‘Hanoucca : la fête de l’éducation

« Celui qui allume invariablement [les bougies de ‘Hanoucca] aura des fils érudits », affirme Rav Houna dans la Guemara (Chabbat 23b). En d’autres termes, celui qui consacre une grande application à cette mitsva aura le mérite d’avoir de bons enfants, dignes et convenables. Pourquoi, à priori, une telle récompense ? Pourquoi ne mériterait-il de devenir lui-même un grand érudit par le mérite de cet allumage ? En outre, pourquoi cette promesse n’est-elle faite que concernant l’allumage, et non pour d’autres mitsvot, comme l’observance stricte du Chabbat ou des lois de Pessa’h ? En quoi le fait d’allumer assidûment les bougies de ‘Hanoucca est-il spécifique ?

La réponse réside en fait dans le nom de cette fête lui-même, à rapprocher du mot ‘hinoukh (éducation). A l’époque des ‘Hachmonaïm, les Hébreux se trouvaient confrontés à un danger spirituel sans précédent. De fait, toute une frange de la population se laissa influencer – ceux que l’on appelle les « hellénisants », qui grandirent à l’ombre de la pernicieuse culture grecque. Car le but de l’occupant était de détourner le peuple juif de ses traditions, de déraciner l’éducation pure qui l’avait toujours caractérisé et de l’éloigner de D. et de Sa Torah.

A cet égard, les Grecs étaient conscients d’un fait incontournable : il est bien plus difficile de changer les opinions, bien établies, d’un homme mûr, dont la vie est déjà construite, et c’est pourquoi ils décidèrent de concentrer leurs efforts sur les jeunes âmes de notre peuple, pures et souples, d’enraciner en eux leur culture corrompue dès l’âge le plus tendre. Dans ce dessein, ils construisirent des théâtres où ils tentèrent de les attirer par la flagornerie, et leur firent miroiter toutes sortes de jeux et distractions illusoires. Ils développèrent une culture entièrement orientée vers l’esthétique et le corps, au détriment de toute spiritualité, d’où l’ordre donné aux enfants d’Israël d’écrire sur les cornes des bœufs : « Nous n’avons pas de part dans le D. d’Israël. » Or, il est connu qu’à cette époque, celles-ci étaient utilisées pour l’alimentation infantile. Ainsi, les Grecs visaient-ils à inscrire en permanence, sous les yeux des jeunes enfants, ce message, afin qu’ils soient profondément imprégnés, dès le berceau, par leur mode de vie hérétique.

Cependant, dans Sa Miséricorde infinie, D. donna à une poignée de tsaddikim, Matityahou et ses fils, le courage de se lever contre les Grecs et de les combattre jusqu’au bout. Ils bénéficièrent dans leur lutte de grands miracles, de sorte que « les forts tombèrent aux mains des faibles ». C’est ainsi que le peuple juif retrouva sa gloire d’antan, son indépendance, et surtout l’éducation pure qui l’avait caractérisé de tout temps.

Aussi, toute la fête de ‘Hanoucca tourne-t-elle autour de cette notion d’éducation. De ce fait, lorsque nous allumons les bougies de ‘Hanoucca, nous devons évoquer l’importance d’éduquer nos enfants à la Torah et aux mitsvot, et de les élever, dans tous les sens du terme, en faisant rayonner l’étincelle de leur âme. C’est là l’un des messages essentiels de la fête, et c’est pourquoi nos Sages affirment que s’attacher à la mitsva de l’allumage, c’est se garantir d’avoir des fils érudits. Car les lumières de ‘Hanoucca symbolisent l’obligation de tout homme de donner à ses enfants, filles et garçons, une éducation pure, dans la voie de la Torah.

De fait, cette formation débute dès le plus jeune âge. En effet, les habitudes que prend un homme dans sa tendre enfance s’ancrent profondément en lui et sont celles qui l’accompagneront toute sa vie. Tel est le sens de l’affirmation de Chelomo Hamelekh (Michlé 22:6) : « Donne au jeune homme de bonnes habitudes dès le début de sa carrière ; même avancé en âge, il ne s’en écartera point. » Par ailleurs, s’il est possible d’élever et de dresser de simples animaux, à plus forte raison, on pourra élever dans la bonne voie un jeune enfant à l’âme pure et porteur de l’image divine, tant qu’il n’est pas encore corrompu et prisonnier de toutes sortes de vices et mauvaises habitudes acquises par la suite. Tout père a donc la possibilité d’élever et d’instruire son fils dans la Torah et les mitsvot – la voie royale –, éducation qui laissera une empreinte indélébile.

« Même avancé en âge, il ne s’en écartera point ». Je connais personnellement de nombreux Juifs français venus d’Afrique du Nord et qui, malheureusement, ont été influencés par les non-juifs et se sont assimilés. C’est dû au fait que, dans leurs villes d’origine, les communautés n’étaient pas bien organisées au niveau de la cacherout et ne disposaient pas d’écoles vraiment fidèles à notre tradition. De ce fait, ils scolarisèrent leurs enfants dans des réseaux publics, avec toutes les conséquences que l’on connaît. Toutefois, avec le temps, nombreux sont ceux qui sont retournés dans le giron de la foi, car ils n’avaient pas oublié l’éducation pure de leur prime enfance, et c’est pourquoi il était certain qu’un jour ou l’autre, ils reviendraient dans la voie de la Torah et des mitsvot.

On peut également interpréter en ce sens la Halakha selon laquelle, « si la bougie s’est éteinte, il n’est pas nécessaire de la rallumer » (Choul’han Aroukh Ora’h ‘Haïm chap. 673 §2). En effet, par le simple fait d’avoir « allumé » l’âme de l’enfant, son âme pure se sera embrasée, si bien que, même si cette sainte flamme qui brûle en lui venait à s’éteindre, il ne faut pas désespérer, car un jour viendra où il retournera à la Torah et aux mitsvot, fût-ce sur son lit de mort. Ainsi, il est possible qu’à l’article de la mort, un homme se souvienne des valeurs intégrées dans sa jeunesse, et ait des pensées de techouva à même de lui ouvrir les portes du Monde futur. Car, comme l’affirment nos Maîtres (Sanhédrin 90a) : « Tout Israël a une part dans le Monde futur. » En vérité, en chacun d’entre nous brûle une telle ‘hanoukia, un petit chandelier spirituel que nous avons hérité de nos parents et qui, le jour venu, nous éclairera le droit chemin.

Cependant, nos Sages nous mettent en garde (Baba Batra 60b) : « Améliore ta propre personne avant de te soucier des [défauts des] autres ! » Ce principe s’applique aussi en ce qui concerne l’éducation : un père ne pourra en aucun cas exiger de son fils un comportement qu’il n’adopte pas lui-même. Au contraire, il doit représenter un exemple vivant. Car comment pourrait-il demander à son fils de participer à un cours de Torah ou de prier si lui-même ne le fait pas ? De ce fait, la première étape pour éduquer son enfant, c’est de s’éduquer soi-même, de faire attention à ce qu’il ne soit pas témoin du moindre comportement indigne de notre part – un léger manque de considération pour la prière, ou encore, dans le domaine du langage, de la médisance ou des colportages. Ainsi, il est fondamental de se comporter avec droiture, décence et savoir-vivre, et de témoigner des qualités d’âme personnelles afin que nos enfants puissent prendre exemple sur nous, ce qu’ils font naturellement, comme le prouve le dicton : « Ce qu’un enfant répète au-dehors, c’est ce qu’il a entendu de ses parents. » (Soucca 56b) La tendance de l’enfant, c’est de suivre le modèle parental, quel qu’il soit. A nous d’en tenir compte et d’exploiter ce point de manière constructive. A cet égard, le simple fait d’avoir un bon exemple sous les yeux aura infiniment plus d’impact sur lui que tous les discours moralisateurs du monde !

A présent, la réponse à notre question initiale, que nous allons rappeler, est évidente. Pourquoi est-il écrit que « celui qui a allume invariablement [les bougies de ‘Hanoucca] aura des fils érudits », et non pas qu’il deviendra lui-même un érudit ? En toute logique, d’après nos explications précédentes, pour que ses fils deviennent des hommes de Torah, il est évident que lui aussi doit en être un, afin de les inspirer par son exemple personnel. Si nos Sages précisent que ses fils seront des érudits, il est donc évident que le père est compris dans cette bénédiction et jouira de la même réussite dans l’étude que ses fils. Cette récompense est dévolue à ceux qui sont particulièrement attentifs à la mitsva de l’allumage, et n’est mentionnée concernant nulle autre, justement parce que la fête de ‘Hanoucca est axée autour de l’éducation des enfants.

Précisons par ailleurs que pour transmettre ce modèle de rectitude et de cheminement dans la juste voie, un jour ne suffit pas, loin s’en faut. Il s’agit d’un travail de longue haleine au quotidien, exigeant une patience sans faille, chaque jour permettant de faire progresser notre enfant, jusqu’à ce qu’il acquière une vision du monde juste, claire et stable et qu’il puisse continuer sur cette voie par lui-même. C’est là l’idéal que nous enseignent les bougies de ‘Hanoucca : le premier jour, on en allume une seule, le deuxième, deux, et ainsi de suite… Il s’agit d’une progression continue et graduelle, de jour en jour. Telle doit être également notre démarche éducative. Il n’est pas possible de donner à nos enfants une vision exhaustive de la Torah et des mitsvot en un tournemain, de même que nos Maîtres ne nous ont pas demandé d’allumer, dès le premier jour de ‘Hanoucca, l’intégralité des huit bougies de la fête. En outre, de même que les bougies de ‘Hanoucca sont allumées par le « chamach », le père doit remplir l’office de cette grande flamme à même d’attiser les petites flammes – faire vibrer les âmes pures de ses enfants, les stimuler dans la voie de la Torah et de l’accomplissement des mitsvot. Ainsi, le père est le guide, le principal moteur d’une éducation réussie.

C’est aussi pourquoi, aussitôt après leur victoire éclatante contre les Grecs, les ‘Hachmonaïm s’empressèrent de fouiller le Temple à la recherche d’huile pure pour ranimer la flamme de la Menora, symbole de l’éducation des enfants juifs à la Torah et aux mitsvot. Par miracle, le petit flacon contenant une quantité tout juste suffisante pour un jour servit à l’éclairer pendant huit jours – ce chiffre, chemona, renvoyant à l’âme (nechama). Car le but des ‘Hachmonaïm était de purifier les âmes des enfants juifs, qui s’étaient souillées au contact de la culture grecque, si délétère, et de les ramener à leur Père céleste. Cela explique aussi leur obstination à poursuivre leurs investigations jusqu’à la découverte d’une fiole d’huile pure, comportement qui, en vérité, dépassait la stricte loi. En effet, à posteriori, dans un cas de force majeure comme celui-ci, il aurait été permis, du fait que l’impureté était généralisée, d’utiliser de l’huile impure. Pourtant, loin de se résigner à ce compromis, les ‘Hachmonaïm s’obstinèrent à rechercher de l’huile absolument pure, conscients que cela touchait au fondement même de l’éducation juive. Celle-ci requiert une pureté extrême et absolue, et c’est pourquoi le Saint béni soit-Il leur accorda Son assistance et leur permit de trouver un flacon pur et intact, portant le sceau du grand prêtre et qui brûla miraculeusement huit jours. Ce zèle des ‘Hachmonaïm représente leur testament pour la postérité. Ils nous enseignent en effet que nous avons la possibilité de transmettre à nos enfants la Torah dans toute sa pureté, de génération en génération, si nous nous y investissons vraiment. Nous aurons ainsi la garantie que la Torah ne sera jamais oubliée jusqu’à la fin des temps.

Résumé

 •« Celui qui allume avec assiduité les bougies de ‘Hanoucca aura des fils érudits », peut-on lire dans la Guemara. Pourquoi ne deviendrait-il pas plutôt lui-même érudit, et pourquoi une telle récompense n’est-elle promise que pour cette mitsva ? Quelle en est la logique ?

 •Le mot ‘hinoukh (éducation) transparaît en filigrane dans le nom de cette fête, car elle en représente l’enjeu essentiel. A l’époque des ‘Hachmonaïm, une lourde menace pesait en effet sur celle-ci. Conscients que les enfants constituaient des proies de choix pour mener à bien leurs projets assimilationnistes, les Grecs avaient misé tous leurs efforts sur les enfants juifs, dès l’âge du berceau, visant à déraciner l’éducation juive authentique à travers l’ordre d’inscrire sur les cornes de bœufs – ancêtres du biberon – le reniement de notre foi ancestrale. Pour les circonvenir, ils avaient également inventé à leur intention toutes sortes de divertissements : théâtre…

 •L’allumage des bougies de ‘Hanoucca est l’occasion d’une réflexion sur l’éducation juive authentique. L’essentiel se joue lorsque l’enfant est encore jeune, et c’est pourquoi il faut s’investir dès sa naissance, car l’homme reste marqué à vie par son enfance. Parfois même, une éducation pure dans la voie de la Torah et des mitsvot dans sa jeunesse lui permettra de se repentir à l’âge adulte. Car si la flamme de l’âme a été allumée dans la petite enfance, elle ne s’éteindra jamais. A cet égard, le rôle du père est prépondérant, en cela qu’il doit éduquer par son exemple personnel, plus parlant que toute morale. Ainsi, il doit avoir une conduite digne et se garder de tout comportement répréhensible, car l’enfant observe et imite ses parents. De ce fait, lorsqu’il est question de « fils érudits », il est évident que le père est englobé dans cette bénédiction, à travers le modèle qu’il représente.

 •A l’image des bougies de ‘Hanoucca qui sont allumées progressivement, dans l’ordre croissant, l’éducation est un travail de longue haleine. Pas à pas, jour après jour, le père, comparable au chamach, inculque à son enfant toutes les bases, jusqu’à ce qu’il soit à même de continuer à avancer par lui-même dans la voie de la Torah et des mitsvot. Si les ‘Hachmonaïm se dévouèrent tellement pour cette mitsva, bien au-delà de la stricte loi, c’est parce qu’elle symbolise l’éducation juive authentique, pierre angulaire de notre tradition.

 

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