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paracha de la semaine

Chémot

6 Janvier 2018

י"ט טבת תשע"ח

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La Torah : les Noms de l’Eternel

Rabbi David Hanania Pinto

« Il répondit : “Qui t’a placé comme notable, prince et juge sur nous ? As-tu l’intention de me tuer, comme tu as tué l’Egyptien ?” Moché prit peur et se dit : “Certes, l’incident est connu !” » (Chémot 2, 14)

Ce verset rapporte les propos que Datan et Aviram ont adressés à Moché (cf. Nedarim, 64b), après que ce dernier leur a reproché de s’être frappés l’un l’autre ; ils lui demandèrent s’il avait l’intention de les tuer de la même façon qu’il avait tué l’Egyptien.

Rachi commente ce verset de la façon suivante : « “Est-ce pour me tuer que tu parles ?” [traduction littérale] : nous apprenons de là que Moché avait tué l’Egyptien en prononçant le Nom ineffable. » Cette explication soulève toutefois une difficulté : si Datan et Aviram avaient effectivement vu Moché tuer l’Egyptien par la seule prononciation du Nom ineffable, comment expliquer qu’ils aient osé s’insurger contre lui avec une telle effronterie ? Comment n’ont-ils pas été impressionnés par sa grandeur ?

En réalité, ce n’est pas uniquement le Nom ineffable, utilisé ici par Moché pour tuer l’Egyptien, qui a la dimension des Noms divins, mais tel est le cas de chacun des mots de la Torah. Ceci souligne l’importance considérable de notre devoir d’étudier la Torah ainsi que chacune de ses lettres, car, étant essentiellement constituée des Noms de l’Eternel, elle possède une valeur prépondérante. Par exemple, lorsque nous étudions le passage de la Michna traitant du cas de « deux personnes qui tiennent en main le même talith », nous traitons certes de la situation où deux individus se disputent la propriété de ce talith, mais, plus encore, les Noms de l’Eternel se trouvent en fait dissimulés dans ce passage de la Torah.

Une fois, un Juif me demanda si je savais méditer sur le Nom ineffable, et je lui répondis par l’affirmative. Cet homme, ébahi, refusa d’y croire. Je lui expliquai alors qu’à chaque fois que nous prononçons une bénédiction en disant : « Béni sois-Tu, Eternel notre Dieu, Roi du monde », cela revient en réalité au Nom ineffable. Il est important de savoir que la kabbale pratique ne se limite pas uniquement à combiner les attributs divins en ayant des pensées très profondes liées à la Torah ésotérique, mais qu’elle englobe aussi toute mitsva que l’on accomplit, toute parole de Torah que l’on s’efforce de comprendre, chacun selon son niveau, toute prière prononcée avec ferveur, et, enfin, toute proclamation de l’unicité de Dieu – « Ecoute, Israël, l’Eternel est notre Dieu, l’Eternel est Un ». Tous ces actes ont la même force spirituelle que la kabbale pratique, et reviennent, eux aussi, à méditer sur le Nom ineffable.

J’aimerais vous rapporter ici une histoire formidable. Le médecin que je consulte, en France, est l’un des plus célèbres du pays. Il s’agit d’un Juif qui s’est réellement repenti et qui a pris sur lui d’étudier la Torah à des moments fixes, avec assiduité ; pendant ces heures-là, il refuse catégoriquement de s’occuper de médecine. Un jour, il arriva que son collègue, lui aussi Juif, tombe gravement malade. On avait découvert, à un stade déjà bien avancé, qu’il souffrait de cette terrible maladie, et il en était alors atteint très sérieusement, au point que tout espoir de survie semblait perdu. Mon médecin vint lui rendre visite et lui affirma que même si, d’après les lois de la nature, on meurt d’une maladie si violente, cependant, il était possible que l’Eternel l’ait frappé de cette maladie afin qu’il se renforce dans la Torah, et qu’un tel engagement lui sauverait peut-être la vie. Son collègue écouta attentivement ce conseil, l’accepta, et commença à se fixer des moments pour étudier la Torah, tout en se renforçant dans l’accomplissement des mitsvot. Incroyable mais vrai : après quelques mois, le médecin était complètement guéri, et toute trace de la maladie avait disparu ! Cette guérison était de l’ordre du miracle, et tous les médecins affirmèrent alors n’avoir jamais vu un malade, atteint à ce degré, se rétablir.

Seule la Torah peut être à l’origine d’un tel miracle. Car la Torah est elle-même une kabbale pratique et possède le pouvoir d’entraîner des miracles de cette ampleur. Il est écrit : « Il fera la volonté de ceux qui Le craignent » (Téhilim 145, 19), autrement dit, la volonté des érudits, qui, sans même qu’ils aient besoin de faire appel à la kabbale pratique, ont le mérite que l’Eternel accomplisse leur volonté.

S’il en est ainsi, pourquoi ne sommes-nous pas influencés par les Noms de l’Eternel, lorsque nous étudions la Torah et observons les mitsvot ? Il semble que ceci soit dû au fait que nous sommes, en même temps, encore attachés aux vanités de ce monde, et, tant qu’on ne s’en affranchit pas, nos oreilles, comme nos autres sens, sont obstruées. Tel était également le cas de Datan et Aviram : en dépit du fait qu’ils aient assisté au miracle de la mort de l’Egyptien, suite à la seule prononciation par Moché du Nom ineffable, ils ne s’en sont pas laissés impressionner, parce qu’ils étaient des hommes pécheurs et médisants. Or, quiconque demeure attaché aux vanités de ce monde, et, a fortiori, celui qui commet des transgressions, perd toute possibilité de se laisser impressionner par les prodiges de l’Eternel et de croire en Lui et en Moché Son serviteur.

Il est vrai que ce monde est rempli d’épreuves, les unes plus difficiles que les autres, et nombreux sont ceux qui tombent au piège. Toutefois, nous devons faire le maximum de sacrifices pour nous éloigner des vanités de ce monde, afin que notre cœur puisse être ouvert à la Torah, à l’amour et à la crainte de Dieu. De cette manière, nous aurons la possibilité d’être influencés et impressionnés par les Noms divins.

PAROLES DE TSADDIKIM

L’intelligence, qualité ou défaut ?

 « L’Eternel lui répondit : “Qui a donné une bouche à l’homme ? Qui le fait muet ou sourd, clairvoyant ou aveugle si ce n’est Moi, l’Eternel ?” » (Chémot 4, 11)

Rabbi Meïr Shapira de Lublin zatsal se rendit une fois auprès de l’Admour de Gour, le Imré Emeth, afin de lui demander conseil au sujet d’un certain homme qu’on lui avait proposé en tant que Machgia’h pour sa Yéchiva ‘Hakhmé Lublin. Il désirait avoir l’avis de l’Admour sur cette candidature.

Le Imré Emeth lui répondit très brièvement : « N’est-ce pas que c’est quelqu’un d’intelligent ? » – et pas un mot de plus.

Le Rav de Lublin, qui avait compris qu’il lui recommandait cette personne, repartit satisfait. Mais il rencontra en route le frère de l’Admour, Rabbi Moché Betsalel Alter – que l’Eternel venge son sang –, auquel il voulut faire partager le conseil qu’il avait reçu. Or, quelle ne fut pas sa surprise d’entendre la réaction de ce dernier :

« Mon frère ne dira jamais de mal sur un Juif ; sa bouche est pure de tout soupçon de médisance. Que fait-il donc quand on vient lui demander des renseignements sur quelqu’un et qu’il désire cacher ce qu’il pense de lui ? Il donne des réponses brèves, desquelles on peut déduire seul ce qu’il convient de faire.

« Par conséquent, s’il était d’avis que cette fonction convenait à cet homme, il vous aurait adressé sa bénédiction de réussite. S’il ne vous l’a pas donnée, c’est qu’il désirait vous signifier de ne pas le prendre comme Machgia’h, pensant qu’il n’en était pas du tout à la hauteur. C’est pourquoi il a évoqué l’intelligence du candidat, ce qui est a priori une qualité, comptant sur le fait qu’en tant qu’érudit, vous comprendrez de vous-mêmes qu’il n’en est pas ainsi…

« D’ailleurs, dans notre paracha, le Saint béni soit-Il énumère l’intelligence au milieu d’une liste de défauts, et non de qualités, comme il est dit : “Qui a donné une bouche à l’homme ? Qui le fait muet ou sourd, clairvoyant ou aveugle si ce n’est Moi, l’Eternel ?”

« Ce n’est pas pour rien que D.ieu a mentionné l’intelligence en même temps que des défauts, car trop d’intelligence est parfois un défaut et non une qualité !

« Le Rabbi voulait donc vous conseiller de ne pas le choisir comme Machgia’h ! » trancha Rabbi Moché Betsalel.

Or, la prescience de l’Admour fut bientôt prouvée, lorsque, peu de temps plus tard, on découvrit que ce candidat était très loin d’être animé d’une crainte de D.ieu pure, et que ce qu’il prétendait être n’était qu’un vernis extérieur…

GUIDÉS PAR LA ÉMOUNA

La colère, une faille dans la foi

Il y a peu de temps, est venu me voir un homme dont les fils étudient dans des Yéchivot et des Collelim. Lui-même est versé dans l’étude. Il venait se plaindre de son manque de chance et de ses problèmes financiers. Il était tellement amer qu’il en arrivait presque à récriminer contre le Tout-Puissant.

Je me suis étonné qu’un homme sage comme lui, qui éduquait ses enfants dans la Torah, dépensant de fortes sommes pour financer leurs études dans les meilleures institutions de Torah et distribuant la tsédaka avec tant de largesse, puisse exprimer de telles récriminations.

D’autre part, en réfléchissant mieux, je me suis aperçu que cet homme était coléreux. Cela m’a rappelé les paroles de la Guémara (Nédarim 22:2) : « Quiconque se met en colère ne tient pas même compte de la Présence divine, comme il est dit : “Avec son caractère hautain, l’impie ne s’inquiète de [rien] : ‘Il n’est point de D.ieu !’ Voilà le fond de sa pensée.” Rabbi Yirmya de Difti a dit : Il oublie son étude et ajoute de la sottise, comme il est dit : “Ne cède pas trop vite à ton humeur irascible, car la colère est à demeure au sein des fous.” Et : “le sot donne libre cours à sa folie”. Rav Na’hman bar Its’hak affirmait que le coléreux a plus de fautes que de mérites, comme il est dit : “Qui se laisse emporter par la colère accumule les fautes.” »

Ainsi, d’après nos Sages, un homme qui se laisse emporter déchoit de hauts degrés de spiritualité. La Présence divine n’est pas importante à ses yeux, il oublie son étude et ses fautes sont plus nombreuses que ses mérites.

En outre, le Rambam écrit, dans HilkhotDéot (2:3) : « Les premiers Sages ont dit que quiconque se met en colère est tel celui qui pratique l’idolâtrie. »

La colère témoigne d’une faille au niveau de la foi, de la conscience que tout provient de D.ieu, ce qui peut mener à des pensées relevant de l’idolâtrie.

C’est ce que j’ai compris en voyant ce Juif religieux qui en arrivait presque à remettre en question les voies de D.ieu. À peine se trouvait-il confronté à une épreuve que la colère entamait sa foi, l’empêchant de l’accepter et de la surmonter. Par contre, dès qu’il luttera contre ce défaut dont il est affligé, automatiquement, sa foi en D.ieu se renforcera et les épreuves de la vie lui permettront de s’élever de degré en degré dans la sainteté et la crainte de D.ieu.

CHEMIRAT HALACHONE

Dire en public ne prouve pas que c’est vrai

Il est interdit de croire de la médisance même si elle est dite en public, en présence de plusieurs personnes. Ce n’est pas une preuve que ces propos sont véridiques, et ceux qui les entendent ont uniquement le droit de se tenir sur leurs gardes et d’en vérifier l’authenticité. S’il s’avère que c’est vrai, ils le reprocheront directement à la personne concernée.

DE LA HAFTARA

Haftara de la semaine : « Paroles de Yirmiyahou, fils de ‘Hilkiyahou (…) » (Yirmiya 1)

Chez les ashkénazes : « Aux temps futurs, Yaakov étendra ses racines (…) » (Yéchaya 27), et chez les habitants de Bavel et les Yéménites : « Fils de l’homme, fais connaître (…) » (Yé’hezkel 16).

Lien avec la paracha :la haftara nous raconte que le prophète Yirmiya refusa au départ d’aller accomplir la mission de D.ieu, pensant qu’il ne savait pas bien parler du fait de son jeune âge, et la paracha rapporte la même idée au sujet de Moché, qui douta de ses qualités d’orateur.

À MÉDITER

La mitsva d’aimer son prochain comme soi-même constitue, sans aucun doute, un principe fondamental de la Torah. Du fait de son importance cruciale, elle possède aussi un grand nombre d’implications dans la pratique, qui viennent justement renforcer son caractère primordial. Le Saba de Kelm a longuement développé cette idée dans ses écrits. Citons-le donc (p. 13) :

« Il n’existe pas un autre domaine dans lequel l’homme peut accomplir des milliers et des myriades de mitsvot à chaque instant. En effet, envers tout Juif de notre peuple, il s’agit d’une mitsva à part entière. C’est pourquoi le mauvais penchant attaque particulièrement l’homme à ce sujet, afin de lui faire perdre cette énorme richesse, puisque la mitsva générale d’aimer son frère juif comme soi-même s’applique à toute personne de notre peuple et à tout instant, ce qui revient à un total de quelques myriades de mitsvot. »

Puis il poursuit par un calcul simple :

« La Torah nous ordonne d’aimer notre prochain comme nous-mêmes. Si nous aimons l’un de nos frères, aurons-nous accompli cette mitsva ? Sans aucun doute ! Et qu’en est-il si nous aimons deux Juifs ? Sera-ce comptabilisé comme deux mitsvot ? Bien sûr. A présent, si nous aimons un Juif sur une longue période, n’aurons-nous accompli qu’une seule mitsva ? Non, évidemment ! Pourquoi cela ne serait-ce considéré que comme une mitsva unique si nous continuons à aimer cette personne ? Penserait-on que celui qui aime un Juif durant un court instant accomplit une mitsva au même titre que celui qui l’aime sur une période prolongée ?

Il semble logique que plus nous aimons un nombre important de Juifs sur une plus longue période, plus nous aurons de mitsvot à notre actif. Chaque Juif supplémentaire que nous aimons et chaque instant supplémentaire où nous l’aimons constituent une mitsva en soi.

Faisons donc le compte : dans le monde, il existe des millions de Juifs. Par conséquent, si nous aimons chacun d’entre eux tel qu’il est, combien de mitsvot pouvons-nous accomplir ? C’est clair : des millions !

Dans une journée, il y a des milliers d’instants, et même plus. Aussi, si nous aimons un certain Juif durant une journée entière, combien de mitsvot pourrons-nous gagner ? Vous l’avez deviné : des milliers et des myriades !

S’il en est ainsi, que dire si nous aimons tous les Juifs, à tout instant, durant un jour entier ? N’est-ce pas que nous atteignons déjà le remarquable total de plusieurs milliards de mitsvot ?! Et si nous continuons ainsi jour après jour, pendant des années ? On ne peut même plus dénombrer le nombre infini de mitsvot que nous aurons alors accomplies, et tout cela sans avoir dû fournir le moindre effort.

Ainsi donc, tout le monde comprend pourquoi le mauvais penchant redoute tant qu’on accomplisse la mitsva d’aimer son prochain comme soi-même, pourquoi il déploie tant d’efforts pour diminuer sa valeur à nos yeux. Car qui, mieux que lui, sait qu’il n’existe pas d’autre mitsva dans le monde que nous pouvons accomplir tant de fois, en un laps de temps si court, et sans même devoir se lever de sa chaise ! »

DANS LA SALLE DU TRÉSOR

Rabbi David Hanania Pinto

Car l’homme est un arbre du champ

 « Un ange du Seigneur lui apparut dans un jet de flamme au milieu d’un buisson. Il remarqua que le buisson était en feu et cependant ne se consumait point. » (Chémot 3, 2)

Si le Saint béni soit-Il apparut à Moché au milieu d’un buisson, plutôt qu’à travers une pierre ou une pièce de bétail, qu’il faisait paître à ce moment, ce n’est certainement pas fortuit. En outre, ce buisson ne se consumait point. Quelle est donc la signification profonde de cette image d’un buisson ardent ?

Il semble que l’Eternel ait voulu signifier à Moché que l’homme est tel un arbre du champ : de même que l’arbre a besoin d’eau pour pousser, l’homme a besoin de la Torah, comparée à l’eau, afin de vivre et de se maintenir.

Quant à l’image du feu, elle symbolise celui du désir, capable de brûler et de détruire l’homme, de l’expulser de ce monde. Cependant, si l’homme étudie assidûment la Torah, le buisson ne se consumera pas – la Torah le protégera de tout danger et malheur.

Cela étant, il existe plusieurs sortes d’arbres. Les mécréants ressemblent à des arbres stériles, qui ne détiennent rien mais font beaucoup de bruit. Quant aux justes, ils sont tels des arbres fruitiers, puisqu’ils portent en eux de la Torah et de nombreuses bonnes actions.

De même, certains arbres portent leurs feuilles vertes tout au long de l’année, même en automne, lorsque les autres les perdent. Les justes sont également comparables à ce type d’arbres : de même que ceux-ci demeurent insensibles au changement de climat et continuent à verdoyer, les justes respectent la parole de l’Eternel en toute circonstance et ne se laissent pas perturber par les vents qui soufflent, résistant courageusement aux épreuves.

Les hommes simples du peuple sont comparables aux autres arbres, parfois verdoyants et parfois dénués de feuillage. En effet, ces hommes connaissent des hauts et des bas dans leur service divin : à certaines périodes, ils sont fidèles aux mitsvot, mais à d’autres, ils se laissent influencer par le mauvais penchant. Puis, soudain, voilà qu’ils se ressaisissent et se repentent, à l’image des nouvelles feuilles qui, au printemps, viennent de nouveau couvrir les arbres.

Nous comprenons désormais pourquoi l’Eternel a choisi de se révéler à Moché au milieu d’un buisson ardent, l’arbre étant porteur d’un message concernant les différents niveaux de personnes composant le peuple juif.

DES HOMMES DE FOI

Lors de l’inauguration de la maison d’un des disciples de notre Maître chelita qui habite à Ashdod, une des personnes présentes raconta un évènement qui arriva à sa mère, à l’époque où elle se trouvait à Casablanca.

Comme nous le savons, Rabbi ‘Haïm Pinto habitait au départ à Essaouira, puis, durant ses vieux jours, il alla s’installer à Casablanca. Il y resta un peu plus de trois ans et c’est dans cette ville qu’il repose.

La cité de Casablanca, dans laquelle se trouvait une communauté juive florissante de plus de deux cent cinquante mille personnes, connaissait la grande sainteté du Tsaddik. Par exemple, quand il passait dans la rue, tout le monde s’attardait près de lui afin d’avoir l’immense privilège de lui baiser la main et de recevoir sa bénédiction. Incarnant la vérité, celle de la Torah, ses paroles avaient un réel pouvoir et ses requêtes trouvaient un écho auprès du Créateur. C’est pourquoi tous désiraient en bénéficier.

La mère de ce disciple se rendait tous les jours au marché faire les courses. En chemin, elle passait par la maison de Rabbi ‘Haïm Pinto afin de lui demander une bénédiction.

Un matin, le Tsaddik lui demanda : « Où vas-tu ?

– Au marché, faire mes courses, comme chaque jour, répondit-elle.

–N’y va pas, lui ordonna Rabbi ‘Haïm, rentre chez toi et restes-y. Tes courses, tu pourras les faire cet après-midi ou même demain. »

La femme ne posa aucune question, car si le Tsaddik disait quelque chose, c’est qu’il devait y avoir une raison. Sans mot dire, elle retourna chez elle. Son mari, la voyant, lui demanda la cause de son retour. Pourquoi revenait-elle sans ses achats ?

« Ainsi m’a ordonné le Tsaddik, dit-elle.

– Il ne t’a pas donné de raison ? insista le mari.

–Il ne m’a rien expliqué et je ne lui ai rien demandé non plus. Mais, dans la mesure où il me l’a ordonné, j’ai obéi immédiatement », déclara-t-elle.

Un quart d’heure plus tard, une des voisines frappa à la porte et lui dit : « Dépêche-toi d’aller chez ta fille. Elle vient de me téléphoner et m’a demandé de te prévenir que son mari a eu une attaque cérébrale. Il est dans un état critique et risque de mourir. »

C’est alors qu’elle comprit parfaitement la raison de son retour prématuré à la maison. Il fallait qu’elle soit présente pour pouvoir recevoir cette information. Elle courut chez sa fille qui l’accueillit en lui criant, d’une voix faible : « Maman, mon mari agonise. » Effectivement, après quelques minutes, il rendit l’âme.

Quand Rabbi ‘Haïm vint leur présenter ses condoléances pendant les chiva, la mère lui demanda : « Rabbi, pourquoi ne m’avez-vous pas dit que mon gendre allait mourir et vous êtes-vous contenté de me demander de rentrer chez moi sans me donner aucun détail ? »

Le Tsaddik lui répondit :

« Voulais-tu que je te fasse de la peine avant le moment venu ? La douleur que tu ressens maintenant est suffisante ! » 

De là, nous apprenons quelle était la grandeur du Tsaddik et sa sainteté. Il avait vu par inspiration divine tout ce qui allait se dérouler, et pourtant, il n’a pas voulu causer de peine à un membre de son peuple, car il ressentait cette douleur comme si elle était sienne. Il avait un cœur généreux et fit tout son possible pour diminuer cette affliction.

EN PERSPECTIVE

La sagesse d’un dirigeant

Un Chabbat où Rabbi Meïr de Lublin zatsal sortit de la synagogue pour rejoindre son domicile, il remarqua qu’un Juif de la ville avait ouvert son magasin. L’élève du Rav, qui l’accompagnait, tenta de le dissuader d’y entrer pour réprimander cet homme, du fait qu’il était connu pour sa force et sa brutalité, auxquelles il n’hésitait pas à avoir recours envers quiconque se mêlait de ce qu’il faisait.

Mais le Rav de Lublin entra néanmoins dans la boutique, sans mot dire. Il s’y assit simplement et se mit à étudier à voix haute les Michnayot de Chabbat…

Une heure ne s’était pas écoulée qu’une foule s’était attroupée pour observer le spectacle peu commun qui s’offrait à elle : le Rav de la ville n’avait pas trouvé d’endroit plus adéquat que la boutique de ce Juif pour étudier les Michnayot de Chabbat…

Il va sans dire que le commerçant, couvert de honte, fut contraint de fermer son magasin sur-le-champ.

 

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