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paracha de la semaine

Parachat Hayé Sarah

3 Novembre 2018

כ"ה חשון תשע"ט

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La vertu de la bonté

Rabbi David Hanania Pinto

« Tu iras plutôt dans mon pays et dans mon lieu natal pour y chercher une épouse à mon fils, à Its’hak. » (Béréchit 24, 4)

Le Ran, dans un recueil de commentaires, demande pourquoi Avraham a fait prononcer à Eliezer ce serment, alors que les habitants de ‘Haran n’étaient pas moins idolâtres que ceux de Canaan. Dès lors, quelle différence y avait-il entre ces deux peuples ?

Avraham était conscient que les habitants de ‘Haran étaient idolâtres, mais il savait par ailleurs qu’était ancrée en eux la vertu de la bonté. Or, celui qui possède cette vertu finira toujours par s’élever et s’améliorer, même si son comportement est mauvais.

Au pays de Canaan, habitaient les peuples de Sodome et Gomorrhe qui vivaient aux antipodes de la charité. Quiconque demandait ou faisait de l’aumône était exécuté sur le champ. Le roi de Sodome avait demandé à Avraham de lui rendre les personnes prises en captivité afin de pouvoir exercer sur elles son pouvoir, comme il est dit : « Donne-moi les personnes, et les biens, garde-les pour toi. » (Béréchit 14, 21) De même, nos Sages expliquent (Baba Metsia 87a) que le nom d’Efrôn, le Héthéen, est écrit sans Vav pour laisser entendre qu’il était de ceux qui parlent beaucoup et font peu. En effet, il proposa au départ de donner gratuitement un lieu de sépulture pour Sarah et n’accepta finalement de le céder qu’après avoir reçu la somme imposante de quatre cents sicles d’argent, en monnaie courante. Il avait, dans un premier temps, affirmé à Avraham : « Une terre de quatre cents sicles d’argent, qu’est-ce que cela entre nous deux ? » (Béréchit 23, 15), et Rachi de commenter : « Entre nous deux qui sommes liés d’amitié. » Pourtant, depuis quand étaient-ils donc si proches ? En fait, du point de vue d’Efrôn, du moment qu’il était question d’argent, Avraham était devenu son ami. C’est en cela que résidait la méchanceté d’Efrôn : il n’a pas pris en considération le désir d’Avraham d’enterrer sa femme défunte au plus vite, mais a négocié l’affaire de façon honteuse, pour finalement obtenir un prix exorbitant, suite à quoi il lui a seulement permis d’enterrer Sarah.

Par contre, les habitants de ‘Haran étaient certes des mécréants, mais ils détenaient néanmoins la vertu de la bonté. Le Midrach rapporte (Yalkout Chimoni sur Béréchit, 109) que, lorsque Lavan a entendu qu’Eliezer arrivait à ‘Haran et qu’il a vu les bijoux que ce dernier avait offerts à sa sœur Rivka, il est sorti à sa rencontre pour le tuer. Quand Eliezer a vu Lavan courir vers lui armé d’un glaive, il a prononcé le Nom de l’Eternel et s’est envolé dans le ciel avec ses dix chameaux. A la vue de ce spectacle, Lavan a compris qu’il ne pouvait rien contre lui et lui a dit : « Viens, bien-aimé du Seigneur ! Pourquoi restes-tu dehors, alors que j’ai dégagé la maison et qu’il y a de la place pour les chameaux ? » (Béréchit 24, 31) Et Rachi de commenter : « J’ai dégagé la maison : de l’idolâtrie. » Pourquoi Lavan a-t-il débarrassé sa maison de l’idolâtrie ? Il désirait y recevoir Eliezer et savait qu’il n’y entrerait pas s’il y voyait trace d’idolâtrie.

Nous comprenons, à présent, l’insistance d’Avraham auprès d’Eliezer concernant le choix de l’épouse destinée à son fils Its’hak : celle-ci devait être originaire de ‘Haran afin qu’elle possède, tout au moins, la vertu de la bonté. C’est ainsi qu’Eliezer trouva Rivka qui était une femme vertueuse, puisqu’elle ne s’était pas laissée influencée par les mécréants parmi lesquels elle vivait. La preuve en est que, lorsqu’elle arriva à Bersabée et vit Its’hak au loin, elle mit pied à terre, impressionnée par la Présence divine qu’elle avait perçue en lui. Le Rama MiFano explique qu’après le sacrifice d’Its’hak, les anges l’ont pris pour étudier avec lui la Torah pendant trois ans, suite à quoi il mérita que la Présence divine réside sur lui. Quant aux servantes de Rivka qui l’accompagnaient, incapables de déceler la sainteté qui entourait Its’hak, elles ne mirent pas pied à terre devant lui. De même, Its’hak n’inspirait aucune crainte aux jeunes filles de Bersabée qui, pourtant, le croisaient fréquemment, car celles-ci demeuraient insensibles à la Présence divine qui résidait sur lui. Seule Rivka, qui était une Tsaddékèt, sut déceler la sainteté particulière qui émanait du patriarche.

Or, comment Rivka était-elle devenue une femme juste ? Par le fait qu’elle excellait dans l’exercice de la bienfaisance. C’est cette qualité qu’Eliezer a vue en elle : comment une petite fille de trois ans a-t-elle pu offrir à abreuver tant de chameaux, réussissant, avec une énergie d’enfant, ce tour de force ? Etant donné qu’un chameau boit en moyenne cent litres d’eau, elle a dû puiser environ mille litres pour désaltérer les dix chameaux d’Eliezer, en plus de ce qu’elle a puisé pour donner à boire aux gens. C’est indubitablement la vertu de la bonté, ancrée en elle, qui lui a donné l’énergie nécessaire pour fournir un tel effort. Par le mérite de cet acte de charité, Rivka hérita de la triple bénédiction que détenait Sarah – sur la pâte, la bougie et la nuée – dès l’instant où elle pénétra dans la tente d’Its’hak (Béréchit Rabba 60, 16).

Notre patriarche Avraham incarnait la vertu de bonté. En effet, en dépit des souffrances très aiguës qui l’obligeaient à être alité trois jours après sa circoncision, lorsqu’il aperçut trois hommes, ayant l’apparence d’Arabes, qui passaient devant sa tente, il courut à leur rencontre. Pendant une journée entière, le Créateur, venu rendre visite à Avraham, l’attendit, observant ses actes de charité qu’il pratiquait à l’égard de ses invités dans le but de les ramener sous les ailes de la Présence divine. C’est dans ce sens que le devoir d’hospitalité a la primauté sur l’accueil de la Présence divine. En outre, Avraham a appris la bonté de D.ieu Lui-même, puisqu’Il était venu lui rendre visite afin de lui enlever un soixantième de sa maladie, alors qu’Avraham se considérait comme « poussière et cendre » (Béréchit 18, 27).

La Guemara (Roch Hachana 17a) rapporte l’anecdote concernant un Amora qui, grièvement malade, était sur le point de mourir, quand il se rétablit soudainement. Cet Amora affirmait avoir vu comment l’Eternel avait empêché l’ange de la Mort de lui prendre son âme car, bien qu’il eût atteint le terme de son existence, il méritait que des années de vie lui soient ajoutées en raison de l’indulgence qu’il avait témoignée envers autrui et de ses actes de bienfaisance. Tel est le sens de l’enseignement de nos Sages : « Quiconque se montre indulgent envers autrui, on lui pardonne tous ses péchés. »

GUIDÉS PAR LA ÉMOUNA

La foi grâce à une photo

Voici une anecdote remarquable que je tiens de mon élève Raphaël Amar. Il y a des années de cela, il se rendit au Maroc avec un ami, pilote dans l’armée de l’air israélienne, qui avait commencé à se rapprocher du Judaïsme. Ils allèrent se recueillir sur la tombe de Rabbi ‘Haïm Pinto, puisse son mérite nous protéger. Le gardien du cimetière leur indiqua la tombe du juste et leur donna des livres de Téhilim. L’aviateur s’aperçut alors que cet homme tenait en main un morceau de papier et l’interrogea à ce sujet. Il lui répondit qu’il s’agissait d’une photo de Rabbi ‘Haïm Pinto qu’il avait reçue un jour du petit-fils du Tsaddik.

Lorsque le pilote entendit cela, il dit à Raphaël Amar, en hébreu afin que l’autre ne comprenne pas : « Essayons donc d’acheter cette photo qu’il est sûrement bon d’avoir. Si on lui en offre un bon prix, il sera vraisemblablement d’accord de nous la vendre. » Mais non, ce dernier ne voulut pas s’en défaire. De fil en aiguille, l’aviateur lui proposa 1.000 dollars, mais se heurta de nouveau à un refus du gardien. Le pilote augmenta son offre : il était prêt à payer 4.000 dollars pour acquérir le cliché, mais l’autre persistait dans son refus, obstination d’autant plus remarquable qu’au Maroc, avec une telle somme, on peut s’acheter une maison !

Le compagnon de Raphaël Amar s’exclama alors : « Vois combien est forte la foi de cet homme dans le Tsaddik ! Elle semble si profondément ancrée en lui que, pour rien au monde, il n’est prêt à renoncer à cette vieille photo, qui doit être à moitié déchirée ! »

Cette foi si pure du gardien de cimetière résulte certainement des miracles et prodiges auxquels il a assisté par le mérite du Tsaddik ; pour lui, ce cliché est toute sa vie. Or, si un non-juif a une telle foi dans le Juste, combien plus, nous autres Juifs, devons cultiver en nous cette émouna !

PAROLES DE TSADDIKIM

Comment choisir un bon chidoukh ?

« (…) pour y chercher une épouse à mon fils, à Its’hak » (Béréchit 24, 4)

Dans l’ouvrage Michmar Halévi, on raconte qu’un Juif habitant Jérusalem vint se renseigner auprès du Rav Chmouel Rosovsky zatsal sur un ba’hour de la Yéchiva de Ponievitz qu’on lui avait proposé pour sa fille.

Il se mit à lui poser toute une série de questions sur le jeune homme : combien d’heures il étudiait par jour, à quel point il se montrait assidu dans ses sdarim (sections d’étude), combien il assistait à la prière de la Yéchiva, comment il participait aux cours et quelle était la qualité de ses questions, sa compréhension aux réponses reçues…

Après qu’il eut reçu des réponses satisfaisantes, il fut soulagé et remercia le Roch Yéchiva de lui avoir consacré de son temps. Alors qu’il s’apprêtait à prendre congé du Rav, ce dernier le retint pour lui faire remarquer avec finesse :

« Jusqu’à présent, c’est toi qui m’as posé des questions. Permets-moi, s’il te plaît, de t’en poser aussi quelques-unes. Si j’ai bien compris, tu sembles très satisfait des réponses que je t’ai données et intéressé par ce chidoukh, car tu penses avoir fait le tour de la question et que ta fille n’a pas besoin de savoir autre chose que l’heure exacte où il arrive au séder et la profondeur de sa compréhension des sujets étudiés.

Pourtant, je pense, quant à moi, qu’elle est très intéressée de savoir également si ce ba’hour est un homme. Tu aurais pu, par exemple, me demander combien de fois par semaine il se brosse les dents, en supposant qu’il le fait…, s’il est agréable de s’asseoir à côté de lui, comment il se comporte dans le réfectoire… Y arrive-t-il en premier pour s’empresser de se servir la plus belle part ou, après Min’ha, n’y court-il pas si vite mais met encore quelques minutes à profit pour étudier avec une ‘havrouta et se contente ensuite de manger ce qu’il reste ?

Et comment réagit-il si la cruche d’eau, posée sur la table, est vide ? Est-ce lui qui va la remplir avec zèle ou reste-t-il assis patiemment, attendant que quelqu’un d’autre s’en charge ? Rentre-t-il parfois à la cuisine pour remercier les cuisiniers qui se donnent de la peine pour lui concocter des plats ? Comment se comporte-t-il s’il lui arrive de ne pas aimer le repas : mange-t-il malgré tout ou va-t-il à la place s’acheter des sucreries ?

Certes, nous sommes arrivés à la conclusion qu’il était assidu dans l’étude. Mais tu devrais peut-être te renseigner sur sa conduite à la fin de la journée. Lorsque, tard le soir, ses camarades de chambre dorment déjà, ôte-t-il ses chaussures avant d’entrer, les tenant en main afin d’éviter de les réveiller, ou entre-t-il bruyamment, sans prêter attention aux autres ? Le matin, fait-il son lit ou laisse-t-il sa chambre désordonnée tout au long de la journée et du zman ?

Je pense, dit Rav Chmouel, que ce genre d’informations intéresse grandement ta fille. Car, si c’est un garçon gâté qui ne pense pas du tout à son entourage, il est fort probable qu’en rentrant chez lui l’après-midi, il grimacera en goûtant au repas qu’elle aura préparé en son honneur, le trouvant pas tout à fait à son goût, alors qu’elle aura travaillé toute la matinée pour cela. Se consolera-t-elle réellement en pensant que son Roch Yéchiva a dit qu’il s’agissait du garçon le plus sérieux et le plus brillant dans l’étude ? Lui pardonnera-t-elle son manque de délicatesse et l’honorera-t-elle malgré tout du fait qu’il maîtrise toutes les divergences d’avis, des Richonim jusqu’aux A’haronim, sur la souguia ? »

Telles furent les paroles poignantes prononcées par le Roch Yéchiva et desquelles nous pouvons déduire la manière dont nous devons nous-mêmes nous comporter et les points sur lesquels il est conseillé de se renseigner pour un chidoukh réellement bon.

DE LA HAFTARA

Haftara de la semaine : « Le roi David était âgé, chargé de jours (…) » (Mélakhim I, chap. 1)

La haftara reprend la même expression, « chargé de jours », concernant le roi David, que celle employée à propos d’Avraham Avinou. En outre, la haftara rapporte qu’avant sa mort, David nomma son fils Chlomo pour lui succéder, de même qu’il est mentionné dans la paracha qu’Avraham donna tous ses biens à Its’hak.

CHEMIRAT HALACHONE

Du colportage par écrit

Concernant l’interdit du colportage, il n’y a pas de différence si on raconte explicitement à quelqu’un ce qu’untel lui a fait ou a dit de lui ou si on le lui fait savoir par une lettre. De même, il n’y a pas de différence si on raconte à quelqu’un qu’untel a médit de lui ou si on lui raconte qu’il a décrié sa marchandise, puisque, dans les deux cas, on éveille dans son cœur de la haine pour cet individu.

PERLES SUR LA PARACHA

Deux « amis », chacun son hobby

« Seigneur, écoute-moi : une terre de quatre cents sicles d’argent, qu’est-ce que cela entre nous deux ? Enterres-y ton mort. » (Béréchit 23, 15)

Et Rachi de commenter : « Entre nous deux, qui sommes liés d’amitié. »

Depuis quand Avraham Avinou et Efrôn étaient-ils donc amis ?

Dans l’ouvrage Imré ‘Haïm, il est expliqué que tous deux aimaient quelque chose : Avraham aimait tant les mitsvot qu’il était prêt à mettre n’importe quelle somme d’argent pour en accomplir, tandis qu’Efrôn aimait tant l’argent qu’à ses yeux, quatre cents pièces ne représentaient rien, car « celui qui aime l’argent n’en est jamais rassasié ».

Le vaillant, celui qui maîtrise son penchant

« Avraham dit au serviteur le plus ancien de sa maison, qui avait le gouvernement de tous ses biens. » (Béréchit 24, 2)

Le sens premier du verset est qu’Avraham parla à son serviteur Eliezer lequel gérait les biens de son maître.

Mais le Chla l’explique différemment : le « serviteur » se réfère à Eliezer, alors que « le plus ancien de sa maison » s’applique à Avraham qui « avait le gouvernement de tous ses biens ». Autrement dit, l’Eternel accorde parfois à l’homme une grande richesse, mais celui-ci n’en profite pas pour se montrer généreux ; au contraire, il ne donne que peu de tsédaka. Les puissances impures dominent alors ses biens à son détriment. A l’inverse, Avraham, qui était très généreux, « avait la domination de tous ses biens ».

La vertu la plus louable pour un bon chidoukh

« Puisses-Tu l’avoir destinée à Ton serviteur Its’hak » (Béréchit 24, 14)

A partir du discours des serviteurs de nos patriarches, nos Maîtres ont déduit de nombreuses lois et règles de savoir-vivre. C’est en particulier le cas de celui d’Eliezer, serviteur d’Avraham, auquel fut confiée la mission de trouver la conjointe destinée à Its’hak.

L’une des questions qui a été le plus débattue est quelles sont les vertus sur lesquelles il faut se concentrer dans la recherche d’un chidoukh. Un ba’hour la posa à Rav Schakh zatsal qui lui écrivit la réponse suivante (Mikhtavim Oumaamarim VI, 5719) :

« Sache que la chose essentielle que tu dois rechercher dans ta future épouse est qu’elle détienne des vertus. Eliezer n’a testé Rivka dans aucun autre domaine, mais a simplement vérifié qu’elle pratiquait de la bienfaisance. Même lorsque les eaux montèrent à sa rencontre, il ne déduisit pas de ce miracle que c’était elle la destinée d’Its’hak, ce qu’il ne conclut qu’après qu’elle eut donné à boire à ses hommes et à ses chameaux.

Quant à ce que nos Sages disent que “la plupart des enfants ressemblent au frère de la mère”, cela ne concerne que les vertus et les traits de caractère qui sont généralement héréditaires. Par contre, pour ce qui est des idéologies, ce principe ne s’applique pas, car chacun a le libre arbitre de faire son choix dans ce domaine. »

Tout pour l’argent

« Lavan accourut auprès de l’homme. » (Béréchit 24, 29)

Pourquoi Lavan était-il si pressé au point qu’il courut ?

Rachi explique qu’ayant remarqué la boucle en or que cet homme avait donnée à sa sœur, il comprit qu’il était très riche et convoita cet argent ou, pour reprendre les mots de Rachi, « donna ses yeux pour l’argent ». Que signifie cette expression ?

L’ouvrage Chné Haméorot l’explique comme suit. Comme nous le savons, « des pas rapides abaissent l’acuité visuelle de l’homme » (Brakhot 43a). D’où la question de Rachi : pourquoi Lavan a-t-il couru, alors qu’il risquait ainsi de s’abîmer les yeux ?

C’est dans ce sens qu’il répond qu’il « donna ses yeux pour l’argent », c’est-à-dire fut prêt à baisser de vue, tant il était attiré par l’argent.

DANS LA SALLE DU TRÉSOR

Rabbi David Hanania Pinto

La leçon à tirer du ligotage d’Its’hak

« Sarah mourut à Kiryath-Arba, qui est Hébron, dans le pays de Canaan ; Avraham vint faire l’éloge funèbre de Sarah et la pleurer. » (Béréchit 23, 2)

Rachi explique que la mort de Sarah suit immédiatement le récit du sacrifice d’Its’hak, car, en apprenant que son enfant avait été ligoté sur l’autel, qu’il était prêt à être immolé et, peu s’en fallut qu’il ne l’ait été, son âme l’a quittée et elle en est morte.

J’ai entendu une autre explication à la juxtaposition de ces deux sujets. Lorsque Sarah a entendu que son fils avait failli être sacrifié sur l’autel, mais ne l’avait finalement pas été, elle en a éprouvé une grande peine, regrettant qu’il n’ait pas pu donner son âme pour sanctifier le Nom de D.ieu ; cette peine était si intense qu’elle s’est effondrée et que son âme l’a quittée.

Pourtant, cette interprétation soulève une grande difficulté. Lorsque Avraham a préparé ses affaires pour aller exécuter le sacrifice d’Its’hak sur le mont Moria, il a dit à Sarah, avant de la quitter, qu’il conduisait son fils à la Yechiva de Chem et Ever pour qu’il y étudie. Pourquoi Avraham a-t-il jugé nécessaire de dissimuler la vérité à Sarah ? En outre, si l’on soutient qu’il lui a caché le réel motif de son départ afin de ne pas lui causer de peine ni de soucis – en lui annonçant que son fils allait mourir –, nous constatons, au contraire, que Sarah a eu de la peine qu’Its’hak n’ait finalement pas été sacrifié, au point qu’elle en est morte. Ceci laisse entendre que si Avraham lui avait révélé qu’il partait pour sacrifier Its’hak, elle se serait beaucoup réjouie de son sort, d’avoir le mérite insigne que son propre fils soit offert en holocauste devant l’Eternel. Ce point reste donc à éclaircir.

Nous pouvons répondre par l’enseignement suivant de nos Sages, de mémoire bénie, sur le verset : « Un homme qui meurt dans une tente » (Bamidbar 19, 14). Ils expliquent (Chabbat 83b) que ce verset fait allusion à l’érudit qui se “tue à la tâche” dans la tente de la Torah, c’est-à-dire qui fait abstraction de tous ses désirs et abolit son mauvais penchant dans le but de se consacrer pleinement à l’étude. Or, l’étude de la Torah exige de nombreux efforts psychologiques, parce que, dès que l’homme s’investit dans la sainteté, le mauvais penchant essaie de le faire trébucher, en particulier lorsqu’il est question d’étudier la Torah. Par conséquent, celui qui parvient à s’affranchir du matérialisme détient un mérite incommensurable, car on considère qu’il s’est “tué à la tâche” dans la tente de la Torah.

Avraham a donc choisi de présenter ainsi les choses à son épouse afin de lui annoncer les événements de manière douce, tout en transmettant également un message aux générations à venir : celui qui sacrifie tous ses désirs dans le but d’étudier la Torah est comparable à Its’hak au moment où il a été ligoté sur l’autel et sa récompense est inestimable.

DES HOMMES DE FOI

Un matin, aux petites heures du jour, alors que de nombreux habitants de la ville dormaient encore, quelques rares fidèles étaient déjà en route pour la synagogue, enveloppés de leur tallit et parés de leurs tefillin.

Rabbi Yona Ibn ‘Haïm, qui était un de ces matinaux, découvrit, en arrivant au seuil de la synagogue, qu’il n’était pas le premier. A travers le mur, il entendit les voix de deux personnes qui étudiaient ensemble.

La voix mélodieuse de l’un d’entre eux lui était familière. C’était celle de Rabbi ‘Haïm Pinto Hakatan.

Rabbi Yona resta un instant à l’extérieur afin de ne pas les déranger dans leur étude et risquer de leur faire perdre de leur temps précieux.

Lorsque les voix se turent, il entra et là, surprise, à l’intérieur de la synagogue, il vit que Rabbi ‘Haïm était seul, sans personne à ses côtés.

Comme il avait distinctement entendu deux voix, il s’approcha du Tsaddik et lui demanda :

« Où est votre partenaire qui étudiait juste avant avec vous ?

- Est-ce que tu l’as vu ? l’interrogea-t-il.

- Oui, fut la réponse de Rabbi Yona.

- Heureux sois-tu d’avoir eu le mérite de voir le visage d’Eliahou Hanavi, lui rétorqua-t-il le visage rayonnant, c’était Eliahou Hanavi qui étudiait avec moi dans la synagogue. »

Pendant leur discussion, Rabbi ‘Haïm fit promettre à Rabbi Yona de ne rien dévoiler à personne, tant qu’il serait vivant. Il garda donc le secret jusqu’à ce que Rabbi ‘Haïm quittât ce monde.   

Le Tsaddik Rabbi Meïr Pinto raconta à notre Maître chelita que Rabbi ‘Haïm Pinto Hagadol avait rédigé cent cinquante chants de requêtes, en parallèle aux cent cinquante chapitres des Téhillim. Il ajouta que Rabbi ‘Haïm Pinto Hakatan avait un instrument semblable au violon qui avait quatre cordes, correspondant aux quatre règnes : le minéral, le végétal, l’animal et l’humain.

Chaque corde produisait sept sortes de sons en parallèle à sept sphères.

Pour éclaircir ces notions, notre Maître chelita explique : « Quand le Tsaddik jouait, il est certain qu’il reliait avec son chant les quatre dimensions du monde – Emanation, Création, Transformation et Action – car nous savons, d’après les textes mystiques de la Torah, que l’homme détient cette fonction de jonction. Par lui, passent tous les conduits en direction de la source. Ces notions sont expliquées dans l’ouvrage de Rabbi Avraham Azoulay, ‘Hessed Lé-Avraham.

Pour cette raison, l’inspiration divine ne peut habiter le prophète qu’à travers la joie, comme nous l’avons vu pour Elicha, Chaoul Hamélekh et d’autres qui ne furent gagnés par celle-ci que lorsqu’on joua de la harpe devant eux. Grâce à la joie, le prophète reliait toutes les dimensions du monde, et l’inspiration divine ou la prophétie pouvait planer sur lui. »

EN PERSPECTIVE

La conception compatissante et compréhensive des Grands en Torah

Le Roch Yéchiva, le Gaon Rav Elazar Menakhem Man Shakh zatsal, raconte qu’une fois il vit son oncle, le Gaon Rav Isser Zalman Meltser zatsal, monter les escaliers de son immeuble puis, après quelques instants, les redescendre pour attendre en bas.

Le Rav Schakh s’approcha alors de lui pour lui demander si tout allait bien ou s’il avait besoin d’aide. Son oncle expliqua alors :

« Grâce à D.ieu, tout va bien. Mais, lorsque je me suis approché de la porte de ma maison, j’ai entendu la femme de ménage qui chantait tout en travaillant. Si j’étais entré chez moi, elle aurait arrêté de chanter. Or, elle travaille dur et ces chants la réjouissent un peu, aussi ne voulais-je pas lui causer de peine et c’est pourquoi j’ai décidé d’attendre en bas, jusqu’à ce qu’elle termine son travail. »

 

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