’est profané lui-même, car il aurait dû commencer par planter autre chose. » Une grande question se pose ici : comment Noa’h peut-il d’abord être désigné comme un « homme juste, irréprochable » (Béréchit 6, 9), puis à la sortie de l’arche, comprendre qu’il faut construire un autel à D., pour ensuite en arriver au niveau de « profane », en plantant une vigne et en s’enivrant ? Tout ceci demande à être compris.

On peut répondre à ces questions en expliquant que Noa’h pensait pouvoir continuer à vivre en-dehors de l’arche tout comme il le faisait à l’intérieur. Or ce n’était pas le cas : l’arche le protégeait de toutes les atteintes, mais en en sortant il lui fallait chercher des moyens de se préserver des dangers extérieurs qui le guettaient. Le fait qu’il ait érigé un autel à D. en quittant l’arche prouve que la vie à l’intérieur de celle-ci continuait à l’influencer. Mais cela n’a pas duré, et puisqu’il n’a pas cherché à préserver cette élévation, il a rapidement perdu son niveau et est devenu « profane ».

Chem et Ever, en revanche, ont établi une yéchiva en vue de garder la force spirituelle qu’ils avaient accumulée lors de leur séjour dans l’arche. Ainsi, ils ont mérité de répandre cette lumière spirituelle pendant de nombreuses années après la fin du déluge. Je me souviens avoir une fois voulu prouver à mon père, que même en étant à la maison, je continuerais à étudier et à me comporter comme je le faisais à la yéchiva. Il m’a alors adressé un sourire mystérieux dont je n’ai pas compris la signification sur le moment, mais aujourd’hui je sais qu’il a voulu me dire qu’il n’est pas si facile de garder le même cadre spirituel en-dehors de la yéchiva. Il faut donc s’empresser de se réfugier à la maison d’étude afin que l’abondance spirituelle ne disparaisse pas.

SUR LA PENTE ASCENDANTE

La supériorité de l’homme sur l’animal

L’anecdote suivante m’est arrivée une seule fois dans ma vie, mais j’en ai tiré une grande leçon.

Une femme s’est une fois rendue chez moi pour me demander une bénédiction pour son chien malade.

Très surpris par son étrange demande, je lui ai répondu : « Madame, avez-vous des enfants ? Je peux peut-être les bénir. »

Mais elle m’a répliqué : « Rav, mes enfants se portent bien, grâce à D., alors que mon chien est souffrant. C’est lui qui a besoin à présent de votre bénédiction, et non mes fils. »

Face à cette femme qui me présentait sa requête avec insistance, j’ai satisfait sa volonté bien que je n’aie pas l’habitude de bénir les animaux.

Mais je suis resté pendant très longtemps surpris et étonné par sa visite. En effet, elle aurait pu me demander d’accorder une bénédiction aux membres de sa famille pour la protection et la réussite, puisqu’on ne sait pas de quoi est fait le lendemain. Mais au lieu de cela, elle ne pensait qu’à la santé de son chien et a voulu que je ne bénisse que lui.

Pourtant, en y repensant, je remercie cette femme pour sa requête surprenante qui m’a amené à réfléchir.

Comme on le sait, Adam a été créé le sixième jour, tout comme les animaux. Alors j’ai pensé à la question que pose Abrabanel : pourquoi n’a-t-on pas consacré un jour spécifique à la création de l’homme ? Pourquoi a-t-il été créé le même jour que les animaux ?

Il propose plusieurs réponses, dont celle-ci :

Chaque jour, D. a créé des éléments ayant un dénominateur commun. Toutes les créations d’un même jour ont la même spécificité. Le troisième jour, la végétation ; le quatrième jour, les luminaires, etc.

Mais le sixième jour semble comporter une certaine contradiction. En effet, l’homme, qui a été créé ce jour-là en même temps que les animaux, est différent de ces derniers puisqu’il peut choisir de suivre son intellect et de ressembler aux être supérieurs, ou alors de se laisser attirer par la matérialité qui l’habite et de ressembler aux animaux. Mais malgré cela, Hachem les a créés tous deux le même jour.

En réalité, D. a voulu, par là, nous délivrer un message : il ne faut pas croire que les animaux soient différents de nous de par leur nature, dans leur façon de vivre ou de mourir. « La supériorité de l’homme sur l’animal est nulle » (Kohélet 3, 19) : d’un point de vue physique, il n’y a pas de différence entre l’homme et l’animal, « car tout est vanité. »

La grande différence qui distingue l’homme de l’animal réside dans notre intellect. C’est pourquoi nous devons nous renforcer, nous éloigner des voies matérielles et nous attacher à notre réflexion, car telle est notre supériorité par rapport aux animaux. Mais si nous n’agissons pas ainsi, nous finirons par leur ressembler, tout comme notre création a eu lieu le même jour.

LA HAPHTARA DE LA SEMAINE

« Réjouis-toi, femme stérile qui n’as pas enfanté » (Yéchayah 54)

Le rapport avec la paracha : La prophétie de Yéchayah mentionne la promesse de D. de ne plus jamais envoyer de déluge : « Certes, Je ferai en cela comme pour les eaux de Noa’h. » Or c’est le sujet principal de la parachat Noa’h.

 « Ne crains pas, car tu ne seras plus humiliée ; ne sois pas confuse, car tu ne subiras plus d’outrage ; car la honte de ta jeunesse, tu l’oublieras, le déshonneur de ton veuvage, tu ne t’en souviendras plus. » (Yéchayah 54, 4)

Il est expliqué dans le Talmud (Yoma 54a) que les bnei Israël n’ont pu voir l’Arche sainte ni dans le désert (comme il est écrit « de peur qu’ils n’entrent pour regarder, fût-ce un instant, les choses saintes, et qu’ils ne meurent »), ni lors du deuxième Temple, quand elle a été cachée, car dans le désert ils étaient considérés comme « une fiancée dans la maison de son père », qui est encore confuse et n’ose pas regarder son mari. Quant à la période du deuxième Temple, ils étaient considérés comme une divorcée, qui n’est pas autorisée à voir son ex-mari.

C’est la raison pour laquelle le prophète vient annoncer aux bnei Israël qu’à l’avenir, ils seront proches de la Chekhina, ils ne seront pas confus comme une fiancée, ni éloignés comme une divorcée.

C’est le sens du verset : « Ne crains pas » – ne crains pas d’être confuse comme une fiancée – « car tu ne seras plus humiliée ». « Ne sois pas confuse, car tu ne subiras plus d’outrage » – tu ne subiras pas la honte de la divorcée – « car la honte de ta jeunesse » – cette honte que tu éprouvais dans ta jeunesse quand tu étais dans le désert – « tu l’oublieras » – et « le déshonneur de ton veuvage » – ce déshonneur qui était le tien lors du deuxième Temple, en tant que délaissée par son mari – « tu ne t’en souviendras plus » – mais tu pourras profiter du dévoilement clair et évident de la Chekhina.

(« Ahavat Yehonatan »)

 « Certes, Je ferai en cela comme pour les eaux de Noa’h : de même que J’ai juré que le déluge de Noa’h ne désolerait plus la terre » (Yéchayah 54, 9)

Puisque Noa’h n’a pas imploré la miséricorde sur le monde, qui a donc été détruit, les eaux du déluge ont été appelées en son nom (Zohar Parachat Noa’h).

Il y a lieu de comprendre pourquoi Noa’h n’a pas prié pour ses contemporains et n’a pas imploré la miséricorde divine, au point que les eaux du déluge portent son nom.

En réalité, il savait que sa prière ne serait pas acceptée, puisque nos Sages ont dit qu’il y avait moins de dix tsaddikim dans le monde. Mais quoi qu’il en soit, les eaux du déluge ont été appelées « eaux de Noa’h » même s’il savait que sa prière serait vaine, car si la perte du monde lui avait causé de la peine, il aurait crié et imploré D. de ne pas le détruire. Et s’il ne l’a pas fait, c’est le signe qu’il n’en souffrait pas.

(« Si’hot Moussar »)

HOMMES DE FOI

Histoires des justes de la famille Pinto

Près de la ville de Mogador, un Arabe algérien possédait un hôtel qui lui procurait des revenus confortables.

Quand les relations entre le Maroc et l’Algérie se sont refroidies, des soupçons ont commencé à peser particulièrement sur cet homme d’affaires, et les autorités l’ont sommé de fermer son hôtel.

Le propriétaire, qui connaissait la grandeur et la sainteté du tsaddik, s’est alors rendu avec son épouse sur la tombe de Rabbi ‘Haïm Pinto le jour de sa hilloula pour implorer qu’on lui accorde à nouveau l’autorisation d’ouvrir l’hôtel. Il a également demandé aux juifs présents de prier pour lui : « de même que D. accomplit des miracles pour les juifs, qu’Il en accomplisse aussi en faveur des Arabes ! »

Le lendemain, il a reçu une lettre des autorités gouvernementales l’informant qu’il était le seul à pouvoir maintenir un hôtel à cet endroit-là et que celui-ci resterait toujours ouvert. La lettre était accompagnée d’une copie de l’autorisation de fonctionnement de l’hôtel.

Bien entendu, l’immense joie qui a empli la demeure de ce propriétaire a franchi toutes les frontières, et ce jour-là, le Nom de D. a été sanctifié au sein de tous les peuples du voisinage.

GARDE TA LANGUE

Qu’il devance et demande

Quelqu’un à qui on vient raconter du lachon hara devra devancer son prochain et lui demander si ses propos s’avèreront utiles. Si on lui répond que oui, il aura le droit d’écouter ces paroles et de se montrer méfiant, mais pas d’y croire.

A LA LUMIÈRE DE LA PARACHAH

Extrait de l’enseignement du gaon et tsadik Rabbi David ‘Hanania Pinto chelita

Noa’h n’est pas entré seul dans l’arche

« Noa’h entra avec ses fils, sa femme, et les épouses de ses fils dans l’arche, pour se garantir des eaux du déluge. » (Béréchit 7, 7)

Rachi commente : « Même Noa’h était de foi fragile : il croyait à la venue du déluge, tout en n’y croyant pas, et il n’est entré dans l’arche que lorsque les eaux l’y ont forcé. »

Dans la Guemara Sanhédrin (108a), les avis sont différents quant à l’interprétation de la phrase « No’ah était un tsaddik dans sa génération » : est-ce un éloge ou une critique ? Selon celui qui y voit une critique pour Noa’h – il était tsaddik seulement par rapport à sa génération – il est compréhensible qu’il était de foi fragile.

Mais celui qui voit ici un éloge – s’il avait vécu dans la génération d’Avraham, il aurait été encore plus tsaddik ! – me pose problème : comment le comprendre, alors qu’il était de foi fragile ?

J’ai vu au nom du Admor de Satmar, Rabbi Yoël Teitelbaum, que Noa’h croyait au déluge sans vraiment y croire. Ceci demande à être expliqué : que signifie « croire sans croire » ?

En réalité, il existe une notion de foi peu solide. Autrement dit, on peut croire en la capacité de Hachem de faire tomber un déluge, tout en ne croyant pas qu’Il puisse anéantir le monde entier d’un seul coup.

J’ai été sensibilisé à cette idée un jour, alors que je recevais du public. Sont venues me voir trois personnes d’affilée qui avaient perdu leurs proches dans des attentats. J’ai tenté de leur donner du courage, mais quand elles sont toutes parties, j’ai réalisé qu’après avoir entendu de telles atrocités, je devais renforcer ma foi. En effet, lorsque l’on apprend de telles tragédies, notre foi est immédiatement remise en question. Par exemple, une des femmes avait perdu son mari alors qu’il était dans le bus pour le collel. Nous voulons alors demander : « C’est cela la récompense de la Torah ? », mais il nous faut consolider notre foi et ne pas poser de questions.

De même, quand Hachem a ordonné à Avraham de sacrifier son fils Yitz’hak, il aurait pu prétendre : « Tu m’as fait la promesse ‘‘car c’est la postérité d’Yitz’hak qui portera ton nom’’, alors comment peux-Tu me demander de le sacrifier ? » Mais Avraham n’a posé aucune question et il est allé accomplir l’ordre de D. avec une foi parfaite.

Pour en revenir à Noa’h, puisqu’il ne croyait pas de manière évidente que Hachem enverrait le déluge, il ne L’a pas imploré d’avoir pitié de ses contemporains et de ne pas anéantir le monde. En revanche, Avraham a prié pour Sdom, et Moché a prié D. d’avoir pitié des bnei Israël lorsqu’ils ont commis la faute du Veau d’Or, au point de dire « Sinon efface-moi du livre que tu as écrit » (Chemot 32, 32).

A ce sujet, nos Sages reprochent à Noa’h de ne pas avoir dirigé et de ne pas s’être engagé avec dévouement à influencer les impies de la génération à se repentir. Il s’est adonné à la construction de l’arche pendant cent vingt ans en public, et quand on lui demandait en vue de quoi il construisait une arche, il répondait que Hachem allait envoyer un déluge sur le monde. Mais il n’a pas circulé parmi les habitants en essayant de les conduire au repentir. Ce n’est pas le cas par exemple de Chemouël, qui circulait dans le pays pour répandre la Torah. Moché aussi, en descendant de la montagne, ne s’est pas occupé de ses affaires personnelles, mais « il descendit de la montagne vers le peuple » (Chemot 19, 14). Ainsi, le déluge est appelé « eaux de Noa’h » (Zohar, Partie 1, 67b), car n’ayant pas tenté d’amener les gens à se repentir, il a en quelque sorte provoqué le déluge.

A LA SOURCE

« Il se conduisit (hithalekh) selon D. » (6, 9)

Comme on le sait, les anges sont appelés « ceux qui sont debout », comme il est dit (Zerakhiah 3, 7) : « Je te donnerai accès parmi ceux qui sont là debout ». En effet, ils restent toujours à la même place : ils ne progressent pas dans leur piété, ni ne se dégradent dans leur méchanceté, car ils n’ont pas de mauvais penchant et ne se retrouvent jamais face au choix entre le bien et le mal. Ils sont statiques.

Les tsaddikim, quant à eux, franchissent constamment des étapes. Ils surmontent leur yetser hara et passent sans arrêt d’un niveau à un autre plus élevé.

A la lueur de ce que nous venons de dire, Rabbeinou Yossef ‘Haïm explique dans son livre « Od Yossef ‘Haï » le verset « Il se conduisit (hithalekh) selon D. » : quand il était arrivé au bout du chemin, Noa’h ne restait pas immobile, mais il se déplaçait (hithalekh) toujours. Durant toute sa vie, il regardait la longue distance qui lui restait à parcourir avant d’arriver à la perfection dans le service divin. C’est pourquoi il était juste et irréprochable.

 « Noa’h fit ainsi, tout ce que D. lui avait prescrit, il l’exécuta ponctuellement. » (6, 22)

« Noa’h fit ainsi » : il s’agit de la construction de l’arche (Rachi).

Pourquoi le texte a-t-il jugé nécessaire de louer Noa’h pour cette mitsva ?

Rabbi Mordekhaï Eliahou a expliqué que Noa’h a construit l’arche pendant cent vingt ans – le temps que D. a accordé aux hommes pour s’écarter du mauvais chemin.

La nature veut que lorsque nous accomplissons une mitsva rare, nous soyons enthousiasmés par elle pendant un certain laps de temps, puis nous nous refroidissions.

En ce qui concerne Noa’h, la Torah fait son éloge, car il s’est tant passionné pour cette mitsva qu’il l’a accomplie avec joie et de bon cœur pendant les cent vingt ans. C’est en cela que réside sa louange.

Ainsi, on comprend mieux l’idée mentionnée dans la suite de la paracha (7, 5) : « Noa’h se conforma à tout ce que lui avait ordonné Hachem », et Rachi commente : « en venant vers l’arche ».

Ici aussi, il y a lieu de comprendre : en quoi est-ce une louange pour Noa’h ? Il est entré dans l’arche pour se protéger lui-même ainsi que sa famille ! Qui ne voudrait pas être sauvé de la destruction ?

Mais voici ce que nous enseignent nos Sages : les gens de sa génération se sont moqués de lui, ont dit qu’il n’y aurait pas de déluge, et qu’il perdait son temps à construire une arche et à y entrer. Et malgré tous ceux qui se sont rassemblés à l’entrée de la Téva et se sont moqués de lui, Noa’h ne les a pas craints et a accompli la volonté de D.

LA VIE DANS LA PARACHA

A partir de l’enseignement de Rabbeinou ‘Haïm ben Attar

« Car le penchant du cœur de l’homme est mauvais depuis sa jeunesse » (8, 21)

Les Sages ont dit dans le traité Baba Kama (39) : un taureau destiné aux arènes, s’il a encorné, son maître n’est pas coupable, ainsi qu’il est écrit (Chemot 21, 28) « s’il encorne » (spontanément), mais non si on le pousse à encorner. De la même façon, depuis sa jeunesse, avant qu’il soit capable de haïr le mal et de choisir le bien, le mal vient d’abord chez l’homme, dès qu’il remue dans le ventre de sa mère, et c’est le mal qui dirige son choix. Quand il grandit, le mal s’est déjà ancré en lui, de la même façon que l’instinct d’encorner est ancré dans le taureau destiné aux arènes.

Cette raison sert à ce qu’il ne soit pas nécessairement jugé coupable, mais en tous cas il sera certainement puni de ne pas avoir écouté la voix de Hachem. C’est différent du taureau à qui on a appris à encorner, car l’homme a sur l’animal la supériorité d’avoir horreur du mal quand il le reconnaît et de choisir le bien.

Mais le fait qu’il soit mauvais depuis sa jeunesse lui sert à ce que Hachem ne S’irrite pas trop contre lui quand il exagère, parce qu’il a une raison de faire le mal à cause du fait qu’il l’a appris dans sa jeunesse.

LES CHEMINS DE LA FOI

Etudes sur la droiture dans les midot

La dégradation morale du monde a atteint son summum à l’époque de Noa’h. Mille six cents ans seulement s’étaient écoulés depuis que le premier homme avait été chassé du Gan Eden, et le monde avait déjà atteint une bassesse effroyable. Les membres de la génération de Noa’h s’adonnaient à toutes les abominations possibles : pillage, meurtre, vol et violence. Ils faisaient également preuve d’un terrible désordre moral. Tel était leur quotidien. Dès que le monde a découvert la force du mauvais penchant, il en a fait une large utilisation, jusqu’à ce que toute la Création arrive à une bassesse morale. La Torah a résumé en une courte phrase l’état de l’homme : « le produit des pensées de son cœur était uniquement, constamment mauvais. »

Au sein de cette obscurité, nos Sages nous donnent la signification de ce qui est dit dans la Torah : « car la terre est remplie d’iniquité (‘hamas) ». Selon leurs enseignements, l’iniquité (‘hamas) consiste à prendre de l’argent à autrui, d’une valeur inférieure à une « perouta ». Ce n’est pas un hasard si la Torah a choisi d’employer ce mot plutôt que « guezel », signifiant couramment « vol ».

Voici comment se conduisaient les gens de la génération du déluge : quelqu’un présentait une caisse pleine de lupins, et chacun venait s’emparer du produit en prenant moins qu’une « perouta », de façon à ce qu’on ne puisse pas le traduire en justice.

Les gens de cette génération, une génération débauchée et corrompue, sont présentés par nos Sages comme « pointilleux dans la loi ». Quand ils voulaient prendre la richesse d’autrui, ils le faisaient de façon « permise ». Au lieu de tout voler sans compter, ils veillaient à ne prendre qu’une quantité inférieure à une perouta, afin de ne pas être contraints de rendre.

Et pour qu’il n’y ait pas de confusion – car ils craignaient que les juges ne les obligent à rendre les biens – les juges eux-mêmes étaient aussi corrompus que les autres habitants. Ce sont eux que la Torah appelle « les fils de D. » (Béréchit Rabba 26, 5), car ils étaient associés aux méfaits de toute la génération. Ainsi, le fait de ne pas craindre le système juridique a amené les gens à voler moins qu’une perouta. S’il en est ainsi, pourquoi faire preuve de tant de rigueur « halakhique » dans cet acte de vol ?

Rabbi Chalom Schwadron explique : « Nous apprenons ici quelque chose d’extraordinaire sur les forces morales de l’homme. Il peut pratiquer n’importe quelle abomination, et malgré tout, au sein même du mal dans lequel il est enfoncé, se considérer comme pointilleux dans certains domaines, comme s’il se disait ‘‘Si tu n’es pas bon, au moins ne sois pas mauvais.’’ S’il est possible de prendre de manière autorisée, pourquoi commettre un interdit ? Et il ne ressent aucune contradiction dans ses actes diamétralement opposés ! D’un côté, il profite du ‘‘vol’’, et d’un autre, il tire plaisir du fait de respecter la mitsva avec précision, et pense réellement craindre D. »

Comme à son habitude, le Rav illustre son explication par une histoire vraie :

« Un jour, alors que je passais dans une ruelle de Jérusalem, j’ai vu au loin des gens circuler près d’un certain endroit, se boucher le nez et s’enfuir à toute vitesse. J’ai pensé qu’en arrivant à cet endroit-là, je verrais pour quelle raison les gens s’en échappaient. J’ai poursuivi mon chemin et commencé à sentir une mauvaise odeur, mais sans encore voir d’où elle provenait. Mais en continuant un peu – bien sûr, l’odeur s’intensifiait ! – j’ai remarqué au loin un groupe de gens tourner autour d’un puits et regarder à l’intérieur. J’en ai donc conclu que là était la source de l’odeur nauséabonde.

Dès que je me suis approché du lieu en question, je me suis empressé de reculer en me bouchant le nez. Mais soudain, je me suis demandé ce que regardaient les gens sur place.

J’ai surmonté l’odeur fétide et me suis rapproché de l’endroit en question. Et là, j’ai assisté à une scène incroyable : c’était une bouche d’égout principale qu’on avait ouverte à cause d’un disfonctionnement, c’est pourquoi l’odeur se répandait si loin. La bouche d’égout était assez grande pour laisser entrer plusieurs personnes. Alors quelques ouvriers non-juifs s’y étaient introduits, et l’un d’eux s’était aménagé une petite place à l’intérieur, s’était assis sur une barre de fer et mangeait une pita falafel. Ni plus, ni moins. Il avait l’air de profiter comme un homme raffiné qui se rend au restaurant, s’installe sur une belle chaise et mange avec des couverts de qualité. Le même falafel, le même plaisir…

En le voyant, j’ai compris que je n’avais pas assisté à cette scène par hasard. Elle était venue m’enseigner une profonde et grave leçon. En effet, je n’arrivais déjà pas à supporter l’odeur à distance, et cet ouvrier était installé à l’intérieur du puits, dans un endroit sale, et il a tout de même réussi à manger un falafel avec appétit ! Comment n’a-t-il pas été repoussé par cette terrible odeur ? En fait, quand l’homme se trouve dans la puanteur, il ne sent plus rien… »

La leçon que tire d’ici le Rav Schwadron est qu’il en est de même dans le domaine spirituel. Nous sommes surpris par le comportement des gens de la génération du déluge : des impies et des débauchés, tant dans les actions infâmes envers autrui que dans les abominations envers D. Et malgré tout, ils n’ont pas trouvé contradictoire le fait de ne pas voler un bien d’une valeur d’une perouta au minimum. C’est ainsi qu’ils essayaient d’apaiser leur mauvaise conscience. On peut expliquer ainsi cette attitude : lorsque l’homme est enfoncé dans ses actes méprisables, il est complètement insensible, et tire plaisir du fait de ne jamais voler plus qu’une perouta. De la sorte, il satisfait son mauvais penchant en se convaincant qu’il est quelqu’un de bien et de droit.

 

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