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paracha de la semaine

Parachat  Vayé'hi

22 Décembre 2018

י"ד טבת תשע"ט

Horaires de Chabbat
Localité Allumage Fin de Chabbat Rabbenou tam
Paris 16h38 17h52 18h41
Lyon 16h40 17h50 18h37
Marseille 16h47 17h55

18h39

Ra'anana 16h18 17h21

17h58

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Le mérite des saints patriarches

Rabbi David Hanania Pinto

« Yaakov conclut ainsi ses instructions à ses fils, il ramena ses pieds dans son lit ; il expira et rejoignit ses pères. » (Béréchit 49, 33)

Nos Sages expliquent que notre patriarche Yaakov n’est pas mort à proprement parler, mais est passé de ce monde-ci au monde à venir. Rachi commente ainsi le verset précité : « Le mot de mort n’est pas prononcé à son sujet et nos Maîtres ont dit que Yaakov notre père n’est pas mort. » Ceci signifie que Yaakov a quitté le monde où il vivait pour passer dans le monde de la vie authentique. Toutes proportions gardées, ce passage peut être comparé à un homme qui passe d’une certaine nationalité à une autre nationalité.

Si tel est le sens profond de la mort, nous pouvons nous demander pourquoi les êtres humains ont l’habitude de pleurer et de s’endeuiller pour la disparition d’un individu ; ne devraient-ils pas plutôt se réjouir pour celui-ci qui est passé d’un monde éphémère à un monde éternel ? Il semble que les pleurs des hommes sont dus à une appréhension : le défunt a-t-il rassemblé suffisamment de mérites de son vivant pour être agréé aux portes du jardin d’Eden ? En outre, les larmes versées par les proches du défunt ont le pouvoir de contribuer à l’élévation de son âme et d’intercéder en sa faveur, à l’heure où il se tient devant le tribunal céleste.

Dans le livre de Béréchit, la Torah décrit la vie des patriarches qui se sont distingués par leurs vertus exceptionnelles, afin de tracer la voie à suivre pour leurs descendants, dans toutes les générations à venir.

Notre patriarche Avraham excellait dans la vertu de la bonté et nos Maîtres affirment (Cho’her Tov 110) que sa tente présentait quatre entrées, situées aux quatre points cardinaux, de sorte que tout passant était en mesure de les trouver sans difficulté, ce qui l’encourageait à y pénétrer. La Torah décrit longuement à quel point Avraham s’est donné de mal pour accueillir les trois anges, alors qu’il était affaibli par les douleurs de la circoncision. Il a accompli cette mitsva avec un entrain tel qu’il nous a appris le principe selon lequel « l’hospitalité a priorité sur le fait de recevoir la Présence divine » (Chabbat 127a). En effet, il a “quitté” l’Eternel pour aller accueillir ses invités.

Notre patriarche Its’hak nous enseigne jusqu’où peut parvenir l’amour pour D.ieu. Il se montra prêt à être sacrifié sur l’autel, pourvu de pouvoir accomplir la volonté divine. Ceci constitue pour nous, hommes de piètre valeur, une leçon nous démontrant à quel point nous devons être prêts à fournir des efforts afin de remplir la volonté de notre Créateur, en sacrifiant nos désirs aux Siens. Si Its’hak était prêt à rendre son âme pour se plier à l’ordre divin, combien plus nous incombe-t-il d’annuler notre volonté devant celle de Dieu, lorsqu’il s’agit de faits banals de la vie routinière !

Notre patriarche Yaakov, qui représente le pilier de la Torah, nous indique le degré d’acharnement et de dévouement que nous devons déployer pour l’étude de la sainte Torah, vie et source d’existence de l’homme craignant D.ieu. Aucun prétexte n’est valable pour justifier un relâchement dans l’étude de la Torah, du fait que, sans elle, la vie d’un Juif ne mérite plus d’être vécue. Aussi, nous appartient-il d’imiter le comportement de Yaakov qui se vouait corps et âme à l’étude, dans la tente de la Torah. Quelle que soit la situation, nous devons nous consacrer à cette étude, des circonstances difficiles ne constituant pas une raison suffisante pour nous relâcher dans ce domaine. Et nos Maîtres d’affirmer : « Heureux l’homme qui arrive là-haut, muni de son étude ! » (Pessa’him 50a)

Trois fois par jour, nous mentionnons dans la prière le mérite de nos trois patriarches lorsque nous disons, dans la première bénédiction du Chmoné Esré : « D.ieu d’Avraham, D.ieu d’Its’hak et D.ieu de Yaakov ». Le fait de mentionner nos patriarches a pour effet de susciter en nous un éveil et une réflexion sur les vertus exceptionnelles qu’ils possédaient et sur leur mode de vie caractérisé par un constant attachement et dévouement au Créateur. En outre, en évoquant nos patriarches, nous exprimons la requête que leurs mérites nous protègent et plaident en notre faveur auprès du Très-Haut. 

En réalité, la plus grande louange que l’on puisse adresser au Saint béni soit-Il est celle d’évoquer la grandeur exceptionnelle de Ses enfants, les saints patriarches, Avraham, Its’hak et Yaakov. Car, en mentionnant nos patriarches, nous exprimons notre désir de leur ressembler et de suivre leurs voies et, lorsque l’Eternel entend cela, Il s’emplit de satisfaction. Ainsi donc, le plus grand éloge que l’on puisse faire au Créateur est d’exprimer la volonté de Ses enfants de ressembler à leurs nobles ancêtres. Par contre, si un homme évoque ses patriarches sans avoir l’intention d’imiter leurs voies, il est comparable à un individu qui rencontre un ami et s’enquiert de son bien-être, pour ensuite lui donner une gifle.

Après avoir achevé la lecture du livre de Béréchit et nous être imprégnés du parfum spirituel de nos saints patriarches, nous passons à la lecture du livre de Chémot qui relate l’asservissement du peuple juif en Egypte, la délivrance, puis le don de la Torah. Par cet ordre des événements, le Saint béni soit-Il désire nous enseigner que les règles de dérekh érets ont précédé celles de la Torah et que, si nous voulons être aptes à la recevoir et à accomplir ses mitsvot, nous devons d’abord tirer leçon du comportement des patriarches. Car, seul celui qui s’efforce d’imiter les vertus de ses ancêtres pourra devenir un réceptacle de la sainte Torah.

Par contre, celui qui ne fournit pas d’effort en vue de devenir un réceptacle de la Torah, celle-ci ne pourra résider en lui de façon fixe et il aura vite fait de l’oublier. De même, je suis certain qu’un homme qui profite de tous les plaisirs de ce monde et qui, simultanément, prononce le kaddich pendant un an pour un proche parent défunt, reprendra ses mauvaises habitudes au terme de cette année de deuil ; du fait qu’il n’aura pas travaillé sur lui-même, il sera incapable de recevoir la Torah et de l’ancrer définitivement en lui. Par conséquent, la meilleure initiative que l’on puisse prendre pour l’élévation de l’âme d’un défunt est de s’engager à améliorer un certain trait de caractère. Car, si l’on parvient à améliorer une de ces données de base, en y investissant toute notre bonne volonté, cette vertu nouvellement acquise s’intégrera à notre personnalité et ne se détachera plus de nous au terme de l’année de deuil.

C’est pourquoi, nous mentionnons nos patriarches dans la prière, car c’est une façon d’exprimer à l’Eternel notre profond désir de leur ressembler et de suivre leurs voies puisque, comme nous l’avons expliqué, seul un travail sur soi-même visant à améliorer son caractère détient le pouvoir d’aménager à la Torah une place fixe dans le cœur de l’homme.

GUIDÉS PAR LA ÉMOUNA

Jalousie, convoitise et recherche d’honneurs…

Une fois, un homme venu me voir me déclara : « Rabbi David, je ne veux pas qu’untel soit président de notre communauté et je suis prêt à tout pour éviter cela !

– Et en quoi cela te dérange qu’il soit le président ?

– Je ne veux pas qu’il intègre dans notre communauté des personnes indésirables, outre le fait qu’il est prétentieux et arrogant !

– Mais qu’est-ce que tu y gagnes s’il ne devient pas président ? Est-ce que c’est toi qui le seras à sa place ?

– Non, je n’ai pas du tout l’intention de briguer cette fonction !

– S’il en est ainsi, tu n’as qu’à chercher un autre candidat. Quand tu en auras trouvé, tu reviendras me voir. »

Mon interlocuteur me considéra en silence pendant quelques instants, puis finit par déclarer : « Dans ce cas, je veux bien me dévouer pour présenter ma candidature.

– Haha ! m’écriai-je à haute voix en entendant cela. En fait, tu ne veux pas qu’il soit président parce que tu aspires toi-même à cette fonction et à cette position. Pourtant, tu sais pertinemment qu’il est meilleur que toi et que ce rôle est fait pour lui et ne te convient pas. Dans ce cas, tes arguments sont dénués de tout fondement. Ils découlent en fait de ta jalousie et de ta soif d’honneurs ! »

La tête basse, il reconnut qu’il s’était laissé entraîner par de mauvaises pensées. À ce moment, je me remémorai la sentence de nos Sages : « La jalousie, la convoitise et la recherche d’honneurs éjectent l’homme du monde. » (Avot 4, 21) Ainsi, à cause de sa soif de reconnaissance, cet homme était prêt à refuser l’adhésion de nouveaux membres et même à détruire toute la communauté !

Ce fait m’apprit une grande leçon. Il prouve, en effet, à quel point il faut examiner sa conscience pour s’assurer que ce ne sont pas un esprit partisan ou des questions d’honneurs qui nous guident. À cet égard, même celui qui a pris comme cheval de bataille les intérêts de la communauté doit se demander s’il recherche vraiment le bien collectif ou s’il ne brigue pas les honneurs pour lui-même. Toujours est-il que celui qui aspire sincèrement à la vérité méritera au final de la trouver.

DE LA HAFTARA

Haftara de la semaine : « Les jours de David approchant de leur fin (…) » (Mélakhim I chap. 2)

Lien avec la paracha : la haftara relate le décès du roi David qui dicta ses dernières volontés à son fils Chlomo, tandis que, dans la paracha, sont mentionnées la mort de Yaakov et ses dernières volontés à son fils Yossef.

CHEMIRAT HALACHONE

Médire par la ruse

Certains médisent en employant la ruse. Par exemple, le fait d’entreprendre des travaux de rénovation dans sa maison est conçu par certains comme du gaspillage et du luxe, alors que d’autres ne l’interprètent pas du tout péjorativement. Or, si l’on sait que notre interlocuteur fait partie de ce premier type de personnes et qu’on fait semblant de l’ignorer, tout en lui racontant qu’untel a rénové son intérieur, on transgresse l’interdit de médire par la ruse.

PAROLES DE TSADDIKIM

Que demande-t-on du Créateur ?

« Que la Divinité dont mes pères ont suivi les voies (…) » (Béréchit 48, 15)

Qu’est-ce qu’un homme doit faire pour mériter le titre de Tsaddik ? A quoi mesure-t-on la piété ?

Dans son ouvrage Na’hal Eliahou, Rav Eliahou Diskin chelita répond à ces questions. Nous y trouvons également une réponse claire et tranchée dans les écrits du Gaon, dans son commentaire sur le Choul’han Aroukh (Ora’h ‘Haïm 1).

Le Rama écrit que « Je fixe constamment mes regards sur le Seigneur » est un principe de base dans la Torah et les vertus des Tsaddikim qui empruntent la voie divine.

Le Gaon de Vilna illustre ce comportement par plusieurs exemples empruntés de la conduite des patriarches et conclut : « C’est en substance la vertu des justes. »

Autrement dit, la définition d’un Tsaddik peut être celui qui suit constamment la voie de D.ieu et garde perpétuellement à l’esprit l’omniprésence divine, en vertu du verset « Je fixe constamment mes regards sur le Seigneur. »

Cela étant, comment parvenir à ce niveau ?

Le ‘Hazon Ich zatsal indiqua une fois à un ba’hour Yéchiva, qui était un habitué de sa maison, la manière dont nous pouvons créer un lien perpétuel avec le Saint béni soit-Il. « Habitue-toi, lui dit-il, à Lui adresser toute demande, petite comme grande. Pour toute chose, tourne-toi vers Lui et sollicite Son aide, sans oublier de Le remercier. Par ce biais, s’ancrera en toi la conscience que tu te tiens constamment devant l’Eternel et que tu dépends tout le temps de Lui. En particulier, il est important de Le solliciter pour des petites choses pour lesquelles on a malheureusement tendance à penser pouvoir s’arranger tout seul. »

On raconte (histoire que nous avons déjà plusieurs fois rapportée dans nos bulletins de Pa’had David) que ses ‘hassidim ont une fois entendu Rabbi Pin’has de Koritz zatsal demander, à la fin du Chmoné Esré [où l’on peut insérer des requêtes personnelles], que leur aide ménagère ne les quitte pas. Ils pensèrent qu’il voulait faire allusion à de profondes idées ésotériques, aussi lui posèrent-ils la question. Sa réponse ne manqua de les surprendre : leur aide ménagère avait l’intention de cesser son travail juste au moment où sa femme ne se sentait pas bien, aussi demandait-il à l’Eternel de faire en sorte que cette affaire s’arrange pour le mieux.

Les ‘hassidim, médusés, insistèrent : présente-t-on une requête si anodine dans la Amida ? Et leur Rav répondit : « C’est justement pour cela que cette prière a été instituée, afin que nous puissions tout y demander, même les plus petites choses ! »

Rav Dessler a écrit un article entier sur la prière où il fait remarquer que, dans le Chmoné Esré, nous implorons l’Eternel de nous accorder de grandes choses, comme l’intelligence, le pardon, etc., puis nous Lui demandons soudain un bon gagne-pain (dans barekh alénou). Il explique qu’en réalité, toutes ces requêtes ont un dénominateur commun : elles représentent des ustensiles nécessaires à notre service divin.

Une relation saine entre un enfant et son père s’exprime par la possibilité qu’a l’enfant de lui adresser même des demandes banales. Or, il en est de même concernant notre lien avec notre Père céleste auquel nous pouvons tout demander.

PERLES SUR LA PARACHA

Qui est exempt de prononcer la bénédiction « Béni Celui qui m’a affranchi » ?

« Israël remarqua les enfants de Yossef et il dit : “Qui sont ceux-là ?” Yossef répondit à son père : “Ce sont mes fils que D.ieu m’a donnés dans ce pays.” » (Béréchit 48, 8-9)

Yaakov ne savait-il pas qui sont ses petits-enfants ? Il avait pourtant l’habitude de les voir. Rachi explique : « “Qui sont ceux-là ?” Qui ne méritent pas la bénédiction. »

Une question évidente se pose : réagit-on ainsi envers des petits-enfants qui viennent demander une brakha ? Parle-t-on de cette manière devant leur père ? L’auteur du Kédouchat Tsion de Babouv zatsal explique que, lorsqu’un garçon devient bar-mitsva, son père prononce la bénédiction : « Béni soit Celui qui m’a affranchi des punitions de celui-là. » Car, jusqu’à ce moment, c’est le père qui était tenu responsable des péchés de son fils et, désormais, il en est dégagé.

Or, cette brakha ne s’applique réellement que dans le cas où le fils a fauté. Mais s’il respectait déjà bien les mitsvot alors qu’il était jeune, il n’y aurait pas lieu de la prononcer. Par conséquent, lorsque Yaakov constata la sainteté particulière des enfants de Yossef qui n’avaient jamais fauté, il s’étonna en disant : « Qui sont ceux-là ? » Autrement dit, ils sont si parfaits que leur père ne peut prononcer la brakha d’usage au moment de leur bar-mitsva.

Alors, « Yossef répondit à son père : “Ce sont mes fils que D.ieu m’a donnés dans ce pays” », renchérissant sur le fait qu’ils sont restés pieux malgré l’environnement impur dans lequel ils se trouvaient.

Bénir en visant haut

« D.ieu te fasse devenir comme Ephraïm et Ménaché ! » (Béréchit 48, 20)

Nous bénissons nos enfants en leur souhaitant de ressembler à Ephraïm et Ménaché, alors que nous ne mentionnons pas les noms des autres tribus. Quelle est la raison de cette coutume ? Celui qui désire éduquer son fils convenablement doit, tout d’abord, l’éduquer à devenir un grand en Torah. S’il constate par la suite que cette démarche n’a pas été totalement couronnée de succès, il l’éduquera à la crainte de D.ieu, de sorte qu’il étudie tout au moins quelques heures par jour. Ainsi, Ephraïm avait l’habitude d’étudier la Torah auprès de Yaakov, tandis que Ménaché épaulait son père Yossef dans les affaires publiques. Le patriarche a béni Ephraïm en premier, car il se vouait totalement à l’étude de la Torah.

Il livre ainsi un enseignement aux générations futures, comme le souligne l’ouvrage ‘Hokhma Védaat : « C’est la raison pour laquelle nous avons choisi de bénir nos enfants par cette formule, afin que tout père soit conscient que l’essentiel est de les éduquer comme Ephraïm, qu’ils s’impliquent totalement dans l’étude de la Torah. Le père doit investir toutes ses forces dans ce but et, seulement s’il ne parvient pas à orienter son fils ainsi, il l’éduquera de sorte qu’il ressemble au moins à Ménaché en introduisant en lui la crainte de D.ieu, tout en sachant que le profil d’Ephraïm représente l’idéal. »

Le sacrifice le plus apprécié du Créateur

« Il a goûté le charme du repos et les délices du pâturage ; il a livré son épaule au joug et il est devenu tributaire. » (Béréchit 49, 15)

Ce verset ne manque de nous étonner : si Issakhar a constaté « le charme du repos et les délices du pâturage», comment expliquer qu’il ait ensuite décidé de se soumettre au joug de la Torah ? N’est-ce pas contradictoire ?

L’Admour de Mojrov zatsal dit une fois au ‘Hazon Ich : la Torah nous ordonne d’aimer l’Eternel. Comment pouvons-nous le faire ?

Une des manières d’accomplir cette mitsva est de L’aimer « de toute son âme ». Or, en marge de l’expression du verset « si vous trouvez bien » (im yèch et nafchékhem), Rachi commente : si vous voulez bien (rétsonkhem). Nous en déduisons que la volonté de l’homme, c’est son âme, sa personne. Aussi, lorsque la Torah nous ordonne d’aimer D.ieu de toute notre âme, cela signifie que nous devons Lui sacrifier notre volonté.

C’est justement ce que fit Issakhar : lorsqu’il constata que le repos et le pâturage étaient ce qu’il y avait de plus agréable, il décida de sacrifier au Créateur sa volonté de s’y adonner.

DANS LA SALLE DU TRÉSOR

Rabbi David Hanania Pinto

S’inspirer de la conduite de nos patriarches

« Yaakov conclut ainsi ses instructions à ses fils, il ramena ses pieds dans son lit ; il expira et rejoignit ses pères. » (Béréchit 49, 33)

Nos Sages expliquent que notre patriarche Yaakov n’est pas mort à proprement parler, mais est passé de ce monde-ci au monde à venir. Rachi commente ainsi le verset précité : « Le mot de mort n’est pas prononcé à son sujet et nos Maîtres ont dit que Yaakov notre père n’est pas mort. »

Notre génération a eu le mérite de connaître des justes qui possédaient en eux les qualités de nos patriarches.

Je pense notamment à Rabbi Nissim Rebibo, que son mérite nous protège. Après sa mort, combien de femmes sont restées dans le doute quant au statut de leurs enfants, sans savoir s’ils devaient, ou non, être considérés comme des bâtards ! Le monde entier a pleuré amèrement la disparition de ce juste, se demandant qui serait dès lors en mesure de trancher le cas complexe de ces enfants. Lorsque nous pleurons la mort d’un juste, nous ne nous soucions pas tant de son sort que du nôtre. Nous appréhendons l’avenir : qui nous défendra à présent, qui priera pour notre cause et qui sera préoccupé par nos soucis ? Quand un juste quitte ce monde, il se dirige vers le repos éternel, tandis que nous restons là, abandonnés à nos soupirs et plus perdus que jamais.

Je pense aussi au juste Rabbi Raphaël Berdugo, de mémoire bénie, qui était le président du tribunal de la ville d’Essaouira (Mogador). Cet homme détenait en lui les trois qualités de nos ancêtres : Torah, prière et bienfaisance. Bien que le monde entier fût conscient de son exceptionnel niveau et de sa piété hors du commun, tous ont pleuré sa mort, car « ceux-ci ont voyagé vers le repos éternel, nous abandonnant à nos soupirs ». Lorsqu’un juste de cette stature quitte le monde, sa disparition nous plonge dans la confusion, parce qu’il n’est plus là pour nous indiquer la voie à suivre. Les larmes que nous versons à la mort d’un juste, n’expriment pas notre appréhension pour lui, car nous sommes certains qu’il est en route pour le jardin d’Eden, mais plutôt le vide que nous ressentons suite à son départ.

La grandeur de Rabbi Raphaël Berdugo, de mémoire bénie, était telle que, lorsqu’il arriva en Terre Sainte pour s’y installer, il se comporta avec tant de simplicité et de modestie qu’on aurait pu le prendre pour un homme commun. Sa vie entière était caractérisée par une humilité hors du commun, tandis que tout ce qui touchait à la matérialité ne l’intéressait pas le moins du monde. D’ailleurs, cette simplicité et cette modestie ont été transmises, comme un fil rouge, dans toute la noble famille Berdugo, et son fils, qu’il ait une longue et bonne vie, président du tribunal de la ville de Netanya, a lui aussi hérité de ces qualités.

Il est certain que, de même que nos Sages affirment que notre patriarche Yaakov n’est pas mort, nous pouvons également affirmer que Rabbi Raphaël Berdugo n’est pas mort et qu’il vit encore. Il a simplement rejoint ses pères et il continue à intercéder en faveur du peuple juif, comme il le faisait de son vivant.

En outre, lorsque Rabbi Raphaël Berdugo se trouvait dans les palais des rois et des princes, ces derniers étaient impressionnés par son comportement exceptionnel, au point qu’ils se sont exclamés à son sujet : « Heureux le peuple qui jouit d’un tel sort ! Heureux le peuple dont l’Eternel est le D.ieu ! » (Téhilim 144, 15) Tel est le but que doit viser tout Juif : à l’instar des justes et des grandes personnalités de notre peuple, il lui incombe d’essayer d’adopter lui aussi un comportement exemplaire, de sorte que tous ceux qui observent un Juif respectant la Torah et les mitsvot soient frappés par sa dignité ; ceci créera une grande sanctification du Nom de D.ieu.

DES HOMMES DE FOI

Un jour, les dépenses pour les besoins des pauvres qui reposaient sur Rabbi ‘Haïm devinrent si lourdes qu’il lui fut presque impossible d’y faire face. Il lui fallait trouver une solution.

Accompagné de son fidèle serviteur, Rav Yéhouda Ben Azar, le Tsaddik alla se recueillir sur la tombe de son ancêtre, Rabbi ‘Haïm Pinto Hagadol. Quand il termina sa prière, il lui dit : « Viens, partons en direction de Safi. »

En chemin, il aperçut au loin un attroupement. Le Tsaddik demanda à Rav Yéhouda s’il voyait la même chose que lui. Il répondit par l’affirmative, mais il ne voyait pas distinctement s’il s’agissait de Juifs. Rabbi ‘Haïm lui déclara avec assurance : « Ce sont des Juifs et l’un d’eux m’apporte de l’argent, soixante-quinze rials. »

Lorsqu’ils approchèrent, le Tsaddik leur demanda : « Qui est Raphaël Lellouche ?

- C’est moi, répondit un des hommes du groupe en se présentant au Rav.

- Donne-moi le don que tu as promis en l’honneur de mon ancêtre Rabbi ‘Haïm Pinto, soixante-quinze rials », lui demanda le Tsaddik.

Raphaël Lellouche sortit de sa poche la somme en question et la lui remit avec joie.

Quand le groupe s’éloigna, Rav Yéhouda Ben Azar demanda à Rabbi ‘Haïm de lui donner un peu de cet argent.

Le Tsaddik lui répondit :

« Je te bénis de recevoir aujourd’hui davantage que ce que j’ai reçu. »

Et il en fut effectivement ainsi, puisque Rav Yéhouda trouva dans son écurie une fortune supérieure à celle-ci.

Rav Yéhouda Ben Azar connut en outre la longévité et fut honoré par tous les habitants de la ville de son vivant, comme l’en avait béni le Tsaddik.

EN PERSPECTIVE

Prier de toutes ses forces

« Or, je te promets une portion supérieure à celle de tes frères, portion conquise sur l’Amoréen, à l’aide de mon épée et de mon arc. » (Béréchit 48, 22)

Le Targoum traduit les mots « mon épée et mon arc » par « mes prières et mes requêtes ». Pourquoi la prière est-elle comparée à un arc ?

Rabbi Avraham de Sokhtchov zatsal explique l’idée suivante : de même que la flèche d’un arc va d’autant plus loin que l’on tire fort sur celui-ci, de même la prière d’un homme s’élève d’autant plus haut dans les cieux qu’il la prononce avec force et en suppliant D.ieu. Le cas échéant, elle est en mesure de briser tous les écrans et de susciter le salut attendu.

Utilisons donc à bon escient le pouvoir de la prière en demandant de tout notre cœur au Créateur, qui nous aime tant, tout ce dont nous avons besoin.

 

 

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