La techouva, comme préparation aux Jours Redoutables

Allusivement évoquée dans les versets : « Tu sauras aujourd’hui et tu ramèneras vers ton cœur que l’Eternel est D. » (Devarim 4:39) et : «  et tu retourneras à l’Eternel, ton D. » (ibid. 30:2), la techouva, parmi les six cent treize mitsvot, constitue un véritable bienfait divin.

L’idée de retour implique celle d’un départ, d’un éloignement. De quel éloignement s’agit-il ? Lorsqu’un homme opte pour la mauvaise voie, plus il commet de péchés, plus il s’éloigne de D., à l’image d’un homme qui marche hautainement et repousse ainsi la Présence divine (cf. Berakhot 43b ; Maharcha ad loc.). Car comment est-il possible de ne pas avoir peur du Créateur dont « la gloire remplit tout l’univers » (Yechayahou 6:3) ?

Par la techouva, l’homme se rapproche et revient à son Créateur, ramenant la Présence divine là où il l’a chassée. Pour ce faire, l’homme doit retrouver la pureté initiale de son cœur et se rabaisser, comme le lui indique le Créateur Lui-même (Tehilim 90:3) : « Tu ramènes le mortel à l’accablement et dis : Revenez, fils de l’homme ! »

Les quarante jours de préparation à Yom Kippour, entièrement consacrés au repentir, constituent une grande bonté divine, car ils nous permettent de nous rapprocher véritablement de D. tandis qu’Il nous ramène à Lui et nous pardonne. Dans la Halakha (Tour, Michna Beroura Ora’h ‘Haïm chapitre 581), il est précisé que cette période fait pendant au message du verset : « ani le dodi vedodi li – je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi », les quatre youd finaux renvoyant, de par leur valeur numérique, à ces quarante jours préparatoires.

Une question se pose cependant : pourquoi tellement de jours ? Un seul jour ne suffit-il pas pour faire techouva ? Le fait d’établir un parallèle entre ce cycle et les quarante jours que Moché Rabbénou passa sur le mont Sinaï pour recevoir les secondes Tables de la Loi – période qui se termina à Yom Kippour, où il redescendit, après avoir reçu l’assurance du pardon divin – n’apporte pas de réponse totalement satisfaisante à cette interrogation.

Certes, à l’époque, les enfants d’Israël venaient de commettre la très grave faute du veau d’or, du fait qu’ils n’avaient pas attendu leur leader assez patiemment, et ils devaient donc réparer ce manquement par une attente constructive de quarante jours. Mais à notre époque, le jour essentiel est bel et bien Yom Kippour, jour de jeûne (cf. Vayikra 16:31) et d’expiation. Pourquoi, de nos jours, tout cet intervalle est-il nécessaire ?

En outre, nulle part dans la Torah n’est mentionnée la nécessité de quarante jours d’expiation, pas plus que la notion de jugement relativement à Roch Hachana – il est plutôt écrit : « Et au jour de votre joie, dans vos fêtes et vos néoménies, vous sonnerez des trompettes (…) ; elles seront pour vous un souvenir devant votre D. Je suis l’Eternel votre D. » (Bamidbar 10:10). Voilà qui renforce encore notre question.

L’explication est, me semble-t-il, que lorsqu’un homme pèche par la pensée, la parole ou l’action, cela provient toujours d’une lacune en Torah, d’un manque d’investissement dans l’étude. Car un homme plongé dans la Torah ne peut faire de faux pas, comme il est dit : « La Torah protège et sauve de toute faute » (Sota 21a) ; elle l’amène seulement au bien.

En outre, l’homme ignore parfois ses fautes, mais celles-ci subsistent néanmoins. C’est d’autant plus vrai pour un grand homme, jugé plus rigoureusement, au point que nos Sages ont affirmé que si le Saint béni soit-Il jugeait nos Patriarches de cette manière, ils ne pourraient se tenir devant Lui.

Que pourrions-nous dire, nous qui avons déjà reçu la Torah, si nous devions être l’objet d’un jugement aussi abyssal ? Même si nous nous plongions jour et nuit dans l’étude, dans la profondeur du jugement, on nous trouverait toujours des fautes et des péchés, pour lesquels nous devrions nous repentir.

Comment réparer cela ? Nos Sages expliquent (Maccot 23b) que nous avons 248 membres et 365 tendons, en parallèle aux 248 mitsvot positives et aux 365 mitsvot négatives. Ce faisant, le Saint béni soit-Il a implanté en l’homme de grandes forces pour réaliser l’amendement de son corps à travers les commandements positifs et négatifs.

Or, si l’on y regarde de plus près, chaque mitsva est liée à l’ensemble des mitsvot. Lorsqu’un homme accomplit un commandement, même si celui-ci correspond à un membre du corps précis, l’ensemble de ses membres est associé à cette action, chacun à sa mesure. De même, le fait de porter atteinte à un membre nuit à l’ensemble du corps. Aussi, porter atteinte à une mitsva revient à altérer l’ensemble des mitsvot.

Telle est d’ailleurs l’essence du principe : « Une faute en entraîne une autre. » (Avot 4:2) En portant atteinte à une mitsva, c’est à toutes les mitsvot que nous portons atteinte. Le cas échéant, que pourra-t-on répondre au jour du jugement ? Comment pouvons-nous surmonter ces déficiences ? A cet égard, les Maîtres, conscients du pouvoir protecteur de la Torah face au mauvais penchant, nous livrent un précieux conseil (Soucca 52b ; Kiddouchin 30b ; Zohar I 190a) : « Si ce vilain te heurte, entraîne-le à la maison d’étude ! »

De ce fait, l’ascète et le nomade, qui s’impose l’exil, font une barrière à la Torah, afin de s’éloigner de ce redoutable adversaire, de même que les tsaddikim choisissent de se sanctifier même dans ce qui leur est permis (cf. Yevamot 20a), conscients de l’emprise du penchant sur les plaisirs, même autorisés (Nedarim 9a). Tel est le pouvoir de la Torah, qui répare et élimine tous les défauts et failles de l’homme.

Dans le même ordre d’idées, le Chla écrit, au sujet de l’affirmation de David Hamelekh (Tehilim 119:59) : « J’ai médité sur mes voies et ramené mes pieds vers Tes statuts » : « Il est certes possible de commenter ce verset à la lumière de ce que disent les Sages (Berakhot 5a) : “Si l’homme se voit accablé de souffrances, qu’il examine ses actions. S’il n’y trouve nulle scorie, qu’il attribue ces maux à sa négligence dans l’étude.” Or, le mot “pieds” du verset susmentionné n’est pas sans rappeler le verset (Beréchit 30:30) : “Et l’Eternel t’a béni grâce à moi (littéralement : à mon pied)”, ce membre du corps évoquant ainsi une cause. Et c’est là l’intention du roi David lorsqu’il dit : “J’ai médité sur mes voies et ramené mes pieds vers Tes statuts”. Autrement dit, j’ai examiné toutes mes actions et n’ai rien trouvé, aussi ai-je compris que la raison de mes souffrances était à chercher dans “Tes statuts” – c’est-à-dire la Torah – et “j’ai ramené mes pieds” – j’ai entrepris de corriger la faute de la négligence dans l’étude. »

Comme l’explique le Midrach (Vayikra Rabba 35:1), chaque jour, lorsque David Hamelekh s’interrogeait sur la cause de ses maux, il ne parvenait à la déterminer, aussi les imputa-t-il à un laisser-aller dans l’étude et, plutôt que de se rendre dans tel lieu ou telle maison comme il l’avait projeté, il ramenait ses pas vers les maisons d’étude et de prière.

Dans le passage mentionné ci-dessus, les synagogues sont également évoquées, en allusion à la négligence dans le domaine de la prière. Dans le passage de la Guemara précédemment évoqué, les prières ne sont certes pas citées explicitement, mais prière et étude sont en fait liées et interdépendantes.

En outre, la maison d’étude est le lieu le plus approprié pour la prière, comme le prouve le comportement de Rav Ami et de Rav Assi dans la Guemara (Berakhot 8a, 30b) : bien que propriétaires de 13 synagogues à Tibériade, ces deux Maîtres préféraient prier dans des lieux d’étude. D’ailleurs, en général, les deux vont de paire, et les lieux de prière sont aussi des lieux d’étude.

Réparation de la négligence dans l’étude

A la lumière de ces explications, toutes les fautes et souffrances ne viennent qu’à cause d’un laisser-aller dans l’étude, sous l’effet des assauts du mauvais penchant, qui tente d’en détourner l’homme. Or, la Torah a été donnée au bout de quarante jours (cf. Mena’hot 99b), et c’est pourquoi les enfants d’Israël ont besoin d’une durée identique pour se repentir et se préparer à Yom Kippour – correspondant à la réception des deuxièmes Tables de la Loi, autrement dit de la Torah – comme réparation au mépris de celle-ci.

Cependant, une autre question se pose : pourquoi la Torah a-t-elle été, au départ, donnée au bout de quarante jours ? Moché Rabbénou ne pouvait-il pas la réceptionner en un jour, auquel cas il n’y aurait eu qu’un jour de repentir ?

Comme nous le savons, pour des raisons qui nous échappent certainement, l’embryon ne prend forme qu’au bout de quarante jours, période pendant laquelle il est encore possible de prier pour le sexe de l’enfant (cf. Berakhot 60b). Or, du fait que les 248 membres et 365 tendons du corps humain ne sont formés qu’après quarante jours, cette même durée est nécessaire pour se repentir des fautes commises par leur biais dans le domaine de la pensée, de la parole ou de l’acte. A l’issue de ces quarante jours de techouva, l’homme se rapproche de D., de même que son Créateur se rapproche de lui, dans l’esprit du verset (Malakhi 3:7) : « Revenez à Moi et Je reviendrai à vous ».

Pour cette raison, la Torah a été donnée également au bout de quarante jours, afin de permettre à l’homme, à travers les mitsvot positives et négatives – qui trouvent leur correspondance dans la structure de son corps, formé en quarante jours –, d’atteindre la complétude. A l’issue de ces quarante jours, la Torah, qui « répare » et parfait les membres et tendons du corps, pouvait être descendue sur terre.

Le verset : « Je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi », dont les lettres finales valent quarante, renvoie à ces quarante jours à la fin desquels l’embryon est prêt à recevoir ses membres et tendons. Durant la période qui y fait pendant, l’homme doit donc se laver de ses fautes et péchés, puisqu’en portant atteinte à la Torah et aux mitsvot, c’est son propre corps qu’il a lésé. Celui qui met à profit ces quarante jours pour se repentir arrive à Yom Kippour tel un nouveau-né.

Cela nous permet d’apporter un nouvel éclairage à une autre affirmation de nos Sages : « Dans le futur, la femme enfantera chaque jour. » (Chabbat 30b ; Calla 2) A l’avenir, la phase de gestation, et notamment les quarante premiers jours, si fondamentaux, ne seront plus nécessaires, puisqu’il n’y aura plus de mauvais penchant. Ce faisant, le lien établi entre les quarante jours préalables au don de la Torah et le stade de formation de l’embryon ne sera plus pertinent, puisque nul ne négligera plus la Torah et n’aura besoin de se repentir.

En ces jours, l’homme doit se préparer de bons « avocats », revenir à D. et ramener la Présence divine à sa place antérieure. Or, il n’est pas de meilleur défenseur que les membres du corps eux-mêmes, dans l’esprit du verset : « Tous mes membres clameront : Qui est comme Toi, Eternel ? » (Tehilim 35:10) Tout le corps de l’homme se fera l’écho de cette proclamation, ce qui est en soi, la plus grande techouva.

Ce niveau ne peut être acquis qu’au bout de quarante jours et par l’accomplissement des six cent treize mitsvot, positives et négatives, qui font pendant à l’ensemble des membres et tendons du corps humain, ainsi que par une étude intensive de la Torah.

Or, si nous observons parfois des personnes qui, après avoir fait techouva, continuent à pécher, c’est dû à leur manque d’investissement dans la Torah. Car, lorsqu’on s’accoutume à la faute, c’est comme si on disait : « Je vais pécher puis me repentir », intention qui invalide la techouva, outre le fait que, par habitude, on en vient à concevoir la faute comme permise (cf. Yoma 86b). Dans ce cas, même si l’homme se repent, il négligera de le faire sur ce qui, à tort, lui paraît permis. A ce titre, l’étude est indispensable, en cela qu’elle permet de délimiter clairement le permis et l’interdit, et donc de déterminer sur quoi et comment faire techouva.

Il est important d’ajouter que la Torah est Vérité (cf. Berakhot 5b), dimension éternelle, comme l’indique le verset (Chemouel I 15:29) : « Du reste, l’Eternel [le D.] d’Israël ne mentira pas ». De ce fait, tout ce qui est lié à la Vérité est éternel, et vice-versa. C’est ainsi que, tout au long de l’Histoire, de nombreuses civilisations ont été rayées de la planète, contrairement au peuple juif, éternel en dépit de toutes les tempêtes affrontées. Pourquoi ? Parce que la Torah, le Saint béni soit-Il et Israël ne font qu’un (Zohar III 73a), outre le fait que le sceau de D. est Vérité (cf. Chabbat 55a ; Beréchit Rabba 81:2), trait également caractéristique de la Torah. Aussi, du fait de son rapport à D. et à la Torah, le peuple juif est resté immuable à travers le temps.

Si les autres nations mettent des millénaires à changer, par un effet de la bonté divine, les enfants d’Israël ont la possibilité de se transformer, d’évoluer positivement chaque année, par la techouva. Même un tsaddik, qui n’a pas commis de faute, peut, au cours de ces quarante jours, s’améliorer et atteindre un niveau encore plus élevé.

On comprend dès lors la nécessité d’une intense préparation pour vivre Yom Kippour de la manière décrite dans la Torah (Vayikra 16:30) : « Car, en ce jour (ki bayom hazé), on fera propitiation sur vous afin de vous purifier ; vous serez purs de tous vos péchés devant l’Eternel. » Le mot ki (car) a une guematria (valeur numérique) de trente, allusion aux trente jours du mois d’Elloul, à cette période de préparation qui mène aux Jours Redoutables, dont l’apogée se situe à Yom Kippour, jour où D. pardonne tous les péchés.

Or, sans la techouva, le peuple juif aurait également disparu, à D. ne plaise, car la techouva fait du Juif une nouvelle créature (cf. Rambam Hilkhot Techouva 2:4), qui se rapproche de la Présence divine et se bonifie. Tel est d’ailleurs le sens du verset (Tehilim 85:12) : « La Vérité va germer du sein de la terre. » La Torah, appelée Vérité, va germer de la terre – de l’homme créé à partir de la terre. En effet, par la techouva et par son investissement dans la Torah, l’homme « germe », naît de nouveau et se rapproche de D.

Dans le Min’hat Cohen, il est expliqué que la Torah s’acquiert par l’humilité (Avot 6:4 ; Calla 8), idée à rapprocher du verset précédemment évoqué : si l’homme est humble comme la terre, la Torah le grandit et s’implante en lui. L’humilité passe par le fait de s’annuler devant D., comme il est dit, au sujet du roi A’hav (Melakhim I 21:29), qu’il s’abaissa devant le Très-Haut et fit techouva. Il n’est possible d’arriver à cette vertu qu’à travers le repentir et un sérieux investissement dans la Torah. Tel est l’objectif de la période qui s’étend de Roch ‘Hodech Elloul à Yom Kippour, période au cours de laquelle l’homme purifie tout son corps par la Torah.

Résumé

 •La techouva est un phénomène remarquable, en cela que le fauteur, qui s’est écarté de D. et de la Présence divine, revient à D. et restitue la Présence divine à sa place. Le moment idéal pour le processus se situe pendant les quarante jours s’étalant de Roch ‘Hodech Elloul à Yom Kippour. Pourquoi a-t-on besoin de toute cette période et ne se suffit-on pas d’un seul jour ? Du fait que la faute provient d’un manquement dans l’étude de la Torah – et la Rigueur divine n’en est que plus grande – et qu’elle porte atteinte à l’ensemble des membres et tendons du corps humain, interdépendants. Chaque mitsva étant liée à l’ensemble des mitsvot, par la Torah, c’est le corps tout entier qu’il faut réparer. Aussi, « si cet être vil te heurte, entraîne-le à la maison d’étude ». En outre, lorsque l’homme se sanctifie et se purifie en se privant même de plaisirs permis, cela lui permet de faire techouva et de se rapprocher de D.

 •Tel est le sens de l’affirmation du Roi David : « J’ai médité mes voies ». J’ai cherché des fautes et n’en ai pas trouvées, aussi ai-je imputé mes épreuves à la négligence de la Torah, cause de toutes les souffrances. D’où l’importance des quarante jours de techouva, qui font pendant à la période de réception des Tables de la Loi. Mais pourquoi la Torah fut-elle donnée au bout de quarante jours ? Cela correspond à la durée de formation d’un embryon, puisque la Torah parfait le corps de l’homme. Tel est le sens de la déclaration d’amour : « Je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi » qui, de par ses lettres finales (quatre youd), évoque ce cycle de quarante jours, nécessaire à la réparation du corps. L’homme devra s’assurer les services de bons avocats et « réparer » son corps au point d’arriver à réaliser l’idéal : « Tous mes os proclameront : Qui est comme Toi, Eternel ! »

 •A travers la techouva, l’homme se lie à D., Qui est Vérité, de même que la Torah et Israël, ces trois composantes ne formant qu’une seule entité. Lorsque le peuple juif se repent, il est tel un nouveau-né, une créature nouvelle et éternelle, contrairement aux autres nations, qui finissent par disparaître. En arrivant au jour de Yom Kippour, l’homme est pur ; il vit une nouvelle naissance, grâce à la Torah, qui s’acquiert par l’humilité. C’est là le sens du verset : « La Vérité va germer du sein de la terre » : par l’humilité et l’annulation de l’ego, l’homme grandit et s’épanouit de nouveau, il se soumet à D. En résumé, au mois d’Elloul, l’homme se purifie et se sanctifie par la Torah, et sa techouva lui permet d’arriver à Yom Kippour saint et le corps totalement pur.

 

Hevrat Pinto • 32, rue du Plateau 75019 Paris - FRANCE • Tél. : +331 42 08 25 40 • Fax : +331 42 06 00 33 • © 2015 • Webmaster : Hanania Soussan