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Parachat Chémot

18 Janvier 2020

כ"א טבת תש"פ

Horaires de Chabbat
Localité Allumage Fin de Chabbat Rabbenou tam
Paris 17h05 18h18 19h06
Lyon 17h06 18h15 19h01
Marseille 17h12 18h18 19h02
Ra'anana 16h38 17h40 18h17
Jerusalem 16h24 17h39 18h17

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Pourquoi Moché voulut refuser la mission divine ?

Rabbi David Hanania Pinto

« Le courroux de l’Eternel s’alluma contre Moché et Il dit : “Eh bien ! C’est Aharon ton frère, le Lévite, que Je désigne ! Oui, c’est lui qui parlera ! Déjà même il s’avance à ta rencontre, et à ta vue, il se réjouira dans son cœur.” » (Chémot 4, 14)

Le Saint béni soit-Il apparut à Moché à travers le buisson ardent et lui enjoignit d’aller trouver les enfants d’Israël pour leur annoncer qu’Il les délivrerait bientôt d’Egypte par des prodiges, puis les conduirait dans le désert où Il leur donnerait la Torah, suite à quoi Il les ferait entrer en Terre promise. L’Eternel transmit à Moché des signes miraculeux qu’il montrerait aux enfants d’Israël afin de leur prouver son rôle d’envoyé, chargé de la mission divine, et de gagner ainsi leur confiance.

Mais Moché refusa cette mission, se considérant incapable de la remplir à cause de son bégaiement. Le Saint béni soit-Il le rassura en lui promettant Son assistance, comme il est dit : « Je seconderai ta parole. » Cependant, ceci ne suffit pas à convaincre Moché, qui persista obstinément dans son refus. Après avoir eu recours à tous les arguments possibles, Moché proposa à D.ieu : « Donne cette mission à quelqu’un d’autre », autrement dit à Aharon, habitué à remplir ce genre de missions. Il pouvait donc, tout aussi bien, assumer celle-ci et délivrer le peuple juif de l’exil égyptien (Chémot Rabba 3, 16).

Cet échange entre l’Eternel et Moché ne manque de nous surprendre. Comment ce dernier osa-t-il refuser la mission divine une fois après l’autre, en dépit des signes que le Créateur lui avait transmis et de Son assurance d’une protection particulière ? A priori, s’Il l’avait choisi pour remplir ce rôle, il aurait dû l’accepter sans contester, le Très-Haut sachant pertinemment qui est la personne la plus apte à le faire. Comment put-il donc le refuser ?

Le Saint béni soit-Il avait constaté la conduite noble de Moché : malgré son statut de prince, il prenait part aux souffrances de ses frères et y compatissait réellement. De même, après qu’il eut tué un Egyptien en prononçant le Nom ineffable et l’eut dissimulé dans le sable, Datan et Aviram le dénoncèrent auprès de Paro, qui voulut le tuer. En réalité, cet Egyptien n’était plus vivant et, en l’absence de preuve suffisante, Moché aurait aisément pu nier les faits. Si Datan et Aviram l’avaient ensuite contredit, le roi les aurait sans doute mis à mort. Or, dans sa grandeur d’âme, Moché préféra quitter le palais royal et prendre la fuite que de causer à deux Hébreux une dangereuse altercation avec Paro.

Ayant constaté l’exceptionnelle compassion de Moché pour les membres de son peuple et ses constantes tentatives de partager et d’alléger leurs souffrances, l’Eternel voulut le choisir comme leur dirigeant, conscient qu’il remplirait au mieux ce rôle. C’est pourquoi Il lui demanda d’aller les libérer de l’asservissement égyptien.

Cependant, Moché, dans son extrême humilité, craignit que cette mission n’introduise en lui des sentiments de fierté. Aussi tenta-t-il de la refuser à tout prix. Son échange à ce sujet avec le Créateur ne doit pas être compris comme une volonté, de la part de Moché, de prendre le dessus, à D.ieu ne plaise. Au contraire, il chercha à refuser cette mission, de peur qu’elle ne le fasse tomber dans le travers de la fierté et ne porte atteinte à sa crainte du Ciel.

Nos Maîtres nous enseignent (Brakhot 33b) : « Tout est entre les mains du Ciel, à l’exception de la crainte du Ciel. » En d’autres termes, dans tous les domaines de la vie, comme l’étude de la Torah et l’accomplissement des mitsvot, l’homme peut bénéficier d’une assistance divine pour réussir et s’élever. Néanmoins, il existe une exception à cette règle : la crainte de D.ieu. En effet, le Créateur ne peut aider l’homme à ce sujet, tout dépendant alors de son travail personnel, de sa volonté de progresser. C’est pourquoi Moché craignit de s’enorgueillir de cette mission, ce qui aurait affecté sa crainte du Ciel, domaine ne dépendant que de ses propres efforts et pour lequel l’assurance d’une protection divine ne lui était donc d’aucun secours.

Lorsque Moché réalisa qu’il avait épuisé tous ses arguments, auxquels l’Eternel avait répliqué, il dit : « Donne cette mission à quelqu’un d’autre. » Il ne mentionna pas le nom d’Aharon, afin de respecter sa modestie et sa discrétion. Ses paroles « Que sommes-nous pour être l’objet de vos murmures ? » (Chémot 16, 7) soulignent son humilité, le pronom « nous » ayant été écrit sans la lettre Aleph (na’hnou au lieu de ana’hnou), symbole de l’ego. Annulant son ego, Aharon se considérait comme nul. Afin de respecter la volonté de son frère de rester effacé, Moché omit de le mentionner explicitement. Le Saint béni soit-Il souligna ensuite à Moché qu’Aharon partagerait sa joie, d’où Moché put déduire que cette mission ne porterait pas atteinte à ses vertus et qu’il pourrait continuer à servir l’Eternel avec crainte et soumission.

DE LA HAFTARA

Haftara de la semaine : « Paroles de Yirmiyahou, fils de ‘Hilkiyahou (…) » (Yirmiyahou chap. 1 et 2)

Lien avec la paracha : la haftara nous rapporte que Yirmiyahou refusa au départ la mission de l’Eternel du fait qu’il était jeune et estimait ne pas savoir bien parler, tandis que la paracha nous fait part du refus de Moché d’assumer la mission divine sous prétexte de ne pas être un bon orateur.

Haftara chez les Achkénazes : « Aux temps futurs, Yaakov étendra ses racines (…) » (Yéchaya chap. 27)

CHEMIRAT HALACHONE

L’interdiction de croire à de la médisance

Même si quelqu’un médit de son prochain en sa présence, il est interdit de donner crédit à ses propos, tant que ce dernier lui-même n’a pas confirmé leur véracité. Il est a fortiori interdit d’y croire si le médisant ne fait qu’affirmer qu’il serait prêt à les dire devant l’intéressé.

Malheureusement, nombreux sont ceux qui trébuchent sur ce point.

GUIDÉS PAR LA ÉMOUNA

Ne pas participer aux festivités des non-juifs

Une année, quelques jours avant la fin de l’année civile, un Juif vint me raconter qu’il était invité, le soir même, à une fête à l’occasion de Noël.

« Est-ce que vous avez l’intention d’y participer ? lui demandai-je.

– Non, et c’est grâce à vous.

– Grâce à moi, pourquoi ? » lui répliquai-je étonné. Je ne me souvenais pas avoir jamais parlé de cela avec lui. Il passa alors aux explications : « Il m’est arrivé un jour d’écouter une cassette d’une de vos conférences, sur la notion de sacrifice. Vous avez alors parlé de la résistance aux épreuves et de cette force que les patriarches ont transmise aux générations suivantes. Grâce à ce cours, au moment de l’épreuve, j’ai pensé que si j’avais au fond de moi cette force pour résister et ne pas aller à cette fête, je devais l’utiliser. J’ai donc annulé ma participation à cet évènement et décidé d’étudier la Torah avec un Rav au même moment. »

En l’entendant, je l’embrassai sur la tête et m’écriai : « Heureux es-tu ! Heureux dans ce monde et dans le monde futur. »

Ce fait nous démontre le pouvoir d’un cours de Torah et l’immense potentiel qu’a l’homme de se sacrifier en faveur de son Créateur, par le mérite des patriarches et des matriarches, qui nous ont tracé la voie en vouant leur existence à l’accomplissement de la volonté divine.

Il faut se souvenir que, quand les patriarches ont résisté aux épreuves, ils étaient les seuls au monde et les premiers à l’avoir fait avec un courage exemplaire. C’est pourquoi nous devons suivre leur voie et apprendre de leurs actes, qui nous engagent également et nous donnent la capacité de résister aux différentes épreuves, en dépit des innombrables difficultés.

PAROLES DE TSADIKIM

Le miracle des bougies de Chabbat

« Cette même verge, tu l’auras à la main, car c’est par elle que tu opéreras des miracles. » (Chémot 4, 17)

Dans Maamaré Hachabbatot (3, 5), le Bné Issakhar cite le commentaire du Midrach sur le verset « D.ieu bénit le septième jour ». Cinq Sages y expliquent en quoi D.ieu bénit le Chabbat. D’après Rabbi Eliezer, Il le bénit par le biais de la bougie. Le Midrach illustre cette opinion par une anecdote extraordinaire : « Rabbi Eliezer dit : une fois, j’ai allumé la bougie la veille de Chabbat et, à la clôture de celui-ci, je l’ai trouvée entièrement intègre. »

Le Bné Issakhar s’interroge : quand nos Sages racontent une histoire, c’est afin que nous en retirions une leçon ; en quoi celle rapportée au sujet de ce Tana constitue-t-elle un ‘hidouch ? Les Tanaïm étaient des hommes saints, vivant au-dessus du carcan de la nature. Le Midrach signifierait-il qu’une telle anecdote pourrait arriver au commun des Juifs ?

Il conclut que « nous sommes obligés de déduire que ceci est vrai pour toute personne de notre peuple, à savoir que les bougies de Chabbat brûlent plus longtemps que celles allumées en semaine ». Il ajoute, entre parenthèses, que « les connaisseurs en sont certainement conscients ».

Tous les vendredis soir, le Maguid Rabbi Aharon Twisig chelita donne un cours à Viznitz. Il raconte qu’il y a quatre ans, il a rapporté cette explication du Bné Issakhar, sur laquelle il s’est longuement étendu. Le dimanche qui suivit, il a reçu un appel téléphonique :

« J’habite à Jérusalem et je travaille dans la bourse, à Ramat Gan. J’ai un collègue qui habite dans un kibouts. C’est un rescapé de la Shoah, malheureusement éloigné de la pratique du judaïsme. Il m’a questionné au sujet des bougies de Chabbat, me demandant si je ne lui racontais pas une histoire mystique. Je lui ai répondu que le Rav Twizig a dit qu’il pouvait attester la vérité de leur propriété miraculeuse. »

L’homme du kibouts répondit alors : « Je veux bien faire l’expérience. Ma femme va allumer les bougies de Chabbat durant quelques semaines ; si je constate qu’elles brûlent plus longtemps que la norme, je m’engage à revenir à la pratique du judaïsme. » Il demanda également la source de cet enseignement.

Deux mois plus tard, le Juif de Jérusalem rappela Rabbi Twisig pour lui raconter que son collègue du kibouts lui avait fait part, ému, de sa constatation concernant les bougies de Chabbat : elles brûlaient effectivement bien plus que la norme, et il avait donc commencé à se rendre trois fois par jour à la prière de la synagogue et à mettre les téfillin, auxquels il n’avait pas touché durant cinquante ans !

Avant Roch Hachana, cet homme voulut lui-même parler au téléphone au Rav Twizig. Pleurant à chaudes larmes, il lui confia : « Vous ne me connaissez pas. Mais je peux néanmoins vous parler et pleurer. Je me trouvais dans les plus profondes ténèbres, bien que je n’aie eu nulle intention d’irriter le Créateur. Je me suis retrouvé seul, sans famille. Sachez que, si je respecte aujourd’hui le Chabbat et les autres mitsvot de la Torah, c’est uniquement grâce à ce Bné Issakhar, dont je peux observer chaque semaine la véracité des propos. »

PERLES SUR LA PARACHA

La consolation de la délivrance

« Voici les noms des fils d’Israël. » (Chémot 1, 1)

Pourquoi Essav et Ichmaël, eux aussi descendants d’Avraham, ne furent-ils pas également asservis ?

Le Midrach Avkhir répond à l’aide d’une parabole. Rabbi Elazar compare ceci à un homme ayant emprunté de l’argent au roi. Quelques jours plus tard, il meurt, laissant deux fils après lui. L’un d’eux prend la fuite, tandis que le second est au service du roi. Celui-ci lui dit : « C’est toi qui remboursera la dette de ton père ! »

Le vassal répond : « Sortirais-je perdant parce que je te sers ? » Le roi le rassure alors : « Ne t’inquiète pas, je te réserve une grande récompense. Et quand on mettra la main sur ton frère, j’en ferai ton serviteur. »

De même, au sujet des temps futurs, il est dit : « Le Midi héritera de la montagne d’Essav. » (Ovadia 1, 19) En d’autres termes, Ichmaël et Essav finiront par être assujettis au peuple juif.

L’influence du nom de l’homme sur son essence

« Le roi d’Egypte s’adressa aux sages-femmes hébreues, qui se nommaient, l’une Chifra, l’autre Poua. » (Chémot 1, 15)

Pourquoi Paro attribua-t-il à Yokheved et Miriam des noms égyptiens, Chifra et Poua ?

Le Rabbi de Riminov zatsal explique que Paro savait que, tant que les sages-femmes garderaient leurs noms hébraïques, il ne pourrait pas leur demander d’agir cruellement, en tuant les nouveau-nés juifs. C’est pourquoi il commença par leur imposer de nouveaux noms, égyptiens, espérant que ceux-ci influeraient sur leur intériorité. Seulement alors, il leur énonça son cruel décret, escomptant qu’elles seraient désormais en mesure de s’y plier.

Car, généralement, l’attribution d’un nom à une personne influe considérablement sur son essence, sur son caractère profond.

La bouche, l’arme de l’homme

« Les enfants d’Israël se lamentèrent ; leur plainte monta. » (Chémot 2, 23)

La bouche est l’arme la plus puissante du peuple juif, en vertu du célèbre verset : « La voix est celle de Yaakov, et les mains sont celles d’Essav. »

Essav vit sur son glaive, tandis que la force d’Israël réside dans sa bouche. Sa prière monte jusqu’au ciel et D.ieu lui envoie le salut par le mérite de l’étude de la Torah. Tout soldat en est conscient. Il sait qu’il ne lui suffit pas d’être armé d’un révolver et de munitions et de savoir viser, mais qu’il doit aussi remplir une autre condition : son révolver doit être propre et pas rouillé.

De même, explique le Ben Ich Haï dans son Od Yossef ‘Haï, celui qui désire que sa prière ait un effet et soit exaucée doit se soucier de la propreté de sa bouche, veiller qu’elle soit dépourvue de paroles interdites, de médisance, de raillerie, de mensonge et de colportage.

Nos Sages attestent qu’en Egypte, nos ancêtres restèrent fidèles à leur langue, grâce à quoi leurs plaintes parvinrent aux cieux et ils furent libérés de l’esclavage.

L’assistance divine accordée à celui qui entame une mitsva

« Va donc, Je seconderai ta parole. » (Chémot 4, 12)

Rabénou ‘Haïm ben Attar, auteur du Or Ha’haïm, explique que Moché se demandait comment le Créateur pouvait lui confier la mission de libérer le peuple juif, alors qu’il bégayait.

Le Saint béni soit-Il lui répondit : « Va donc, Je seconderai ta parole. » En d’autres termes, non pas que J’accomplisse des miracles, mais celui qui entreprend une mitsva bénéficie de Mon aide et voit des prodiges.

Nous en déduisons que quiconque désire jouir de l’assistance divine se lancera dans l’accomplissement d’une mitsva et la verra bientôt à l’œuvre.

DANS LA SALLE DU TRÉSOR

Rabbi David Hanania Pinto

La naissance de Moché

« Cette femme conçut et enfanta un fils. Elle considéra qu’il était beau et le tint caché pendant trois mois. » (Chémot 2, 2)

Yokhéved, mère de Moché, avait cent trente ans au moment où elle l’enfanta. A ce propos, mon fils, qu’il ait une longue et bonne vie, m’a posé la question suivante. A aucun endroit, nous ne trouvons que la Torah ait fait grand cas de la mise au monde de Moché par Yokhéved, ni qu’elle ait décrit l’émotion qu’a suscitée cette naissance, chez une femme d’un âge si avancé. Par contre, dans le passage évoquant la naissance d’Its’hak, alors que Sarah était âgée de quatre-vingt-dix ans, on peut noter l’intensité de la surprise et de l’émotion suscitées par un tel miracle – Sarah elle-même en avait ri, ne croyant pas qu’elle pourrait en être l’objet. Quelle différence existe-t-il donc entre la naissance d’Its’hak et celle de Moché, alors que tous les deux sont nés d’une mère très âgée ? Comment expliquer que la naissance d’Its’hak ait été longuement relatée par la Torah et ait touché le monde entier, alors que, bien que Yokhéved ait enfanté Moché à un âge encore bien plus avancé que Sarah, la naissance de ce dernier semble pourtant avoir été passée sous silence ?

C’est que, au moment de la naissance d’Its’hak, la Torah était absente de ce monde et la royauté de l’Eternel demeurait étrangère à la plupart de l’humanité. C’est pourquoi, lorsque Sarah, âgée de quatre-vingt-dix ans, donna naissance à Its’hak, cet événement suscita une émotion générale, car les hommes de cette génération ne pensaient pas qu’il existait une force supérieure, capable de modifier les lois de la nature. Par contre, à l’époque de la naissance de Moché, bien que la Torah n’eût pas encore été donnée dans le monde, la tribu de Lévi l’étudiait en terre de Gochen. Les membres de cette tribu étaient conscients que la Torah possédait le pouvoir de modifier les lois de la nature et de provoquer de grands miracles. Aussi, sachant que l’Eternel avait, aussi bien, la possibilité de conduire Son monde à l’encontre des lois naturelles, et confiante que la Torah protège ceux qui l’étudient et leur fournit toujours un secours, serait-ce de manière surnaturelle, la tribu de Lévi ne fut pas surprise par la naissance de Moché.

Quant aux autres tribus, qui n’étudiaient pas la Torah, elles étaient asservies à un labeur si dur qu’elles n’ont pas eu le loisir de s’émouvoir du miracle que constituait cette naissance. Elles étaient en effet tellement opprimées que, en dehors de leur condition d’esclavage, elles ne parvenaient rien à considérer d’autre.

Enfin, les Egyptiens, qui étaient étrangers au respect de la Torah et de ses mitsvot, avaient pourtant perçu le pouvoir supérieur que détenaient leurs esclaves hébreux ; aussi, ont-ils associé la naissance d’un nouveau-né chez une mère âgée à la série de miracles qui assuraient la survie du peuple juif.

LA PARACHA SOUS UN NOUVEL ANGLE

« Or, en ce temps-là, Moché, ayant grandi, alla parmi ses frères et vit leurs souffrances. » (Chémot 2, 11)

Le Midrach (Chémot Rabba 1, 27) commente : « Que signifie “et vit” ? Moché voyait leurs souffrances et pleurait en disant : “Si seulement je pouvais mourir à leur place !” Car il n’y a pas de travail plus pénible que celui de la terre glaise. Il participait alors à leur travail et aidait chacun d’entre eux. Il voyait un jeune portant une lourde charge et un fort en portant une petite ; un homme effectuant un travail de femme et une femme effectuant un travail d’homme ; un vieillard assigné à la tâche d’un jeune homme et un jeune homme assigné à celle d’un vieillard. Il ôtait ses vêtements princiers, rejoignait ses frères et allégeait leurs souffrances, tout en faisant mine d’aider Paro. Le Saint béni soit-Il dit : “Tu as laissé tes affaires de côté pour aller voir la détresse des enfants d’Israël, envers lesquels tu t’es conduit comme un frère, Je vais laisser de côté les sphères supérieures et inférieures pour te parler.” »   

La compassion de Moché pour les souffrances du peuple juif lui valut de devenir celui qui les en libérerait. En marge des mots « et vit leurs souffrances », Rachi écrit qu’il « s’appliquait de ses yeux et de son cœur à souffrir pour eux ». Le Saba de Kelm explique que Moché ne se comportait pas comme la plupart des gens, qui partagent la détresse de leur prochain durant une heure, pour ensuite reprendre leur routine. « Il s’appliquait de ses yeux », ceux de son cerveau, pour imaginer constamment la détresse de ses frères, au point que son cœur se souciait à leur sujet de la même manière qu’un homme se soucie de ce qui le concerne.

Si l’on désire partager le joug d’autrui, le comprendre réellement, l’aider et prier en sa faveur, on doit, avant tout, le voir, comme il est dit : « Et vit leurs souffrances. »

Au sujet de notre patriarche Avraham, il est dit : « Comme il levait les yeux et regardait, il vit trois personnages debout près de lui. En les voyant, il courut à eux. » Rav Shakh – que son mérite nous protège – commentait : « Tout d’abord, Avraham a vu ces passants. Lorsqu’on voit bien l’autre, on comprend ce qui lui manque. »

Lors d’une de ses si’hot, Rabbi Noa’h Weinberg zatsal, Roch Yéchiva de Ech HaTorah, développa le sujet de la compassion que nous devons avoir pour notre prochain. Il s’écria de tout son être qu’en réalité, tout homme porte sur son dos une charge personnelle, emplie de difficultés et de luttes auxquelles il doit faire face – problèmes d’estime propre, de projets n’ayant pas vu le jour, de défaites, de doutes, d’incompatibilité… pour ne citer que quelques-uns des défis de la vie.

Il est un fait que l’apparence extérieure des gens ne reflète pas toujours leur intériorité. Ceux qui portent la charge la plus lourde peuvent extérieurement paraitre sereins et heureux. Car, de nombreuses personnes préfèrent dissimuler leurs sentiments. Quelqu’un semblant jouir de la tranquillité peut, en réalité, être en proie à une violente tempête intérieure.

Le Rav Weinberg chargea chacun de ses élèves d’une mission : observer scrupuleusement les gens de leur entourage et essayer de deviner ce qui se passe en eux. Comprendre que les problèmes des autres, leurs rêves et leurs espoirs ne sont pas moins véridiques que les siens. Exactement comme nous, les autres ont un fardeau à supporter. A nous de focaliser notre attention sur cela et de nous interroger sur la nature de ce fardeau. Utilisons notre imagination pour nous représenter et ressentir ce qui leur pèse.

Développons notre sensibilité. Cet homme est-il joyeux ou triste ? Faible ou fort ? Hésitant ou sûr de lui ? Appliquons-nous à développer ce regard altruiste et nous parviendrons à partager les difficultés d’autrui.

Le premier endroit où mettre en application ces idées, expliquait le Rav Weinberg zatsal, est dans son foyer et avec ses amis. Le manque de compréhension et d’empathie est la première cause de la création d’un climat hostile au sein de la famille. Lorsqu’un homme rentre chez lui, il doit essayer de comprendre les sentiments de sa conjointe. Il lui incombe de réfléchir à tout ce qu’elle fait, tout au long de la journée, pour assurer la bonne marche de leur foyer. Il convient d’en discuter avec elle et de lui montrer qu’il réalise le grand travail que cela représente. Il peut aussi chercher de nouveaux moyens de l’aider à assumer ces tâches.

Donnons un autre exemple. Un ba’hour qui, en rentrant chez lui, se plonge dans un journal tout en avalant une assiette pleine de nourriture, vexe ses parents. Il ressemble à quelqu’un qui circulerait dans une maison emplie de meubles, avec, en arrière-plan, un couple de parents prenant en charge toutes ses dépenses. Regarde donc ta maman quand tu rentres à la maison ! A quoi pense-t-elle ? Quelque chose la dérange-t-elle ? Qu’est-ce qui pourrait lui faire plaisir ? Sois-y attentif.

Les enfants sont les personnes desquelles nous devons nous soucier le plus. Certes, nous les aimons et souffrons avec eux. Mais, sommes-nous capables de ressentir ce qu’ils endurent, de se mettre dans leur peau ? Il s’agit d’une mission très difficile, car nous devons prendre conscience qu’ils sont des individus indépendants et bien distincts de nous. Ceci signifie, notamment, que le moment est venu d’arrêter de se concentrer sur la peine que nous éprouvons quand ils n’ont pas concrétisé les attentes que nous avions d’eux, et de commencer à considérer leurs propres difficultés.

C’est, en substance, le rôle reposant sur tout Juif : compatir à la détresse d’autrui.

Prier pour ses camarades de classe

Récemment, a été publiée l’histoire d’un Juif qui alla voir Rav ‘Haïm Kanievsky chelita pour lui parler d’un ba’hour d’une Yéchiva ayant deux sœurs âgées encore célibataires. « Ceci perturbe beaucoup ce jeune homme, au point qu’il ne parvient pas à se concentrer dans son étude. Sa mère a raconté que, très souvent, quand il rentre à la maison, avant même de dire bonjour, il demande s’il y a du nouveau pour ses sœurs. »

Voilà ce qu’il rapporta au grand Maître, après quoi il lui demanda une bénédiction, au nom du ba’hour, pour que ses sœurs trouvent rapidement les conjoints qui leur étaient destinés et pour que lui-même puisse de nouveau s’élever dans l’étude de la Torah.

Et que lui répondit le Rav Kanievsky ?

« Il existe plusieurs conseils pour cela. Prends une feuille et un stylo et note. Premièrement, s’engager à s’éloigner au maximum de la médisance. Deuxièmement, ne critiquer personne. Troisièmement, ne pas tenir rigueur à autrui. Quatrièmement, faire en sorte que les autres ne nous tiennent pas rigueur. Si on craint avoir peiné quelqu’un, on s’efforcera de l’apaiser, on s’excusera et on lui demandera de ne pas nous en tenir rigueur. Cinquièmement, prier pour des amies devant, elles aussi, se marier. »

Lorsqu’il eut terminé de noter en résumé les paroles du Rav, il lui montra la feuille pour avoir son approbation.

Tel est le message percutant qu’il lui transmit, en condensé, se conduire à l’instar de Moché Rabénou qui « s’appliquait de ses yeux et de son cœur à souffrir pour eux ».

 

 

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