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La faute de Zimri

« Phinéas, fils d’Eléazar, fils d’Aaron le pontife, a détourné Ma colère de dessus les enfants d’Israël, en se montrant jaloux de Ma cause au milieu d’eux, en sorte que Je n’ai pas anéanti les enfants d’Israël, dans Mon indignation. » (Nombres 25, 11)

Phinéas vengea l’honneur divin et épargna le reste du peuple juif du fléau, en tuant, d’un coup de lance, Zimri et Kozbi, avec laquelle il avait fauté. Son acte zélé, accompli au péril de sa vie, lui valut une considérable récompense de la part de l’Eternel. En essayant de rendre compte de la situation dramatique qui prévalait alors, principalement à travers la conduite impertinente de Zimri, nous allons démontrer combien le rôle que prit Phinéas était crucial.

Le comportement de Zimri laisse apparaître plusieurs difficultés.

Tout d’abord, il eut l’audace de se présenter devant Moïse avec Kozbi et de lui demander si elle lui était permise ou interdite. Puis, lorsqu’il lui fut répondu par la négative, il rétorqua au leader du peuple juif, comble de l’effronterie : « Et qui t’a donc autorisé à épouser la fille de Yitro ? » (Sanhédrin, 82a) Or, avant de se marier avec Moïse, Tsipora avait abandonné ses pratiques idolâtres, outre le fait que ce mariage était antérieur au don de la Torah. De plus, elle était une femme juste, qui avait eu l’insigne mérite de devenir la conjointe d’un homme si saint. Le texte nous fournit d’ailleurs une preuve de sa piété, à travers l’épisode lors duquel, constatant qu’un serpent était sur le point de tuer Moïse, elle en comprit aussitôt la raison et s’empressa de circoncire son fils (cf. Exode 4, 24 ; Rachi ad loc.). Notons, à cet égard, que la circoncision symbolise notre soumission à Dieu, et que c’est par cet acte, pratiqué sur son fils, qu’elle sauva la vie de l’éminent maître des enfants d’Israël. A l’antipode de cette femme vertueuse, une autre Madianite, Kozbi, fit tomber un prince de tribu dans le péché des relations interdites. Comment donc mettre sur un même plan deux figures si fondamentalement différentes ?

En outre, face à l’ampleur du fléau qui sévissait parmi le peuple juif, et qui, de manière évidente, était la résultante de sa faute, Zimri n’en tira non seulement pas leçon, mais en plus, persista dans sa conduite scandaleuse. Il était tel un aveugle, ignorant totalement les nombreuses victimes tombant à ses côtés. Comment expliquer son attitude ?

Lorsqu’un homme commet un péché, il lui devient assujetti au point qu’il demeure incapable de percevoir la réalité qui l’entoure. Il est si attiré par la faute qu’il tombe dans l’abîme sans réfléchir. Par exemple, il peut lui arriver de ressentir une voracité animale telle qu’il ne lui vient pas à l’esprit de procéder à l’ablution des mains avant de manger. Car, dès l’instant où il laisse libre court à un sentiment de relâchement dans le service divin, il ne perçoit plus que l’impureté et ne parvient pas à concevoir l’existence même d’un interdit, tant il est aveuglé par ses désirs. C’est ainsi que Zimri n’était pas à même de discerner le mal dans les rets duquel il était déjà tombé, pas plus que ses tragiques conséquences.

Nous pouvons en retirer une leçon édifiante : combien nous incombe-t-il de fuir, comme le feu, le péché ! Celui-ci détient un pouvoir si ravageur qu’il peut précipiter l’homme dans les plus profonds abîmes, tout en lui dissimulant complètement la gravité de son acte, si bien qu’il ne prend en compte que son intérêt personnel, sa passion pour l’interdit.

L’impertinence de Zimri dépassa toutes les frontières (cf. Tan’houma, Balak, 20) : au moment même où des milliers de Juifs étaient en train de périr, touchés par le fléau, il osa s’avancer devant Moïse avec cette femme non-juive pour se justifier et remettre en cause le mariage de ce dernier. On retrouve le même type d’effronterie chez Amalec, qui osa s’attaquer au peuple juif après sa sortie d’Egypte, alors que toutes les nations du monde le craignaient, comme il est dit : « A cette nouvelle, les peuples s’inquiètent, un frisson s’empare des habitants de Philistée. » (Exode 15, 14) A l’heure où la crainte du Créateur s’était répandue dans le monde entier, suite à l’ouverture de la mer Rouge, Amalec combattit les enfants d’Israël, refroidissant ainsi la foi en Dieu de l’humanité (Baal Chem Tov, Bechala’h, 20). Quant aux nations, elles furent tant choquées par l’audace d’Amalec qu’elles demeurèrent incapables de le combattre, la surprise ayant souvent un effet paralysant.

L’impudence de Zimri était telle qu’il parvint même à affaiblir le tribunal du peuple juif, qui assista à sa rébellion. C’est d’ailleurs pourquoi Phinéas s’empressa de venger lui-même l’honneur divin, plutôt que d’attendre le verdict du tribunal, alors que le cas de l’homme ayant coupé du bois le Chabbat avait été présenté devant ces instances, qui l’avaient condamné à mort.

La section qui porte son nom s’ouvre par un rappel généalogique concernant Phinéas : « fils d’Eléazar, fils d’Aaron le pontife », et Rachi, s’appuyant sur le Talmud (Sanhédrin, 82b), de commenter : « Etant donné que les tribus se moquaient de lui : "Avez-vous vu ce fils de Pouti, celui dont le grand-père maternel (Yitro) engraissait des veaux pour l’idolâtrie, tuer le prince d’une tribu d’Israël !", le texte retrace ici sa généalogie jusqu’à Aaron. »

Or, Phinéas bénéficia de plusieurs miracles lorsqu’il voulut tuer Zimri. Premièrement, bien qu’il transperçât de sa lance les deux fautifs vers l’estomac, ils ne moururent pas sur le champ, de sorte qu’on ne puisse pas l’accuser de s’être rendu impur alors qu’il était prêtre. Deuxièmement, même après avoir été frappé, Zimri demeura dans la posture où il se trouvait, si bien que tous purent constater qu’il était en train de fauter et comprendre la légitimité de sa punition. Troisièmement, la tente de Zimri était encerclée de vingt-quatre mille gardiens, sur lesquels Phinéas réussit à avoir le dessus, puisqu’il parvint à pénétrer avec une lance (Tan’houma, Balak, 21).

Mais, plus que tout, à l’instant où Zimri mourut, l’épidémie cessa parmi le peuple juif – quoi de plus probant ? Pourtant, en dépit de tous ces miracles et de ce signe éloquent, les enfants d’Israël se mirent à critiquer Phinéas pour sa prétendue audace de tuer un prince de tribu, lui dont le père était marié avec une fille de Yitro, ancien prêtre idolâtre.

Ceci est tout bonnement aberrant. Comment donc les enfants d’Israël ne se sont-ils pas rendus à l’évidence ? Comment n’ont-ils pas réalisé que sans cet acte de vengeance, accompli par Phinéas, ils auraient eux aussi connu le même sort que les milliers de victimes, déjà tombées suite au fléau ? Plus encore, non seulement ils n’ont pas pris conscience de leur dette de reconnaissance envers lui, mais ils ont trouvé à redire sur sa conduite ! Enfin, comment ont-ils pu désigner Yitro comme un idolâtre, alors qu’il s’était converti et repenti ?

De fait, ce comportement surprenant nous enseigne le dangereux ascendant d’un mécréant sur son entourage. Les enfants d’Israël avaient vu l’audace avec laquelle Zimri s’était approché de Moïse pour justifier son acte illicite, et ils en furent influencés, au point qu’ils acceptèrent de le soutenir, se postant en gardes devant sa tente, tout en sachant qu’il y fauterait avec Kozbi. Nos Sages ajoutent (Sanhédrin, 82b) que Zimri était tellement enfoncé dans le Mal qu’en ce jour-là, il commit plus de quatre cents fois ce péché.

Par conséquent, lorsqu’un homme encourage son prochain dans la transgression, il s’oppose automatiquement à quiconque cherche à l’empêcher. C’est la raison pour laquelle les enfants d’Israël, qui avaient pris parti pour Zimri, ne purent voir Phinéas que d’un regard dépréciatif, le considérant comme le descendant d’un idolâtre. Car leur collaboration avec le Mal avait totalement troublé leur vision. Aussi l’Eternel trouva-t-Il nécessaire d’ajouter à Phinéas une lettre de Son Nom, le Youd, et de le relier généalogiquement à Aaron, afin de prouver à tous leur erreur et Sa ratification de son acte, qui les avait épargnés de la mort.

Résumé

La description de la situation tragique dans laquelle le peuple juif était plongé va nous permettre de comprendre le rôle crucial que joua alors Phinéas.

Comment Zimri put-il mettre sur un même plan la femme avec laquelle il désirait fauter, et une autre Madianite, Tsipora, pieuse épouse de Moïse ? Comment resta-t-il insensible à l’hécatombe qui l’entourait et put-il persister dans la faute ?

Le péché aveugle l’homme au point qu’il ne voit plus la réalité la plus évidente. D’où notre devoir de le fuir comme le feu. Les enfants d’Israël et le tribunal tombèrent sous l’ascendant de Zimri, le mécréant, et en furent troublés ; c’est pourquoi Phinéas prit l’initiative d’agir lui-même.

En dépit de tous les miracles dont Phinéas bénéficia pour assassiner les fauteurs et de la cessation du fléau suite à cet acte, les enfants d’Israël ne reconnurent pas la légitimité de sa conduite, et médirent de lui, l’associant à son ancêtre idolâtre. Car l’aveuglement qui frappe le pécheur, frappe aussi ses supporters.

 

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