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Souccot

3 Octobre 2020

ט"ו תשרי התשפ"א

Horaires de Chabbat
Localité Allumage Fin de Chabbat Rabbenou tam
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Lyon 19h00 20h01 20h45
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La soucca, une mitsva facile qui rapporte gros

Rabbi David Hanania Pinto

La haftara du premier jour de fête de Souccot évoque la guerre de Gog et Magog qui aura lieu dans les temps futurs. Elle décrit la manière avec laquelle le Saint béni soit-Il combattra les nations qui auront fait souffrir le peuple juif et les soumettra à Lui aux yeux de celui-ci. Le texte souligne (Yé’hezkel 39, 12) l’ordre divin d’enterrer Gog et ses soldats. Mais quel est donc le lien entre ce conflit et la fête de Souccot ?

Gog est un descendant de Yafet, l’un des trois fils de Noa’h. D’après Rachi (Béréchit 9, 23), le fait qu’il couvrit la nudité de son père, alors ivre, valut à ses descendants une sépulture, mesure pour mesure – bien qu’il n’agît pas avec le même empressement que son frère Chem. En effet, Noa’h était né circoncis et la mila évoque, selon la kabbale, le Nom divin ; aussi l’Eternel récompensa-t-Il Gog et Magog, descendants de Yafet, en s’assurant qu’ils soient enterrés et que leur image divine soit ainsi recouverte par la terre. Par ailleurs, le mot soucca peut être rapproché de la racine khissa (recouvrir), ce qui nous permet d’établir un raisonnement a fortiori : si déjà une mitsva minime comme celle accomplie par Yafet de recouvrir son père valut la sépulture à ses descendants, combien plus celle de la soucca, si importante, octroie-t-elle de récompense au Juif ! Lorsqu’il l’observe, tout son corps entre dans cette cabane représentant les sept nuées de gloire par lesquelles le Très-Haut enveloppa Ses enfants dans le désert. Il s’imprègne donc totalement de la sainteté des Noms divins, ce qui lui permet de recevoir l’influx bénéfique de la lumière infinie et de s’élever dans les degrés de la Torah et de la crainte du Ciel.

Nos Sages affirment (Avoda Zara 2b) que, dans les temps futurs, lorsque les nations du monde constateront que D.ieu récompense les justes, elles réclameront elles aussi leur salaire, arguant : « Nous avons construit des ponts et pavé des routes afin d’aider les enfants d’Israël à accomplir les mitsvot. Nous méritons donc nous aussi la rétribution réservée à ceux s’étant pliés à Ta volonté. » Il leur répondra : « J’ai une petite mitsva à vous proposer, la soucca. Allez l’exécuter et Je déciderai ensuite si vous méritez réellement votre salaire. »

Pourquoi le Créateur les testera-t-Il précisément sur cette mitsva, plutôt que sur une plus conséquente, comme celle du Chabbat ou des téfilin ?

Car, bien qu’à première vue, il peut sembler s’agir d’une mitsva de moindre importance, en réalité, tous les fondements de la Torah et de la pérennité du peuple juif en dépendent, puisque, en quittant notre demeure fixe pour en rejoindre une provisoire, nous témoignons notre amour pour l’Eternel et notre confiance absolue en Lui.

Les non-juifs devront comprendre que la conduite de leur ancêtre Yafet, lorsqu’il couvrit (khissa) la nudité de son père, leur donna le mérite d’avoir droit à une sépulture et qu’a fortiori, ils doivent faire preuve de zèle pour observer la mitsva de soucca qui leur vaudra une grande récompense.

Quant à nous, nous devons tirer leçon de cette mitsva en réalisant que, de même que notre corps est entièrement plongé dans ce qui représente les sept nuées de gloire, nous devons l’envelopper de mitsvot et attirer vers nous la lumière infinie.

Nos Maîtres affirment également (Avoda Zara ibid.) que, dans les temps futurs, au moment où les nations du monde entreront dans leur soucca, le Saint béni soit-Il fera sortir le soleil de son écrin, suite à quoi ils s’empresseront de la quitter pour retourner chez eux. En d’autres termes, ils auront l’impression d’être brûlés par la chaleur du soleil, alors qu’en réalité, cette chaleur ne sera autre que celle de la mitsva. En effet, quand on la réalise avec amour et dévotion, elle dégage de la chaleur ; les non-juifs n’ayant pas une telle approche des mitsvot, ils ne supportent pas cette chaleur. C’est pourquoi, dès cette sensation, ils rejoindront leurs foyers, l’attribuant à la chaleur accablante du soleil.

Le Saint béni soit-Il les testera par le biais de la mitsva de soucca, afin de leur rappeler la récompense donnée à leur ancêtre Yafet pour avoir couvert la nudité de son père – une sépulture pour ses descendants. Mais, au lieu d’en tirer leçon, de se réveiller grâce à la mitsva de soucca, génératrice de foi et de confiance en D.ieu et permettant de s’attacher aux Noms divins, de se réchauffer à sa chaleur en l’observant avec amour, ils feront vite de la rejeter et perdront ainsi leur rétribution dans le monde à venir.

Dès lors, nous comprenons pourquoi nous lisons la haftara mentionnant la guerre de Gog et de Magog à Souccot : afin de nous souvenir que, grâce à une petite mitsva accomplie par Yafet, ses descendants méritèrent la sépulture. Néanmoins, quand D.ieu leur offrira l’opportunité d’effectuer une mitsva n’exigeant pas de grands efforts, mais présentant de nombreux atouts spirituels, déversant sur l’homme une lumière infinie, ils ne profiteront pas de cette aubaine.

Il en résulte qu’une petite mitsva faite avec joie à Souccot nous donne droit à une révélation de l’Eternel à travers Ses saints Noms et à une manifestation de l’amour de notre Père miséricordieux, qui se souvient toujours de nous et nous octroie une vie bonne et pacifique.

CHEMIRAT HALACHONE

Ne pas juger sévèrement

Si la conduite d’autrui semble plutôt mériter un jugement négatif, il est néanmoins recommandé de garder un doute à ce sujet et de ne pas l’accuser.

Si sa conduite penche plutôt du bon côté, il sera évidemment interdit, d’après la loi, de le condamner. Celui qui, malgré tout, le juge sévèrement et, en vertu de cela, médit de lui, transgresse non seulement l’interdit « Juge ton semblable avec impartialité », mais aussi celui de la médisance.

DE LA HAFTARA

Haftara de la semaine : « Voici venir un jour (…) » (Zékharia chap. 14)

Lien avec la paracha : dans la haftara, le prophète prédit la punition des nations du monde qui, à Souccot, ne participent pas au pèlerinage à Jérusalem, sujet évoqué dans la lecture de la Torah du jour de fête de Souccot.

PAROLES DE TSADIKIM

Parler à l’âme de l’enfant

Les grands Rabbanim et Tsadikim de toutes les générations ont toujours investi de grands efforts de préparation pour être en mesure de recevoir l’influence sainte propre à la soucca. En outre, leur profond amour pour cette mitsva les pousse à y séjourner durant toute la fête presqu’en continu.

Rabbi Eliahou David Rabinovitz zatsal, auteur du Adérèt, affirme ne pas tenir rigueur à celui priant seul dans sa soucca, car, parfois, l’homme éprouve une telle attirance pour celle-ci qu’il ne veut pas la quitter, quitte à renoncer à la prière collective. Mais il demande que ces propos ne soient pas publiés dans son ouvrage, afin que le paresseux n’en profite pas pour s’autoriser de ne pas se rendre à la synagogue.

Rabbi Sim’ha Rabinovitz chelita, auteur du Piské Téchouvot, raconte : « Une année, nous avons eu un bébé à Kippour. Huit jours plus tard, à ‘hol hamoed Souccot, eut lieu la circoncision dans le beit hamidrach, en vertu de la loi selon laquelle il ne faut pas qu’elle se déroule dans la soucca, de peur que des copeaux ou des feuilles ne tombent sur le nourrisson et le mettent en danger.

« Durant le repas qui, quant à lui, fut organisé dans la soucca, mon grand-père, le Rabbi de Bialé zatsal, auteur du ‘Helkat Yéhochoua, prit le nouveau-né dans les bras avec affection et, au regard étonné de l’assistance, s’adressa à lui comme à un adulte : “Tu vois, bébé ? Voilà le skhakh, voilà la soucca et voilà ses décorations.” Puis il lui montra les quatre espèces posées sur la table.

« Toutes les personnes présentes en restèrent bouche bée, jusqu’à ce que mon père et Maître zatsal eût l’audace de demander à mon grand-père : “Papa, mais c’est un petit bébé qui ne comprend pas tout cela…”

« “C’est vrai, il ne comprend pas, répondit-il, le visage rayonnant d’une lumière supérieure, mais son âme intègre et saisit mes paroles. Je m’adresse à son âme, afin de les ancrer dans son cœur dès à présent.”

« Ceci me rappelle l’anecdote suivante, rapportée dans la Michna de Soucca (2, 8) : Chamaï l’ancien cassa une fois le plafond pour le remplacer par du skhakh, au-dessus du lit d’un bébé d’un jour. Bien que le Choul’han Aroukh tranche que tant qu’un bébé a besoin de sa maman, il est exempt de la mitsva de soucca, cette histoire nous enseigne qu’il est recommandé de l’y amener. »

GUIDÉS PAR LA ÉMOUNA

Une téchouva grâce à Eliahou Hanavi

Une année, après Yom Kippour, je reçus une femme qui avait perdu toute sa famille et souffrait de nombre d’autres problèmes, hors du domaine financier, où elle était plutôt à l’aise.

Sa recherche de spiritualité, marquée par une forte tendance au mysticisme, l’avait menée à étudier notamment la Kabbale. Cependant, au lieu d’orienter cette quête vers la Torah et les mitsvot, n’ayant jamais reçu d’éducation religieuse, elle décida d’adhérer au bouddhisme.

Elle se rendit à ces fins en Inde où, suivant les préceptes de cette doctrine, elle retira ses chaussures pour se prosterner devant une idole et s’immergea dans l’eau afin d’entériner son adhésion à cette religion.

La nuit suivante, lui apparut dans son rêve un homme juif de belle prestance. « Regarde-moi, lui dit-il, as-tu déjà entendu parler d’Eliahou Hanavi ? C’est moi qui me tiens devant toi. Quitte cet endroit impur et rentre chez toi. Reviens au Judaïsme ! »

Elle se réveilla, encore sous le choc, et, le lendemain, abandonna précipitamment l’Inde pour faire un retour aux sources.

Elle vint ensuite me voir et me raconta que, grâce à ce rêve, elle venait de passer le premier Yom Kippour de sa vie en vraie Juive. Elle me posa ensuite diverses questions sur le Judaïsme et me demanda de lui indiquer comment faire téchouva.

Après son départ, j’ai pensé que son rêve représentait un puissant message du Maître du monde, comme s’Il lui avait dit : « Ma fille ! Ne te fourvoie pas ! Regarde, Je suis Hachem et non pas une idole ! Nul ne M’est comparable ! Pourquoi te prosterner devant des pierres ? Prosterne-toi devant Moi, reviens vers le Judaïsme et vers Moi, ton Père céleste ! »

Cela représentera également l’objectif d’Eliahou Hanavi dans les temps futurs, comme il est dit : « Lui ramènera le cœur des pères à leurs enfants » (Malakhi 3, 24) – les enfants « égarés » se rapprocheront de leur Père céleste, qui se rapprochera Lui aussi de nous.

DANS LA SALLE DU TRÉSOR

Rabbi David Hanania Pinto

La mitsva de construire la soucca

D’après les décisionnaires, c’est une grande mitsva d’entamer la construction de la soucca dès la clôture de Kippour.

Comment comprendre qu’au terme de ce jour le plus saint de l’année, nous devions nous impliquer précisément dans cette mitsva ? Nous venons pourtant de réciter la prière d’avrit et la bénédiction sur la nouvelle lune, qui équivaut au fait de recevoir la Présence divine ; pourquoi ces mitsvot ne suffisent-elles donc pas ?

Répondons en nous appuyant sur l’interprétation du Gaon de Vilna du verset « Son tabernacle n’est-il pas dans Chalem (vayéhi béchalem soucco) et Sa demeure dans Sion ? » (Téhilim 76, 3) : la seule mitsva dans laquelle l’homme implique la totalité de son être est celle de la soucca. C’est pourquoi elle est la plus appropriée à la clôture du jeûne de Kippour, lors duquel notre corps et notre âme ont absorbé l’esprit de sainteté propre aux mitsvot. Son exécution nous permet de commencer l’année, après ce jour saint, dans un esprit d’élévation.

Il arrive souvent, après avoir accompli une mitsva de laquelle on retire une jouissance physique, comme par exemple l’alimentation, qu’on ne sache pas si on l’a réalisée de manière désintéressée ou si on a cherché à en tirer du plaisir plutôt qu’à procurer de la satisfaction à l’Eternel. C’est la raison pour laquelle, dès la clôture de Kippour où on a sanctifié son corps en s’abstenant de boire et de manger, apportant ainsi une réparation à tout ce qu’on a fait entrer et sortir de sa bouche durant l’année, on s’affaire dans la mitsva de soucca, y plongeant la totalité de son être sans qu’il en retire le moindre profit, ne cherchant qu’à contenter le Créateur. En outre, on s’adonne avec une grande joie à la mitsva de construire la soucca, heureux à l’idée de pouvoir bientôt y recevoir les saints ouchpizin et jouir de ce séjour à l’abri de l’ombre divine.

Ainsi donc, du fait que l’homme pratique la mitsva de soucca de manière totalement désintéressée, tout en sanctifiant et purifiant l’ensemble de son être, le Saint béni soit-Il assimile sa bonne intention à un bon acte, en l’aidant, au courant de l’année à venir, à agir également animé de mobiles purs et non pas pour en tirer une jouissance personnelle. A cet égard, la mitsva de soucca a la propriété de déverser sur l’homme un courant de sainteté et de pureté l’incitant à agir, tout au long de l’année, conformément à ces valeurs et dans le but de satisfaire le Très-Haut.

D’où la prépondérance de cette mitsva, observée avec les deux cent quarante-huit membres et trois cent soixante-cinq nerfs de notre corps, qui s’y voue pleinement. Qu’il soit de la volonté de l’Eternel que, de même que nous sommes parvenus à subjuguer le mauvais penchant à cette occasion-là, nous y arriverions le reste de l’année à venir et nous renforcions dans l’étude de la Torah et l’accomplissement des mitsvot, avec une pureté d’intention. L’Eternel, qui aide quiconque vient se purifier, nous assistera alors.

PERLES SUR LA FÊTE

Décorer les chevaux quand ils sortent dans la rue

La mitsva de soucca, « Tu célébreras la fête des Tentes durant sept jours, quand tu rentreras les produits de ton aire et de ton pressoir », constitue une invite divine relative à la conduite à adopter après avoir récolté, durant la période estivale, une moisson abondante apte à assurer sa subsistance tout le reste de l’année.

Nos Maîtres affirment (‘Haguiga 9a) que la pauvreté convient bien au peuple juif. Le Rav de Permichlan – que son mérite nous protège – explique qu’on a l’habitude de décorer les chevaux lorsqu’on sort avec eux dans la rue, et non quand ils restent dans l’étable. Par contre, la pauvreté ne sied qu’extérieurement aux enfants d’Israël, afin que les gens pensent qu’ils sont pauvres ; mais, en vérité, à l’intérieur de leur foyer, ils doivent jouir d’une grande profusion.

La mitsva de soucca fait allusion à cette idée : vue de l’extérieur, cette cabane de bois, recouverte de branches de palmier ou de roseaux, semble simple et modeste, alors qu’à l’intérieur, elle est magnifiquement ornée par de multiples décorations, dont les sept espèces faisant l’éloge de la Terre Sainte. Elle symbolise donc la bénédiction divine qui déverse la profusion sur l’homme au sein de son foyer, plutôt qu’en dehors de celui-ci – le cas échéant, ce serait une « richesse amassée pour le malheur de celui qui la possède ».

La perfection dans la foi, le repentir, la guérison et la délivrance

Pourquoi sommes-nous si scrupuleux concernant notre étrog, qui ne doit pas présenter le moindre défaut, bien plus que nous veillons à l’aspect des trois autres espèces ?

Car les lettres du mot étrog correspondent aux initiales des mots émouna (foi), téchouva (repentir), réfoua (guérison) et guéoula (délivrance), quatre domaines dans lesquels la perfection s’impose, comme nous en exprimons les demandes : « Je crois d’une foi ferme (…) », « Fais-nous revenir à Toi par un repentir total », « Apporte une guérison complète à tous nos maux » et « Hâte-Toi de nous délivrer par une rédemption totale ».

Toutes ces valeurs existent également de manière partielle, mais nous demandons à l’Eternel de nous les accorder pleinement (Bélavat Ech).

La solidarité et la joie, symboles de Souccot

Quelle est la source de la joie propre à la fête de Souccot ?

Rabbi Chmouel Rozovsky répond comme suit. D’après nos Sages, la mitsva des quatre espèces symbolise la solidarité du peuple juif. Or, cette solidarité prévaut particulièrement lors de la fête de Souccot, où nous quittons notre demeure fixe pour en rejoindre une provisoire. En effet, nous annulons ainsi le matériel et prenons conscience du caractère éphémère de ce monde ; dès lors, les désirs physiques se trouvent annihilés, ce qui nous permet de nous rapprocher d’autrui, conformément à l’interprétation de Rabbénou Yona du verset « L’homme qui s’isole ne fait que suivre ses caprices » (Michlé 18, 1) : « Celui qui cherche à suivre son désir et sa volonté s’éloigne de son prochain et de son ami, car ami comme ennemi s’éloigneront de lui, les désirs de chacun étant différents. »

En l’absence de solidarité au sein de notre peuple, la joie ne peut régner. C’est pourquoi la fête de Souccot, où la solidarité règne en maîtresse, se caractérise aussi par sa joie particulière.

SUJET DU JOUR

La construction et la décoration de la soucca occupaient une place importante dans la vie du Roch Yéchiva Maran Eliezer Ména’hem Shakh zatsal. De nombreuses histoires ont été racontées et écrites au sujet de ceux qui se chargeaient de ces préparatifs de la fête et, conséquemment, bénéficiaient de la bénédiction salvatrice du Tsadik exprimant sa profonde reconnaissance.

Généralement, Maran mettait un point d’honneur à ne pas profiter des services d’autrui. En dépit de son âge avancé et des longues minutes que cela lui prenait, il s’efforçait de chercher lui-même les livres du Rambam ou du Rachba sur le traité de Soucca, plutôt que de demander à l’un de ses élèves de les lui apporter. Il détestait au plus haut point avoir recours à l’aide extérieure. Pourtant, il existait une exception à cette règle de conduite : la construction de la soucca, pour la simple raison que cela dépassait ses faibles capacités physiques. Mais il cherchait alors à dédommager les personnes l’ayant aidé pour les remercier. Quel était son mode de paiement ? Celles-ci étaient largement rémunérées en cela qu’elles ne tardaient pas de connaître le salut tant attendu.

L’un de ses élèves proches, qui s’est penché de près sur le sujet, raconte : « La grande majorité des jeunes gens – soit une centaine – l’aidant à construire sa soucca se fiançaient dans la même année. Rares étaient ceux qui revenaient l’aider l’année suivante. Cette rémunération se transforma alors en un but en soi. Les préparatifs de la fête qui, au départ, constituaient une demande de la part de Maran, devinrent l’offre la plus demandée de quiconque aspirait au salut, que ce soit pour trouver son âme sœur ou avoir une descendance viable. Tous désiraient l’aider afin d’être agréés, lui rendre service pour recevoir sa brakha. Finalement, cela devint un fait admis de tous : celui qui était en âge de se marier et n’avait pas encore rencontré son conjoint, il lui suffisait d’aller aider Maran à construire sa soucca pour voir son vœu se réaliser. »

Cette tradition de participer à la construction de la soucca du Tsadik existait déjà quand il habitait encore à Jérusalem. Il semble que la Rabbanite en fût à l’origine ; elle se souciait que des ba’hourim de la Yéchiva de ‘Hevron viennent l’aider dans cette tâche.

« Mais comment pourrais-je les remercier pour leur aide ? » demanda-t-il à son épouse, le regard empli de satisfaction et de reconnaissance, une fois que la soucca fut prête. Elle lui répondit que, parmi les jeunes hommes l’ayant aidé, certains avaient déjà atteint l’âge de se marier et n’en avaient pas encore eu le mérite. « Tu pourrais les bénir », suggéra-t-elle alors.

L’idée plut au juste. Il est possible qu’il n’était lui-même pas pleinement conscient de la puissance de ses bénédictions. Or, la réalité le confirma rapidement : ceux qui en bénéficièrent se fiancèrent dans l’année. Pourtant, il crédita cette réussite au mérite de la Rabbanite, tout comme celle des autres bénédictions qu’il prononça au cours de son existence.

Rav Shakh demandait que sa soucca soit construite dès la clôture de Kippour. Aussitôt après le jeûne, on entreprenait cette tâche, achevée le soir même. Le lendemain matin, les jeunes revenaient pour fixer les décorations. Maran désirait alors que la nappe soit mise sur la table, ainsi que le napperon destiné à couvrir les ‘halot, qui ornaient donc la soucca dès le onze Tichri.

Lorsque tout était prêt, il venait voir la soucca et admirer le résultat. C’était une heure de grâce. Son visage rayonnait de joie et il semblait au comble du bonheur. Il scrutait les planches une à une. Il vérifiait que le skhakh était suffisamment épais. La plupart des décorations étaient placées sur les murs et les plus épaisses, qu’elles fussent petites ou grandes, n’étaient pas accrochées en dessous du skhakh. Heureux, Maran rejoignait alors sa pièce et, là, il bénissait les ba’hourim qui avaient construit sa soucca. C’était un moment exceptionnel, des instants de faveur inoubliables et très révélateurs. Souvent, il buvait lé’haïm avec les jeunes. Il ne prononçait pas la même brakha à tous, mais s’adressait individuellement à chacun d’entre eux, auquel il donnait celle qu’il avait personnellement besoin, alors que le principal intéressé l’ignorait parfois lui-même.

Il arrivait qu’il n’ait plus les forces de les bénir aussitôt après leur travail et le faisait alors plus tard. Ceux qui ne pouvaient pas revenir à un autre moment inscrivaient leurs noms et leurs demandes sur un papier qu’ils remettaient à l’un des membres de sa famille, lequel le transmettait ensuite au Rav. Quand il était disponible, il prenait la liste des noms et récitait avec ferveur quelques chapitres des Psaumes. On le voyait ainsi souvent dire des Téhilim à la clôture du premier jour de fête.

A l’entrée de la fête, après l’allumage des bougies ou la récitation de kiddouch, il s’asseyait pour prier en faveur du salut de toutes les personnes inscrites sur sa liste.

Maran veillait à ce que toutes les décorations qu’on lui apportait soient accrochées dans sa soucca. C’était loin de représenter une tâche facile, mais il était prêt à investir ce temps de réflexion afin de faire plaisir à tout le monde. Ceci était d’autant plus difficile qu’il attachait beaucoup d’importance à la place des décorations et ne permettait qu’en l’absence d’autre alternative de les fixer au-dessus de sa tête ou de la table.

 

 

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