La Paracha de la semaine en format PDF

la Paracha en PDF

paracha de la semaine

Parachat  Vayichla'h

24 Novembre 2018

ט"ז כסלו תשע"ט

Horaires de Chabbat
Localité Allumage Fin de Chabbat Rabbenou tam
Paris 16h44 17h44 18h42
Lyon 16h44 17h51 18h37
Marseille 16h50 17h54

18h38

Ra'anana 16h16 17h16

17h53

Acceuil ARCHIVES

 « Un peuple qui réside seul » : Résister à l’assimilation

Rabbi David Hanania Pinto

« Il leur a donné cet ordre : vous parlerez ainsi à mon seigneur, à Essav : “Ainsi parle ton serviteur Yaakov : j’ai séjourné chez Lavan et prolongé mon séjour jusqu’à présent.” » (Béréchit 32, 5)

Dans ce verset, Yaakov fait part à Essav de son vécu, notamment de son séjour chez Lavan, lors duquel il a observé les 613 mitsvot (interprétation de nos Maîtres, rapportée par Rachi). Yaakov ajoute ensuite : « J’ai acquis bœuf et âne » et Rachi d’interpréter qu’il fait référence, par cette comparaison, à ses fils Yoseph et Issakhar, respectivement symboles de la piété et de la Torah. Cependant, comment comprendre le désir de Yaakov de faire part à son frère des épreuves spirituelles auxquelles il a dû faire face et de la façon dont il est parvenu à les surmonter, alors qu’Essav était un mécréant qui reniait toute valeur spirituelle, comme le souligne le verset : «Essav dédaigna le droit d’aînesse » (Béréchit 25, 34) ?

Plus encore, il semble qu’il aurait été préférable, pour Yaakov, d’appliquer dans sa situation le principe de précaution : « Abstiens-toi d’agir », puisque, suite à son récit, Essav lui déclara immédiatement la guerre. En effet, il interpréta le message de Yaakov comme une volonté de le “convertir”, en mettant l’accent sur ses péchés, en comparaison avec sa propre piété. En outre, l’information selon laquelle Yaakov était devenu riche excita la jalousie d’Essav. Il semblerait donc que, par le récit qu’il fit transmettre à son frère, Yaakov se soit lui-même attiré tous ces ennuis.

En réalité, une idée très profonde se trouve dissimulée ici. Le message que Yaakov a fait passer à Essav ne lui est pas adressé exclusivement, mais concerne, de façon bien plus large, l’ensemble des nations du monde qui se présenteront dans l’Histoire sous l’aspect de Lavan ou d’Essav. Ainsi, Yaakov désirait transmettre à ces nations que le peuple juif, dans son ensemble, survivrait à jamais, malgré le long exil durant lequel il se trouverait parmi elles, exposé au danger de l’assimilation. Il est sûr que ceci se produira, comme le souligne le verset : « Ce peuple, il vit solitaire, il ne se confondra point avec les nations. » (Bamidbar 23, 9) Or, c’est l’étude de la sainte Torah qui fournira au peuple juif la force nécessaire pour y parvenir ; durant toute l’Histoire, il ne sera prêt à renoncer à la Torah pour rien au monde, malgré le fait qu’il représentera toujours une minorité par rapport aux autres peuples.

C’est dans le but de diffuser ce message que Yaakov a fait rapporter à Essav le détail de sa vie, en l’occurrence qu’il avait vécu sous le même toit que Lavan, mais était parvenu à rester fidèle à la Torah et à conserver la pureté de son âme. En outre, il a ajouté à son récit qu’il avait « acquis bœuf et âne », pour insinuer que, non seulement les Juifs se distingueront des non-juifs durant l’exil, mais qu’en plus, certains d’entre eux deviendront même des sages et des érudits en Torah, comme Yoseph et Issakhar.

D’autre part, ces paroles de Yaakov contiennent aussi un message pour le peuple juif : lorsqu’il sera exilé, il n’aura pas de répit. En effet, quand les nations du monde constateront qu’il vit conformément à la voie de la Torah, elles lui livreront bataille, à l’exemple d’Essav qui, accompagné de quatre cents hommes, voulut combattre Yaakov dès l’instant où il entendit qu’il observait les mitsvot. Car, la haine et la jalousie des non-juifs sont dirigées vers les justes, qui refusent de s’assimiler à eux. La Torah, qui oblige l’homme à se comporter plus dignement que la bête, n’est pas à la portée des non-juifs, et c’est pourquoi ils ne peuvent la supporter.

Jusqu’à aujourd’hui, les nations essaient de séduire le peuple juif, de développer son attrait pour la matérialité et tous les plaisirs de ce vain monde, dans le but de l’assimiler à elles. Pourtant, le message de Yaakov est clair : le peuple juif préservera à jamais sa supériorité, celle d’être le « peuple de prédilection » du Saint béni soit-Il, et ceci, que les nations viennent l’attaquer par la ruse comme Lavan, ou par la force comme Essav. Telle était la volonté de Yaakov, dissimulée dans son message, a priori provocateur, à Essav : avertir les nations du monde, en particulier, et le peuple juif, en général, qu’en dépit des diverses attaques, manifestes ou dissimulées sous le couvert de l’influence culturelle (par exemple, grecque ou romaine), le peuple juif saura se montrer ferme et rester sur ses positions, grâce à la Torah qu’il détiendra.

Nous pouvons apprendre de Yoseph le juste la façon dont nous devons nous protéger de l’influence des non-juifs. Lorsque le camp d’Essav arriva à la hauteur de celui de Yaakov, il est écrit : « Puis Joseph s’approcha avec Ra’hel et ils se prosternèrent. » (Béréchit 33, 7) Le Midrach explique (Béréchit Rabba 78, 10) qu’à ce moment, Yoseph s’est tenu devant Ra’hel afin de la cacher du regard d’Essav le méchant ; ce comportement nous enseigne deux leçons.

Premièrement, nous pouvons constater que Yoseph n’a pas pris en considération le résultat effectif de son action ; en effet, Essav avait la possibilité de voir Ra’hel en regardant par les côtés et, de plus, Ra’hel dépassait certainement son fils en taille ! Mais Yoseph savait que l’essentiel, pour l’homme, est d’avoir une bonne intention, celle d’essayer, par tous ses moyens, de satisfaire la volonté divine. L’homme ne doit pas douter de l’efficacité de ses actions, ni prendre en considération la réaction probable des non-juifs. Au contraire, un pas qui peut nous sembler vain, à première vue, peut justement s’avérer décisif et déclencher l’intervention de l’aide divine. Il est possible que l’intention de Yoseph de protéger sa mère l’ait réellement préservée de l’influence impure du regard d’Essav.

Par conséquent, l’homme ne doit pas se laisser séduire par son mauvais penchant qui tente de le dissuader de servir l’Eternel comme il le doit, lui laissant croire que ses efforts seront inutiles, compte tenu de son environnement impur – comme par exemple, la ville de Paris. Au contraire, il nous incombe de faire tout notre possible, en sachant que l’homme qui étudie dans une maison d’étude se trouvera protégé de l’influence de la rue, à l’instar de Yaakov qui affirma à Essav : «J’ai séjourné chez Lavan et prolongé mon séjour jusqu’à présent», c’est-à-dire qu’il avait observé l’ensemble des mitsvot et préservé sa piété, en dépit d’un séjour prolongé chez un impie.

Remarquons, deuxièmement, que Yoseph a réfléchi sur ce qui pourrait constituer un obstacle au service divin. En effet, en se tenant devant sa mère pour la cacher, il a anticipé le malheur et a trouvé une solution au problème, avant même que celui-ci ne se présente. Cette attitude est porteuse d’un message pour le peuple juif : s’il désire préserver son âme des dangers spirituels qui la menaceront lors des exils successifs et ne pas se laisser séduire par les divers courants d’influence culturels, il devra prendre les devants et se préparer à ces menaces. Telle est la leçon que Yoseph transmet ici aux générations à venir, par le biais de son comportement lorsqu’il s’est tenu fermement devant sa mère Ra’hel, symbolisant la sainteté de son âme, pour la préserver de toute attaque d’Essav le méchant.

GUIDÉS PAR LA ÉMOUNA

Une poignée de main salvatrice

L’un des donateurs de la Yéchiva de Lyon, M. Ra’hamim Elbaz, est un homme de grande valeur, toujours prêt à aider. Il m’invita une fois à Pessa’h, me réservant un traitement vraiment royal, et évoqua, à cette occasion, les circonstances de notre première rencontre :

« Mon frère Gabriel vous connaissait depuis déjà deux ans et depuis, il me pressait sans cesse de venir faire votre connaissance. En dépit de mon manque d’empressement, il insistait inlassablement pour que je vienne vous demander une brakha.

« En vérité, j’étais réticent parce que je craignais que vous ne m’incitiez à me repentir et ne m’exhortiez à accomplir les mitsvot. En refusant de vous rencontrer, je me sentais à l’abri de votre influence.

« Une année, je me trouvais au Maroc lors de la hilloula organisée en l’honneur de Rabbi ‘Haïm Pinto, du fait de mes fonctions au sein des services d’ordre engagés pour l’occasion.

« Lorsque mon frère Gabriel apprit que j’étais si près de vous, il me poussa une fois de plus à vous demander une brakha. Au départ, je pensai refuser. Après tout, j’avais tout pour être heureux, pourquoi aurais-je eu besoin de la bénédiction de rabbins ? Pourtant, après réflexion, je décidai quand même de me rendre à la demande de mon frère.

« Dans la salle où vous receviez le public, je vous ai vu distribuer des verres de vin pour le lé’haïm, me suis approché et vous ai serré la main. Vous avez tout simplement broyé la mienne, sans la lâcher pendant plusieurs secondes, au point que mes doigts sont devenus rouges et qu’il m’est resté une marque pendant très longtemps. Pardonnez-moi, Rav Pinto, mais en rentrant à la maison, je n’ai cessé de rebattre les oreilles à mon épouse à propos de cette poignée de main si bizarre : au lieu de me serrer la main normalement, le Rav m’avait écrasé les doigts de toutes ses forces. Etait-ce cela, la politesse d’un Rav ?

« Le lendemain matin, comme à mon habitude, j’entrai dans la salle de bains pour me raser, sans prêter attention au fait que mes mains étaient mouillées. Aussi, dès que je me saisis de mon rasoir, je sentis un courant électrique me traverser la main. Mon rasoir explosa (!), provoquant un court-circuit mais, miraculeusement, le courant électrique s’arrêta exactement à l’endroit de la marque qui me restait de votre poignée de main et j’échappai ainsi miraculeusement à l’électrocution et à une mort certaine.

« Après cet évènement, je récitai la brakha de hagomel en public. J’avais compris qu’il ne s’agissait pas d’un hasard, mais de signes du Ciel dans le but de m’amener à faire téchouva. De fait, c’est votre poignée de main qui m’a sauvé la vie et, depuis lors, je me suis sans cesse rapproché davantage de vous et j’ai fini par me soumettre à la Torah et aux mitsvot. »

CHEMIRAT HALACHONE

Des paroles éveillant des conflits

Il est important de savoir que l’interdiction de colporter s’applique même si on ne le fait pas en présence de l’intéressé. Par exemple, il est interdit de dire à son prochain : « J’ai entendu que Réouven a dit ceci et cela sur Chimon », car de tels propos, prononcés d’une personne à l’autre, sont de nature à éveiller des conflits entre Réouven qui les prononce et Chimon au sujet duquel il a parlé.

DE LA HAFTARA

Haftara de la semaine : « Vision d’Ovadia (…) » (Ovadia chap. 1)

Certains Achkénazes lisent pour la haftara : «Oui, Mon peuple se complaît dans sa rébellion contre Moi (…) » (Hochéa chap. 11)

Lien avec la paracha : la haftara dépeint la haine viscérale d’Essav pour Yaakov, sujet longuement développé dans la paracha où Essav sortit à la rencontre de Yaakov, accompagné de quatre cents hommes, dans l’intention de le combattre.

PAROLES DE TSADDIKIM

Savoir se contenter de peu

« (…) puisque D.ieu m’a favorisé et que je possède suffisamment » (Béréchit 33, 11)

Nos Maîtres dénoncent à maintes reprises le choix d’un mode de vie luxueux, résultant d’une inaptitude à se contenter de peu, sous les incitations du mauvais penchant. Il convient, au contraire, de se limiter au strict minimum, à l’instar du vœu formulé par Yaakov : « Du pain pour manger et un vêtement pour se couvrir. » Nos Sages affirment ainsi : « Tu mangeras du pain trempé dans du sel », « la Torah n’a été donnée qu’à ceux qui mangent de la manne » et « quiconque a du pain dans le panier et se demande ce qu’il va manger le lendemain fait partie des gens ayant peu de émouna ».

Dans sa requête adressée à l’Eternel, le patriarche précise la fonction du pain et du vêtement. Pourtant, ces données semblent évidentes et donc superflues. Quelle utilité un homme recherche-t-il dans le pain, si ce n’est de le rassasier et dans un habit, outre de couvrir son corps ?

Vraisemblablement, il existe des personnes qui utilisent ces deux nécessités de base dans d’autres buts que ceux pour lesquels elles ont été conçues. Par exemple, elles ressentent le besoin d’acquérir de somptueux vêtements de styles et modèles variés. Loin de se contenter de leur lot, elles ont besoin de tout ce qu’elles voient. A l’inverse, Yaakov ne demanda qu’une quantité de nourriture qui lui permettrait de survivre. Et il se contenta de la denrée la plus simple, le pain, apte à le rassasier. De même, de son point de vue, le vêtement avait pour unique fonction de le couvrir.

Du pain dans du sel et de l’eau au compte-gouttes

Dans la biographie du Tsaddik Rabbi Moché Aharon Pinto – que son mérite nous protège –, père de notre Maître, le Gaon Rabbi David ‘Hanania Pinto chelita, on raconte qu’après son mariage, la pauvreté régnait dans son foyer. Du fait que presque personne ne le connaissait, les gens ne lui donnaient pas de tsédaka et il n’avait pas de quoi vivre.

Personnellement, le juste se contentait de très peu et vivait dans le plus grand dénuement. La Rabbanite – qu’elle jouisse d’une longue et bonne vie –, qui avait été habituée à la richesse dans son foyer parental, témoigne que, lors de leur première année de mariage, ils vivaient vraiment comme des pauvres, au point qu’ils avaient à peine un habit et un peu de pain. Ce n’était qu’avec de nombreux efforts qu’elle parvenait à ravitailler au minimum leur maison afin qu’ils puissent calmer leur faim.

Mais ce dénuement ne le détournait nullement de son service divin. Malgré sa grande détresse, Rabbi Moché Aharon étudiait la Torah tout au long du jour et de la nuit, conformément à l’injonction de nos Sages : « Tu mangeras du pain trempé dans du sel et boiras de l’eau au compte-gouttes. » La promesse de nos Sages s’appliqua à son sujet : « Heureux seras-tu dans ce monde et le bien sera ton partage dans le monde à venir. »

DANS LA SALLE DU TRÉSOR

Rabbi David Hanania Pinto

Qui mérite Torah et grandeur ?

 « Quant à Yaakov, il se dirigea vers Soukkot ; il s’y bâtit une demeure, et pour son bétail il fit des enclos (soukkot) : c’est pourquoi, il appela cet endroit Soukkot. » (Béréchit 33, 17)

Mon ancêtre, le juste Rabbi Yochiyahou Pinto, que son mérite nous protège, explique longuement ce verset dans son ouvrage Kessef Mezoukak. Il affirme qu’à travers cet acte, Yaakov, l’élu des patriarches, désirait transmettre un enseignement à toutes les générations à venir. Comme nous le savons, l’image de Yaakov se trouve gravée sous le trône céleste (Béréchit Rabba 78, 3). En outre, Yaakov n’est pas décédé comme le reste des hommes (Taanit 5b), puisque la Torah ne fait pas mention explicite de sa mort, mais dit simplement qu’« il a rejoint son peuple » – cette tournure signifiant que Yaakov a continué à vivre et à raviver toutes les générations futures. Aussi, en nommant cet endroit Soukkot, Yaakov désirait enseigner à ses enfants que ce monde-ci n’est qu’un lieu de passage menant vers le monde à venir. En effet, la soukka est une demeure provisoire que l’homme se construit pour une courte période, en attendant de s’installer à un endroit fixe, où il se construira une maison. Yaakov voulait ancrer en ses fils le sentiment que ce monde est un corridor nous menant vers un monde éternel, le monde à venir.

J’ajouterais l’allégorie donnée par le ’Hafets ’Haïm à ce sujet. Dans ce monde, l’homme est comparable à un touriste qui, lors de ses successifs déplacements, transporte ses quelques biens dans une petite valise. Il semble évident qu’il n’emporte pas avec lui tout ce qu’il possède, étant donné qu’il ne reste qu’une courte période à chacune de ses destinations, avant de reprendre la route. Or, notre vie dans ce monde est à cette image : de nature éphémère, elle n’a pour but que de nous conduire vers le monde futur.

Pourquoi Yaakov tenait-il à transmettre ici cet enseignement à ses enfants ? Il semblerait que, du fait qu’il venait de démontrer à Essav à la fois son attachement à la Torah et sa grande opulence, ses fils auraient pu se méprendre et croire que la Torah et les biens matériels peuvent coexister ; il a donc voulu s’assurer qu’ils comprennent bien que ceci est uniquement possible dans le cas où la Torah représente l’essentiel, et les richesses l’accessoire. Seule cette échelle de valeurs garantit le maintien de la Torah. D’autre part, on peut expliquer que lorsque Yaakov a affirmé : « J’ai acquis bœuf et âne », il faisait référence à Yossef et Issachar qui sont respectivement comparés à ces bêtes et symbolisent la piété et la Torah.

La nature de l’homme est telle qu’il n’est jamais satisfait de ce qu’il possède et ressent toujours un manque par rapport à ses aspirations matérielles. Comme l’affirment nos Maîtres, « lorsqu’il possède cent, il désire deux cents » (Kohélèt Rabba 1, 32). Par conséquent, l’homme qui ne s’investit pas dans la Torah et les mitsvot passera toute sa vie à courir de façon effrénée derrière l’argent, cherchant continuellement à amasser le plus de biens possible, sans jamais se sentir satisfait – la matérialité n’étant pas à même de procurer un sentiment de satiété. Aussi, Yaakov enseigne-t-il ici à ses enfants que, seulement celui qui considère ce monde comme une soukka, c’est-à-dire comme un lieu de passage, pourra voir subsister la Torah en lui, tout en jouissant d’une prospérité matérielle.

PERLES SUR LA PARACHA

Pourquoi de vrais anges ?

« Yaakov envoya des messagers en avant, vers Essav son frère, au pays de Séir, dans la campagne d’Edom. » (Béréchit 32, 4)

Qui sont ces anges que Yaakov envoya à Essav ? Rachi affirme qu’il s’agissait d’anges au sens propre. L’ouvrage ‘Homat Ech explique cette interprétation à l’appui de la Michna : « Eloigne-toi d’un mauvais voisin et ne te lie pas à un mécréant. » (Avot 1, 7)

Cet éloignement, prescrit par nos Sages, est un impératif pour chacun d’entre nous, car même si l’homme le plus parfait vivait près d’un mécréant, il finirait par en subir l’influence néfaste. C’est pourquoi Yaakov craignait d’envoyer des messagers humains auprès de son frère et opta pour des anges.

Tel est bien le sens de notre verset : « Yaakov envoya des messagers », littéralement des anges, et non des hommes, parce qu’ils devaient se rendre « vers Essav son frère » qui était un impie. En outre, celui-ci habitait « au pays de Séir, dans la campagne d’Edom », dans un lieu corrompu. Aussi ne pouvait-il compter que sur des envoyés célestes.

Une part double

« Si Essav attaque l’une des bandes et la met en pièces. » (Béréchit 32, 9)

Le mot véhakéhou (et la met en pièces) peut se lire dans les deux sens. C’est une allusion au fait qu’à chaque fois que les non-juifs frapperont le peuple juif, ils seront eux-mêmes frappés en retour.

Le monde, un assemblement d’illusions

« Laissez un intervalle entre un troupeau et l’autre. » (Béréchit 32, 17)

Comme l’explique Rachi, Yaakov veilla à laisser des intervalles afin qu’Essav soit satisfait de ces cadeaux qui semblaient ainsi encore plus importants qu’ils ne l’étaient.

Rav Yé’hezkel Levenstein zatsal en déduit un principe important dans le service divin. Qu’est-ce qui a rassasié la cupidité de cet impie ? Rien ! Simplement du vide. Or, c’est exactement en cela que consistent les désirs de ce monde : ils ne sont que purs artifices, n’ayant aucune consistance.

C’est peut-être pourquoi nous avons l’habitude de mettre les mains sur les yeux lorsque nous récitons le Chéma, afin de prendre conscience du fait que seule la foi en D.ieu est authentique et que tout ce que nous voyons n’est qu’une réalité éphémère et inconsistante, une matière faite de vide et trompeuse.

Au-delà des noms des chefs

« Ce sont ici les rois qui régnèrent dans le pays d’Edom, avant qu’un roi régnât sur les enfants d’Israël. » (Béréchit 36, 31)

En quoi cela nous intéresse-t-il tant de connaître les noms des rois d’Edom, puis ceux des chefs d’Essav dont la Torah se donne la peine de donner le détail ?

En réalité, explique Rabbi Yaakov Kouli zatsal dans son ouvrage Méam Loez, « dans cette paracha sont dissimulés des secrets de la Torah, et toutes les paroles du Idra Rabba du Zohar que nous lisons la veille de Chavouot sont fondées sur cette paracha. C’est pourquoi, même si nous n’y comprenons malheureusement rien, nous devons au moins la lire, parce qu’il est certain que notre âme qui, quant à elle, comprend tout, en retire de la satisfaction. Ne pensez pas qu’il s’agit de choses banales, à D.ieu ne plaise. Car il n’y a pas de différence entre ce sujet et les Dix commandements ; les deux sont sur le même plan. »

A un autre endroit, il écrit : « Sachez que Rabbi Chimon bar Yo’haï a trouvé trois cents secrets sur cette paracha, mais il ne les a révélés à personne, sauf à son fils Elazar. Nous en déduisons que toute parole de la Torah est emplie de secrets et de sagesse profonde dépassant notre entendement. »

DES HOMMES DE FOI

Un homme se rendit sur la tombe du Tsaddik Rabbi ‘Haïm Pinto pour y prier. Il voulut lire des Téhillim, chercha ses lunettes, mais ne les trouva pas.

Il en fut très peiné. A mesure qu’il approchait de la sépulture, son chagrin grandissait. Cependant, à sa grande surprise, dès qu’il y arriva, il se mit à réciter par cœur les versets, à son insu, sans avoir besoin de lire.

Voici une autre histoire au sujet d’un Juif devenu aveugle, que D.ieu préserve. Cet homme ne pouvait ni étudier ni prier. Il demanda aux membres de sa famille de l’accompagner sur le tombeau de Rabbi ‘Haïm Pinto afin d’y prier longuement pour sa délivrance.

Quand il arriva, il se mit à pleurer à chaudes larmes, tout en priant que la lumière revienne éclairer ses yeux comme auparavant.

Ses prières portèrent leurs fruits. Quand il se réveilla le lendemain matin, il voyait comme tout le monde. Par le mérite du Tsaddik.

EN PERSPECTIVE

Pur comme la neige

La source de laquelle on apprend que, le jour de son mariage, le ‘hatan voit ses fautes pardonnées, est dans notre paracha : Essav se maria avec la fille de Yichmaël, désignée dans la Torah par le nom de Ma’halat, alors qu’en réalité, elle s’appelait Basmat. En l’appelant Ma’halat, le texte désirait faire allusion au fait qu’Essav bénéficia alors de l’expiation (mé’hila) de ses fautes.

Rachi, citant le Midrach Agada sur Chmouël, explique que trois personnes sont absoutes : un non-juif qui se convertit, un homme nommé à un poste important et un nouveau marié. Ce dernier cas se déduit du mariage d’Essav dont la femme fut nommée Ma’halat.

Et qu’en est-il de la cala ? Bénéficie-t-elle elle aussi de la même prérogative le jour de son mariage ?

L’ouvrage Kédouchat Lévi affirme qu’il est évident que si D.ieu pardonne ses fautes au marié, il le fait également à la mariée, puisqu’ils forment dorénavant un couple.

 

Hevrat Pinto • 32, rue du Plateau 75019 Paris - FRANCE • Tél. : +331 42 08 25 40 • Fax : +331 42 06 00 33 • © 2015 • Webmaster : Hanania Soussan