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Lien entre les sections Mattot et Massé

« Voici l’itinéraire des enfants d’Israël, depuis qu’ils furent sortis du pays d’Egypte, selon leurs légions, sous la conduite de Moïse et d’Aaron. » (Nombres 33, 1)

Loin d’être fortuite, la juxtaposition des sections Mattot et Massé est porteuse d’un message édifiant : lorsque l’Eternel constate qu’un homme se relâche en Torah, Il lui envoie des mattot, c’est-à-dire des makot (coups), afin qu’il voyage – sens de massé –, tourne la page pour s’attacher à la Torah, aussi nommée massé. Ceci corrobore l’interprétation du Or Ha’haïm sur le verset « Ils partirent de Refidim » (Exode 19, 2), selon laquelle les enfants d’Israël quittèrent leur relâchement (rifion) pour ne voyager désormais qu’avec la Torah.

En outre, il est intéressant de noter que les lettres finales des sections Mattot et Massé ont une valeur numérique de quatre cent dix, équivalente à celle du mot kadoch, saint, allusion transparente au but ultime de ces coups, par lesquels Dieu nous éprouve, et qui sont en l’occurrence un tremplin d’élévation vers une existence vouée à la Torah, qui a le pouvoir de nous transmettre sa sainteté. Ce message se trouve confirmé à travers les initiales de ces deux sections, Mèm et Mèm, de valeur numérique quarante, écho aux quarante jours et quarante nuits durant lesquels la Torah fut donnée. Quiconque s’éloigne de la Torah attire sur lui des coups qui ont pour visée son "voyage", sa réorientation vers la Torah.

Ma mère – qu’elle ait une longue et bonne vie – m’a raconté à cet égard l’histoire suivante. Une femme, chez laquelle avait été décelée une tumeur à la gorge, se trouvait dans une situation critique et devait aussitôt subir une opération. La veille de celle-ci, elle alla pèleriner sur la tombe de mon père, que son mérite nous protège, où elle se mit à pleurer à chaudes larmes. Cette nuit-là, il faisait particulièrement froid, mais cette dame témoigna qu’elle ressentit une chaleur singulière autour de la sépulture, si bien qu’elle demeura insensible à ce temps rude [de nombreuses autres personnes ont témoigné le même phénomène, à savoir qu’autour de la tombe de mon père règne une chaleur particulière]. Elle posa ses mains sur la sépulture chaude, puis les mit sur sa gorge malade. De retour chez elle, elle sentait des démangeaisons au niveau de la gorge, au point qu’elle ne put fermer l’œil de la nuit. Le matin, elle se leva pour se rendre à l’hôpital où elle devait se faire opérer. Au terme de l’intervention, les médecins affirmèrent qu’il ne s’agissait nullement d’une tumeur maligne, comme ils l’avaient pensé une semaine plus tôt, mais d’un simple kyste. Quoi de plus étonnant ! Face à l’ampleur du miracle dont elle venait d’être l’objet, cette femme ne put rester insensible et décida de se repentir complètement.

Cette histoire illustre le principe évoqué précédemment, selon lequel le Créateur frappe parfois l’homme de coups afin qu’il se réveille et revienne vers Lui.

De même, un Roch Collel d’Ashdod m’a raconté cette étrange anecdote, qu’il a lui-même entendue d’un monsieur qui est cohen. Celui-ci approchait du lieu de sépulture de mon père, puisse son mérite nous protéger. En tant que cohen, il ne pouvait avancer davantage et y pénétrer, aussi demanda-t-il à un passant de bien vouloir y allumer à sa place une bougie pour que l’opération de son frère, qui devait avoir lieu incessamment à l’hôpital Tel-Hachomer, se passe bien. L’homme l’informa que l’opération avait déjà eu lieu et que les médecins n’avaient rien trouvé de suspect. L’autre, interdit, l’interrogea sur sa source d’informations, mais son interlocuteur avait déjà disparu, le laissant perplexe. Il se rendit immédiatement à l’hôpital, où on lui confirma que son frère avait été opéré et que les résultats étaient rassurants. Ce cohen, bouleversé, s’empressa de se rendre auprès du Roch Collel pour lui faire part de cet extraordinaire récit, et lui demander s’il connaissait ce mystérieux inconnu, qu’il décrivit comme un homme de haute stature et impressionnant. Le Roch Collel lui demanda à quelle heure cela avait eu lieu, et il répondit que c’était vers huit heures. Il lui dit qu’à cette heure-ci, aucun des membres du Collel n’avait l’habitude de fréquenter les alentours du cimetière, et qu’il ne voyait donc pas qui pouvait être cet homme. Il ajouta en émettant l’hypothèse qu’il ait mérité d’avoir eu une révélation céleste, mais qu’on ne pouvait en savoir davantage, ceci faisant partie des faits demeurant cachés à nos yeux. Une fois de plus, il est probable que l’Eternel ait envoyé ces soucis à ces personnes-là dans le but de susciter leur repentir.

Car, comme nous l’avons expliqué, lorsque le Très-Haut désire ramener quelqu’un sous Ses ailes, Il le frappe de petits coups pour qu’il se réveille. Puis, si ceux-ci ne suffisent pas pour produire l’effet escompté, Il le frappe plus durement, jusqu’à ce qu’il y reconnaisse un signe du Ciel visant à le secouer et à l’encourager à examiner de près sa conduite (cf. Kidouchin, 20a). C’est selon ce même schéma progressif que le Saint béni soit-Il frappait l’homme de lèpre. Au départ, elle ne touchait que les murs de sa demeure, puis, si l’homme ne décelait pas ce message, elle s’étendait à ses ustensiles, et ensuite à ses vêtements. En phase ultime, elle atteignait l’homme lui-même, dans l’espoir qu’il réalise enfin son péché et s’en repente sincèrement (Rambam, Toumat Tsaraat 16, 10).

Les sections de Mattot et Massé sont lues durant la période des trois semaines de deuil, car elles détiennent le potentiel de raviver la flamme brûlant dans le cœur de l’homme et de l’inciter ainsi à se corriger. Suite à la destruction du Temple, les enfants d’Israël se lamentèrent, et le prophète Jérémie leur fit remarquer que s’ils avaient pleuré de la sorte avant cette tragédie, elle aurait pu être évitée : Dieu n’aurait pas détruit Son Temple, et le peuple juif n’aurait pas dû être exilé (Yalkout Chimoni, Psaumes, 883). Mais des pleurs postérieurs à sa destruction, n’étaient pas en mesure de le remettre en place. Par conséquent, la lecture de ces sections de la Torah durant cette période de deuil est propice à la remise en question et au repentir, attitudes qui permettront à l’homme, si Dieu veut, d’être épargné des coups parfois nécessaires à son éveil. Comme le disent nos Maîtres, « que Celui qui dit à Son monde : "suffit !", le dise aussi à nos malheurs ! »

Résumé

Plusieurs messages peuvent être dérivés de la juxtaposition des sections Mattot et Massé. Si l’homme ne s’élève pas en Torah et en crainte du Ciel, Dieu lui envoie des coups (makot, proche de mattot) afin qu’il entreprenne ce "voyage" (massé).

Les dernières lettres de Mattot et Massé ont la même valeur numérique que le terme kadoch : l’Eternel donne des coups à l’homme pour qu’il devienne saint. Leurs initiales sont deux Mèm, équivalant numériquement à quarante, en allusion au don de la Torah : celui qui ne l’étudie pas subira des coups.

Les coups et épreuves envoyées à l’homme ont pour but de le ramener sur la voie de la Torah et des mitsvot. Au départ, ils sont légers, mais s’intensifient si leur destinataire ne réalise pas leur visée.

Ces sections sont lues durant les trois semaines de deuil, car elles ont le potentiel de nous éveiller au repentir, et donc de nous rapprocher de la Délivrance.

 

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