La techouva en un instant

La période de techouva peut être subdivisée en deux parties : le mois d’Elloul, période de miséricorde et de seli’hot et les dix Jours de repentir, qui débutent par les deux jours de Roch Hachana et se clôturent par Yom Kippour – en tout, quarante jours.

Pourquoi avons-nous besoin de tant de jours pour nous repentir ? Nos Sages établissent pourtant que « d’aucuns acquièrent leur monde [futur] en un instant », auquel cas une seule heure de techouva serait suffisante. Dès lors, pourquoi dix Jours de repentir sont-ils nécessaires, et pourquoi, à plus forte raison, les quarante jours de Roch ‘Hodech Elloul jusqu’à Yom Kippour ?

Pour expliquer cela, rapportons avant tout les propos de nos Sages (Arakhin 15b), selon lesquels « le médisant est considéré comme un hérétique ». Pourquoi est-ce le cas et quel est le rapport entre ces deux points ?

Si nous approfondissons les racines de cette faute, force est de constater que le premier médisant de l’histoire n’était autre que le serpent, qui calomnia le Tout-Puissant devant Adam et ‘Hava (au point que toutes les bêtes se rassemblèrent autour du serpent et lui dirent : « Quel avantage à avoir une langue ? Point de profit pour le médisant (litt. « celui qui a une langue »)). Adam et ‘Hava accordèrent crédit à ses propos et, comme tout calomniateur, le serpent fut puni par la lèpre (Meam Loez Beréchit page 174). Quant à Adam et ‘Hava, ils se rendirent ainsi coupables d’apostasie, reniant D. De ce fait, quiconque médit est considéré comme un hérétique.

Il faut cependant comprendre plus avant la gravité de cette transgression, dont nos Sages disent qu’elle amplifie les fautes jusqu’au ciel et est équivalente aux trois fautes capitales (Arakhin 15b). Ils précisent entre autres que cette faute cause le départ de la Présence divine et la survenue de terribles décrets.

Et pour cause : les âmes des enfants d’Israël étant d’origine divine, lorsqu’un homme médit de son prochain, d’une certaine manière, c’est comme s’il décriait sa racine fondamentale, d’origine divine, et reniait le Créateur.

Cette faute est si grave que nos Maîtres écrivent (Yevamot 63b) que, par la faute des vivants, les morts sont dérangés dans leur tombeau. Ainsi, par la médisance et les autres fautes, les accusateurs ont le pouvoir de creuser les tombes des justes et de troubler leur saint repos (ibid. 97a ; Pessikta Rabbati 2:5). Les tombes et les stèles funèbres sont détruites par cette faute.

Or, quel est l’amendement possible ? Sur le verset (Devarim 3 :23) : « J’ai supplié l’Eternel », nos Sages expliquent (Devarim Rabba 11 :6) que le leader du peuple juif fit 515 prières – valeur numérique des termes vaet’hanan (« j’ai supplié »), chira (« cantique de louanges ») et tefila (« prière »). On en déduit que lorsqu’un homme commet une faute vis-à-vis de son prochain, il doit le supplier de lui pardonner, car telle est la notion de techouva – répondre (lehachiv) à l’autre, lui apporter une réponse appropriée, de même que le Saint béni soit-Il dit à Moché, confronté à l’antagonisme des anges (Chabbat 88b) : « Accroche-toi à Mon trône de gloire et réponds-leur (hachev lahem techouva) ». Ce point est essentiel au cours du mois d’Elloul, car il exprime l’essence de la techouva.

Comment réussir une véritable techouva ? Pour ce qui est des fautes vis-à-vis de D., un seul instant, une heure ou même une seconde de techouva peut suffire, comme nous l’avons déjà expliqué.

Toutefois, du fait que l’essence du péché se trouve dans celui d’Adam et ‘Hava, qui crurent des propos médisants, nous allons analyser la manière dont ils ont réparé leur faute, par le pouvoir de la Torah.

On dit qu’à partir de sa faute, ‘Hava a reçu l’ordre d’allumer les bougies de Chabbat, du fait qu’en faisant trébucher son époux, elle avait éteint la lumière du monde (Chabbat 32a ; Tan’houma Metsora 9). Or, que représente la bougie ? « Car la mitsva est une bougie et la Torah une lumière », nous dit le verset (Michlé 6:23). « Car la lumière émanant de la Torah ramène l’homme à de meilleures dispositions », analysent nos Sages (Yerouchalmi ‘Haguiga 1:7). Le lien entre l’allumage du Chabbat et la faute de ‘Hava se retrouve d’ailleurs en filigrane dans les mots eux-mêmes : ner chel (« lumière de ») et lachon r (allusion au lachon hara). Car la mauvaise parole amène l’obscurité, tandis que la Torah éclaire.

En ce qui concerne Adam, suite à la déchéance, D. lui dit : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front » (Beréchit 3:19), cet aliment de base étant une allusion claire à la Torah (Yalkout Chimoni Vayetse §123), comme il est dit (Michlé 9:5) : « Venez, mangez de mon pain » - le pain de la Torah.

Or, de même que l’homme vit du pain, il tire sa vitalité de la Torah, appelée « vie » (Avot deRabbi Nathan 34:10), comme il est dit (Michlé 3:18) : « Elle est un arbre de vie (…). » Telle était la condition pour réparer la faute d’Adam et de ‘Hava, dont dérivent tous les autres péchés.

Or, de même que la Torah fut donnée après quarante jours et que l’embryon abrite une âme après quarante jours (Mena’hot 99b), pour les fautes vis-à-vis d’autrui, il convient de se repentir de Roch ‘Hodech Elloul jusqu’à Yom Kippour, une seule heure étant dans ce cas insuffisante.

La preuve en est qu’avant la faute, ‘Hava enfantait au bout d’une heure alors que de nos jours, neuf mois de grossesse préalables sont nécessaires. En outre, quarante jours après la conception, une voix céleste déclare : « La fille d’untel est destinée à untel » (Sota 2a), ce qui correspond aussi au moment où la grossesse est avérée.

A présent, nous comprenons la nécessité des quarante jours de techouva, laquelle doit s’appuyer sur la Torah, donnée après quarante jours. Les dix Jours de repentir – de Roch Hachana à Yom Kippour – sont par ailleurs à mettre en parallèle avec les dix commandements, quintessence de la Torah.

Car tel est l’amendement de la faute de la médisance acceptée par Adam et ‘Hava : se renforcer tous deux en Torah. De manière plus générale, l’amendement de toutes les fautes doit passer par la Torah et, ce faisant, la techouva est agréée par D.

Résumé

 •Pourquoi quarante jours sont-ils nécessaires pour se repentir, couronnés par les dix Jours de techouva ? Pourtant, ne dit-on pas que l’on peut acquérir le monde futur en une heure ? La faute originelle est celle d’Adam et ‘Hava, qui prêtèrent attention aux propos médisants du serpent et se rendirent ainsi coupables d’apostasie, en reniant D., à la racine de toutes les âmes. Par cette faute, les morts sont dérangés dans leur tombe. L’amendement à cette faute : vaet’hanan – le fait de supplier l’autre de nous pardonner. Le moment adéquat : le mois d’Elloul, mois de la techouva – littéralement, de la réponse apportée à la souffrance causée à l’autre, du dialogue rétabli. Vis-à-vis de D., en revanche, un instant ou une heure peuvent suffire pour que le repentir soit agréé.

 

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