Yom Kippour – jour de pardon et de rémission

La paracha de Ki Tetsé débute ainsi (Devarim 21:10) : « Quand tu iras en guerre contre tes ennemis, que l’Eternel, ton D., les livrera en ton pouvoir, et que tu leur feras des prisonniers ». Ce verset fait allusion à Yom Kippour – dont les initiales inversées forment le mot ki du verset –, jour de pardon et de rémission. En effet, après les quarante jours de préparation depuis Roch ‘Hodech Elloul, l’homme peut sortir en guerre contre son ennemi principal : le mauvais penchant, qui sera fait « prisonnier », autrement dit, dont on pourra lui reprendre la charge des péchés qu’il veut déposer contre nous, pointant un doigt accusateur sur ces manquements.

En effet, si le Satan n’a pas la permission d’accuser à Yom Kippour (Yoma 20a ; Zohar III 232a), il n’en demeure pas moins qu’il détient la charge des fautes de toute l’année. Néanmoins, à Yom Kippour, l’homme a la possibilité de le délester de ce paquet de fautes. Comment ? Par la techouva, sans quoi cette charge d’accusation reste entre les mains du Satan, qui poursuit son œuvre perfide à notre encontre.

Mais comment effacer les fautes ? Seulement par la techouva. En effet, lorsqu’un homme se repent et décide de ne plus jamais réitérer la même faute (Rambam Hilkhot Techouva 2:2), elle est effacée. Toutefois, il n’est question ici que d’une faute concrète, qui est inscrite puis effacée par la confession. Mais lorsqu’il s’agit de fautes en pensée, comment les effacer alors qu’elles ne sont pas écrites ?

Il me semble qu’indépendamment du type de faute, lorsqu’un homme se confesse et avoue : « J’ai fauté, je me suis dépravé, j’ai péché », ce type de péchés, inclus dans cette confession, est alors écrit dans le Ciel puis effacé par la techouva.

Cette démarche doit donc englober toutes les fautes, y compris celles réalisées seulement en pensée. Car, de même que la préparation empressée à une mitsva conduit à sa réalisation, la pensée du péché mène au péché (Zohar I 155b), et est même considérée comme pire que celui-ci (Yoma 29a).

On décèlera, toujours dans la paracha de Ki Tetsé, une allusion à ce dernier point. En effet, la phrase : « les pensées de faute sont pires que la faute elle-même – hirhouré avéra kachim miavéra », évoque, à travers ses initiales, le maaké – parapet – loi évoquée dans la même section : « Quand tu bâtiras une maison neuve, tu feras un parapet à ton toit »  (Devarim 22:8). Métaphoriquement, ce parapet représente les limites et frontières à placer pour ne pas tomber dans la faute, comme le prouve l’identité de valeur numérique entre les expressions : « un parapet à ton toit – maaké legaguékha », et : « c’est un juste et il n’a pas péché – tsaddik hou velo ‘hata ».

A cet égard, tous les hommes doivent se repentir, même les justes, comme il est dit (Hochéa 14:2) : « Reviens Israël, jusqu’à l’Eternel ton D. ». Même les plus grands du peuple, désignés sous le nom Israël, comme il est écrit (Yechaya 60:21) : « Et Ton peuple ne sera composé que de justes ». En effet, par le repentir des justes, le plus humble Juif se repent, et le souffle de la techouva s’étend sur le monde entier.

Lorsque le prophète annonce (ibid. 54:13) : « Tous tes enfants seront les disciples de l’Eternel ; grande sera la concorde de Tes enfants », il évoque ce travail des tsaddikim, qui apprennent aux hommes à étudier la Torah, vecteur de paix pour le monde (Zohar III 13a). Les justes construisent ainsi le monde, en vertu du commentaire : « Ne lis pas : Tes enfants – banaïkh  – mais : bonaïkh – Tes bâtisseurs » (Berakhot 64a). Dans ces conditions, la paix peut s’établir, selon la promesse (Tehilim 29:11) : « L’Eternel donnera la force à Son peuple, l’Eternel bénira Son peuple par la paix ! »

La force dont il est ici question fait allusion à la dureté, à la difficulté pour un homme en conflit avec son prochain de lui demander pardon – il reste souvent rigide et inébranlable. Mais, lorsque D. constate qu’un homme veut se repentir et faire la paix avec son prochain, « Il donne la force à Son peuple » – Il lui donne le courage et l’audace de lui demander pardon. Grâce à cette démarche, « l’Eternel bénira Son peuple par la paix ». Or, toute paix passe par la Torah (Zohar III 176b). La concorde s’établit entre ces antagonistes et dans le monde entier. Dès lors, il devient possible de faire prisonnier le Satan, de lui reprendre tout son stock de fautes commises et de se repentir totalement devant D.

Résumé

 •« Quand tu sortiras en guerre contre tes ennemis » évoque le jour de Yom Kippour, jour où on peut se mettre en campagne contre le mauvais penchant et lui reprendre son butin – l’ensemble des fautes des enfants d’Israël qu’il garde en provision. Pour cela, il faut faire techouva, ce qui permet d’effacer les fautes.

 •Il faut se repentir même des pensées répréhensibles et, lorsqu’on se repent, la faute en pensée est écrite puis effacée. Nous dégageons ainsi le Créateur du réquisitoire des accusateurs. Les tsaddikim se repentent également et, par leur techouva, bâtissent le monde. Comme il est écrit : « Grande sera la concorde de Tes enfants », paix porteuse de bénédictions. Même s’il est très ardu de pardonner à son prochain, D. donne à l’homme la force de se réconcilier. Ce faisant, la paix s’installe entre eux et dans le monde. Ensemble, ils peuvent capturer le mauvais penchant et se repentir totalement devant D.

 

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