La grandeur de l’Homme et sa raison d’être

« La vie se propage dans tous les mondes par l’émanation d’en Haut, et la propagation de cette plénitude n’est possible que grâce aux liens qui existent entre eux (pour donner un exemple concret, si les canalisations ne sont pas étanches, l’eau s’écoulera au-dehors, à travers les fentes, et elle sera inévitablement perdue, mais lorsque les tuyaux sont parfaitement hermétiques, l’eau parvient à destination, partout où elle est nécessaire). Le lien entre tous les mondes ne peut être réalisé que par l’homme, car c’est pour réaliser l’union de tous les mondes qu’il fut créé, et c’est à travers lui que l’abondance des bénédictions et de la réussite se répand dans tous les mondes », écrit l’auteur de H’essed LéAvraham, qui poursuit: « la vitalité de l’homme tient du monde de la Assyia, son esprit du monde de la Yetzira,  et son âme du monde de la Bryia. Il porte le nom d’Adam, qui tient de tous les mondes, et c’est par lui que l’abondance des bienfaits remplit tous les mondes ». Telles sont ses saintes paroles.

Du fait que l’homme porte en lui une part de tous les mondes, lui seul peut opérer le lien entre les mondes de Atzilout, Bryia, Yetzira, Assyia, par l’entremise desquels l’abondance se répand à travers tous les mondes. Nous voyons que c’est essentiellement à l’homme qu’incombe la responsabilité et la mission de relier ces mondes entre eux, car il tient de chacun d’eux. S’il supprimait, ne serait-ce qu’un instant, l’un des liens qui relie les différents mondes, toute la création en pâtirait!

Essayons de le comprendre. Il est écrit (Béréshit 2:3): « En ce jour D. se reposa de l’œuvre de la création qu’Il avait créée pour la parfaire ». D. a achevé l’œuvre de la création le sixième jour, juste avant l’entrée du Shabbat - tandis qu’un jour se termine, l’autre commence - et l’Homme qui avait Sa préférence fut créé en dernier lieu, afin d’être responsable de la création tout entière. Ceci ressemble au roi qui construit un palais splendide dans ses moindres détails, et qui convoque un serviteur et lui commande de veiller à la propreté, lui disant: Cette maison est à moi et elle doit toujours rester en parfait état et aussi resplendissante qu’elle l’est à présent!

Et pourtant, à la fin du verset il est dit « pour la parfaire », ce qui montre qu’il reste encore quelque chose à compléter, que le monde manque encore de quelque chose. D’après ce que nous avons vu plus haut, il est clair que l’homme, en ce monde, a pour tâche de veiller sur la création telle qu’il l’a reçue et d’ajouter de la beauté du monde. Les Sages ont dit (Sanhédrin 38a): « L’Homme fut créé la veille de Shabbat... afin de se présenter tout de suite au festin; c’est comme un roi qui bâtit un palais dans ses moindres agencements, prépare un grand festin, et lorsque tout est prêt il y introduit ses invités comme il est dit (Mishley 9:1-3): La Sagesse s’est bâti une maison, elle en a sculpté les sept colonnes, elle a préparé les animaux pour la viande, elle a mélangé les vins, elle a dressé la table, et a envoyé ses servantes lancer les invitations depuis les hauteurs de la cité... »

Pour pouvoir accomplir sa tâche et préserver la création tout entière, l’homme doit se soucier avant tout de ne jamais rompre le lien entre tous les mondes, afin que l’abondance de la lumière éternelle qui émane de D. puisse se propager  partout.

Nous savons que le Premier Homme fut créé de telle sorte qu’il comprenait en lui une part de tous les mondes (dans les termes de la Cabbale, il s’agit des Dix Séphirot), c’est donc lui qui les commande et les relie entre eux, et c’est ainsi que la lumière et la plénitude de D. peuvent se déverser dans tous les coins de la création, car ces mondes sont liés les uns aux autres.

Comment l’homme peut-il relier les mondes, Atzilout, Bryia, Yetzira, Assyia, et les Dix Séphirot, à leur source, à D.? Uniquement grâce à la Torah, comme il est dit: « Le nœud supérieur des Téphilines est un commandement de la Torah » (Menah’ot 39a). La Torah est la lumière (Mishley 6:23) qui éclaire tous les mondes. L’intention de D. est que l’homme remplisse sa tâche saintement, qu’il subsiste à la sueur de son front sans être tributaire de la charité. Lorsqu’il vit dans la sainteté et la pureté, il reçoit de D. une récompense à la mesure de ses bonnes actions, selon la promesse divine.

Ceci dit, revenons maintenant au Premier Homme. Le jour où D. créa l’Homme, Il le plaça dans le Jardin d’Eden « afin qu’il le cultive et le soigne » (Béréshit 2:15), mais ce travail et ces soins n’occupaient que quelques heures par jour (voir Sanhédrin 38b). Si à ces heures-là, l’Homme s’était maintenu en état de pureté et de sainteté, toutes les canalisations auraient été reliées entre elles, et la lumière infinie aurait continué à affluer pour la suite des générations. C’est ce que disent les Sages (Avoda Zara 5a): « D. a montré à l’Homme toutes les générations et leurs dirigeants ». C’est dire que toutes les générations étaient dépendantes du Premier Homme. S’il avait rempli sa mission à la perfection, il n’aurait pas été chassé et la mort n’aurait pas existé dans le monde.

C’est ce qui est écrit « pour la parfaire ».  D. a laissé à l’Homme un certain travail à accomplir, afin de lui procurer, à lui et à toutes les générations suivantes, le mérite de vivre et de profiter de la lumière infinie, dans le Jardin d’Eden qui est la résidence des âmes des Justes, qui y jouissent du rayonnement de la splendeur divine (Brach’ot 17a), c’est là aussi que « les Justes dansent en rondes et indiquent du doigt: voici notre D... » (Ta’anith 31a).

Mais pour notre malheur, l’Homme a failli à sa tâche le jour même de sa création, et il fut chassé du Jardin d’Eden.  D. Se lamente à cause de lui (Béréshit Rabba 19:18), à cause de cette faute que, jusqu’à ce jour, nous n’avons pas expiée pour faire régner D. dans le monde par l’entremise des liens qui relient les mondes, Atzilout, Bryia, Yetzira, Assyia.

Pourtant, même de nos jours, l’homme a la possibilité d’effectuer cette régénération. Il possède les moyens et le pouvoir de le faire en étudiant la Torah, comme le disent les Sages (Nédarim 32a): « Grande est la Torah, car n’était-ce son mérite, le ciel et la terre ne pourraient pas exister ». C’est par l’étude de la Torah que l’homme propage l’abondance à travers tous les mondes par les saintes canalisations, et la création tout entière se perpétue par le mérite du nœud supérieur des Téphilines qui rattachent l’homme à la Torah.

A présent, nous comprenons la nécessité de se tremper dans le bain rituel la veille du Shabbat qui, comme on sait, est un moment bénéfique pour opérer la correction de la brit,  la marque de l’Alliance qui sanctifie le peuple juif.

Le mot mila fait allusion aux quarante jours de la formation de l’embryon (voir Sotah 2a). Durant ces quarante jours, il est déterminé s’il sera homme, un homme qui a pour mission de relier tous les mondes afin d’en faire jaillir les eaux de la vie - la profusion qui se répand saintement à travers les mondes. L’homme doit savoir et ne jamais oublier que D. désire et veut qu’il soit homme, à la fin des quarante jours de sa formation, afin de joindre tous les mondes par l’abondance qui se répand à travers les canalisations sanctifiées qui les relient. Cela nous permet aussi de comprendre ce que disent les Sages (Brach’ot 60a): « Jusqu’à quarante jours, il est permis de prier et de demander que l’enfant ne soit pas déformé, qu’il soit un garçon ou une fille, mais après quarante jours, il est interdit de prier pour une fille ou un garçon, car il est vain et inutile de prier pour l’avènement d’un fait déjà fixé ». C’est que, nous l’avons dit, après quarante jours, D. Tout-Puissant a déjà décidé de quel sexe il sera.

La lettre mem du mot mila a la valeur numérique de 40, les quarante jours de la formation de l’enfant, et le mot yeled, enfant, a la valeur numérique de 45, qui est aussi la valeur numérique du Nom de D., Maître du monde (compté avec les lettres du aleph). (Voir le Midrash Otyiot D’Rabbi Akiva Ch. 1, Alouf c’est le Maître du monde).

Nous voyons donc que la tâche qui incombe à l’homme et sa raison d’être est de veiller à ne pas endommager la sainteté du lien que représente le signe de l’Alliance, car c’est à travers lui que tous les mondes sont reliés, et c’est la marque de l’alliance entre lui et D. Quiconque porte atteinte à ce signe porte atteinte au Nom de D. autant qu’à l’homme lui-même, créé pour être le lien permanent entre tous les mondes. S’il porte atteinte à ce signe, c’est comme s’il reniait le Nom de D. qu’il porte en lui - D. nous en préserve.

Expliquons maintenant la faute du Premier Homme. Celui-ci fut créé le sixième jour.  D. lui laissa le soin de continuer l’œuvre de la création et de la parfaire, durant les quelques heures qui précédaient le commencement du Shabbat. S’il avait obéi à la volonté de D., la mort n’aurait jamais existé dans le monde, mais à cause de ses graves fautes, il a porté atteinte au signe de l’Alliance (voir Sanhédrin 38b). Le Ari zal explique que le Premier Homme n’a pas attendu jusqu’au Shabbat pour s’unir avec H’ava son épouse, ce qui a provoqué la jalousie du serpent. La dégradation de l’Homme a débuté en conséquence avec son union prématurée avec H’ava. S’il avait attendu la nuit du Shabbat au lieu de s’unir avec elle le jour, il aurait été protégé par la lumière divine, mais pour n’avoir pas attendu, il en est venu à manger de l’arbre de la Connaissance. Tout cela s’est passé la veille du Shabbat (voir Ari zal, Taamey HaTorah).

Le bain rituel de la veille de Shabbat vient corriger la faute du Premier Homme. Quiconque se purifie dans le bain rituel la veille de Shabbat bénéficie de la sainteté du Shabbat dont la lumière l’enveloppe, ce qui prolonge la création et la formation de l’homme, et lie les mondes entre eux afin de les remplir d’abondance. Nous réalisons combien terrible est le secret des eaux purificatrices. Lorsque l’homme descend dans le bain rituel, il prolonge sur lui le rayon de la lumière primordiale infinie à partir de laquelle furent créés tous les mondes. De quel rayon s’agit-il ?

Nous savons que lorsque D. désira faire connaître à Ses créatures Ses bontés et Sa miséricorde et leur prodiguer l’abondance de Ses bontés, Il s’est pour ainsi dire « réduit » pour laisser un vide dans la sphère, et Il y a fait descendre un rayon de la Lumière Infinie émanant de Lui et atteignant ce point de néant et de vide. De cette ligne et de ce cercle furent créées les dix Sphères d’où proviennent tous les mondes. Cette « réduction » de D. n’est valable que vis-à-vis des hommes, des créatures capables de se réjouir en D., et dès le moment où Il les a créés, Il a remis en leur pouvoir tous les mondes avec l’obligation de les relier et de les unir, et ceci est une marque de la grande générosité de D.

Tel est le secret du bain rituel. En descendant dans le bain rituel qui comporte une mesure d’eau de quarante Séah, l’homme accepte la souveraineté de D., son Créateur. En même temps, il accepte le fait qu’au bout de quarante jours de formation dans le sein de sa mère, il soit devenu homme, attaché au Nom de D. et qu’à partir de ce moment-là, tous les mondes sont liés entre eux et reçoivent l’abondance des bontés divines.

Lorsque l’homme se trouve dans l’eau du bain, il prolonge sur lui-même ce rayon de Lumière Infinie, duquel D. a créé les dix sphères et ce rayon se prolonge pour donner existence à tout ce qui existe et remplir tous les mondes d’un afflux d’abondance.

Tout ce que nous affirmons est indiqué dans le mot mikvé, le bain rituel.

La lettre mem, (dont la valeur est 40), représente les quarante Séah d’eau du bain rituel, et aussi les quarante jours de la formation de l’embryon dans le ventre de sa mère, période qui lui est nécessaire pour qu’il puisse être appelé homme.

La lettre kouf représente la ligne (kav) par laquelle la Lumière Infinie descend dès que D. S’est en quelque sorte « réduit » créant une sphère dans laquelle la lumière s’est répandue, ainsi que les Dix Séphirot et les mondes de Atzilout, Bryia, Yetzira, Assyia. Sans cette lumière, la sphère n’aurait aucune existence.

La lettre héh (dont la valeur numérique est 5), équivaut aux cinq formes de sainteté que l’homme acquiert à la veille du Shabbat lorsqu’il est dans le bain rituel.

C’est dire combien la réflexion sur le sens et le but du bain rituel est profonde et difficile. L’homme se plonge dans le bain rituel la veille du Shabbat pour corriger le principe fondamental endommagé par le Premier Homme, et recevoir la lumière infinie afin de lier et unir les mondes entre eux, car c’est pour continuer l’œuvre de la création qu’il fut créé, comme il est dit « qu’Il créa afin de la parfaire ». L’homme doit veiller avec crainte à ne pas détériorer le signe de l’Alliance sainte, car ce serait endommager le principe fondamental même de la création de l’homme et nier le Nom de D. qu’il porte en lui. S’il s’en garde et se purifie, il devient semblable au Premier Homme avant la faute, et grâce à la purification dans le bain rituel, il unit les mondes entre eux dans la sainteté et la pureté et il prolonge sur lui-même l’abondance des bienfaits qui affluent à travers les mondes à partir de ce même rayon de lumière qui les relie. C’est dans ce but que l’homme fut créé.

Par le mérite de la purification et de la sanctification, nous parviendrons au mérite prévu par les Sages (Yoma 39a): « Celui qui se sanctifie un peu est grandement sanctifié , celui qui se sanctifie en bas, est sanctifié d’en Haut, celui qui se sanctifie dans ce monde est sanctifié dans le monde à venir. » Amen.

Quelle est la voie à suivre?

L’union des mondes Atzilout, Bryia, Yetzira, Assyia dépend de l’homme et n’est possible que s’il se purifie et se sanctifie. Combien cette pensée est terrifiante pour celui qui n’a pas préservé la sainteté du signe de l’alliance et qui ne s’est pas purifié dans le bain rituel. Seule cette sanctification peut expier la faute du premier Homme et propager dans le monde la sainteté et la pureté.

 

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