La Paracha de la semaine en format PDF

la Paracha en PDF

Parachat Devarim

25 Juillet 2020

ד אב התש"ף

Horaires de Chabbat
Localité Allumage Fin de Chabbat Rabbenou tam
Paris 21h21* 22h37 23h51
Lyon 21h00* 22h11 23h14
Marseille 20h50* 21h58 22h55
(*) A allumer selon votre communauté

Acceuil ARCHIVES

La Torah ou le pouvoir de bénir

Rabbi David Hanania Pinto

« Ce sont là les paroles que Moché adressa à tout Israël en deçà du Jourdain, dans le désert, dans la plaine en face de Souf, entre Pharan et Tofel, Laban, Hacéroth et Di-Zahab. » (Dévarim 1, 1)

Avant son décès, Moché s’adressa aux enfants d’Israël et leur livra des enseignements qui allaient se graver dans leurs cœurs. Il ressentait en effet la difficulté de cette séparation et voulait que ses paroles soient comme des provisions de voyage qu’ils garderaient en permanence. De la sorte, ils auraient l’impression que leur leader se trouve toujours parmi eux.

En outre, l’expression « Ce sont là les paroles » signifiait aux enfants d’Israël qu’ils devaient faire de ces paroles le principal et mettre de côté le reste, y compris le décès de Moché, qui ne désirait pas les affliger de sa disparition. S’ils se conformaient à cette recommandation, ils mériteraient de ressentir à chaque instant la présence de leur guide disparu, les justes étant appelés vivants même après leur mort.

Moché désirait transmettre aux générations futures un message fondamental : le Temple sera détruit sous l’action de la haine gratuite, et la jalousie qui régnera entre les hommes de cette génération les mènera à médire les uns des autres. La médisance, inévitablement accompagnée de disputes, sera le catalyseur de la destruction du Temple. De même, pour les récriminations prononcées par les explorateurs à l’encontre de la terre d’Israël, les enfants d’Israël seront punis d’une errance de quarante ans dans le désert, qui différera leur entrée en Terre Sainte (Bamidbar 14, 21-35). Par les mots « ce sont là les paroles », Moché voulut les avertir de n’en prononcer que de bonnes et d’exclure totalement les autres, sources de dissensions et de querelles. En respectant ce conseil, les enfants d’Israël mériteraient non seulement de vivre dans la paix et l’harmonie, mais aussi de jouir du déploiement de la Présence divine en leur sein.

J’ai lu dans un ouvrage une explication édifiante : le mot élé (ce sont là) est formé des initiales des termes avak lachone hara, littéralement « poussière de médisance », ce qui sous-entend que l’avertissement de Moché allait jusqu’à l’émission de paroles de cette catégorie qui, en apparence insignifiantes, ont le pouvoir de détruire. Elles peuvent, en elles-mêmes, être correctes et non diffamatoires, mais acquérir le statut de lachone hara en fonction de l’intonation ou du moment où on les émet. De plus, celui qui minimise l’importance de cette faute finira inévitablement par prononcer de la véritable médisance. Et, parvenu à cet état d’esprit où il n’hésiterait pas à avaler son prochain vivant, le pas vers une nouvelle tragédie est facilement franchi.

Par ailleurs, il est rapporté que le monde a connu deux grands prophètes. Le premier est Moché, notre maître, qui prophétisa au sein du peuple d’Israël, et le second, Bilam l’impie, son équivalent parmi les nations du monde. Tous deux excellaient dans l’art de la parole. Bien que Moché eût la bouche pesante et la langue embarrassée, son rôle était de transmettre les enseignements divins au peuple d’Israël. Etant donné que sa tâche devait s’accomplir à voix haute, l’Eternel l’y aida et ses paroles de prophétie furent accueillies favorablement par le peuple, qui n’émit aucun doute quant à sa mission d’envoyé de D.ieu.

Bilam était doté du pouvoir de la parole et voulut maudire le peuple d’Israël. Il utilisa donc cette force pour accomplir de mauvais desseins. En revanche, Moché, qui savait également maudire, utilisa sa bouche pour bénir. Ce n’est qu’en cas d’absolue nécessité, concernant Kora’h et sa faction, qu’il prononça à leur encontre des malédictions. Il en ressort que, bien que maîtrisant tous deux le pouvoir du langage, Moché et Bilam en firent un usage diamétralement opposé.

Le Saint béni soit-Il demanda à Bilam comment il pensait pouvoir bénir le peuple juif, lui qui ne possédait pas la Torah et dont la bouche était impure. Il ne pouvait en effet avoir ce privilège, car une bouche ne ressassant pas les enseignements de Torah et se rendant impure par des propos futiles et des nourritures interdites, même si elle le voulait, n’était pas en mesure de bénir ceux nommés « bénis ». Si, finalement, il bénit le peuple d’Israël, ce ne fut que sous l’action de la volonté divine. Car, d’un point de vue naturel, il n’en avait pas la possibilité.

Ainsi, à l’instar d’un diamant traînant dans la boue et qu’il faudrait soigneusement nettoyer pour lui redonner son éclat, la bouche nécessite également un nettoyage afin d’être capable de bénir. Comment l’effectuer ? A l’aide de l’étude de la Torah, elle seule procurant à l’homme cette capacité de bénir.

En outre, la supériorité de l’homme sur l’animal provient du fait que, contrairement à celui-ci, l’homme a été doté de la parole. Toutefois, celui qui utiliserait ce cadeau du Ciel pour proférer de mauvaises paroles perdrait sa préséance et se verrait préférer, dans une très large mesure, l’animal qui, lui, n’en prononce aucune, ni bonne ni mauvaise. Or, seule la Torah permet à l’homme de faire un bon usage de sa parole. Il lui incombe donc de l’étudier pour que, de sa bouche, ne jaillissent que des pierres précieuses.

DE LA HAFTARA

Haftara de la semaine : « Oracle de Yéchayahou (…) » (Yéchaya chap. 1)

Lien avec le Chabbat : la haftara relate les punitions qui s’abattront sur le peuple juif à cause de ses fautes, à la période de la destruction du Temple. C’est la dernière des trois haftarot lues lors des trois Chabbatot précédant le 9 Av.

CHEMIRAT HALACHONE

Une conduite rapportant gros

Si un père éduque ses enfants, dès leur plus jeune âge, à ne prononcer de médisance sur aucun Juif, ni à maudire et mentir, ils s’y habitueront et il leur sera ensuite facile d’adopter cette conduite sainte et de ne pas s’en écarter. En outre, ceci leur donnera droit à la vie du monde futur et à tout le bien dans ce monde.

GUIDÉS PAR LA ÉMOUNA

La tsédaka sauve de la mort

Je reçus une fois chez moi la visite d’un émissaire collectant des fonds au profit de sa communauté. Je lui remis une somme importante, si bien qu’il me quitta le cœur joyeux.

Ma fille, qui avait été témoin de la scène, m’interrogea, étonnée : « Papa, pourquoi est-ce que tu donnes tant d’argent à la tsédaka, alors que tes institutions en ont besoin pour se maintenir ? »

– Sache qu’Hachem n’est pas limité et qu’Il a la possibilité de donner à tous les nécessiteux et les institutions de Torah du monde. On ne perd jamais en donnant la tsédaka, au contraire », lui répondis-je.

En prononçant ces mots, j’ignorais moi-même à quel point ils allaient se révéler vrais dans les faits.

La même semaine, en pleine nuit, alors que tout le monde dormait paisiblement, notre réfrigérateur cessa de fonctionner et son moteur prit soudainement feu. Rapidement, une épaisse fumée envahissait la maison.

Sans le savoir, nous étions tous en danger, et ce, jusqu’au moment où, dans Sa Miséricorde infinie, D.ieu nous prit en pitié et me réveilla. Ma première sensation fut celle d’un mal de tête lancinant. Aussitôt après, je découvris avec terreur que la maison était pleine de fumée.

Je me levai immédiatement et marchai en direction de la source de cette fumée. En arrivant à la cuisine, je découvris que le réfrigérateur était la proie des flammes.

Je me hâtai de réveiller toute la famille. Par miracle, nous avons échappé à la suffocation et aux flammes – une mort terrible.

Nous avons alors reçu une illustration tangible du fait que la tsédaka sauve de la mort (cf. Michlé 11, 4). En effet, ce sauvetage miraculeux intervenait la semaine même où j’avais fait un don généreux à l’émissaire venu collecter des fonds.

PAROLES DE TSADIKIM

Ce qui se cache derrière la haine gratuite

Dans les kinot [textes de lamentations] de la veille de Ticha Béav, nous disons : « Nous avons été poursuivis jusqu’au cou, malheur à nous, car nous avons poursuivi la haine gratuite ! » La première chose que nous devons savoir, affirme Rabbi Elimélekh Biderman, est que, contrairement à ce que nous pensons, nous ne nous asseyons pas par terre uniquement à cause du péché de la haine gratuite. Car, sous celle-ci, se dissimule un autre manquement. Si nous y prêtions attention, nous n’en viendrions pas à trébucher dans le travers de la haine gratuite. De quoi s’agit-il donc ?

Sous la haine gratuite, se loge un manque de foi en D.ieu. Si celle-ci était plus ferme en nous, nous n’en arriverions pas à haïr, éprouver de la jalousie, médire et nous quereller.

Le Gaon de Vilna s’interroge sur le sens de l’expression « haine gratuite ». A priori, lorsqu’on hait son prochain, ce n’est pas pour rien, mais pour une raison bien précise, à cause d’un certain tort qu’il nous a causé. Pourtant, le Saint béni soit-Il qualifie cette attitude de « haine gratuite ». Pourquoi ? Car, en réalité, cet individu n’est pas responsable de ce tort, mais D.ieu Lui-même, qui l’a chargé de nous le causer. Il n’est qu’un envoyé du Créateur, exécutant fidèlement Ses ordres. S’il ne l’avait pas fait, Il aurait confié à quelqu’un d’autre cette mission. Aussi, exécrer son prochain en raison de sa mauvaise conduite à notre égard traduit un manque de foi en D.ieu.

L’histoire suivante illustre notre propos. Un homme rêva que son ami avait médit de lui. Pendant une longue période, cette pensée hanta son esprit. Un jour, il rencontra cet ami et lui demanda : « Pourquoi as-tu dit du mal de moi ? »

« Loin de moi d’avoir agi ainsi ! répondit-il, étonné. Je n’ai jamais médit de toi. C’est sans doute un rêve que tu as fait. »

Le lendemain, ils se croisèrent également et il l’interrogea une nouvelle fois à ce sujet. L’autre lui donna la même réponse que la veille. La troisième fois qu’ils se retrouvèrent, son ami tenta de lui expliquer que ce n’était qu’un rêve, mais en vain. Le premier lui rétorqua : « Un rêve, un rêve… Mais pourquoi as-tu dis du mal du moi ? »

Or, l’existence que nous menons est étrangement similaire à cette attitude. Si l’on demande à n’importe qui s’il croit en D.ieu, il répondra, sans hésiter : « Bien-sûr, quelle question ! » Si on l’interroge ainsi : « Crois-tu que tout vient du Ciel ? », il nous l’assurera avec la même certitude.

Voilà de belles paroles. Mais, si tout vient du Ciel comme nous l’affirmons si bien, pourquoi nous mettons-nous en colère contre notre voisin ? Si cette croyance était fermement implantée en nous, nous querellerions-nous avec notre ami ? Pourquoi nous plaignons-nous, tout au long de la journée, de ce que nous ont fait ou pris des gens ?

DANS LA SALLE DU TRÉSOR

Rabbi David Hanania Pinto

Comme un grain de poussière dans le moteur d’un vaisseau spatial

Nos Sages (Guitin 55b) rapportent l’incident à l’origine de la destruction du Temple. Un homme avait un ami, nommé Kamtsa, et un ennemi, du nom de Bar-Kamtsa. Il organisa un festin auquel il chargea un émissaire de convier ses amis, dont Kamtsa. Mais, à cause de la similarité des noms, il se trompa et remit l’invitation à Bar-Kamtsa. Le maître de céans renvoya l’invité non désiré, le couvrant de honte en public, tandis que les Sages présents ne ripostèrent point. L’homme humilié médit de ceux-ci auprès de l’empereur, ce qui entraîna la ruine du Temple.

Comment comprendre que les érudits faillirent ainsi ? On peut expliquer qu’ils entendirent au départ la « poussière de médisance » prononcée par l’organisateur du festin sur son ennemi et, du fait qu’ils ne tentèrent pas de les réconcilier ou, tout au moins, de faire taire le calomniateur, ils s’enfoncèrent davantage dans le péché et ne prirent plus garde de ne pas écouter la suite de ses propos médisants.

La poussière de médisance semble, à premier abord, bénigne, mais elle prend souvent plus d’ampleur, au point de pouvoir entraîner des dévastes. Les Sages de cette génération avaient une responsabilité personnelle dans la destruction du Temple, puisque, s’ils avaient immédiatement réprimandé le maître de maison, quand sa médisance était encore au stade de poussière, les choses n’auraient pas évolué jusqu’à la ruine de Jérusalem.

Il est connu qu’un peu de poussière dans le moteur d’un vaisseau spatial le rend hors d’usage. Il faut le nettoyer et lui ôter toute cette poussière pour qu’il puisse décoller et s’envoler dans l’espace. De même, la poussière de médisance porte atteinte à la solidarité du peuple juif, ce qui oblige le Saint béni soit-Il à retirer Sa Présence de parmi lui. Plutôt que de le détruire, Il détourne Sa colère vers les bois et les pierres.

C’est la raison pour laquelle Il détruisit le Temple, à la place de Ses enfants. Ils apprirent ainsi une leçon : le sort de cette sainte résidence aurait dû être le leur, mais l’Eternel les aimant et recherchant leur bien, Il les a laissés en vie afin qu’ils se ressaisissent et corrigent leur conduite.

PERLES SUR LA PARACHA

La réprimande, telle une piqûre d’abeille

« Ce sont là les paroles que Moché adressa. » (Dévarim 1, 1)

Dans le Midrach, nos Sages rapprochent le terme dévarim (paroles) du mot dévorim (abeilles) : « Rabbi Ichmaël bar Na’hman affirme : “Le Saint béni soit-Il dit : Mes enfants se conduisent dans le monde comme les abeilles, par le biais des justes et des prophètes.” » (Dévarim Rabba 1, 6)

L’auteur de Kessef Niv’har explique le sens de cette image. En marge du verset « comme font les abeilles » (Dévarim 1, 44), Rachi rapporte le commentaire du Midrach : « De même que l’abeille meurt aussitôt après avoir piqué l’homme, vous aussi, dès que quelqu’un vous touche, il trouve la mort. »

Rachi poursuit en expliquant que, pour quatre raisons, on ne sermonne un individu que peu avant sa mort – afin que, suite à la réprimande, il ne retourne pas à ses erreurs passées et on doive lui en formuler une nouvelle.

Par conséquent, les paroles adressées par Moché au peuple juif avant son décès sont comparables à la piqûre d’une abeille, qui meurt immédiatement après avoir piqué.

Ne pas paniquer à cause de la promiscuité

« L’Eternel, votre D.ieu, vous a fait multiplier et vous voilà, aujourd’hui, nombreux comme les étoiles du ciel. » (Dévarim 1, 10)

D’après le Midrach Rabba, ce verset peut être rapproché de celui des Téhilim : « Je me prosterne dans Ton saint Temple, pénétré de Ta crainte. » (5, 8) Quel est donc le lien entre ces deux versets ?

Dans son ouvrage Yaakov Séla, Rabbi Yaakov Yaffé zatsal, l’un des Sages de Turquie, l’explique en s’appuyant sur la Michna de Avot (5, 5) : « Dix miracles furent réalisés pour nos aïeux dans le Temple : (…) les fidèles s’y tenaient à l’étroit, mais avaient de l’espace pour se prosterner. »

Si les enfants d’Israël jouissent de la bénédiction divine et deviennent aussi nombreux que les étoiles, comment la Terre Sainte pourra-t-elle abriter une si grande population ? Le Midrach répond en rapportant un verset des Psaumes où il est question de se prosterner au Temple. En ce théâtre de prodiges, en dépit de la promiscuité, nos ancêtres avaient de l’espace pour se prosterner. De la même manière, malgré la superficie modeste du pays d’Israël, il pourra largement héberger tous les membres de notre peuple.

Abaisser son regard lors du jugement

« Ecoutez également tous vos frères. » (Dévarim 1, 16)

Il semble évident que les juges doivent écouter la plaidoirie des partis, aussi, pourquoi le préciser ?

Rabbénou ‘Haïm ben Attar – que son mérite nous protège – explique l’intention de notre verset : « Le juge ne doit pas montrer un visage plus avenant à une partie qu’à une autre, mais doit écouter les deux de la même manière. Tel est le sens des mots “écoutez également vos frères”. S’il montre un visage avenant, que ce soit pour les deux, autrement, que ce soit aussi pour les deux. »

Le Or Ha’haïm ajoute : « J’ai entendu de la bouche d’un grand Sage, homme pieux de notre peuple qui m’est très cher, Rabbi Moché Berdugo zatsal, que, lorsqu’il arbitrait un litige, il regardait toujours vers le bas et ne levait jamais ses yeux, car, il ressentait que, quand il les levait vers l’une des parties, la partie adverse s’en trouvait confuse. C’est pourquoi il est dit “Ecoutez également tous vos frères”, c’est-à-dire contentez-vous d’écouter, tandis que les paroles doivent venir des plaideurs, sans montrer de différence pour l’un d’eux ; de cette manière, le jugement sera équitable. »

LA PARACHA SOUS UN NOUVEL ANGLE

Toutes les nations du monde ont l’habitude de fixer un jour de fête commémorant une victoire militaire, difficilement obtenue, leur indépendance nationale ou autre événement joyeux. Cependant, aucune d’elles n’a fixé de jour commémorant une défaite, a fortiori si elle datait de plusieurs milliers d’années. Au contraire, elles cherchent à effacer de leur mémoire ce type de tragédie.

Pourtant, les Sages du peuple juif ont fait du 9 Av un jour de jeûne et de deuil, en souvenir de la ruine de Jérusalem et de la destruction du Temple par le royaume babylonien. Plus encore, ce jour de deuil est précédé par trois semaines de préparation, durant lesquelles nous devons adopter certaines conduites d’endeuillés.

Comment expliquer cette différence de conception entre la nation juive et les autres ? Celles-ci se basent sur le principe : « C’est ma propre force, c’est le pouvoir de mon bras qui m’a valu cette richesse. » Dès lors, si elles fixaient un jour commémorant une défaite militaire, elles se couvriraient de honte. A l’opposé, le peuple juif est conscient que tout provient de l’Eternel, y compris les événements malheureux dont il a souffert à cause de sa mauvaise conduite. Ainsi, le fait de les célébrer nous permet de raffermir notre foi et de corriger nos actes. Nous savons aussi bien évoquer « le temps de notre exil » que « l’ère de notre joie ».

Mais, malheureusement, certaines personnes pleurant le 9 Av ne savent pas exactement pourquoi elles pleurent. Illustrons-le par l’histoire qui suit.

Un homme acheta un billet de loto.  De retour chez lui, il demanda à sa femme de bien le lui garder afin qu’il ne se perde pas, sa valeur pouvant s’avérer très grande. Elle acquiesça, déposa le billet dans une armoire de la cuisine, tout en avertissant ses enfants de ne pas y toucher.

Ceux-ci la rassurèrent d’un signe de tête, mais, dès qu’elle sortit de la cuisine, ils en profitèrent pour mettre la main sur le fameux billet. Ils montèrent sur une chaise et s’en emparèrent, pensant qu’il s’agissait d’un jeu intéressant. Alors qu’ils s’amusaient avec ce ticket, il tomba soudain dans la flamme de la cuisinière et brûla.

Les enfants se mirent à pleurer. La maman entra dans la cuisine et leur demanda pourquoi ils pleuraient. Ils lui racontèrent que leur jeu avait brûlé. Elle comprit ensuite qu’il s’agissait du billet de loto et pleura alors elle aussi.

Entre-temps, le père de famille, qui se trouvait à l’extérieur, passa devant le guichet de vente du loto et, à sa plus grande joie, constata que son numéro était sorti gagnant. Heureux, il s’empressa de rejoindre son domicile. Lorsqu’il ouvrit la porte, il constata que toute sa famille était en pleurs.

Il demanda à son épouse : « Pourquoi tous ces pleurs ? » Elle lui raconta que son billet avait pris feu. Il éclata lui aussi en sanglots.

A première vue, il semble que tous pleurèrent pour la même raison. Or, en vérité, chacun le fit pour autre chose : les jeunes enfants pour leur jeu perdu, la femme pour avoir abusé de la confiance de son mari et ce dernier à cause du grand manque à gagner subi. Lui seul pleura pour un motif valable : à cause d’un stupide jeu de ses enfants, il venait de perdre une immense somme d’argent, qui leur aurait permis de jouir d’un plus haut niveau de vie.

Il en est de même concernant les larmes que nous versons à Ticha Béav. Si nous pleurons certes tous, la question est de savoir sur quoi portent nos larmes. La plupart d’entre nous se lamentent sur leur détresse personnelle – gagne-pain insuffisant, manque de réussite, etc. – ou encore sur l’actualité déplorable, affichant un nombre croissant de meurtres, que D.ieu nous en préserve. Tous ceux-ci ne pleurent pas pour le véritable motif de notre deuil.

Seul celui se lamentant sur la ruine de Jérusalem et du Temple pleure pour la bonne cause et aura le mérite de se réjouir de leur reconstruction.

Cependant, le jeûne et le deuil du 9 Av doivent être accompagnés d’une fervente et perpétuelle attente de la délivrance finale et de la reconstruction du Temple. Car, il nous est interdit de désespérer à ce sujet.

On raconte qu’un roi demanda à un caricaturiste d’illustrer toutes les nations du monde, en fonction des caractéristiques propres à chacune. L’artiste se mit à l’œuvre et le souverain parvint à identifier les différents peuples. Il dépeigna ensuite un homme pleurant d’un œil et semblant joyeux de l’autre.

Intrigué, le roi lui demanda : « A quelle nation désirais-tu te référer à travers lui ? »

Le dessinateur répondit : « Il s’agit du peuple juif, se lamentant de ses nombreux malheurs, tout en se réjouissant dans l’espoir d’un avenir meilleur, conscient qu’il a sur qui reposer. »

C’est pourquoi, le Chabbat suivant le 9 Av, nous lisons la haftara « Consolez, consolez Mon peuple », car, dès l’instant où un Juif exprime la peine que lui suscite l’exil de la Présence divine, le Saint béni soit-Il s’empresse de le consoler doublement.

 

 

Hevrat Pinto • 32, rue du Plateau 75019 Paris - FRANCE • Tél. : +331 42 08 25 40 • Fax : +331 42 06 00 33 • © 2015 • Webmaster : Hanania Soussan