La Paracha de la semaine en format PDF

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paracha de la semaine

Toldot

18 Novembre 2017

כ"ט חשון תשע"ח

Horaires de Chabbat
Localité Allumage Fin de Chabbat Rabbenou tam
Paris 16h49 17h59 18h56
Lyon 16h49 17h55 18h40
Marseille 16h54 17h58 18h41
Ra'anana 16h18 17h18 17h55

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Vérité et mensonge en ce monde

Rabbi David Hanania Pinto

« Les enfants ayant grandi, Essav devint un habile chasseur, un homme des champs, tandis que Yaakov, homme entier, vécut sous les tentes. » (Béréchit 25, 27)

Yaakov et Essav étaient deux frères, nés du même père, Its’hak, et de la même mère, Rivka. Tous deux étaient les petits-enfants d’Avraham et de Sarah, et pourtant, le verset souligne ici l’antinomie de leurs voies respectives. Comment expliquer que deux enfants, nés des mêmes parents et ayant reçu la même éducation, aient pu se différencier au point que l’un devint un chasseur et l’autre un homme étudiant la Torah ?

Proposons l’explication suivante. Le monde futur est appelé monde de la Vérité, alors que le monde dans lequel nous vivons est appelé monde du mensonge. Pourtant, existe-t-il, dans ce monde, une réalité appelée mensonge, et si c’est le cas, en quoi réside-t-elle ? Lorsqu’un homme possède un vêtement et qu’il affirme en posséder, est-ce là un mensonge ? N’est-ce pas plutôt une réalité ? Aussi, en quoi ce monde est-il donc mensonger ?

Lorsque, peu après la sortie d’Égypte, les enfants d’Israël devaient recevoir la Torah, Moché, qui était monté au ciel, se heurta à l’opposition des anges, et un véritable débat de fond se tint alors entre eux. Les anges arguèrent : « Comment l’homme, qui vit dans un monde de mensonge, peut-il recevoir la Torah, qui est Vérité ? », tandis que Moché rétorqua : « Justement du fait que l’homme vit dans un monde de mensonge, il a besoin de la Torah pour lui indiquer la Vérité, car sans elle il sombrerait toujours dans les ténèbres. »

Nous pouvons constater que, dès l’aube de l’humanité, ce monde-ci est celui du mensonge. En effet, déjà du temps d’Enoch, fils de Chèt, lui-même fils d’Adam, le monde était idolâtre. N’est-ce pas aberrant ? Il aurait simplement suffi qu’Enoch se demande qui était le Père de son grand-père pour qu’il reconnaisse le Créateur du monde. Or, le petit-fils d’Adam n’a pas su remonter à l’origine et reconnaître Dieu, ce qui prouve que nous vivons dans un monde mensonger, dans lequel il nous est difficile de Le percevoir, même lorsqu’Il est proche de nous. Les anges pensaient que ce monde-ci n’était pas digne de recevoir la Torah, alors que c’est justement pour cette raison que nous en avons besoin, ainsi que le leur a répondu Moché : elle représente notre seule chance pour que nous empruntions le droit chemin.

Dans cet univers, il nous est difficile d’appréhender la nature véritable du monde futur. Nos Sages, de mémoire bénie, nous enseignent : « Une heure de béatitude dans le monde à venir vaut plus que toute la vie de ce monde. » (Avot 4, 22) Cela signifie que si l’on concentre tous les plaisirs qu’un homme a eus dans ce monde pendant de nombreuses années, ceux-ci n’équivaudront pas à une seule heure de jouissance dans le monde futur.

Comme nous l’avons expliqué, le monde futur est le monde de la Vérité, alors que ce monde-ci est celui du mensonge. L’homme qui se rattache à la Torah a certes un lien avec la Vérité, mais le mauvais penchant détient néanmoins le pouvoir de lui faire prendre le mensonge pour vrai. Un homme riche ne peut comprendre ce qu’est la pauvreté que s’il devient lui-même pauvre. À propos du juste Rabbi ’Haïm de Tsanz, que son mérite nous protège, on raconte l’anecdote suivante. Une fois, alors qu’il étudiait, l’esprit entièrement plongé dans le monde de la Torah, il se leva pour chercher un livre, quand, au contact de la bougie à la lumière de laquelle il étudiait, la couverture qui le recouvrait prit soudain feu. Son serviteur accourut aussitôt pour le secourir, jetant sur lui une autre couverture afin d’éteindre ce début d’incendie. Le Rav le réprimanda alors pour l’avoir dérangé dans son étude. Car il y était plongé à un point tel qu’il n’avait même pas remarqué les flammes qui s’étaient élevées autour de lui. Une concentration intense dans l’étude peut aller jusqu’à transporter l’homme dans un autre monde, celui de la Vérité.

À l’inverse, il m’est arrivé de rendre visite à une dame, qui avait été blessée suite à un tremblement de terre, lors duquel un mur s’était effondré sur elle. Je lui ai demandé si elle avait ressenti le tremblement de terre, et elle m’a répondu par la négative. À mon grand étonnement, elle m’a expliqué que ce même jour, elle venait de recevoir un arrivage de diamants, et elle en était tellement préoccupée qu’elle n’a même pas ressenti le tremblement de terre.

Nous en déduisons un principe de base : l’homme vit dans le monde où se trouve son esprit. Celui qui est préoccupé par la Vérité vit dans un monde de vérité, et peut y être entièrement plongé. À l’opposé, celui qui est préoccupé par le mensonge vit dans un monde de mensonge, au point qu’il peut demeurer insensible à un tremblement de terre.

Yaakov et Essav ont grandi dans la même maison, et pourtant, combien étaient-ils différents ! Yaakov est devenu « un homme entier, assis dans les tentes ». Ce monde-ci, comme le monde futur, est appelé « tente ». Le verset souligne que Yaakov était assis dans les tentes (au pluriel), ce qui montre que, pour lui, ce monde était un monde de Vérité, au même titre que le monde futur. Yaakov était donc assis dans deux tentes, correspondant aux deux mondes, mais tous deux dotés de la dimension de la Vérité.

Ainsi donc, Yaakov et Essav se sont radicalement différenciés, bien qu’ils soient tous deux nés dans un même foyer. Yaakov a choisi le monde de la pure Vérité. Quant à Essav, il a fait le raisonnement suivant : « Si le Saint béni soit-Il a créé dans Son monde tellement de délices, c’est certainement pour que l’homme en profite. » Ce raisonnement était certes fondé. Pourtant, si l’on réfléchit, on comprendra que le Créateur a conçu un monde attrayant dans le but de donner à l’homme le libre arbitre, en le plaçant dans une réalité qui, d’un côté a le pouvoir de l’élever à de hauts niveaux spirituels, et de l’autre, peut l’entraîner à vivre dans la matérialité et à s’y enfoncer toujours plus.

DE LA HAFTARA

Haftara de la semaine : « Yonathan lui dit : Demain, c’est le nouveau mois. » (Chmouel I, chap. 20)

Ce Chabbat est aussi la veille de Roch ‘Hodech Kislev, et le moment du nouveau mois est justement évoqué dans la haftara.

CHEMIRAT HALACHONE

Celui qui croit les ragots

S’il s’avère qu’Untel nous a vraiment causé du tort en actes ou en paroles, il faut tout de même lui accorder le bénéfice du doute, ce qui est une véritable mitsva selon la loi stricte. Le fait de s’y refuser est considéré comme une faute grave et donne droit au titre peu flatteur de personne qui croit des ragots.

GUIDÉS PAR LA ÉMOUNA

Décharge-toi sur D.ieu de ton fardeau

Lors d’un Chabbat, j’ai évoqué, au cours de mon intervention, l’importance de la foi et de la confiance en D.ieu, soulignant que nous devons ressentir à chaque instant qu’Il chemine à nos côtés, de telle sorte que nos difficultés personnelles sont aussi les Siennes. Remettons-nous-en au Créateur, certains qu’Il résoudra nos problèmes, en suivant le conseil des Téhilim (55:23) : « Décharge-toi sur D.ieu de ton fardeau, Il prendra soin de toi, jamais Il ne laisse vaciller le Juste. »

Or, quelques jours plus tard, j’ai croisé un homme qui avait beaucoup souffert d’un certain problème. Lorsque je lui ai demandé si la situation avait évolué, il m’a répondu qu’il n’avait plus aucun problème. Comment était-ce possible ? me suis-je étonné. Sa réponse m’a beaucoup impressionné : « Vous nous avez expliqué, Chabbat dernier, que tous nos problèmes sont en fait ceux du Créateur. Je me suis alors tourné vers Lui : “C’est Ton problème et Tu le résoudras pour le mieux” et cela a été efficace ! » Pour conclure, il ajouta : « Je suis totalement convaincu qu’Il va résoudre mon problème rapidement et facilement, et c’est pourquoi, de mon point de vue, il a déjà disparu. »

Je confortai mon interlocuteur dans cette vision des choses, en ajoutant les paroles de nos Sages selon lesquels, lorsqu’un homme souffre à l’un de ses membres, D.ieu aussi souffre avec lui, comme Il l’affirme Lui-même dans les Téhilim (91, 15) : « Je suis avec lui dans la détresse ». Or, plus nous intégrerons cette confiance en Lui, plus Il nous aidera et résoudra tous nos problèmes.

PAROLES DE TSADDIKIM

« Il arriva, comme Its’hak était devenu vieux, que sa vue s’obscurcît. » (Béréchit 27, 1)

Nos Sages nous apprennent que la possibilité d’expier nos fautes par des souffrances nous a été donnée par le mérite d’Its’hak. « Maître du monde, s’écria celui-ci, si un homme meurt sans souffrances, l’attribut de rigueur risque de l’attaquer ! » Non seulement Hachem trouva la demande opportune, mais Il s’engagea à appliquer ce nouveau mode de fonctionnement à partir d’Its’hak.

Le Maguid hiérosolymite, Rav Shabtaï Yudlevicz zatsal, racontait l’histoire d’un homme en proie à toutes sortes de tourments : lui et ses proches avaient été frappés de différentes maladies et il n’arrivait pas à joindre les deux bouts, pour ne citer que quelques-uns de ses nombreux problèmes.

Un jour, il décida d’aller rendre visite au Tsaddik et kabbaliste Rabbi Chalom Charabi zatsal, pour lui demander conseil. Quand il arriva au domicile du Rav, la Rabbanite le pria de patienter que le Rav se libère.

En attendant, notre homme, qui était exténué, s’assit. Rapidement, la fatigue eut raison de ses forces, et il sombra dans un profond sommeil. En rêve, il se vit monter au Ciel. Devant lui s’ouvrait un chemin vide. Pas âme qui vive à l’horizon. Autour de lui, le silence le plus total régnait.

Mais voilà qu’il entendit soudain derrière lui un vrai vacarme. Le son se rapprochait vite et un grand chariot plein d’anges blancs comme neige le doubla brutalement, puis s’éloigna et disparut à l’horizon. En un instant, le silence le plus total revint, et notre homme, encore étonné par la vision qui venait de s’offrir à lui, continua à avancer. Nouvelle surprise : cette fois, un immense cortège de chars bondés d’anges noirs effrayants passa devant lui. Cela piqua au vif sa curiosité, et il accéléra l’allure, jusqu’au moment où il atteignit un carrefour où se dressait une gigantesque balance. Les anges étaient en train de se hisser des deux côtés.

Quelle étrange vision ! Notre homme était pour le moins perplexe. Mais il lui fut expliqué qu’il se trouvait face au tribunal céleste, où l’homme est jugé. Les anges qu’il voyait monter sur les balances avaient été générés par les mitsvot et les fautes accomplies. Lorsqu’un homme réalise une mitsva à la perfection, il crée un grand ange blanc d’un poids élevé. Par contre, si cette mitsva n’est pas accomplie de manière optimale, l’ange créé est estropié ou d’une maigreur anormale. Or, il en va de même pour les anges créés par les fautes de l’homme. S’il les accomplit sciemment, avec préméditation, et en tire une jouissance, les anges correspondants sont lourds et massifs, tandis que s’il agit involontairement, ils restent petits et frêles.

Notre homme remarqua alors que sur chaque ange était écrit le nom d’une mitsva ou d’une avéra. Les anges blancs portaient des inscriptions telles que : téfila, respect des parents, ‘hessed, Chabbat, etc. Les anges noirs représentaient, pour leur part, le produit du bitoul Torah, du lachone hara, de transgressions du Chabbat, du vol, de la jalousie, etc.

De plus en plus intrigué, notre homme voulut savoir quel était l’homme ainsi jugé. Il lui fut répondu qu’il assistait sans le savoir à son propre jugement. Horrifié, il réalisa alors que tous les anges avaient fini de s’installer à leurs places respectives et que la balance penchait clairement du côté des anges noirs. Dans ce cas, se dit-il paniqué, il allait écoper du verdict des impies, et il se mit alors à trembler de tous ses membres.

Un appel retentit soudain : « Reste-t-il des anges ? »

La réponse était négative.

Nouvel appel : « Peut-être ce Juif a-t-il enduré des souffrances au cours de son existence, auquel cas on pourrait les ajouter aux mérites ? »

Aussitôt, un immense chariot d’anges formés par ses souffrances fit son apparition, et pour chacun de ces anges, quelques anges noirs furent retirés de la balance. Lorsque tous les anges créés par les souffrances eurent été comptabilisés, notre ami s’aperçut que la balance penchait encore légèrement du côté des fautes. C’en était fait de lui ! Dans quelques instants, on allait immanquablement le déclarer coupable. Désespéré, il se mit à hurler : « Accordez-moi encore un peu de souffrances ! »

Sous l’effet de son propre cri, il se réveilla en sursaut. Réalisant que ce n’était qu’un rêve, il se leva pour se diriger vers la sortie. Étonnée, la Rabbanite l’appela : « Ne vouliez-vous pas parler au Rav ? » « Ce n’est plus nécessaire », lui répondit-il. « Du Ciel, on m’a inspiré la réponse… »

À MÉDITER

Nous avons compris, jusque-là, que l’amour d’autrui et la Rédemption future sont intimement liés, ce qui s’est déjà manifesté lors de la première délivrance du peuple juif, délivrance qui lui permit justement de former une entité en tant que telle.

Alors que les Hébreux sont soumis au joug de l’esclavage en Égypte depuis plusieurs centaines d’années, Hachem mandate Moché pour les délivrer en Son Nom. Et celui-ci lui répond : « Charge donc un autre émissaire de cette mission ! » (Chémot 4, 13) Nos Sages précisent à cet égard, dans le Midrach, qu’au moment où Moché reçut la royauté et Aharon la prêtrise, ils n’éprouvèrent pas la moindre haine ; au contraire même, chacun se réjouit de la grandeur de son frère. Or, il faut savoir qu’au moment où Hachem demande à Moché de se rendre auprès de Paro et que celui-ci semble décliner l’invitation, il ne s’agit en fait nullement d’un refus de sa part, mais bel et bien d’un souci de préserver l’honneur de son grand frère. « Jusque-là, voulait-il souligner, mon frère a été le prophète des Hébreux pendant 80 ans, et maintenant, j’empiéterais sur son domaine et lui causerais de la peine ?! » Et c’est ce qui expliquait les réticences de Moché.

Toujours d’après le Midrach, Hachem rassura Moché : « Cela ne dérange pas du tout Aharon ! Non seulement il n’en éprouve aucune peine, mais il en est même heureux ! » D’où la suite du verset : « Ton frère Aharon (…) se réjouira dans son cœur ». Il n’est pas seulement précisé qu’il sera joyeux ou exprimera de la joie, mais qu’il la ressentira intérieurement. Sur ces paroles, Moché accepta la mission qui lui était confiée.

Le Rav Shakh zatsal soulignait le côté remarquable de cette réaction :

Voilà qu’une mitsva de grande ampleur se présente à Moché, mitsva qui va enclencher le premier rouage de la Délivrance, une mitsva que lui impose Hachem Lui-même. Et pourtant, Moché décline la mission, par crainte de blesser son frère. Comme s’il avait compris que s’il existe un risque de froisser autrui, d’après le daat Torah, il faut refuser même une mission d’Hachem !

Car Moché était bien conscient que la délivrance d’Israël est incompatible avec une vexation. La Guéoula ne pouvait venir sur le compte d’un honneur froissé, et c’est ce qui permit à Moché Rabbénou de répondre à Hachem : « Maître du monde, si ma mission risque de porter atteinte à l’honneur d’Aharon, la délivrance sera certainement entravée… Aussi, comment pourrais-je accepter cette mission dont le but est de délivrer Israël quand il est évident que, par mon implication, je ne pourrai la mener à bien ? »

Un argument qu’Hachem ne réfuta pas. Il était bien d’accord, en effet, que si Aharon était blessé, l’intervention de Moché Rabbénou ne pourrait permettre, à terme, la libération des enfants d’Israël. Mais Hachem précisa cependant à Moché Rabbénou que ses craintes étaient infondées : non seulement sa délégation n’allait nullement porter ombrage à Aharon, mais celui-ci allait même s’en réjouir du fond du cœur !

Ainsi, si l’on veut mériter la délivrance finale et éternelle, il ne nous reste plus qu’à nous accrocher à la solution qui fit ses preuves à l’époque de Moché Rabbénou, et à travers toutes les générations : aimer son prochain comme son frère, fuir radicalement la haine de l’autre. Et une fois que nous aurons réparé la cause de cet exil, nous mériterons la délivrance totale et la reconstruction du Beth Hamikdach, que nous espérons vivre très prochainement !

DANS LA SALLE DU TRÉSOR

Rabbi David Hanania Pinto

La brakha d’Its’hak à Essav

« Fais-moi un plat savoureux comme je l’aime, sers-le-moi et que j’en mange, afin que je te bénisse avant ma mort. » (Béréchit 27, 3-4)

Notre patriarche Its’hak s’adressa à son fils Essav pour lui demander de sortir dans les champs, de lui chasser du gibier et de le lui préparer à la façon dont il l’aimait. Comment comprendre cette requête de la part d’Its’hak, qui était un homme saint, éloigné des vanités de ce monde ? Désirait-il réellement goûter à des plats raffinés ?

Le verset précise également qu’Its’hak a rappelé à Essav d’aiguiser le couteau avant d’aller capturer du gibier à son intention. De deux choses l’une : si Its’hak faisait confiance à Essav et était sûr qu’il allait lui apporter de la viande cachère, pourquoi l’a-t-il averti au sujet du couteau ? Et, s’il ne lui faisait pas confiance, comment a-t-il pu lui demander de chasser pour lui, sans craindre de devoir ensuite consommer un animal abattu contrairement à nos rites ?

Je répondrais de la façon suivante : Its’hak désirait accorder une bénédiction à son fils Essav, et voulait aussi que le Saint béni soit-Il approuve cette décision et lui donne la bonne inspiration. Pour qu’Essav puisse mériter cette bénédiction, Its’hak lui demanda de lui apporter un bon repas, car plus il se donnerait de peine pour servir son père, plus il aurait de mérites et serait en mesure de recevoir la bénédiction. Il est évident qu’Its’hak n’a pas demandé des mets raffinés pour le plaisir de les déguster, mais que son unique intention était d’augmenter ainsi les mérites d’Essav, afin d’obtenir l’approbation divine pour ces bénédictions, qui devaient être adressées à ce dernier. Ainsi donc, Its’hak demanda à Essav d’aiguiser son couteau, car toute la peine qu’il se donnerait pour lui présenter du gibier cachère augmenterait ses mérites et sa récompense.

Nous pouvons en retirer une leçon : celui qui désire s’attirer la bénédiction doit se montrer méticuleux dans tous les détails de la mitsva, et non l’exécuter avec négligence. Comme nous le savons, chaque mitsva que nous exécutons crée un ange, et plus la mitsva est accomplie avec application, plus l’ange créé est parfait. Si, à Dieu ne plaise, on exécute une mitsva de façon distraite et avec dédain, l’ange créé sera défectueux. Après cent vingt ans, tous les anges créés par les mitsvot de l’homme se rassemblent, pour venir témoigner devant la cour céleste de la façon dont cet homme a accompli les mitsvot. Plus l’ange créé par l’accomplissement de la mitsva est parfait, plus la récompense de l’homme est importante.

Its’hak ne craignait pas que son fils lui apporte de la viande taref, car il savait qu’Essav était conscient que la minutie dans l’observance des mitsvot lui donnerait le mérite de recevoir les bénédictions, qu’il désirait ardemment. Pour cette raison, Its’hak était sûr que son fils se donnerait de la peine pour accomplir sa requête, et que même s’il ne faisait pas la che’hita conformément à la loi, le Saint béni soit-Il veillerait à ce qu’il mange cachère, comme le souligne le verset : « Il protège les pas de Ses pieux » (Chmouel I 2, 9).

DES HOMMES DE FOI

Le dévouement de Rabbi ‘Haïm pour les nécessiteux le rendit populaire parmi ses frères Juifs, qui avaient le sentiment que toutes ses actions étaient totalement désintéressées. Quiconque le cherchait savait qu’il pourrait le trouver parmi les pauvres, avec lesquels il s’asseyait souvent pour leur remonter le moral. Il n’hésitait pas, en parallèle, à solliciter les plus riches, les empêchant de se détourner de la mitsva de tsédaka.

Durant la période des fêtes et plus particulièrement avant Pessa’h, au moment où les dépenses en nourriture étaient plus importantes, cette mission devenait bien plus ardue. Mais Rabbi ‘Haïm était prêt à insister auprès des nantis afin qu’ils soutiennent financièrement les pauvres de la ville. Il allait de maison en maison et demandait à chacun d’ouvrir son cœur et sa bourse, afin de ne pas laisser une seule famille condamnée à passer les fêtes dans la tristesse. Les généreux donateurs se voyaient systématiquement gratifiés de bénédictions infinies.

Les notables ne voyaient pas tous d’un bon œil le fait que le Rav fraye avec de pauvres hères, mais Rabbi ‘Haïm leur expliquait avec douceur que pour comprendre la situation des nécessiteux, il était nécessaire de se mettre à leur place, de s’identifier à leur douleur. « Dans ce cas, on ne peut manquer de réaliser l’importance d’aider les plus démunis d’entre nous », concluait-il. Qui peut prétendre à un tel niveau d’empathie ?!

Un témoignage intéressant fut donné par Rabbi Yéchoua, le serviteur de Rabbi ‘Haïm Pinto, sur l’emploi du temps du Tsaddik. Voici ses paroles :

« Tôt le matin, je me rendais chez lui et le trouvais déjà à l’étage supérieur de sa maison, dans la synagogue, en train de prier. Après la prière, il descendait voir son épouse et lui demandait ce qu’elle devait cuisiner ce jour-là. Après qu’elle lui eut répondu, il lui remettait l’argent nécessaire pour ses achats. Puis, il sortait et allait de maison en maison collecter des fonds pour les pauvres de la ville.

« Ses pieds le conduisaient vers les foyers où se trouvaient des malades ou des pauvres. Il faisait lui-même des achats et leur distribuait des denrées. Partout, on lui servait à manger, mais il goûtait juste un peu, tandis qu’il me disait à chaque fois de manger.

«“Rabbi, lui demandais-je, combien puis-je manger ?” Il me répondait inlassablement : “Tu es encore jeune, tu peux manger. Et s’ils nous invitent à leur table, il est interdit de les mettre dans l’embarras en refusant.” 

« Ainsi marchait-il pendant de nombreuses heures, d’un bout à l’autre de la ville, afin de pratiquer bonté et charité avec ses propres forces et ses propres deniers. Il en était ainsi du temps de sa jeunesse et il continua jusqu’à un âge avancé.

« La nuit, il lisait des tikounim et étudiait la Torah. “Qui s’élèvera sur la montagne de D.ieu ? Qui se tiendra dans Sa sainte résidence ? Celui dont les mains sont sans tache, le cœur pur.” »

EN PERSPECTIVE

L’habit fait-il le moine ?

« Rivka prit les vêtements précieux d’Essav, son fils aîné, qui se trouvaient avec elle à la maison, et elle en revêtit Yaakov, son jeune fils. » (Béréchit 27, 15)

Le saint Rabbi Naftali de Ropschitz zatsal soulignait :

« On voit de là l’influence, le pouvoir des vêtements que l’on porte !

Car ce n’est pas par hasard que Rivka fait porter à Yaakov les vêtements précieux d’Essav. Il était en effet très difficile au premier d’émettre le moindre mensonge – comme le souligne le verset « tu donneras la vérité à Yaakov ». Rivka lui demanda donc d’enfiler le costume d’Essav, afin de se mettre dans la peau du personnage. Car lorsqu’on s’habille comme un Essav, on devient un peu comme lui, et même notre façon de parler en pâtit…

 

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